LE BAL DE LA GUILLOTERIE
Le lendemain, qiii était un samedi, Claire hésita longtemps à fermer sa fenêtre : mille sentiments contraires se croisaient dans son esprit. Elle avait presque peur d'Auguste, et elle souhaitait de le voir. La hardiesse avec laquelle il s'était introduit dans sa chamhre, loin de lui déplaire, lui montrait un garçon audacieux qui ne craignait pas le danger pour se rapprocher d'elle, car si son père eût soupçonné l'escalade, Claire osait à peine penser aux conséquences de ces rendez-vous nocturnes.
Assise au miUeu de sa chambre, la jeune fille n'osait plus s'accouder à sa fenêtre , elle eût paru attendre trop impatiemment Auguste. Ayant dit qu'elle la fermerait, elle ne voulut pas mentir déjà aux instincts qui lui commandaient de se défendre. Si elle fermait la croisée , Auguste pouvait venir comme la veille , siffler pour se faire reconnaître et elle ne l'entendrait pas. Le fils de la blanchisseuse n'était-il pas assez résolu pour ouvrir la fenêtre par des moyens \iolents? Telles étaient les pensées qui tourmentaient Claire jusqu'à ce qu'elle trouva un moyen terme qui lui permit de se mettre d'accord avec sa conscience et la volonté d'Auguste.
Ce moyen consistait à tenir la fenêtre assez entr'ouverte pour entendre à l'intérieur le moindre signal, mais poussée de telle sorte qu'elle pût paraître fermée au dehors. Quand Auguste arriverait, il pourrait croire la fenêtre fermée : la jeune fille sourit du moyen innocent et rusé à la fois qui devait exciter l'ardeur de son ami et qui montrait en même temps qu'elle luttait; mais l'heure passa et Auguste ne vint pas. Claire resta longtemps assise dans sa chambre, l'oreille au guet, se levant fréquemment pour s'approcher
de la fenêtre et tâcher de pénétrer les ombres épaisses de la nuit. Elle commençait à trouver Auguste ingrat de ne pas revenir après avoir été reçu si facilement la veille. Le temps lui paraissait long dans l'attente et cependant elle ne songeait pas à se coucher, croyant que peut-être l'inquiétude , l'immobilité et ses propres pensées lui faisaient paraître les heures plus longues qu'elles ne l'étaient réellement.
Elle ne fut tirée de son erreur que par le petit jour qui pointait à l'horizon. Il était trois heures du matin. Alors seulement Claire se dit qu'Auguste ne viendrait pas, et elle se jeta sur son lit, aussi triste que la veille elle s'était couchée heureuse,
— Ahl paresseuse, lui dit son père quand elle descendit, tu fais ton dimanche dans le lit.
Glaire rougit,
— Voilà deux fois que je t'appelle pour faire le déjeuner.
— Je n'ai pas entendu.
— Je le sais : je suis monté pour te secouer, mais tu dormais si bien, que je n'ai pas voulu te chagriner, petite marmotte. Allons, vite, prépare le déjeuner.
Claire ne se le fit pas dire deux fois, rougissant de donner des explications de son sommeil , car hiver ou été, dimanche ou jour de travail, elle était toujours levée la première. Toute la^ournée elle se montra vive et gaie, afin que son père ne parlât plus de cet incident. C'était le grand jour du bal, et Auguste viendrait certainement le soir. Après le dîner, Claire prit un ton caressant :
— Mon petit père, si nous allions faire un tour de promenade du côté des fortifications ?
— Ah! je te vois venir, dit Couturier, c'est dimanche cependant.
— Justement et c'est pour cela que je voudrais me promener.
— Mais le dimanche il est écrit là-haut que je bois bouteille.
— Tu la boiras demain, petit père.
— Comment, tu me pousses à faire le lundi ?
— Je m'en vais me foire belle et nous sortirons, n'est-ce pas?
— Va t'habiller, tu sais bien que je fais tout ce que tu veux.
