LV MASCARADE
comme une sorle de rempart entre la femme voilée et le fauteuil de Redjougla.
— Oh! ne me la cachez pas^ dit Couturier. Claire, réponds-moi! De son cùté, la femme voilée cherchait à traverser le groupe des
initiés.
Couturier, voyant la résistance qu'on semblait lui imposer, essaya de franchir Testrade ; mais à un clin d'œil de Redjougla les huissiers de service s'approchèrent, et s'emparèrent de l'apprêteur.
— Claire, ma lille ! s'écriait-il toujours.
— L'évocation est trop puissante pour ce faible cerveau, dit Redjougla.
— Assez, assez, criaient les femmes, les larmes aux yeux.
— Qu'on l'emmène ! dit Redjougla.
— Oui, oui, cria-t-on de toutes parts.
— Vous voulez m'empêcher d'embrasser mon enfant, dit Couturier, en faisant des elTorts violents pour se débarrasser des deux huissiers qui le tenaient à bras-le-corps.
Et, par un brusque mouvement, il y réussit, renversa des chaises et courut vers Redjougla. Les femmes, efFrayées,;se reculaient. Redjougla eut le temps de sonner; de nouveaux laquais vinrent prêter main forte aux huissiers.
Toute l'assemblée était dans la stupeur. Seul le vieillard sceptique regardait froidement cette scène, sans la comprendre. Cependant, plein de soupçons, il alla vers le bureau.
— Monsieur, dit-il à Redjougla, une pareille scène... Redjougla ne l'écoutait pas; effrayé du désordre qui se produisait
dans l'assemblée, craignant que Couturier n'échappât encore aux laquais qui l'entouraient, il était descendu au milieu du public pour donner, par sa présence, du courage à ses hommes. Les gémissements et les sanglots de Couturier se mêlaient à des paroles entrecoupées. Tous les assistans suivaient avec terreur le combat que le malheureux père engageait pour échapper aux domestiques qui l'entraînaient. Le petit vieillard porta son alteulion sur la femme voilée qui, entourée sur l'estrade, était invitée par Gerothwold à passer dans une pièce voisine.
— C'est mon père, s'écriait-eile pâle et échevelée.
— Votre père? dit le vieillard qui avait réussi à s'avancer près d'elle.
DE LA vu: PARISIENNE 285
— Oui. (lil-cllo, je l'ai abandonné, il ma rpconniic.
— Scéiérafs! dit le vieill.trd, ils n'ont pas le droit devons en sé^ parer. Je vais prévenir lu justice.
— Oh ! ne m'abandonnez pas, monsieur, s'écria Claire. En entendant parler de justice, Gerotinvold s'était éloigné.
— Courons après mon père, dit Claire.
Elle prit le vieillard par la main et descendit dans le prétoire au milieu de la foule assemblée qui s'en allait dans le plus grand désordre.
— Où est-il"? dcmanda-t-elle.
Lo vieillard avait peine à suivre Claire, qui l'entraînait dans l'escalier. Un domestique remontait en tonte liàte.
— Mon père ! s'écria-t-elle.
Le laquais la regarda d'un air stupéfait, sans répondre. En bas de l'escalier, elle trouva toutes les portes ouvertes. Dans la cour personne. Le concierge était sur le pas de sa loge.
— Mou père, l'avez-vous vu? s'écria-t-elle.
— Je n'ai vu qu'un homme qui se trouvait mal, queM.Redjougla venait d'emmener en voilure.