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qui sui\ runt son annexion, la trace dans ses Commentaires. C'est elle que les petits-tils de Gharlema^jne en 843. au traité de Ver- . dun, marquent entre le royaume de Lorraine {LothenX'gnè) et TAllemagne de Liidivig-der-CkTmauiseh. Cette Lorraine est bornée à l'est par le grand tieuve et les Alpes ■. où troyve-t-on ^i son ouest de telles barrières entre elle et le rovaume de France de Charles le Chauve?
Toute notre histoire de ce côté de notre terre n'est que rénU" méraiion des défenses de Gaule et de France contre TinA'asion germanique. François I"" commence cette lutte avec l'empereur du Saint-Empire, Charles-Quint; par le traité c|e Cambrai, il nous assure la Bourgogne 1529:. Henri IL contre ce même Charles-Quint nous donne, à la paix de Câteau-Cqtnbrésis (1559), Metz, Toul et Verdun. Les Nassau et Coligny (celui-ci pour empêcher aussi la guerrç civile) offrent auj; Médicis du Louvre, avec l'alliance dés Provinces-Unies, les Flandres, l'Artois, les provinces belgiques. Ainsi serait maîtrisée l'jiégémonie hispano-autrichienne et conjurée toute invasion aUeihande ptir le Nord : Catherine et Charles W préfèrent la Saint-Barthélémy (1572). La politique d'Henri IV (paix de Vervins, 1^98)nous contirme la cession des Trois-Évéchés. Celle de Richelieu et de Mazarin scelle pour la troisième fois au traité de Westphalie (1648) notre souveraineté irréductible sur les trois villes à jamais françaises; il nous v est fait cession de l'Alsace, et même est inscrite au traité la prévoyante interdiction de n'élever de BiÀle à Philipsbourg aucune place forte allemande sur la rive droite, du t^hin.
La paix des Pyrénées (1659) et c^Ue d'Aix-la-Chapelle ii668). nous donnent TArtois, une partie de la Flandre, Lille, une partie du Hainaut. Les paix de Nimègue (1679) et de Rvswick (1697) ï^^^us confirment la Franches-Comté, l'Alsace et Strasbourg. Unique service de Louis XV en collaboration avec une femme, le traité de Vienne imposé à l'empereur Charles VI assure ù la France, de la main de Marie Leczinska, le province de Lorraine après la mort du roi Stanislas (1766). Sauf les derniçres guerres de Louis XIV contre l'Espagne et Guillaume le stathouder-roi, où Fambition pure et la décision religieuse ont la grande part.
Ô4 1- A MA KSi;i LLAlSi:
comment appeler toutes les guerres qui ont abouti à ces traités sinon des guerres de défense, sinon un long effort pour la fondation de marches plus lointaines, de plus protectrices frontières? La suggestion religieuse ne vient peut-être même que par surcroît dans l'action française parfois éclectique comme toute politique sensée. Au traité de Paris (1634), Richelieu et Louis XIII n'étaient-ils pas mis en possession dé l'Alsace par les Suédois pour protéger les Etats protestants contre l'empereur du Saint- Empire allemand, avec cette clause significative que ces États r^e feraient avec l'empereur ni trêve ni paix sans le consentement de la Suède et de la France. Derrière nos guerres extérieures d'apparence religieuse se tient aussi la politique pure d'opposition à toute hégémonie germanique.
Ainsi l'an 1795 n'a fait qu'achever de rétablir Tordre de nature et de défense nationale. La nation a terminé en trois ans Fcdifice incomplet que ses rois avaient commencé, il v a trois siècles, et les pays qu'une fausse et outrecuidante terminologie teutonne dénommait l'Allemagne antérieure reprennent leur vrai nom de Gaule rhénane, une des meilleures et plus authentiques terres de France.
LA MARSEILLAISE A L IITTERIEUR
La Marseillaise dans le pays : ses services patriotiques. — La Marseillaise, grand sergent recruteur de volontaires. — La MarseillaTsc dans les théâtres de Paris. — L'Offrande à la Patrie le 3o septembre i-q2 : Gossec, Dalayrac etGardel, collaborateurs de Rouget de Liste à V Académie nationale de musique. — Le chanteur Laïs. — La fête du 14 octobre i jq2, place de la Révolution, en l'honneur de la Savoie. — Les enfants dans le cortège des fêtes : le « couplet » des enfants. — Les premières fctcs publiques et la Marseillaise.
