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appelé, tout Ijùtaril qu'il fut, h une destinée brillante, ayant, à six ans, ses courtisans, élevé comme un prince et, moins le titre, qui serait venu, à la première occasion. Fêtant en effet. Le père, loin de se dérober, prenait plaisir à le voir, à s'occuper de lui, à veiller sur son avenir. Les traits du grand homme furent ceux qui se gravèrent les premiers dans la mémoire du jeune Léon.
Et voici, maintenant, ce que furent les derniers jours de ce fils de Napoléon, auquel, à Sainte-Hélène, l'empereur déchu avait encore pensé tendrement dans son testament. Je ne dis point que le comte Léon ne fut pas, pour beaucoup, après une existence trop largement dépensée, l'artisan de sa détresse. Mais le contraste est fait pour frapper, quoi qu'il en soit, et j'expliquais, au reste, tout à l'heure, par quelles suites de circonstances, où il y avait, si ce mot ne semble pas un peu mélodramatique, une part de fatalité, la vie
d'un homme qui avait une telle origine, en qui
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bouillonnait un sang impétueux, qui n'avait pas trouvé l'emploi de son activité, avait été une vie manquée.
Après la guerre, après les événements qui l'avaient privé de la pension que lui faisait Napoléon 111, le comte Léon, avec sa femme et deux de ses enfants, avait vécu deux ans en Angleterre. L'âge n'avait pas beaucoup rassis son humeur ni l'espèce de furie de procès qui le possédait. Des entreprises bizarres, comme toutes celles auxquelles il s'attacha, — il avait touché à tout, allant, dans ses conceptions aventureuses, de projets de travaux publics à des idées de réformes religieuses, — engloutirent le reste de sa fortune.
Dix-huit mois avant sa mort, il venait, avec sa femme et sa fille Charlotte, aujourd'hui institutrice comme je l'ai raconté, s'installer dans une maison de la rue Beaujon, à Pontoise. Il était, dès lors, dans une grande gêne.
La rue Beaujon est une rue silencieuse, à la pente assez raide, qui descend vers la rivière,
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on contournant les anciennes fortilications, dont il ne reste plus que des vestiges. Quelques propriétés, assez vastes, s'y succèdent. Mais la maison où le comte Léon vint louer le pavillon de droite est modeste, (^e fut sans doute une ancienne ferme. Elle est à un seul étage, avec une grande porte charretière. Dans la cour, assez grande, on a construit, un peu au hasard, quelques hangars, qui s'appuient jusqu'au pied des remparts, en ruines. La maison est tout entière occupée , présentement, par un menuisier, M. Havard, qui déjà l'habitait quand le comte Léon s'y installa, ou, plus exactement, s'y réfugia.
Son emménagement ne fut pas long. Dans les étapes successives de la famille, le mobilier confortable de l'ancien appartement de la rue Royale s'était fort éparpillé. Mais le comte Léon tenait à certains objets, et surtout à certains portraits, qu'il fixa lui-même sur les murs. Parmi ces portraits, il y en avait quatre de Napoléon, un d'Eléonore de la Plaigne, devenue comtesse de Luxbourg, sa mère, contre laquelle
en 1846, il avait soutenu un retentissant procès. Un autre portrait le représentait, lui, à l'âge de vingt et un ans. ayant belle prestance, avec le manteau négligemment jeté sur les épaules, selon la mode du temps.
Dans sa chambre à coucher se trouvait un devant de cheminée, en tapisserie, d'apparence très vieillote, fait par la comtesse de Luxbourg, ouvrage minutieux d'une femme qui avait assurément des loisirs.
Une bonne, nommée Victorine, servait le ménage, restant volontairement assez isolé, tourmenté, dès son arrivée, par des embarras d'argent. Le comte avait sans doute, par suite de difficultés pressantes, aliéné une petite rente qui lui restait. Le fait est que la famille ne vivait guère que d'expédients. Les meubles, les tableaux commencèrent par s'en aller, un à un, soit qu'ils fussent mis en gage, soit qu'ils fussent vendus. Des chagrins intimes augmentaient les soucis de l'existence matérielle.
La détresse ne fit que s'accentuer. Elle devint
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bientôt extrême, encore que le comte, dans sa fierté, d'abord, essayât de la cacher, ne sortant pour ainsi dire pas de chez lui, et pour cause. Il ne voulait pas montrer ses vêtements misérables. Sa femme, née du peuple et ayant gardé, dans cette infortune, de l'énergie et de la vaillance, luttait tant bien que mal, n'essayant plus de dissimuler ce véritable dénuement. Ouelques personnes lui vinrent discrètement en aide, s'intéressèrent surtout à la fillette, la petite Charlotte, âgée alors de treize ans.
Le comte Léon passait des journées entières, assis dans un fauteuil, comme absorbé dans des rêveries douloureuses, et, sans doute, alors, il repassait son existence, agitée et stérile, semée de duels, angoissée d'ambitions vagues, usée en vaines tentatives. Souvent, aussi, il écrivait de longues lettres, qu'il n'envoyait pas et qu'il déchirait. C'est que, depuis longtemps, il avait épuisé tous les appuis possibles.
M. Frédéric Masson, dans son Napoléon et Ip^ femmes, a écrit qu'en ses dernières années le
comte Léon était irresponsable, qu'il n'avait plus sa raison. Ce n'est pas l'opinion de ceux qui l'ont connu alors.
Je pourrais citer, notamment, le témoignage de M. .1. Fleury, propriétaire de la maison de la rue de Beau j on, qui voyait fréquemment le comte, moins en propriétaire, — ayant à peu près renoncé à être payé — qu'en ami, et qui n'a gardé de lui que l'impression d'un homme profondément malheureux et ayant la pudeur de son malheur. M. Fleury m'a assuré que le comte Léon était même fort bien conservé pour ses soixante-quinze ans et que, lorsqu'il lui arrivait d'être un peu plus expansif que de coutume, il avait la mémoire très éveillée. Il succomba à une maladie d'intestins, ayant gardé sa connaissance jusqu'à la fm, et il l'avait si bien, en effet, qu'il souffrit affreusement.
Je pourrais invoquer aussi les souvenirs d'un voisin du comte, M. Penaud, une des rares personnes avec lesquelles il eût quelques relations.
Gomme s'il eût besoin, malgré sa vie silen-