‹ La MarseillaiseChapitre 46 sur 63 · NIVÔSK AN IV (8 JANVIER · texte numérisé non relu

NIVÔSK AN IV (8 JANVIER

'( Le Directoire exécutif arrête :

» Tous les directeurs, entrepreneurs et propriétaires des spectacles de Paris sont tenus, sous leur responsabilité individuelle, de faire jouer chaque jour par leur orchestre, avant la levée de la toile, les airs chéris des républicains, tels que la Marseillaise, Ça ira, \'eillons aji salut de l'Empire cl le (Jiaut du départ.

» Dans l'intervalle des deux pièces, on chantera toujours VHymue des Marseillais ou quelques autres chants patriotiques.

>' Le Théâtre des Arts donnera, chaque jour de spectacle, une représentation de l'Offrande à la Liberté, avec les chœurs et accompagnements ou quelques autres pièces républicaines.

(l) La circonscription de la 17e division militaire, remaniée et fixée à nouveau par arrête du Comité de salut public le 17 fructidor an II (3 septembre 1794), comprenait les départements de Paris, de Seine-ct-Oise, de l'Oise, de Seine-et-Marne et d'Eure-et-Loir. Robespierre, au cours de sa toute-puissance, après la disparition de la Commune hébertiste, avait, antérieurement, déjà réuni aux mains d'Henriot le commandement de la 17* division militaire et celui de la i^arde nationale parisienne, \

A 1'1>j;m)IC !•; I^Od

>' 11 est cxprcsscmem détendu de chauler, laisser ou taire chanter Tair homicide dit le Rcvcil Jii peuple.

') Le ministre de la l^olice donnera les ordres les plus précis pour taire arrêter ceux qui, dans les spectacles, appelleraient par leurs discours le retour de la royauté, provoqueraient Tanéantissement du Corps législatif ou du Pouvoir exécutif, exciteraient le peuple à la révolte, troubleraient l'ordre ou la tranquillité publique, et attenteraient aux bonnes mœurs.

» Le ministre de la Police mandera, dans le jour, tous les directeurs et entrepreneurs de chacun des spectacles de Paris; il leur fera lecture du présent arrêté, leur intimera, chacun à leur égard, les ordres qui y sont contenus; il surveillera l'exécution pleine et entière de toutes ses dispositions et en rendra compte ati Directoire. »

Un second arrêté du Directoire en date du 27 nivc)se (17 janvier i7()(3i déclarait l'arrêté du 18 commun à tous les théâtres sur Tehscmble du territoire de la République française.

LA CHOUANNERIE AU THEATRK CONTRE LA MARSEILLAISE ET LES INSTRUCTIONS... TACTIQUES DU GENERAL BONAPARTE

Kr,' I-MA.IOR GÉNÉRAI,

Le général en chef de l'armée de l'iiitérie/tr au elief de rétaf-tiiajor.

« Vous ordonnerez- aux adjudants généraux Charloc, Courveillière, Lacroix et Solignac de se rendre à 6 heures précises, le premier au théâtre LoKvois, le second au théâtre FeydeaUj le troisième à VOpéra, le quatrième aux Italiens. Ils se placeront dans les loges destinées à Tétatmajor; ils feront appeler l'adjudant de brigade de service et le chef des agents secrets de la police militaire, pour se concerter ensemble.

» Vous donnerez les ordres pour qu'il y ait à la porte de ces quatre spectacles cinquante hommes, non compris ceux qui y sont, et que vous prendrez sur le piquet de Saint-Roch. Vous ordonnerez à cinquante grenadiers de la Convention, à cent hommes du piquet de Saint-Roch et à cinquante dragons de se tenir .prêts dans la cour de la Bibliothèque, où se tiendra le commandant de la Place.

•> Vous ferez placer trois ordonnances à cheval à portée de chaque spectacle, afin de pouvoir être instruit de tout ce qui se passera.

» Vous ordonnerez au citoyen Marné de se rendre au théâtre i'eydean avec six de ses agents les plus affidés, qui se répandront dans le parterre et dans les galeries et qui instruiront l'adjudant général et désigneront les hommes qui par leur conduite turbulente seraient dans le cas d'être arrêtés. Il enverra également six de ses agents au théâtre des Italiens, dont un fera fonction de chef, et se présentera à la loge de l'adjudant général pour se taire reconnaitre. Le citoyen Croisard se rendra à VOpéra avec les mêmes instructions; il enverra six agents au théâtre de la République.