Donc la Marseillaise avait été dans Tœuvre héroïque des armes l'entraîneuse infatigable et de la première heure. Dès le matin du 26 avril 1792, elle avait été la forte main, la voix d'appel
qui poussent au grand rassemblement. En un éclair, elle s'était . constituée l'àme, la parole, le geste de la nation devenue armée.
Et quelle suite de services incomparables!
Avant la Marseillaise^ la France avait fourni des régiments de braves et les avait regardés se battre pour elle. Avec la Marseillaise^ elle accourt en .personne, se donne cœur et chair, et ses armées de héros sont le peuple même de /tous ses citoyens, paysans, ouvriers, commis, étudiants, bourgeois, qu'elle oppose aux brutes mercenaires de l'étranger, soldats par la vertu de la solde et de la schlague! Oui, par la Marseillaise^ la multitude des volontaires et des réquisitionnaires est devenue le rang régulier, toujours certes emporté d'intrépidité fougueuse, mais se faisant discipliné. Ah! tous ces jeunes gens se sont vite créé l'âme de guerre. Les professionnels, Jomini et autres, se montraient incrédules. Carnot lui-même, un instant, avant Jemmapes, n'avait pas été sans appréhension... La quatrième strophe aurait du leiir épargner l'instant d'une hésitation qui tombera dès la fin d'août 1793 :
Tremblez, tyrans et vous, perfides, L'opprobre de tous les partis!
Tremblez... Vos projets parricides Vont enfin recevoir leur prix.
Tout est soldat pour vous combattre!
S'ils tombent nos jeunes héros, La terre en produit de nouveaux, Contre vous tous prêts à se battre!
Dubois-Crancé doit sa célébrité patriotique à la fusion du bataillon de ligne avec les autres. La Marseillaise n'y a-t-elle. pas mis la main? C'est en chantant la Marseillaise devant les (lommissaires à l'embrigadement que lignards et volontaires jurent de ne plus former qu'un seul et môme corps, la demibrigade; puis rompant leurs rangs un instant, se jettent dans les bras les uns des autres, représentants du peuple, généraux, officiers, soldats, et se donnent le baiser de fraternité.
Mais ce n'est pas à cet amalgame militaire seul que la Mar~
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scillaisc a collaboré Très grand encore, très positif service, elle a parachevé ramalgame national! Elle a fondu ensemble au même creuset et en un seul bloc de corps, tous les membres de la patrie ; elle a fait la fusion du Nord, du Midi, de l'Est, de rOuest. Qui connaît encore, sauf de surnom. Flamands ou Provençaux, Alsaciens ou Picards, Lorrains ou Bretons, Normands ou Basques, Tourangeaux ou Auvergnats, etc.? Dans la même coulée, de son moule d'airain, elle tire en 92 le Français.
Qui donc viendrait maintenant parler de deux Marseillaises, Tune pour les frontières, l'autre pour les carrefours, l'une pour les soldats, l'autre pour les citoyens!
Comme si tous n'avaient pas communié en elle! Gomme s'il y avait désaccord dans leurs cœurs, dans leurs voix ! Comme si la Marseillaise n'était pas le même chant pour tous! Comme si soldats et citoyens n'étaient pas les mêmes Français ! Une dernière fois, si, sur la place publique, on l'avait interprétée autriement qu'aux armées, si elle avait été chantée contre d'autres q.ue les Allemands, cette Marseillaise^ à qui la faute?
La Marseillaise était le chant de la République française, une et indivisible comme elle.
Depuis le 10 août, du reste, les Français ne l'avaient point voulu autrement, et la Marseillaise de l'intérieur — si l'on s'obstine à cette dichotomie — avait, elle aussi, rendu les plus magnifiques services à la défense nationale. Toute l'époque de ces ans extraordinaires, la fin de 92, l'an 98 en entier, les six premiers mois de 94, résonne de son chant, de son appel aux armes!
