‹ La MarseillaiseChapitre 23 sur 63 · DIFFUSION EN FRANCE · texte numérisé non relu

DIFFUSION EN FRANCE

DU '< CHANT DE GUERRE POUR UARMÉE DU RlllX

DE STRASBOURG A PARIS PAR MONTPELLIER, MARSEILLE, ETC. (26 AVRIL - 30 JUILLET I792)

Le saut que la Marseillaise semble taire de la place d"Armes de Strasbourg où elle est jouée sous le patronage du maire Dietrich par les musiques militaires, à Marseille où, deux mois après, elle est accueillie avec enthousiasme par les patriotes et les bataillons de volontaires provençaux en partance pour Paris, nous parait tout à fait à tort provoquer lu surprise de nombre d'écrivains, d'ailleurs bien informés sur tant d'autres points.

Ces annalistes méconnaissent, ce nous semble, le rôle que joue historiquement la tradition, la transmission orale et manuscrite et sa très assurée et pratique valeur : aussi se demandent-ils comment la M^arscillaise est parvenue du Broglie sur la Cannebiere?

Ces écrivains oublient que dès la première, dès les premières auditions de la Marseillaise, ce fut à Strasbourg une explosion d'enthousiasme : le chant empoigna tous les auditeurs, habitants, magistrats, militaires. On n'entendait plus à la tin d'avril, en mai, en juin que la Marseillaise di\\\<,\c'> rues, les brasseries, les salons, les casernes, les concerts privés et publics. C'était à qui en noterait les paroles et la musique, et l'enverrait manuscrite à ses parents et amis.

Nous pouvons donner ici, grâce à la très obligeante et opportune communication d'un de nos chers et éminents amis M. le docteur Georges Hervé, professeur à l'F^cole d^anthropologie, chez qui le lettré érudit double le savant anatomiste et ethnographe, un. aperçu du pctii rciniie-ménage provoqué à Strasbourg dans les familles par V'wyxx^ùow delà Marseillaise — non encore baptisée telle — et de la manière dont se tit son inévitable et lointaine dift'usion.

La famille maternelle de M. Gc(jrges Hervé est originaire de l'Alsace. En 1792, son bisaïeul, Jacques-Joseph iMomv, né le lo octobre 1767 a Strasbourg où il décédait le 28 janvier 1827, occupait sur mandat électif de la municl-, palité le ministère public près le tribunal de police correctionnelle. Rtçu

licencié ès-lois à l'Université de Strasbourg en 1787, J.-J. Momy avait été successivement avocat au Conseil souverain d'Alsace et 'au Directoire de la noblesse immédiate de la Basse-Alsace (1788), procureur plaidant près le tribunal du district de Strasbourg (1791), entin défenseur officieux près les tribunaux i" de commerce, 2» civil et criminel. En 1792-1793, il avait souvent défendu les accusés devant le tribunal criminel où Euloge Schneider remplissait 4es fonctions d'accusateur public : il tigurait donc au. premier rang parmi les personnages qui gravitaient le plus près autour des, ajutoriics municipales et militaires de la ville. Dès l'origine il avait n^ontré d'ailleurs une curiosité intelligente et passionnée de tout ce qui concernait la vie publique et l'histoire de la cité: il continua, et par là J.-J. Momy a fait vivre sa mémoire dans l'histoire locale. Un de ses biographes, l'érudit abbé Guerber, dit de lui 5. que sa tête était une chronique strasbourgeoise vivante ». On suit M. J.-J. Momy sous l'Empire et la Restauration membre du Conseil municipal de la ville (1802 et 1821), maire adjoint.en 1827.

Or M. G. Hervé a retrouvé en 1882 dans les papiers de son bisaïeul une copie manuscrite de la Marseillaise, paroles et musique, datant de 1792, à laquelle était jointe une note où il était expliqué que cette copie provenait du stock des nombreuses répliques de l'hymne faites par un ami de la famille, un maître de musique et copiste strasbourgeois, d'après un manuscrit original de Rouget de Lisle même; il était également relaté que ces répliques avaient été non seulement répandues dans le public strasbourgeois mais envoyées à de nombreux amis aux quatre coins de la France. (Notes manuscrites de M. Georges Hervé communiquées le 2 S Juin 1 q i j.)

