‹ La MarseillaiseChapitre 59 sur 63 · TRANSLATION DES CENDRES · texte numérisé non relu

TRANSLATION DES CENDRES

l)K ROUCÎET DE LISLE

LA HALTE AUX INVALIDES (14 JUILLET IQlS)

DISCOURS PRONONCK DANS l.\ COUR D'HONNEUR DEVAN r LE CERCUEIL PAR M. RAYMOND POI .NCARK, PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE

« Messieurs,

» En décrétant que les cendres de Rouget de Lisle seraient solennellem ent ramenées à Paris, le jour de la tête nationale, au cours d'une guerre qui décidera du sort de l'Europe, le gouvernement de la République n'a pas seulement entendu célébrer la mémoire d'un officier français f>ar qui s'exprima, en une heure tragique, l'âme éternelle de la patrie; il a voulu rapprocher sous les yeux du pays deux grandes pages de notre histoire, rappeler à tous les fortes leçons du passé et, pendant que de nouveau la France lutte héroïquement pour la liberté, glorifier l'hymne incomparable dont les accents ont éveillé, au cœur de la nation, tant de vertus surhumaines.

» La sublime improvisation de. Rouget de Lisle a été, en 1792, le cri de vengeance et d'indignation du noble peuple qui venait de proclamer les droits de l'homme et qui se refusait tièrement à plier le genou devantl'étranger. Les armées prussiennes s'avançaient vers le Rhin. Par le nord et par l'est, les Autrichiens menaçaient nos frontières. Le 20 avril, l'Assemblée nationale avait voté la guerre, et, suivant le mot d'un des orateurs, elle avait émis le vœu que les feux des disc(jrdes intestines s'éteignissent aux feux des canons.

» La nouvelle était parvenue, des le i3, en celle loyale Alsace qui, le 14 juillet 1790, unie aux fédérations de toute les provinces, avait à jamais juré tidélité à la France indivisible. Et voyez, messieurs, comme aussitôt tout conspire à faire du chant guerrier, composé par Rouget de Lisle, une œuvre magnifiquement symbolique.

» C'est un modeste enfant du .lura, devenu simple capitaine et atîécté à la défense de Strasbourg, qui au moment tixé par les destinées du pays, va ôtre inopinément l'interprète de tous les citoyens. C'est le maire de la grande ville alsacienne qui va conseiller au jeune officier d'écrire une marche pour l'armée du Rhin; et bientôt lorsque les strophes enflammées de Rouget de Lisle se .seront envolées jusque dans le Midi, ce seront des volontaires marseillais qui, prêts à mourir pour la patrie, les chanteront joyeusement sur les routes de France, les feront applaudir par Paris enthousiasmé et leur laisseront un nom impérissable. Si bien, messieurs, que dans la genèse de notre hymne national, nous trouvons, tout h la fois,

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un splcndide témoignage du génie populaire et un exemple émouvant de Tunitc française.

» Qu'importe, après cela, que Rouget de Lisle ait achevé dans l'ombre une existence médiocre et qu'il n'ait reçu qu'après la Révolution de Juillet une croix et une pf.nsionl Qu'importe qu'il ait entendu la calomnie lui contester la paternité de son chef-d'œuvre et que des organistes allemands, élevés à l'école du mensonge, aient prétendu cyniquement le dépouiller de sa gloire! Son chant immortel, adopté par tout un peuple, couvre désormais de ses sonorités puissantes, les murmures de l'envie et les clameurs de la haine. -*-

» Partout où elle rcicnxït. la Marseillaise évoque l'idée d'une nation souveraine, qui a la passion de l'indépendance et dont tous les rils préfèrent la mort à la servitude. Ce n'est plus seulement pour nous autres Français, que la Marseillaise a cette signification gratidiose. Ses notes éclatantes parlent une langue universelle et elles sont aujourd'hui comprises du mojide entier (i).

» Messieurs, il fallait un hymne comme celui-là pour traduire, dans une guerre comme celle-ci. la généreuse pensée de la France... »

Va après avoir montré la politique arrêtée de l'Allemagne impériale de multiplier dans ces dernières années les menaces et les orages où tonnerait le conflit, le silence de l'FIurope devant la politique austro-allemande des Balkans, la patience de la France devant les provocations de Tanger et d Agadir; après avoir dénoncé l'impérialisme germanique et les castes de hobereaux qui étayent tout un édifice politique et social suranné sur un militarisme d'oppression interne et de conquête extérieure; après avoir tiétri les impudents mensonges d'un prétendu envahissement de l'Allemagne par nos avions, l'ignominieuse lâcheté des propositions faites à l'Angleterre, le viol sanglant de la Belgique neutre, M. le Président de la République repousse, au nom de la nation, toute paix mensongère telle que l'ennemi ose déjà en faire circuler les oft'res honteuses, cyniques. Organiquement que serait une telle paix? sinon provisoire, boiteuse, grosse de guerres nouvelles non moins terribles...