La fille malicieuse empêchait par là son père d'aller au cabaret dans la crainte qu'il ne revînt trop tard; comme elle supposait qu'Auguste viendrait sur les neuf heures du soir, il était important que Couturier fût rentré à cette heure. En même temps, grâce à
cette promenade, Claire pourrait s'habiller en grande toilette, sans tâtonner son père.
Ce jour-là elle posa sur sa tète le plus coquet bonnet de son armoire : les tuyaux de gaze étaient bordés de petits points rouges, bleus, jaunes, qui tremblaient au moindre mouvement, et faisaient penser à un champ de blé caressé par un vent frais, où se voient, à travers les éclaircies, les marguerites et les bluets.
— Claire, cria à trois reprises différentes Tapprèteur, dépêchetoi! qu'est-ce que tu as aujourd'hui? Tu es aussi longue à l'habiller qu'à te lever.
Enfin, Claire descendit : son père lui-même fut émerveillé.
— Quelle toilette! dit-il, on dirait que tu vas te marier.
— C'est pour sortir avec toi, répondit la rusée jeune fille.
— Alais tu me rends honteux de mes habits. J'aurai l'air de me promener avec une princesse. .. Je m'en vais mettre mon gilet à fleurs.
— Tu es bien comme cela, petit père... partons vite.
— Tu brûles de te faire voir, mais je ne sors pas sans mon gilet... Où est-il ?
— Dans ma chambre, au fond de la grande caisse. Il faudrait tout déranger... Partons vite...
— Quel malheur que je n'aie pas de chapeau pour avoir l'air d'un monsieur! Il faudra que j'achète un bon chapeau d'occasion...
— Oui, petit père; j'en achèterai un au Marché-aux- Veaux... Mais partons...
— Laisse-moi finir de donner un coup de brosse à mes souliers... Tu ne m'avais pas dit que tu voulais te faire si belle.
— Père, partons...
— Nous allons traverser les rues de Gentilly, pour qu'on te voie dans tes atours.
— Non, nous nous promènerons du côté des fortifications...
— Mais ta toilette sera perdue... on ne la verra pas... Tu ne t'habilles pas pour les murs?
— Je m'habille pour vous, père.
— Tu es bien gentille ; mais, à l'avenir, préviens-moi quand tu voudras sortir en princesse, afin que je n'aie pas l'air de ton domestique.
— Vraiment, petit père, tu me trouves bien habillée?
— Je ne te reconnais plus... Oh ! une idée !
Couturier s'arrêta court.
— Je vais te conduire quelque part.
Et il retourna brusquement sur ses pas.
— Où, père?
— C'est une surprise. J'entrerai d'abord, je dirai que je suis avec une dame. Nous verrons si on te reconnaîtra. Il y aura de quoi rire.
— Où allons-nous?
— Chez ton oncle Topino.
— C'est bien loin, petit père.
— Bah ! en remontant à la barrière Fontainebleau, nous suivrons les boulevards extérieurs. Il n'y a pas plus d'une heure.
— Tu m'avais promis de me mener aux fortifications.
— C'est drôle, dit Couturier, que tu veuilles aller dans mv endroit où nous ne rencontrerons personne. Il y a quelque chose là-dessous...
Claire se troubla, craignant d'être devinée ; mais pour ne pas laisser voir l'émotion qui se peignait sur ses traits, elle se baissa en portant la main à ses souliers.
— Veux-tu que je te dise la vérité, père? J'ai voulu faire petit pied et mes bottines me blessent.
— Ah! la coquette est punie... VoiLà pourquoi elle voulait me mener aux fortifications. C'était pour ne pas marcher.
— Et m'asseoir sur le gazon; tu as deviné juste, dit Claire plus rouge qu'une cerise.
— C'est bien fait, mademoiselle... Mais voilà des bottines perdues. • — Je les échancrerai sur le côté.
— Bon ! Mais je t'avertis que demain tu recommenceras ta belle toilette... Je renonce à la bouteille du lundi pour te mener chez Topino. Il faut absolument que ton oncle te voie dans tes atours.
— C'est convenu, petit père.
— Je suis sûr qu'il ne te reconnaîtra pas d'abord.