On relève, dans l'écriture musicale surtout, quelques différences avec le texte connu, usuel, de la Marseillaise, qui font bien comprendre la sorte de collaboration universelle que Rouget de Lisle subit dès le début dans les divers publics français, du fait même de cette diffusion manuscrite etorale.

Comment s'étonner dans ces conditions si l'on retrouve — sans que la presse s'en soit encore mêlée — la Marseillaise chantée au moment où le Directoire de THéraiilt et la Société des Amis de la Constitution et de V Egalité, aliàs des Jacobins, concertent le départ du bataillon des volontaires du département avec celui des volontaires du Var et des Bouches-du-Rhône, et délèguent à Marseille deux de leurs plus énergiques jeunes citoyens, François Mireur et Jacques Goguet, tous deux médecins, pour organiser le départ en commun sur Pans (1).

A Marseille, le cl^b de la rue Thtibaneau, aujourd'hui local d'un établissement de bains, est le lieu de réception désigné des délégués.

Le 21 juin, au milieu d'un grand concours de patriotes, Mireur prononce un grand et enflammé discours sur sa mission, sur les devoirs des citoyens devant les menaces de l'étranger, discours reproduit dans le Journal des déparlements méridionaux et des débats des Amis de la Constitution (n" 49,.

Le lendemain 22,1a société des Jacobins marseillais organise chez le res-

(I) Nous soulignons à nouveau ici la singulière coïncidence qui fait partir de Montpellier, Herceau originel cJo la famille des Rouget, le premier chanteur méridional connu, François Mireur, allant à Marseille organiser le départ en commun des volontaires au cri d'alarme et d'enthousiasme lancé par un arricre-petit-fils des ancêtres du pays languedocien. Se irouva-l-il dans l'inslanl quelque lointain Rouget qui^ l'ayant reçu, communiqua l'hymne à Mireur ?

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lauralcur David, cgalcmcni dans la rue Thubaneau, un grand banquet où l'on doit fraterniser'. C'est là que Mireur, chanteur après avoir été orateur, entonne l'hymne de Rouget de Lisle et emporte l'enthousiasme de l'auditoire. Mireur lit mieux; il avait transcrit des copies de l'hymne quil distribue aux convives; l'une d'elles est remise aux représentants Ricord et Micoulin, présents au banquet, qui l'inscrenrdans leur teuille (Journal des départements méridionaux) le lendemain ï^ juin, sous le titre-: Cliant de guerre aux armées des frontières.

Imprimé presque aussitôt sur feuille libre, un exemplaire du chant de guerre était distribué à chaque volontaire marseillais.

Nous tenons les faits particulièrement relatésdans cette dernière partie de la présente note de la bouche même du D*" Hippolytc Mireur, longtemps membre du Conseil municipal et adjoint au maire de Marseille, membre du Conseil supérieur de l'Assistance publique, médecin de la préfecture des Houches-du-Rhône, auteur de travaux d'hygiène et de littérature locale que nous avons rencontré en 189c) et en 1902 dans des Congrès internationaux et entretenu à Marseille même au cours de plusieurs voyages dans le Midi. M. H. Mireur était un des proches descendants de François Mireur, le jeune délégué montpelliérain à Marseille, non pas seulement chanteur de la Marseillaise, Tna'\& engagé volontaire en 1792, devenu promptement, de docteur en médecine, officier par son courage et son intelligence militaire; François Mireur sera tué à l'ennemi, général de brigade, pendant la campagne d'Egypte', le 8 juillet 1798. La biographie du général François Mireur a été remarquablement écrite sous le titre : Un volontaire de i'jq2 par un écrivain d'un réel mérite, trop tôt enlevé à Ihistoire et aux lettres, .Jean Lombard, auquel le docteur H. Mireur avait, comme à nous, communiqué d'intéressants papiers de famille. (Paris, édit. Ollendorfl", 1903.)

LA MARSEILLAISE ANNONCEE PAR LA PRESSE PARISIENNE (août et septembre 1792)

On lit dans la (llnoniquc de Paris, w (X^LIll (29 août i7(r-) ' « On entend demander actuellement dans tous les spectacles la chanson : aillons, enfants de la patrie! Les paroles sojit de M. Rongez, capitaine du génie, en garnison à Huningue. L'air a été composé par Allemand (1) pour l'armée de Biron; il a un caractère à la fois touchant et guerrier.