La Marseillaise est le grand sergent racoleur de la patrie en danger, déambulant partout, s'établissant partout, tenant bureau ouvert d'inscriptions volontaires à l'Hôtel-de-Ville, aux sections, aux postes de la garde nationale, dans les corps de garde du mur d'enceinte, aux péristyles des théâtres...
Les théâtres! Quels foyers propices aux chaudes décisions collectives, aux transports des dévouements enthousiastes, aux volontés exaltées et lucides dans leur emportement, aux départs
immédiats! La scène traduit la vérité, la double vérité. C'est làbas aux frontières que les jeunes hommes doivent être présents, en armes, pour défendre ceux, celles qui restent : ceux-ci, cellesci mêmes que Ton coudoie dans l'instant, les femmes, les vieillis, et qui, sans l'effort des mâles courages, sont d'avance livrés. L'acteur, le chanteur ne jouent pas la fiction. La réalité de rheure même est là. Le canon de l'ennemi tonne en même temps que le canon des coulisses : celui-ci n'est que l'écho de l'autre. L'oreille du patriote les confond.. « Allons!... Marchons!... » Et les commissaires municipaux, installés avec leurs tables et imprimés d'engagements sous les péristyles, font bonne recette de héros. Qui dira la puissance des femmes dans ces réunions de lièvre? Elles acclament, elles crient, elles pleurent, et la galerie de leur beauté émue inspire l'exaltation du courage; elles font revivre l'esprit de chevalerie transporté, épuré par Tamour de la patrie!
En un mois, avant et pendant Valmy, avant Jemmapes, Paris et sa banlieue congénère, à eux seuls, envoient aux armées de l'Est et du Nord quarante mille volontaires. Le chant de la Marscillaise, et — ne l'omettons pas — la grande voix de Danton, font mille et mille faisceaux liés de la multitude de ^ces patriotismes, plantent les haches au milieu et jettent le tout à la tête de l'ennemi.
Spectacle passionnément curieux que celui des salles de théâtres parisiens tous ces soirs, toutes ces demi-nuits : elles semblent parfois des séances de l'Assemblée, et l'Assemblée n'ignore pas cette autre tribune. Comités de gouvernement, députés retour des départements, députés à siège fixe sans autre emploi au Palais national que d'écouteurs, connaissent au mieux Paris et les Parisiens. Les artistes qui se font les émules des orateurs des Tuileries sont bien notés comme de bons patriotes, bien venus comme des auxiliaires officiels de choix chargés de missions à l'intérieur.
Sur les théâtres libres, au théâtre de la « citoyenne Monta nsier », aux théâtres de la rue Feydeau, du Palais-Molière, au Théâtre italien, etc., comme au théâtre de la rue Louvois, la Chanson marseillaises la Chanson des Marseillais accompagne
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tous les Spectacles, et quels ! Nul qui ne soit à Funisson : le Siège de Lille, le Départ des volontaires, la Mort de Beaurepaire, l'Officier de fortune (lise:^ de roture), les Héros de Jemmapes, les Dragons de Thionville, les Emigrés aux terres australes, le Dîner du roi de Prusse à Paris.., Déjà! C'est donc une autoinvitation traditionnelle chez les HohenzoUern partant pour les campagnes de France!
