‹ La MarseillaiseChapitre 10 sur 63 · NON · texte numérisé non relu

NON

C'est l'honneur moral et politique del'auteur de la Marseillaise d'avoir fait figurer son nom sur les registres publics dans le petit nombre de ceux qui ont « l'ofe contre la mesure proposée (sic) )', d'av(nr répondu « non » à cette contre-ré^()luli()n qui sapait dans sa base toute l'œuvre de la Révolution.

(i) Une seconde question « Bo/ujparlc anra-t-il la J'acuUc Je designer son successeur? » ajoutée à l'instigation impérieuse des frères du Consul, avait été supprimée d'ordre môme de Bonaparte qui la jugeait, avec raison, inutile dans Tinstant, ses calculs et raménagenient de son avenir héréditaire prochain étant déjà arrêtés dans son esprit.

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l.A MARSEILLAISE SOLS l'eM1>1RE (FIN) VIE DE ROUGET DE LISLE (SUITE

Rupture conipictc de Rouget de Lisle avec le Premier Consul. — Rouget de Liste veut s'e.xpatrier. — Nouvelle agitation bonapartiste pour l'établissement de la monarchie impériale. — Protestation de Rouget de Lisle sous forme d'une seconde lettre (g février 1804) au Consul à vie, dans laquelle il lui prédit avec une lucidité critique et politique ^ prophétique tous les maux oit d abimera la France et se perdra avec elle. — Rouget de Lisle traité désormais en ennemi, en conspirateur. — Affaires Pichegru. (Jadoudal et Malet. — Rouget de Lisle retiré sous l'empire dans son village Jurassien de Montaigu. — Ironie des choses! Au passage de la Bérésina. c'est Napoléon qui entonne la Marseillaise pour donner du cœur au.x défaillants ; l'écho lui répond par MaThrough s'en va-t-en guerre... ne sait quand reviendra! .. — La Marseillaise en /(V/^; u/i mot de Rouget de Lisle. — La Marseillaise à Lignx et à Waterloo.

R(jui4et de Lisle s'était d'ailleurs peu à peu éloii^né du Premier Consul, des Tuileries où Joséphine toutefois lui avait constamment réservé le plus gracieux accueil, ce dont Fauteur de la Marseillaise lui demeura toujours reconnaissant 11 . On colporta qu'on le vovaii dans les salons de l'opposition en relations suivies avec Benjamin Cons-tant, M""' de Staël, d'autres mécontents ou pessimistes plus ou moins découverts. Daunou, Chénier, Lemercier, Grégoire et jusqu'à La Favette. On alla même jusqu'à lui attribuer des odes siitvriques. des pièces de \ers

I Faut-il tuire allusion ici soii à une artaire de tourniiures dans laquelle Rouget de Lisle serait complaisannnent intervenu sur la prière de Joséphine, comme on sait toujours souffrante d'un passif de tinances, soit peut-être à une affaire d'ordre plus intime qui, l'une ou Fautrc aurait été la cause apparente de la rupture de Rouget de Lisle avec les Tuileries. On a brodé sur ce double thème également erroné. En réalité cette rupture avait des motifs exclusivement politiques, Bonaparte n'en ayant jamais d'autres en vue dans le choix des hommes qu'il entendait retenir auprès de lui et employer à ses propre tins, ou bien éloigner et surveiller. La matière très précise et le ton si lier de la seconde lettre que Rouget de Lisle adresse à Bonaparte au moment où le consul va se faire plébisciter empereur — lettre que nous donnons in extenso ci-après — marque bien la cause exclusive de leur éloigncinent personnel et de leur conflit public.

Miionvnics circLilaiil sous le manteau. Taiilôi c'était une fable mordante où Bonaparte était en personne pris à partie. A' (Jonseil d'Etat lin roi Lion, tantôt la traduction d'une fable du poète russe Kavamsin. les Oies, où étaient daubés les émii^rés que Bonaparte s'efforçait de rallier et qu'il faisait monter, en docilej^ et prétentieux \()latiles de basse-cour, dans V Arche du Seigneur l On voit par une brève lettre de protestation courtoise adressée directement à Bonaparte quelques jours après son \()te négatif contre le consulat à vie. le lo thermidor an X 29 juillet 1802 . que Rouget de Lisle répudiait ce genre d'hostilités mesquines .et sans franchise; il ajoutait avec dignité : " Veuillez vous rappeler que rien n"est moins dans mon caractère qu'une attaque anonvme et clandestine, et que rien de semblable. ne pourrait m'étre attribué sans une extrême injustice ». Ce qu'il réprou\ait en Bonaparte c'était un égoïsme. une ambition déjà prodigieusement excessifs dont son propre caractère désintéressé, loyal et plein de bon sens lui dénonçait les périls futurs pour la patrie, et ce n'était point la petite plume railleuse du fabuliste qui con\enait à l'expression de si graves appréhensions.