» Ce sont les fédérés qui l'ont apporté de Marseille, où il était fort à la mode. Ils le chantent avec beaucoup d'ensemble; et le moment où, agitant leurs drapeaux et leurs sabres, ils crient tous à la fois: Aux armes, citoyens! fait vraiment frissonner. Ils ont fait entendre cet air guerrier dans tous les villages qu'ils traversaient, et ces nouveaux bardés ont inspiré ainsi dans les campagnes des sentiments civiques et belliqueux. Souvent ils le chantent au Palais-Royal, quelquefois dans les spectacles, entre les deux pièces (2). »

(1) V. ci-:iprcs la nule de Vjpfciidicc' relative à la qucslion de la Palcniitc de la musique Je la Marseillaise.

(2) En juillet, aoiit et septembre gi', la Marseillaise est également annoncée (Je plus souvent sans nom d'auteur) dans les journaux parisiens suivants : la 'Irompettc du Père Duehesiie, les

ai'1»i;ni)1(:1';

POLITIQUE EXTERIEUR!-: SECRETE DE LOUIS XVI ET DE LA REINE MARIE-ANTOINETTE

Biiii.ioGRAPHiE .(Fragments de). — Mcnioircs de Hardeiibcrg, de Bouille, de M'"" de Campan, du comte de Til\y;riIistoire de Bertrand de Molleville.

— Sur les congés donnés en masse par le ministre Bertrand de Molleville aux officiers de la marine royale pour faciliter Témigralion, V. Rapport de Cavelier, député du Finistère à l'Assemblée législative, chef des bureauxde la marine à Brest (i" février 1792). En 180G, Cavelier était inspecteur de la marine à Toulon. — Procès de Montau-Maribon en 1795 (après germinal) révélant que Bertrand de Molleville, ministre de la Marine, avait donné un passeport d'émigration au frère de l'accusé. — Kegistrcs de Septeuil (soldes et gratifications payées aux officiers émigrés à Coblentz; sommes passées à MM. de Rochefort, de La Vauguyon, de Choiseul-Beaupré, etc.). — Papiers saisis : le plan de Mantoue; le traité de Paris-Pavie (mai-juillet 1791). — Rapports de Robert Lindet et de Gohier. — Documents inédits relatifs aux affaires religieuses de France, publiés par Aug. Theiner, prêtre de l'Oratoire (t. I). — Lamartine, Histoire des Girondins (livre V et Xll) (i). — Le chevalier d'Arneth, sous-directeur des Archives'impériales à Vienne (Autriche) : (Correspondance de Maric-Thércse et de Afarie-Antoinette (i865, un vol. in-8'', ■1" édit. 1866). — Par le même : Correspondance de Marie-Antoinette, de Joseph II et de Léopold II (un vol. in 8° 1866, Paris, édit. Jung et Treuttel).

— Professeur A. Geftroy : Gustave III et la Cour de France (2 vol., Paris, Didier, 1867). — Le comte Fersen et la Cour de France, par Klinckowstom. — Frédéric Masson :le Département des affaires étrangères pendant la Révolution, p. 121, 172 (Pion, in-8», 1877). — Marie-Antoinette, Fersen et liarnave, leur correspondance, par (J.-G. de Heidenstam (in-i8, Paris, édit. Calmann Lévy).

licvoliitions Je Paris, les Annales patriotiques, le Thernwmèlre du jour, les Petites A fiches (14 janvier 1/0), etc. Malgré ses polémiques avec le rédacteur Laveaux, « rin^énicur De Lille « Isic) est mentionné en octobre qu dans Je Courrier de Strasbourg « comme l'auteur — paroles et musique — de la fameuse ciianson composée à Slrasbourjf, le printemps passé ».

(l) Lamartine se réfère aux Mémoires, alors inédits, d'Hardenberg, qui remplit, comme on sait, les plus hautes fonctions politiques et diplomatiques en Prusse : négociateur au traité de liàle (171)?), ministre des Affaires étrangères (180.4), chancelier d'Etat (1810), membre des congrès de Vienne, Aix-la-Chapelle, etc. (l8l3-l8l3), créé prince par le roi de l>rqsse en 1814. La publication des Mémoires d'Hardenberg (né en l7?o, mort en l8:j*.'), déposés aux Archives d'i'jat il Hcrlin, m était point autorisée avant l-Sro.

LA M ARSi; I LLA I S I-;

LA MARSEILLAISK AUX ARMEKS

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