‹ La mascarade de la vie parisienneChapitre 13 sur 44 · Z|^ LA MASCARADE · texte numérisé non relu

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la jeune fille eût été bien portante, il était impossible de Tapercevulr du trottoir.

Bida s'était juré de ne plus retourner chez son ancien ami ; mais que lui importait un serment en pareille circonstance? Il prit son courage à deux mains, et quoique cette détermination lui cout<àt, il grimpa les six étages en ayant som d'affaiblir son pas de façon à ne pas être entendu à l'intérieur. Arrivé devant l'atelier du peintre, Bida colla son oreille contre la porte, et chercha à connaître si la voix bien connue de Claire ne résonnait pas ; mais aucun bruit ne se faisait entendre. La clef était sur la porte, Bida entra plein d'émotions,

— Ah! c'est vous, lui dit Gogué du ton indifférent d'un homme surpris d'une visite désagréable.

— Oui, dit Bida, il y a longtemps que je n'étais venu...

Le peintre ne répondit pas, et continua de travailler à un petit tableau.

— Que faites-vous maintenant? demanda Bida en s'avauçant vers le chevalet.

Le peintre couvrit la toile de son bras.

— Des bêtises, rien.

Cela fut dit du ton d'un homme qui aurait répondu : Que vous importe?

Mais Bida n'était pas monté pour rien ; il s'attendait à être mal reçu, et en avait pris son parti. Aussi, sans être prié, selaissa-t-il tomber dans un fauteuil.

— Quelle heure est-il? demanda Gogué.

— Trois heures au Luxembourg.

— Déjà trois heures!... moi qui ai une affaire à trois heures et demie au faubourg Montmartre.

— Il voudrait me renvoyer, pensa Bida qui répondit tranquillement : En marchant vite vous avez suffisamment d'une demi-heure pour traverser l'eau.

— C'est qu'il faut que je m'habille.

— Ne vous gênez pas, dit Bida, je descendrai avec vous.

Le poëte était heureux des raisons mises en avant par le peintre, La petite porte de sa chambre donnant dans l'atelier était fermée. Claire s'y trouvait peut-être ! Quand le peintre s'habillerait, il serait facile de voir si Claire était malade.

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— ('.'est que... dit Gogiié en hésitant, j'atfemls qiicl(iu'un ici.

— Kt je vous gcMie, n'est-ce pas?

— Je n'aurais pas osé vous le dire...

— C'est bien, dit Bida en prenant son cliapeau ; mais avant que je ne parte, donnez-moi, je vous prie, des nouvelles do Claire?

Gogué se leva, et, d'un regard irrité :

— Mon cher, je n'aime pas les plaisanteries.

— Quelles plaisanteries! s'écria Bida étonné.

— Que Claire me quitte, elle est libre ; mais. que vous veniez de sa part savoir comment j'ai pris cette séparation, voilà qui me semble au moins inconvenant.

— Elle vous a quitté, reprit le poète : depuis quand?

— C'est assez, dit le peintre. Mais je ne suis pas si amoureux que vous le croyez, car j'aurais été chercher Claire chez vous.

— Chez moi! s'écria Bida. Vous êtes fou, Gogué.

— On vous a vu causer avec elle, il y a huit jours, rue Dauphine, et vous lui aurez donné de bons conseils... Ah ! vous faites vos coups en dessous... Je m'en doutais, on m'avait prévenu...

— Voyons, Gogué, je vous en prie, expliquons-nous... Vous dites que Claire n'est plus revenue depuis samedi? Mais je vous donne ma parole que je n'en savais rien... Tenez, dit Bida en s' avançant vers son ami, regardez ma figure altérée... Ne suis-je pas aussi inquiet que vous de la disparition de Claire? Je l'aime, mais d'une amitié profonde ; croyez qu'il m'a fallu de violents efforts pour monter chez vous, quand vous avez refusé de m'ouvrir, il y a quinze jours, et quand il fallait me présenter devant un amant.

— Moi, son amant ! dit le peintre. La petite est rusée, quand elle a eu son portrait terminé, et deux ou trois études que j'ai faitee; d'après elle, je ne l'ai plus revue.

— Vous avez son portrait ! s'écria Bida, qui parcourut d'un regard tout l'atelier.

— Vous ne le verrez pas ici ; je l'ai retourné pour ne plus y penser.

— Gogué, nous avons été très-liés autrefois. J'ai une prière à vous faire. Montrez-moi le portrait de Claire?

— Prenez-le si vous voulez, dit le peintre en jouant l'indifférence.

Bida se précipita sur la toile.

— Vrai, vous me le donnez?

— Aimez-vous mieux que je vous le vende? dit le peintre ironiquement.

— Ah! Gogué, s'écria Bida en lui serrant la main, vous m'avez causé la plus grande joie de ma vie... Que pourrais-je donc vous donner en échange de ce cadeau?

— Vous êtes content alors?

— Oh ! s'écria Bida.

— Eh bien, je n'en demande pas davantage. J'ai encore là deux petites toiles d'après Claire, mais je ne vous les donne pas... Elles assez réussies, et un marchand me les demande quand elles seront terminées.

— C'est ce petit tableau que vous me cachiez tout à l'heure?

— Précisément Je ne voulais pas que M"e Claire sût que je m'occupais d'elle.

— Ah l qu'elle est jolie ainsi, dit Bida en regardant une esquisse de religieuse dont Claire avait fourni le modèle.

— Je n'ai pas trop perdu mou temps avec elle, dit Gogué. Si elle n'était pas restée trois jours ici, je n'aurais pas travaillé...

— Où peut-elle être? disait Icpoëte.

— Mieux qu'ici, Bida, et mieux que chez vous... Elle a bien fait ; j'aurais pu m'y attacher fortement. Elle est partie, trouvant sans doute que la nourriture ne lui convenait pas.

-^ Non, dit Bida, il y a autre chose.

— Vous l'aimez donc beaucoup? Truand m'en avait averti : c'est lui qui vous a rencontré avec elle rue Dauphine...

— Je l'ai quittée, et elle revenait chez vous...

— Elle aura fait le grand tour, dit le peintre en souriant. "- Mais pourquoi n'est-elle pas venue chez moi?

— Parce que vous demeurez trop haut, dit Gogué. -— Ah 1 que je suis inquiet.

— Vous le serez longtemps,

— Pourquoi? demanda Bida.

— Mon cher, parce que les jolies filles, les poètes et les peintres appartenant à la grande famille des gueux, ne peuvent vivre ensemble sous peine de se dévorer entre eux pour apaiser leur appétit. Donc chacun, pour suffire à son existence, doit courir le monde, fréquenter

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dos pcrsoiiiiaï^es plus imporUuUs... Vous la retrouverez peut-être : seulement vous serez eucorc pauvre, et elle sera riche...

— Comme vous pensez mal de celte pauvre Claire!

— Ail! mon cher, j'ai pensé trop de bien d'autres Claires ; maintenant c'est lini, je commence par en penser beaucoup de mal, c'est ce qui me rend le caractère gai...

— Adieu, misanthrope, dit Bida tristement.

— Adieu, amoureux, dit C.oguccu éclatant de rire.

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