‹ La martyreChapitre 48 sur 117 · ACTE II. SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

ACTE II. SCÈNE VIII

Le sang du fils de Dieu, le sang versé pour vous.

Christ, pardonne-leur! N'écoute pas ces fous!

Leur blasphème ignorant, ne leur en tiens pas compte!

Mais écoute mon cri de remords et de honte,

A moi qui par ta grâce usée imprudemment

Suis la cause et Tobjet d'un tel égarement;

Et puisque c'est en ma faveur qu'on te déprime.

Fais tomber sur moi seul tout le poids de leur crime!

FLAMMEOLA.

Non! Non! laisse parler ces cœurs reconnaissants.

Ce qu'ils disent, ce qu'ils éprouvent, je le sens,

Et leur crime, avec eux je viens de le commettre.

Comme eux, je trouve en toi le bon pasteur, le maître.

Quelque chose de fort, de suave, de grand.

D'irrésistible, et qui vous attire et vous prend.

Tais-toi! Ne brise point sous de dures paroles

Le lys mystérieux aux naissantes corolles.

Le lys consolateur que tu m'avais promis

Et qui devait éclore aux pleurs de tes amis.

C'est eux, c'est leur amen où je viens de me joindre.

Qui me font espérer que peut-être il va poindre.

Qu'importe si je suis encor gauche à saisir

Ta foi, ton dieu! J'en ai déjà comme un désir.

A ce désir qui cherche il faut montrer la rive.

Soufire qu'à travers toi jusqu'à ton dieu j'arrive

Et que vers un tel but* les chemins soient seorets.

Comment n'as-tu pas vu que j'en étais tout près.

Extasiée en leur extase fraternelle?

A leur essor d'amour mon âme ouvrait son aile.

Qui sait vers quoi? Mais hors de l'ombre, c'est certain.

O lumineux éveil d'alouette au matin.

Qui, secouant la terre attachée à sa pliime.

Veut monter dans la pourpre où l'aurore s'allume

Pour aller tout à l'heure achever son éveil

Plus haut, en plein azur, plus haut, en plein soleil!

Ah! pourquoi, par un brusque et brutal cri d'alarme.

Sans pitié, toi si bon, as-tu rompu ce charme?

Pourquoi leur as-tu dit de se taire? Pourquoi

Casser l'aile au grand vol qui m'emportait vers toi ?

JOHA^NÈS.

femme...

ARUNS, descendant vivement ea scène.

Tu n'as rien à lui répondre, frère. Prends garde! Ton orgueil va se laisser distraire A la tentation où je te sais enclin.

De vouloir les tourner, les pièges du Malin.

II faut les fuir. Prends garde à la langue fleurie Dont les propos flatteurs sentent l'idolâtrie.

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