Grétry, le 4 novembre 1792, écrivait à Rouget de Lisle : « V(js couplets des Marseillais : « Allons, en fans de la patrie!... » sont chantés dans tous les spectacles et dans tous les coins de Paris; Tair est très bien saisi par tout le monde parce qu'on Tentend tous les jours chanté par de bons chanteurs. »
Grétry disait vrai : la Marseillaise ne pouvait avoir de meilleurs interprètes. Les artiste^ de l'Académie de musique devenue VOpéra national ont fait de VHymne et de son sublime mouvement une belle scène lyrique, un véritable spectacle avec tableaux, chœurs, théories, figuration de peuple et de soldats, décors artistiques, « arec ses agréments », comme on disait alors, qui enthousiasme les salles, et reste encore à l'appréciation de musicographes contemporains d'une compétence appréciée, comme une sorte d'opéra riche d'animation, de chaleur, d'ample harmonie. Gossec, nommé par le Comité d'instruction publique directeur de la musique de la garde nationale; Gardel, le maître des ballets de l'Opéra, le chorégraphe habile metteur en scène avec David de toutes les fêtes républicaines; Lais, le grand chanteur de l'Académie de musique, dans une heureuse collaboration ont marié à la Marseillaise quelques passages du Veillons au salut de l'Empire, chant assez populaire dû en 91 au chirurgien Boy, appartenant comme Rouget de Lisle à l'armée du Rhin ; Dalavrac en avait composé la musique; ils ont corsé, relié l'ensemble de généreux accompagnements, et l'orchestration de Gossec achève l'attrait artistique et patriotique de l'impressionnante représentation.
Cet opéra sera la fameuse Offrande de (ou) à la Libcî^té, donné pour la première fois le 3o septembre 1792, entre Valmy et Jemmapes, et restera en scène (sauf quelques soirs d'hésitations et de tapage) jusqu'en 1799. Tous ces premiers mois l'Offrande ne
quitte pas l'affiche; elle est Fattraction. La Marseillaise jouée, dramatisée, chantée sur la scène par des réductions de fouies semble à la grande foule populaire le geste fidèle de sa propre image et c'est un reflet qui, loin de la lasser, l'exalte encore. La Marseillaise reste en vedette. Les autres opéras viennent à sa suite, quel que soit l'ordre aux programmes, et cependant cette autre musique n'est pas négligeable : si l'on entend des œuvres de second ordre comme Renaud, Phèdre, Tancrède, Œdipe, Fabius, Miltiade -à Marathon, etc., on entend aussi Lphigénie en Tauride, Orphée, Annide; mais le pathétique de l'œuvre de Gluck ne suffit pas dans l'instant à l'âme et l'oreille des Français. Tous ces opéras et vingt autres défilent, alternent, se succèdent, disparaissent en tournant autour de la Marseillaise, immuable, infatigable, comme une sentinelle que l'on ne relève pas.
L'Offrande a été reprise récemment dans un gala de bienfaisance patriotique par l'éminent directeur de notre Opéra, M. J. Rouché, et le scénario de ses épisodes bien combinés mérite d'être rappelé. Le tragique des deux époques rapprochées, l'enthousiasme toujours soulevé par l'hymne national justifient quelques lignes de souvenir au spectacle du 2 octobre 1792.
Au lever du rideau qu'accompagnait une très brève ouverture, le peuple.en fête occupe la scène; sa foule pittoresque de femmes, d'enfants, de vieillards, de jeunes gens se livre en toute confiance à un loisir joyeux. Tout à coup un citoyen — c'était Laïs — accourt et lance la sinistre nouvelle : l'ennemi a envahi la France; la patrie est en danger...
Citoyens, suspende/, vos jeux :
De nombreux ennemis menacent la patrie!
Contre la liberté d'un peuple généreux, »
Aux tirans de la Germanie Les tirans de l'Europe enfin sont réunis. Ils veulent nous courber sous des chaînes honteuses Dont nos bras se. sont affranchis!
Des groupes effravés de femmes, tumultueux, indignés, de jeunes hommes se forment aussitôt. Un premier récitatif était emprunté au Veillons au salut de l'Empire\ des pantomimes guerrières allégoriques l'accompagnaient auxquelles présidait la statue
de la Liberté placée sur un piédestal-autel dans le fond de la scène. Un second récitatif chanté par les jeunes gens indiquait le crescendo de la défense patriotique, la formation des groupes armés saluant la Liberté « seule dhnnité que le Français révère ».
