‹ La marquise de CourcellesChapitre 7 sur 15 · COLBERT · texte numérisé non relu

COLBERT

— Est-ce là tout? (ftt le miuislre.

— Tout, monseigneur. Ceci est une ganmtie destinée à nie couvrir moi et ceux qui me viendront en aide, au cas où mes prévisions seraient trompées. Néanmoins, ujouta Morcerf, je suis à peu près sûr de n'en point faire usage. On himiiliera profondément votre ennemi et ou l'épouvantera de telle sorte qu'il

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n'osera pas songer à punir. Reste à savoir si messieurs Du Boulay. de Maulevrier et de Ménars consentiront à marcher à mes côtés et à m'appuyer avec énergie?

— Je le jure dit François.

— Nous le jurons, dirent ensemble le frère et le beau-frère du surintendant.

— Bien, dit à ces derniers le vicomte, en quittant son siège. Occupez-vous^messieurs, de faire sortir de la Bastille le duc de Villeroi, et trouvez-vous, cette nuit, à onze heures précises, avec lui devant l'Arsenal. Nous devrons tous avoir un masque et un manteau de cou-

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leur sombre : n*ouhliez pas, je vous prie, la recommandation.

— Devant l'Arsenal, si tard? dit Colbert avec étonnement.

— Oui, monseigneur. T/Arsenal est voisin de l'hôtel de Lenoncourt, et nous aurons besoin de nous concerter en attendant M. de Louvois qui, tous les soirs, à une heure trèsavancée, rend visite à madame de Courcelles,

— Ohl malheur, malheur à lui! s'écria François, quand ils eurent quitté le cabinet du surintendant.

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— Pourquoi ne pas dire aussi : malheHr à elle? demanda le vicomte.

— 0 mon Dieu, donnez-moi du courage !

murmura le pauvre jeune homme, dont le cœur se brisait au milieu d'une lulte clFroyable entre la haine et l'amour.

— Écoule, lui dit Morcert, dans tout ce que nous avons fait depuis ce uiatiu j comme dans tout ce qui se prépare, je suis un second loimême, et je n'ai pas le droit d'avoii- une autre volonté que la tienne. Méprises - tu celte femme?

•u» Je là méprisêi .)

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— Donc, tu n'alleuteras pas à tes jours. Làdessus j'ii ta parole, et je ne crains4)as que tu y manques. A présent, il me reste une chose à te dire. Madame de Courcelles ne m'a point olieusé, moi. Je la hais sans doute, mais parce qu'elle est cause de tes tortures, parce qu'elle n'a pas su juger ton cœur, parce qu'elle t'a lâchement trahi pour suivre la pente honteuse où devait s'accomplir sa perte. Si tu te sens la force de lui pardonner, dis-le. Ne nous vengeons pas; quittons le royaume, allons chercher l'oubli dans des voyages lointains.

Mon amitié ne cessera qu'à la mort, et ma foriune nous la partagerons en frères. Parle, j'attends ta réponse.

— La vengeance! la vengeance! Umo la faut.

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tu me l'as promise! cria François avec égarement.

— t>omme il te plaira, dit Morcerf.

Il se fit conduire k son logement de Paris, où l'attendaient deux iioinmes d'assez mauvaise mine, avec lesquels il eut quelques minutes d'entretien à voix basse et qu'il congédia, après leur avoir jeté de l'or.

• Ce sont les chefs (le ma iroupe d'espions, dit-ii à François. Il y a ballet de sept à dix heures chez le ministre de la guerre. Si tu tiens à voir en quels termes Louvois et Sidouiasont ensemble, je puis te procurer cette satisfaction ^yant notre reniez-vous à rArsennl.

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— J'accepte, répondit Du Boulay.

— Afin d'être plus libre avec sa maîtresse, continua Morcerf, et de sauver un peu les bienséances, car le uiurquis est au plus mal de ton coup d'épée, Lonvois donne un bal travesti, comme si nous étions en plein carnaval. A son aisel il travaille pour nous.

Vers neuf heures du soir, cachés l'un et l'autre sous un déguisement, ils pénétrèrent à r hôtel Louvois.