C'est ainsi que se passa la soirée. Couturier émerveillé de la beauté de sa fille, Claire heureuse de la naïve admiration que sa toilette provoquait. Elle voulait paraître belle à Auguste, et son instinct de femme la poussait à essayer de rivaliser avec les élégantes du bal des Barreaux-Verts, quoiqu'elle n'osât y appliquer sa pensée. Le père et la fille rentrèrent avant neuf heures : Claire écouta attentivement si l'apprêteur se couchait, et aussitôt elle ouvrit sa fenêtre.
L'air avait un peu fraîchi, mais il ne pouvait cliasser tout à fait les boufïï'cs de chaleur qui sortaient de la terre sèche. Claire était dans un état de langueur qui lui enlevait toute volonté : en ce moment Auguste aurait dit : Partons. Elle serait partie.
Elle en avait Tintention sans se l'avouer, ses préoccupations de toilette le prouvaient ; mais elle avait choisi sa plus jolie robe, son bonnet le plus coquet sans y attacher de pensée nette. Elle se faisait belle pour lui, et n'allait pas au delà. Auguste pouvait l'entraîner où il voudrait, elle était prête à le suivre sans résistance. Ce qu'elle demandait, c'était d'être à son bras, de le voir, de l'entendre parler, que ce fût au bal ou en plein air, peu lui importait. Elle serait avec lui !
Les rêveries de Claire étaient vagues et elle laissait son esprit s'y balancer comme dans un hamac : la réalité disparaissait pour lui fiiire oublier l'imprudence qu'elle allait commettre ; mais tout était doux, riant et rose autour d'elle, et nulle couleur amére n'y apportait de dissonance. Tout à coup elle se leva brusquement, il lui semblait qu'il y avait longtemps qu'elle s'abandonnait à ses capricieuses rêveries.
Auguste ne venait pas !
En ce moment un éclair de jalousie traversa les nuages rosés où sa pensée planait. Était-elle déjà oubliée? Auguste, à cette heure, ne se penchait-il pas au bras d'une autre?
Claire regarda mélancoliquement la corde qu'elle avait cachée derrière sa commode et eut l'idée de l'attacher à la fenêtre, de descendre et de courir au bal des Barreaux-Verts afin de surprendre l'ingrat ; mais elle éloigna immédiatement cette idée. Où était situé le bal? Elle ne le savait pas. Elle n'était jamais entrée dans ces sortes de lieux. Quelle figure y ferait-elle !
Cette toilette qu'elle avait pris tant de plaisir à revêtir, qui la rendait si fière, il lui prenait envie de l'arracher. Des pleurs amers montèrent à son gosier et ne parvinrent pas à couler. Elle ouvrit sa fenêtre grande, toute grande pour aspirer l'air ; au risque de tomber elle se pencha pour mieux écouter, et prêta une oreille attentive aux moindres bruits. Et elle n'entendait que les battements de son cœur! Si d'autres bruits parvenaient autour de la Maison-Rouge, c'était le sourd murmure monotone et continuel du mouvement de Paris, produit par les voitures sans cesse roulantes.
Claire ne se coucha pas : le lendemain ses traits étaient fatigués, ses yeux légèrement rougis, mais elle était la première à l'ouvrage, et Couturier ne s'aperçut pas d'abord du singulier changement qui s'élait produit sur la physionomie de sa fille. Tout en travaillant, les pensées de la jeune fille roulaient et se heurtaient comme des galets à la marée montante ; mais elles témoignaient presque toutes en faveur d'Auguste. Il était déjà excusé. Il n'avait pu venir. Il était peutêtre malade. A midi, Claire n'y tint plus ; sous le prétexte d'aller faire quelques acquisitions aux environs, elle sortit et courut à la rue du Bel-Air, espérant que le hasard lui ferait rencontrer Auguste.
Les volets de la blanchisserie étaient fermés, les ouvrières faisant le lundi. Tout était silencieux dans cette rue d'habitudes bruyantes, pleine de voitures chargées de linge, où on entend les chansons et les propos des repasseuses du rez-de-cliaussée. Cette inaction rembrunit encore les pensées de Claire.