( ij (Xitc ;inin.'c mémo, i()iS. le 'M> juin, en remettant au corps de troupes tchcco-slovaqucs formé en France, le drapeau que leur offrait le Conseil municipal de Paris au nom delà capitale, .M. le l'résident de la Republique, qui avait si h)icn pénétré le génie de la Marseillaise, en faisait ressortir la vertu universelle avec le nouvel exemple donné le 16' mai dernier, à Prague même, par les milliers de délégués jougo-slaves, slovèncs. croates, polonais, italiens de Trente, roumains de Transvlvanic, accourus pour célébrer le centenaire du jour où avait été posée la première pierre du Théâtre-National. Kn dépit des persécutions, des emprisonnements, des déportations, des cruautés individuelles et en masse dont les gouvernements de l'Autriche-Hongrie victiment les nationalités indépendantes pendant cette longue guerre, tous ces patriotes héroïques sont venus, et là. sous les yeux, sous les armes menaçantes des troupes de guerre et de police amoncelées. M. K. l'oincaré nous les montre et peint d'un mot éloquemment ému : « Tous jttrent, d l'envi, de donner leurs biens et leurs vies your assurera leurs nations respectives l'unité d'Etat : tous, à l'envi, acclament les puissances de l'Entente, et, devant les Impériaux stupéfaits, entonnent i.A MARSKiLL.visE... Comment la France demeurerait-elle sourde aux cris de ces cqplifs. insensible aux gémissements de ces victimes ? »

Verbe unique, cette Afarseillaise, qui rapproche ainsi les peuples et devient leur mot d'ordre, à tous, pour la justice et la liberté I

APPKNDIC K 40()

" Un nouveau traité draconien serait aussitôt imposé, s'écrie M. R. Poincaré, et npus^ioniberions, pour toujours, dans la vassalité politique, morale et économique de nos ennemis. Industriels, cultivateurs, ouvriers français seraient à la merci de nos rivaux triomphants, et la France humiliée s'artaisserait dans le découragement et dans le mépris delle-mème.

» Qui donc pourrait s'attarder un instant à de telles visions: Qui donc oserait faire cette injure au bon sens public et à la clairvoyance nationale? Il n'est pas un seul de nos soldats, il n'est pas un seul citoyen, il n'est pas une seule femme de France qui ne comprenne clairement que tout l'avenir de notre race, et non seulement son honneur, mais son existence même, sont suspendus aux lourdes minutes de cette guerre inexorable. Nous ayons la volonté de vaincre. Nous avons la certitude de vaincre. Nous avons confiance en notre force et en celle de nos alliés, comme nous avons contiance en notre droit.

» Non, non, que nos ennemis ne sv trompent pas! Ce n'est pas pour signer une paix précaire, trêve inquiète et fugitive entre une guerre écourtée et une guerre plus terrible, ce n'est pas pour rester exposée demain à de nouvelles attaques et à des périls iiiortels que la France s'est levée tout entière, frémissante, aux mâles accents de la Marseillaise.

( T'. la fin de ce liiscoNts dans le texte du livre, p. 2q6-2qj.)

De pieuses manifestations patriotiques dans cette même mémorable journée avaient apporté l'hommage de la Ville devant la statue de Strasbourg. Le Conseil municipal de Paris et le Conseil général de la Seine, précédés de leurs huissiers, ayant à leur tête, leurs présidents MM. Adrien A;Iithouard et Paris, et leurs bureaux, se rendaient en cortège, place de la Concorde par la rue de Rivoli et déposaient devant la statue deux énormes gerbes de rieurs. En remontant, pour prendre place dans le cortège, les deux présidents s'arrêtaient devant un groupe de réfugiés au pied de la statue de Lille : ils pressaient la main de leurs courîlgeux concitoyens et, devant le piédestal de la grande cité des Flandres, MM. Mithouard et Paris déposaient de même deux grosses gerbes de Heurs.

Avant d'aller également prendre place dans le cortège de la place de l'Étoile, la Ligne des patriotes était venue, elle aussi, saluer comme Déroulède l'avait fait tant de fois, Strasbourg la cité française prisonnière. Aux côtés du président Maurice Barrés on remarquait avec M"« Déroulède, la vaillante sœur de Déroulède, MM. Galli, Poirier de Narçay, Le Menuet, Levée, Denais, Spronck. La courte allocution de M. Barrés se terminait par le vœu acclamé d'un rendez-vous prochain non pas sur la place de la Concorde mais « devant la statue de Kléber, dans Strasbourg libéré! « Orateur ou écrivain, Barrés colore toujours sa parole d'images qui vivifient puissamment de grandes pensées.

Une manifestation d'intention opportune allait aussi honorer, ce même 14 juillet, la mémoire de Gambetta dans la niodeste villa des Jardies, à\'illed'Avray, où le grand patriote de 1870, était mort le 3o décembre 1882.

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