La situation lui devint rapidement assez difficile, l'horizon assez assombri pour que Rouget de Lisle songeât à quitter la France où la malveillance des pouvoirs publics s'inspirant du sentiment du maître, lui enlevait non seulement tout espoir d'être utilisé selon son mérite dans quelque emploi approprié, mais lui interdisait même de culti\er les lettres et l'art dramatique que la censure, aussitôt après le 18 brumaire, avait jugulés d'un lien de plus en plus étroit, dès qu'ils prétendaient à quelque liberté ou sortaient de l'insignifiance. Rouget de Lisle demanda directement, le 20 ni\ôse an XI ro janxier i8()3 . au Premier Consul l'autorisation de se rendre à Londres, d'y séjoLU'ner quelque temps, l'assurant promesse superflue dans la bouche du patriote de ()2, de l'auteur du (Ihant des Vengeances, des J 1er os du h Vengeur » et autres hymnes postérieurs à la Marseillaise) de n'y ;U()ir aucune relation avec les pamphlétaires et les journalistes soit réfugiés, soit anglais qui prétendraient lui faire prendre part i< à des discussions concernant le gouvernement français ou les circonstances soit générales, soit particulières de la P'rance ».

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Quelque pénible que fût cet éloignemeni que Rouget de Lisle qualifiait lui-même de déportation volontaire, il s'y résolvait, se voyant ainsi qu'il le déclarait « frustré de toute perspective dans sa patrie >>. Le silence significatif auquel il se heurta pour toute réponse, équivalait à un refus de passeport : Rouget de Lisle se le tint pour dit. La rupture de la paix d'Amiens, il est vrai, était proche (avril i8o3;; cette paix que Bonaparte n'avait guère signée qu'à titre de trêve avait duré à peine une année.

L'agitation bonapartiste reprenait d'ailleurs de plus belle : toute l'année i8o3 en était bruyamment remplie. Un vote du (^orps législatif décidait que les monnaies seraient désormais frappées à l'effigie de Bonaparte, ainsi assimilé à un souverain d'antique race royale. La constitution du camp de Boulogne, un nouveau voyage triomphal dans l'ancienne Belgique et les départements français du Rhin contribuaient à surexciter l'opinion que la conspiration de Georges Gadoudal et de Pichegru, le procès du général Moreau achevaient de perturber. Cette fois c'était le Tribunat qui prenait l'initiative de déférer à Bonaparte le suprême honneur, la couronne impériale et l'hérédité calquée fidèlement sur les formes de l'ancienne monarchie.

Dès que les bruits précurseurs commencèrent à se répandre. Rouget de Lisle, comme en décembre 1799, ne put se contenir. Cl, le 19 pluviôse an XII (9 février 18041 en excellent et clairvoyant Français, il adressait à celui qui allait bientôt cesser d'être le Premier Consul pour devenir l'empereur Napoléon I'"'", une lettre admirable où le bon sens et le patriotisme le plus courageux se faisaient éloquemment prophétiques et prédisaient au futur monarque héréditaire et à cette famille de frères parasites, l'avenir néfaste auquel ils condamnaient inévitablement la F'rance.

Cette lettre constitue p(Hir Rouget de Lisle un titre moins illustre sans doute que la Marseillaise mais suffisant encore pour lui valoir la reconnaissance de la postérité. Combien regretteront que Rouget de Lisle n'ait point été légion au début de l'an 1804, pour s'élever contre ce dernier coup de vertige national auquel Carnot — il est juste de le rappeler — infligeait de son côté, dans

le mcmc instant, un blàmc public non moins courageux! C'est en effet à dater du jour où le consulat à vie, complété par le trône héréditaire, a investi Bonaparte d'un pouvoir sans conditions ni freins, sans limites ni sanctions, que ce chef d'un Etat trouvé plein de foi, de sève et de ressources, peut impunément en ahdser pour donner licence à ses idées délirantes de grandeur et d'ambition égoïstes. La France lui avait imprudemment, généreusement donné carte blanche : en retour, il la ruina, la détruisit, en, lit successivement un but de jalousie, de cupidité, de défiance, de haine, au milieu des nations, au moins pendant les quinze ans de son règne.

La lettre de Rouget de Lisle, toute d'audace et de vérité, clôt, comme un grand acte, la vie publique de Fauteur de la Marseillaise :

Paris, 19 pluviôse an XIT (V. S. 9 tcvrier 1804).

« Citoven Premier Consul,

n Je croyais n'avoir désormais qu'à végéter et à me taire.

> Les malheurs de mon pays me ramènent sur les rangs et raniment une voix dont vous accueillîtes quelquefois la franchise et même l'austérité!

•I Puisse-t-elle parvenir jusqu'à vous! Puisse-t-elle retrou\er dans votre ame les sentiments que vous aimâtes jadis à m'v voir chercher!

)' Bonaparte! vous vous perde/., cl ce qu'il y a de pire, \ous perdez la France avec vous.

" Qu'avez-vous fait de la liberté? qu'avez-vous fait de la République? où en sommes-nous? à quoi se réduisent aujourd'hui les destinées superbes auxquelles votre 18 brumaire avait reconquis cette malheureuse France?

» Ecartez le prisme imposteur de l'ambition, de l'amourpropre, d'une fausse prospérité.

•> Ecartez les nuages formés autour de nous par l'encens infect d'une tourbe adulatrice et perfide.

» Ouvrez les veux et vovez.

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