— Ainsi, pensait-elle, elles s'amusent toutes, moi seule je suis dans la tristesse l
Elle retourna à la Maison-Rouge la tête basse, si affaissée sous son chagrin que Couturier, qui fumait devant la porte en compagnie de son chien, remarqua cet état.
— Comme tu te traînes, dit-il, voilà ce que c'est que de vouloir faire petit pied; jamais tu ne pourras venir chez Topino ce soir.
Claire releva résolument la tète : l'oncle Topino venait de chasser pour un moment le souvenir d'Auguste. Le chiflbnnier était toujours entouré d'enfants que Claire aimait beaucoup, et elle espérait qu'il lui ferait oubher ses déceptions.
— Je vais me dépêcher de finir mon ouvrage, dit-elle, pour préparer le dîner de bonne heure, et nous irons chez mon oncle tout de suite après.
Forte de cette intention, elle rentra à l'intérieur ; mais l'image d'Auguste n'était pas de celles qui s'enlèvent facilement. Plus Claire cherchait à l'oublier, plus cette image obsédante revenait devant ses yeux. Vers les cinq heures. Couturier dit à sa fille d'allumer le feu pour faire la soupe.
— Il faut que je voie Auguste, pensait-elle. Comme elle allait sortir.
— Où vas-tu? lui demanda son père.
— Chercher du sel chez l'épicier.
Son intention était d'entrer sous un prétexte quelconque cliez la mère d'Auguste.
— Du sel, dit Couturier ; j'en ai vu un gros paquet avant-hier.
— Je ne le trouve pas.
— Cherche tiieu, fillette.
Claire rentra dans la cuisine avec un mouvement de dépit ! Elle trouva au-dessus du l'ourneaule paquet de sel, et le jeta dans le feu. Mille étincelles, dix mille pétillements la firent reculer du fourneau. Couturier entrait en ce moment.
— Qu'est-ce que tu fais? dit-il étonné; tu brûles le sel.
— 11 était gâté; j'ai été obligée de le jeter au feu.
— .\lors cours en chercher, dit Couturier qui ne pouvait comprendre par quel enchaînement le souvenir d'Auguste pouvait gâter le sel.
Claire courut à la rue du Bel-Air, regarda de loin la maison delà blanchisseuse, et chercha quel motif elle trouverait pour s'y présenter. Ses tempes battaient, son corps avait la fièvre; elle ne raisonnait plus. Prenant une vive résolution, elle entra sans savoir ce (ju elle dirait. Une vieille lessiveuse, qui faisait l'office de servante, et qui la connaissait de longue date, l'arrêta.
— Madame Matussière n'est pas ici.
— Ah! dit Claire qui sentit ses jambes fléchir.
— Mais si tu veux parler à M. Auguste...
— Non, dit Claire ellrayée de sa propre résolution, et qui recula au moment d'arriver à l'accomplissement de ses vœux.
Elle sortit aussi rapidement qu'elle était entrée, craignant maintenant de rencontrer le fils de la blanchisseuse. Que lui dirait-elle? Elle ne voulait pas se jeter à sa tète, courir après lui, lui rappeler le rendez-vous manqué.
— Dieu, que tues pâle, ma pauvre Claire, lui dit Tépicière.
— C'est la chaleur.
— Dis plutôt les mauvaises odeurs... Ce n'est pas sain l'apprêt, reprit l'épicière.
— Donnez-moi une demi-livre de sel, je suis pressée.
— Tu es [iressée et tu t'assois ; mais tu as l'air de te trouver mal.
— Un peu de vinaigre, s'il vous plaît, dit Claire qui se sentit défaillir.
L'épicière courut à sa chambre, en rapporta un vinaigrier, et le fit respirer à la jeune fille qui fut ranimée tout à coup.
— Tu travailles trop, dit l'épicière, je te conseille de rentrer et de t'étendre sur ton lit.
— Merci, dit Glaire en emportant son sel.
Elle passa devant la maison de la blanchisseuse sans lever la tête.
— Il m'oublie, se dit-elle, je veux l'oublier aussi.
