LE DÉCRET DU 20 MESSIDOR AN III
La Marseillaise sacrée chant tiational le 26 messidor an III (14 juillet ijqb), — Le nom de Rouget de Liste est inscrit, avec remerciement public, au procès-verbal de la séance de la Cotivention. — Autre récompense publique décernée à l'auteur de la Marseillaise.
Et maintenant, la nation et son gouvernement n'ont-ils pas le geste naturel d'une reconnaissance sacrée, en saluant, en confirmant aux Tuileries comme chant national l'hymne qui
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Tétait déjà depuis trois années pour avoir sur\olé tant de gloires, de justes guerres, tant de victoires libératrices?
Trois mois après la paix de Bâle, le 14 juillet 1795 (26 messidor an III) un décret de la Convention consacre la Marseillaise : désormais elle sera Thymne des fêtes populaires, des pompes gouvernementales, des musiques de demi-brigade, de toutes les cérémonies publiques, comme elle a été, dés son premier cri, l'hymne des combats, le triomphal hallali contre les hordes d'invasion.
La décision du 26 messidor an III, est d'ailleurs prise avec cette simplicité et cet à-propos de tant d'actes du temps : elle vient ce jour-là comme une conclusion légitime, attendue, de l'épopée.
La Convention fête l'anniversaire du 14 juillet 1789 dans la salle même de ses séances. Le Conservatoire national de musique est rangé sous la tribune : il chante VHymne des Marseillais. Les grands souvenirs ont vite monté au cœur. Tous les membres de l'Assemblée, le public des tribunes sont debout. Un enthousiasme de liberté, une volonté d'âme civique secouent les poitrines, allument les regards, détachent les mouvements. « On croit, dit un témoin, entendre le chant pour la première fois! « Les applaudissements, les vivats redoublent à chaque strophe. Pendant plusieurs minutes, on acclame le
Tremblez tyrans et vous, pertides...
Les battements de mains, les cris de Vive la République! interrompent et couvrent Torchestre.
Enfin à l'invocation
Amour sacré de la patrie...
tous les fronts se découvrent et des milliers de voix émues et émouvantes se joignent à celles des chanteurs.
Jean Debry, un des membres les moins contestés, un des plus modérés de TAssemblée, un ex-girondin, demande la parole :
« Ce n'est point une discussion que je veux élever, dit-il au milieu d'un grand silence; mais je demande que le sentiment délibère.
Jb LA MARSEILLAISE
j» Je demande que nous rendions à Tesprit national cette énergie, cette chaleur qu'il avait aux beaux jours de la Révolution... {Des applaudissements unanimes saluent ces premiers mots; l'Assemblée qui s'était rassise se lève tout entière en signe d'adhésion)... cette énergie qui, il v a six ans, à pareil jour, le 14 juillet, porta le premier coup à la tvrannie et qui, le 10 août, préluda par le chant civique que nous venons d'entendre, à son renversement. (Nouveaux applaudissements.) Je demande que I'Hymne à jamais célèbre des Marseillais, cet hvmne qui nous fit gagner tant de batailles soit consigné tout entier dans le procès-verbal d'aujourd'hui, et que le Comité militaire donne des ordres pour que cet air soit joué chaque jour à la garde montante du Palais national, et désormais exécuté par les corps de musique des gardes nationales et des troupes de ligne. » (Les applaudissements 7'edoublent.)
La proposition de Jean Debry est acclamée, adoptée aux cris de Vipe la République! et transformée dans ces mêmes termes en décret, le décret du 26 messidor an III (14 juillet 1795) (i).
Jean Debry réclame le silence pour ajouter quelques paroles :
« Je demande de plus, dit-il, que le nom de l'auteur de I'Hymne DES Marseillais, de Rouget de Lisle (sie) soit honorablement inscrit au procès-verbal de la séance. »
Cette seconde proposition est adoptée au milieu de vifs aj5plaudissements. .
Quelques jours après, le 4 fructidor an III [21 août ijqS) la Convention complétait son témoignage public à Rouget de Lisle en lui faisant don, sur l'initiative de son Comité d'instruction publique, de deux violons d'honneur — avec archets et étuis — que l'officier-poète était invité à choisir lui-même dans les collections du Conservatoire, rue Bergère. Très modeste signe sans
(i) V. Bulletin des lois, -p- Le décret est suivi des six strophes de la Marseillaise; il associe au chant désormais national, pour être exécuté « avec les airs et chants civiques qui ont contribué au succès de la Révolution », le Chœur à la Liberté, paroles de Voltaire, musique de Gossec.
doute rapproché de l'hommage glorieux rendu les jours précédents mais également en bel accord avec le sobre civisme dii temps!
La simplicité de ces récompenses publiques en faisait la sublimité. C'est ce que Barère appelait spirituellement « payer les services rendus à la patrie en monnaie républicaine de l'opinion nationale. »