Les invités étaient nombreux.

S'informant à ('roite et à ^'auche, "^lorccrf

apprit bieriiôl que le ministre avait uh costume espagnol. Il ne larda pas â le trouver* dans la fouie.

Pendant IMntervalle d'un ballet à l'autre le vicomte prit Du Boulay par le bras et le conduisit derrière deux masques, dont il était facile d'entendre la conversation.

— Ainsi l'on n'a pu découvrir encore quel a été l'adversaire du marquis dans ce duel? disait un élégant cabaltero, qu'on eût pu croire tout fraîchement débarqué de Madrid.

— Non, monseigneur; c'est en vérité fort étrange, répondit une gracieuse Gaslillaùé,

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dont la noire mantille faisait ressortir les blanches épaules.

Du Boulay sentit le frisson lui courir de la plante des pieds à la racine des cheveux.

11 venait de reconnaître l'accent de la femme qui faisait cette réponse.

— Et les médecins ont-ils de l'espoir? demanda l'Espagnol.

— Ils assurent qu'il en réchappera.

— Tant pis, chère belle.

— Cependiint il ne nous gène pas beaucoup, monseignt'ur

— Sans doute, mais il n'en Qianifesle que plus d'exigences, et l'état de veuve, ma divine, vous siérait à ravir.

— Flatteur! dit la Castillane.

— Ainsi je puis également, cher ange, aller chez vous, ce soir?

— Vraiment oui. Qui le saura, personne.

— Oh! l'infâme! cria Du Boulay, serrant les poings et voulant courir aux deux interlocuteurs, que son exclamation fit retourner.

Morcerf Tentraîna, se perdit avec lui dans la foule et quitta l'hôtel au plus vite.

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Ce n'f^tait plus un désir de vengeance qui possédait François, c'était une fièvre, une rage, un délire, une exaltation frénétique, dont fut épouvanté son ami lui-même.

Le vicomte aurait voulu reculer, que Du Boulay IVùt contraint, le poignard sous la gorge, à tout poursui\re.

Ils gagnèrent l'Arsenal, où vinrent presque aussitôt les rejoindre Maulevrier, Ménars et le duc de Villftroii que les premiers avaient fait sortir (\^. la Bastille:

Là ^seulement François parut se fcalmer, laisbdnt 16 rôle de la colère à l'oncle de Courcf lies.

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On veaait d'apprendre à celui-ci les trahisons dont il était lui-même victime. Tout fut bientôt convenu, tout fut arrêté entre ces cinq hommes. Ils se couvrirent le visage d'un masque et se drapèrent dans leurs manteau >i sombres.

Un roulement de çarî*QSse apnonça que madame de Courcelles renlrait.

Morcerf leur servit alors de guide.

li tourna les murs du jardin de l'hôtel de Lenoncourt, jusqu'à une sorte de poterne, devant laquelle se trouvait un fossé profond, comblé récemmenl avec de la terre et des fascines.

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— C*est ici que nous devons attendre, murmura-l-il , et nous n'attendrons pas longtemps. Mes renseiçrnements sont exacts.

En effet, la bruit de la marche de quelqu'un se fit entendre dans le voisinage.-

Un homme déboucha près dii fossé, se préparant à le franchir et à gagner la poterne, lorsqu'il se vit entouré tout à coup de cinq fantômes noirs, se dressant à ses côtés dans Tombre.

— Qui es-tu? où vas-tu? lui crièrent-ils. Louvois sentit en. même temps le canon

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d'un pistolet s'appuyer sur son front. Reconnaissant l'impossibilité de se défendre contre cette attaque soudaine, il balbutia :

— Messieurs, prenez garde— Est-ce un guet-apens !

— C'est tout ce que tu voudras, dit Morcerf. 11 y a trois balles dans ce pistolet : je te fais sauter le crâne, si tu refuses de répondre. Quiest-tu?

— Je suis le ministre de la guerre, dit Louvois, pensant intimider les auteurs de cette agression.

Mais il ne remarqua pas le moindre signe

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