Puis éclatait alors la voix harmonieuse et puissante de Laïs. C'était l'acte de la Marseillaise seule. Il chantait les quatre premières strophes avec un élan de passion et d'enthousiasme surhumain; le peuple lui répondait en reprenant le cri : Aux armes! L'orchestre lançait ses grondements de marche et d'effroi. La Marseillaise se haussait ici aux proportions épiques des champs de bataille! Après la quatrième strophe, des théories d'enfant revêtus de tuniques blanches s'avançaient sur la partie centrale de la scène, se tournaient vers la statue de la Liberté, s'inclinaient en abaissant des palmes et en brûlant des parfums devant elle : leurs voix claires et fraîches s'étaient associées à la voix de Laïs quand, dans cette strophe, une des plus émouvantes, après avoir lancé le « Tremble:;, tyrans.,, » le chanteur continuait en montrant cette jeunesse de la main :
Tout est soldat pour vous combattre, S'ils tombent nos jeunes héros, La terre en produit de nouveaux Contre vous tous prêts à se battre!
Cet épisocie annonce que le « couplet » des enfants déjà né mais non encore niché au giron de la chanson-mère, y trouvera place bientôt.
Enfin Laïs attaquait la dernière strophe, la sixième : « Amour sacré de la patrie... » Maintenant sa voix se faisait lente, solennelle, grave dans l'inspiration : un chœur de femmes soutenait l'air à mi-voix, toutes agenouillées, prosternées devant la statue de la Liberté, comme dans une profonde prière... C'était bien ici la « scène religieuse », Tinterprétation sacrée d'un chant sauveur I
Au derniers vers de la strophe succédait un silence de très courts instants. Puis tout à coup un bruit de troupes s'annonce, grandit... Ce sont les volontaires en armes qui rallient. Le tocsin résonne. Les tambours battent. Le cuivre des trompettes vibre.
Le canon gronde. Les clameurs du peuple ei des soldats s'amalgament, et tous d'un geste, d'une bouche unanimes, lancent le refrain terrible de menace victorieuse.
Dans la salle tous, spectateurs, spectatrices étaient debout, acclamant, chantant, évoquant dans une même pensée, le danger qui menaçait les êtres chéris rassemblés au loin sous les drapeaux et aussi les faibles qui, sans les héros du front, subiraient les outrages, l'emprise de l'ennemi envahisseur. Nul auditoire qui ne jurât, au milieu des imprécations des hommes et des sanglots des femmes, que pas un Allemand ne souillerait la patrie! Et c'est alors que les jeunes gens signaient d'enthousiasme leur engagement de volontaires! En octobre 92, quand Lais chantait VHymnc, on disait dans le public : « En voilà un qui ferait partir les pavés des rues pour la frontière! » Une marquise, non émigrée, cachée — pas assez cependant pour ne point voir, à travers l'entrebâillement du rideau les mouvements de la chaussée, — commentait ces départs en foule : « C'est extraordinaire! On. dirait que les volontaires sortent de dessous terre... »
Ce rayonnement de l'opinion publique jaillissant tous les soirs des foyers de théâtres, vrais clubs aussi chauds et parfois aussi sévères que les autres, le gouvernement en comprend la valeur et l'action pour et contre les principes qu'il représente et la politique qu'il arrête. Par son ciécret du 2 août 1793, la Convention commande que vingt théâtres de Paris donnent au peuple quatre représentations gratuites : elle complète la joie publique par la distribution de 100.000 livres en conformité du dicton trop vérifiable « Ventre creux n'a point d'oreilles! » Le 4 frimaire an II (24 novembre 1793) son nouveau décret souligne le triomphe particulier de la Chanson des Marseillais; cette fois l'Assemblée ordonne que V Hymne de la Liberté (autre variante du titre) sera chanté dans tous les spectacles de la République <( tous les décadis et chaque fois que le peuple le demandera m; elle insiste sur l'admirable dernière strophe :
Amour sacré de la patrie, Conduis, soutiens nos bras vengeurs.