» Les adjudants généraux commandant aux difléreiits spectacles leront arrêter tout homme qui donnerait un acte d'improbation, ou porterait

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quelque enipèchenieiii à rexécuiiou de l'aiieie du gouvei'ueiiieiii; ils pla ceroiit des seminclles aux portes des loges d'où il serait parti des sifflets ou tout autre signe d'improbation tendant à empêcher l'exécution de l'ordre du gouvernement.

» Si le bruit était tellement fort que l'acteur ne pût pas chanter et l'arrêté du gouvernement ne pas être exécuté, il ordonnerait au directeur de faire cesser la pièce et ordonnerait aux spectateurs de se dissoudre. Ils préviendront le quartier général de tout ce qui pourrait se passer.

» Le commandant de la Place, avec le piquet de la îiibliothèque se portera partout où il sera nécessaire. Vous donnerez les ordres nécessaires à l'exécution du présent, et vous vous rendre/, à 6 heures précises à rÉtat-major.

» Vous ordonnerez à trente dragons de la garde du Directoire de seller et de se tenir prêts à brider.

■^ " » Si^HC : BoNAi'ARTK.

» Vu ei approuvé par le ministre de la l\)lice générale de la République, io nivôse an IV de la République française une et indivisible.

)' Si if ne : Mkrlin. »

Ce luxe de mesures énergiques, l'apposition de plantons armés à la porte des loges des ci-devant eurent leur plein erf'et, si Ton s'en réfère au rapport de Bonaparte du 'M) nivôse suivant. (\'oir ci-apres le Rapport du général Bonaparte.)

CTAT-MAJOR GÉNÉRAL (3o nivÔSV OU I\' ( 20 j<HlviOr ij(i())

— , de la République une et itulivisiblej

RAPPORT SUR Li:S SPbXTACLKS D AUJOl RI) Hll

Opéra. — Les airs patriotiques ont été très accueillis.

OpéRa-Gomiquh;. — Tout a été très tranquille ei les airs fort applaudis.

Feydeau. — Avant la première pièce, lés airs patriotiques ont été exticutés par Torchestre. Entre lés deiix pièces V Hymne des Marseillais a été chanté. Pendant ravânt-dernier couplet, \\n coup de sifflet s'est fait entendre. Les agents de la police sont à la recherche du chouan. Du res\€ le spectacle a été tranquille.

La Rbpublu^uk, \'ali)k\ u.i.e. — Tout a été tranquille.

Le génital en chef, Signé : Bonaparte.

A im>i;n 1)1 (.

Bruxelles, G pluviôse an 1\' (26 janvier ijijG). « Tout ce qui, dans ce moment, a rapport à la Ma'rsctUaise, intéresse le public. Il y a de la mauvaise foi à dire qu'on ne chante cet hymne qu'en France; on le chante partout où se trouvent des amis de la liberté : l'air, les accompagnements se chantent partout oii l'on n'est pas insensible aux charmes de la musique. J'ai chanté, j'ai entendu chanter les airs chéris des Français par des Français, par des Italiens à Rome, et cela dans le temps même que les poignards s'aiguisaient pour le massacre de Bassville (i). La Marseillaise se chantait à Florence, dans le voisinage du ministre anglais Harvey, qui alors y était tout-puissant. Jai entendu exécuter lair de la Marseillaise à Mayence," huit mois après la prise de cette ville par les I^Çjussiens, en présence d'une garnison de six mille hommes, rangés en parade, en présence de plus de cent cinquante officiers prussiens de tout grade, parmi lesquels des généraux, qtii le tirent répéter jusqu'à trois fois, tout en paraissant avoir l'air de ne pas s'apercevoir du dépit et de l'embarras que Ça causait aux émigrés présents. J'ai eu le plaisir, moi-même à Lillosur-l'Escaut, plusieurs jours avant l'arrivée des Français, de faire enrager les nobles corps de Choiseul et de Bélhisy (2), en faisant répéter cent fois par jour les airs patriotiques, par la musique attachée à plusieurs bataillons hanovriens campés dans cet endroit. Gela ne me coûtait qu'utit canette de bière ou un seau d^eâu plir'e, qui y était rare, et j'avais enct)re le plaisir de voir mes "ducs et niés marquis, cointne lés chiens anhélants, conVDiter quelques gouttes d'éau, le prix de là Màtseitlaise. Ce n'est sans doute qu'après avoir vu là propension qu'avait toUt le mon<ie à chanter la Mai' seillaise que des méchants y ont iidapté des paroles anticiviques... »