Liberté, liberté chérie Combats avec tes défenseurs
La Marseillaise était à la peine, aux frontières, et voici qu'elle commence d'être à l'honneur. Mal en point seraient mis ceux qui toucheraient à ce drapeau des cœurs patriotes. Nul n'y songe du reste en ce moment, ni dans les théâtres, ni sur la place publique où se déroulent les fêtes nationales, les fêtes municipales, les fêtes commémoratives... Que de fêtes commémoratives déjà! Le 14 juillet, le 10 août, le 22 septembre, premier jour de Tan de la liberté! Et les fêtes extraordinaires de victoires comme celle du 14 octobre 1792 où la Convention, l'Hôtel-de-Ville, les délégués des départements acclament, place de la Révolution dans un immense et magnifique cortège, les députés de Chambéry apportant à la République française l'offrande que la Savoie faisait d'elle-même à une plus grande patrie! Les armées enverron encore à la nation d'autres nouvelles victorieuses pour la création de belles dates d'anniversaires glorieux. C'est à cette fête savoisienne que se chanta pour la première fois (( le couplet » des enfants qui vient prendre rang fraternel au milieu des strophes mâles où, à sa petite place, il trouvera toujours bon accueil.
La Révolution française est, elle aussi, une merveilleuse metteuse en scène : elle sait vite sculpter d'admirables cadres aux pensées populaires, à l'apothéose des belles joies communes, aux souvenirs et aux promesses symboliques des grandes actions. L'ancien régime incarnait surtout ses fêtes dans les mariages de ses dauphins. La République, plus heureusement inspirée, veut que ses fêtes, à elle, soient celles du peuple même; elle les ordonne en perfection et ne connaît pas les catastrophes qui les obstruent et les endeuillent de jonchées de cadavres bleuis d'étouffement. La garde nationale est une excellente police municipale.
Ce ne sont pas seulement les professionnels, les Méhul, les Gossec, les Laïs, les Gardel, les David qui sont les ordonnateurs des fêtes populaires, ce sont dans la Convention même les hommes d'étude aussi bien que les hommes d'action, les Grégoire, les Daunou, les Lakanal, les Merlin de Thionville, les esprits le moins accessibles aux étourderies du rêve, à la chimère des imageries. Ils écrivent des rapports pleins de sens, font des propositions pratiques sur le sujet. La transformation du Con-
servatoire en Institut nuti(^nal de musique les intéresse comme s'ils étaient du métier. Car la Convention pousse « le vandalisme révolutionnaire » selon le mot spirituel du vieux maître Eugène Despois jusqu'à s'occuper de cette partie de l'enseignement public; elle veut, comme le voulaient au temps de Platon les bons, instituteurs de la Grèce, que la musique figure dans renseignement donné à la jeunesse et collabore à la beauté des rapports pompeux de l'État avec là nation (18 brumaire an II- 21 thermidor an III). L'imagination, la poésie, les arts sont bonne nourriture populaire. Ici l'idéal est fécond des grandes réalités.
Mais, il faut tout dire : la Convention ne souffre pas dans les théâtres de fausses notes; elle n'entend pas même les notes discordantes; il ne lui plaît pas que les victoires de Granville, du Mans, de Savenay soient à Paris des deuils publics! Que l'exemple un instant détestable de Caen, de Bordeaux, de Marseille, de Lyon, de Toulon soit exalté, bon à suivre! Que Dumouriez après Nerwinde et la fusillade des volontaires indignés lui faisant sauter l'Escaut jusqu'au camp autrichien, reste le héros célébré! Que les joies patriotes soient huées le jour des victoires sur les Austro-Prussiens! Que les noms des enfants-héros, des Barra, des Viala soient siffles par les volontaires... de l'intérieur, par les petits réquisitionnaires... des bureaux de Comités.
Les franchises littéraires en pâtissent sans doute; la velléité des critiques et même des allusions n'a point ses coudées franches. La Commune de Paris tient à l'Hôtel-de-Ville les ciseaux de la Censure; elle les a longs, larges, pointus et bien aiguisés et elle en joue sans égards à travers les textes; elle surveille aussi du coin de l'œil la mimic[ue des comédiens et des ballerines : elle ne souffre ni le mot équivoque ni le geste licencieux. La liberté de la rampe, comme la liberté de la presse, comme le libre jeu de la Constitution, tout cela est ajouriié à la paix. Quand le canon ne résonnera plus aux frontières, la libre parole sera rendue aux gens de lettres.
Les gens de lettres font la mine. Tandis que le ton politique des pièces populaires s'accentue et qu'elles prennent le titre de sans-culottidcs (on en monte en cinq actes!), que le public applau-