Siii^né ; Norbert Cornelissen. {'^)

il) Secrétaire de légatiori à Naptes, BaSsville avait été envoyé à Rorhe >;oinme ministre pour y protéger les intérêts des hèj^ociants français; il avait cou'rageuseniehl arboré la cocarde tricolore et remplacé l'écusscn royal par le drapeau national à la porte de l'hôrcl de l'ambassade. Il fut assassiné dans la rue le jour même (14 janvier I7Ç)3) par une populace fanatisée. Les petits journaux du temps n'omettent pas de ^signaler que la veuve de Bassville convolait en de nouvelles noces juste Un an après ce décès tragique.

(1) Corï'is d'émigrés français figurant dans les armées austro-prussiennes.

(3) Journal le Rédacteur du l3 pluviôse an IV f2 février 170). — Cette a)rrespondaiice, elative au chanl de la Marseillaise hors France, est confirmée par Ch. Botta dans son Histoire ^'Italie (1789-181.4). Ch. Botta, né dAns le Piémont en 1766, mort à Paris en l837, était entré coinnie professeur de faculté dafts l'UniS'ersilé de France après 181 5.

muummmmnumumuunmmî

A I.A BHKÉSIXA

UNE RKPLIQUK DE TROUPIERS MALBROUGH s'kN VA-T^EN GUERRE... l 8 T2

On sait la petite chronique de cette chanson populaire.

En 1709, John Churchill, duc de Marlborough, successivement vainqueur de Villeroy à Ramillies (1706), de Vendôme à Oudenarde (1708), battait encore V'illars à Malplaquet; mais cette fois le dénouement était de ceux que Ton qualifie de victoire à la Pyrrhus, et Marlborough passa même un instant pour avoir été tué sur le. champ de bataille. Un loustic, inconnu, ht (on ne peut dire rima) sur la mort et Tenterrement de l'illustre gênerai la complainte qui tentait de les ridiculiser.

La chanson était fort oubliée, quand en 1781, la reine Marie-Aiiioiiicilc la ressuscita pour l'apprendre et la faire chantera la nourrice du Dauphin, Al"" Poitrine; aussitôt la Cour de France et toutes les Cours d'Europe de hedoiiner Malbrovigh...

Malbroug/i s'oi va-l'en guerre compte un nombre indétini de couplets : les premiers seuls trouvent leur application quand Tironie populaire ou militaire les décoche à l'adresse d'un général dont le génie, les évolutions ou le prompt retour ne sont pas jugés en rapport avec les prétentions du plan ou du départ. Nous l'avons entendu chanter en ■août 1870 au camp' de Châlons, quand un autre Napoléon, après les premières défaites, vint s'associer au commandement de l'armée destinée au désasti"x; de Sedan.

UN JUGEMENT DE THIERS SUR « l'insensé, le fou de 181 2 ET DE l8l3 »

« Après quelques années ce saga {Napoléon) cierenu fou, fou d'une autre folie que celle de quatre-vingt-treize, mais non moins désastreuse, immolait un million d'hommes sur le champ de bataille, attirait l'Europe sur la France qu'il laissait vaincue, noyée dans son sang, dépouillée du fruit de vingt ans de victoires, désolée en un mot et n'ayant pour refleurir que les germes de la civilisation moderne déposés dans son sein. Qui donc eût pu prévoir que le sage de 1800 serait l'insensé de 1S12 et de i8i3': Oui, on aurait pu le prévoir, en se rappelant que la toute-puissance porte en soi une folie incurable, la tentation de tout faire quand on peut tout faire, même le mal après le bien (i). »

(l) Histoire du Consulat de l'Empire, t. XX. liv. i.Mi. p. ytp. Édit, Lhcureux, Paris 1862 . V. id. MiGNET, Histoire de la Révolution française de i'/<Sg à I S 1 4, t. II, chap. xv, p. 3l8, édit., Didier-Didot, in-l8, Paris i86q.

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