A peine était-elle arrivée au tournant de la rue, qu'elle se repentait de n'avoir pas jeté un dernier regard sur la maison. Tout à coup elle pousa un cri, se retourna vivement, et se trouva en présence d'Auguste qui lui avait touché légèrement l'épaule.
— A ce soir, Claire, dit-il.
Claire aurait voulu lui parler, mais elie ne le pouvait pas; elle lui envoya un regard qui valait les plus douces réponses. Auguste s'éloigna vivement, pour ne pas la compromettre, si Couturier venait à le rencontrer. En passant sous le pont pratiqué sous les fortifications, qui conduit à la Maison-Rouge, Claire poussa un soupir de délivrance avec lequel s'envolèrent ses chagrins, ses détresses et son désespoir subit. Puis l'inquiétude la reprit de nouveau : elle devait aller le soir chez son oncle Topino, en compagnie de son père; mais sa pâleur la tira d'aiîaire. Elle n'eut pas besoin de jouer la comédie.
— Je ne sais quelle figure de papier mâché tu as aujourd'hui, lui dit Couturier.
— Ce sont mes bottines qui me font bien mal.
— Eh bien, tu mettras tes souhers ordinaires pour venir chez Topino.
— Je ne peux plus marcher, dit-elle.
— Au diable les filles et les coquetteries !
— Mon petit père, si ça t'est égal, nous remettrons notre visite à dimanche prochain.
L'apprèteur était esclave des volontés de sa fille.
— A dimanche, dit-il philosophiquement.
Le soir, Auguste ne se fit pas attendre : au signal du sifflet, Glaire attacha la corde et descendit du premier étage, sans trop de difficultés, car les nœuds étaient assez gros pour y poser le pied en sûreté.
— Je t'ai bien attendu hier, dit-elle, sans chercher à voiler ses sentiments.
Combien k cette heure Claire était heureuse de marcher à côté de
lui dans Therbe, sans que le moindre bruit vînt la distraire de son émotion ! lis se donnaient le bras tous les deux, et le cœur de Claire palpitait à tout rompre.
— Comment ferai-jc dans le bal? dit-elle.
— N'aie pas peur.
— On va me regarder.
— Tu es avec moi...
— Je n'oserai lever les yeux sur personne...
— On ne fera pas attention à toi, chacun a sa chacune.
— Vraiment, dit-elle.
— Ce sont tous amoureux comme nous. Ils ne pensent qu'à s'amuser ensemble, à rire, à danser, et ils ne s'inquiètent guère de leurs voisins.
— Jamais je n'oserai danser...
— Regarde bien comment on fait en face de toi, je to dirai les figures.
Us arrivèrent ainsi au cabaret des Barreaux-Verts, au fond duquel se trouve un bal que les habitués désignent sous le nom de Bal de la Guilloterie. C'est une salle longue et basse où le curieux est frappé surtout de la situation des musiciens placés dans une tribune accrochée au mur, à hauteur d'iiomme.
Le plafond est tellement bas que les quatre malheureux musiciens sont dans la plus déplorable situation : la clarinette, le violon et le cornet à piston baissent la tète comme des cariatides supportant un balcon. Il leur est impossible de se redresser. Quant au quatrième instrumentiste qui joue delà contrebasse, il a été le parrain du bal sans le désirer.
Obligé de se tenir debout à cause de son énorme instrument et cette position étant impossible par le manque de hauteur de la salle, un trou dans le plafond a été pratiqué exclusivement pour loger la tète du musicien et de son instrument.
Le contrebassiste se tient debout, mais sans assister au bal. Sa tète et celle de son instrument disparaissent dans le plafond : son corps seul fait partie de l'orchestre. C'est un des plus étranges spectacles que de voir ce bras et cet archet se démener sur l'énorme chevalet de l'instrument, sans appartenir à une tête quelconque.
On croit voir décapité qui joue de la contrebasse. Aussi les habi-
2/l LA MASCARADE
tués, à cause de ce musicien, avaient-ils donné à l'établissement le nom de bal de la Guilloterie.
Claire ne remarqua pas d'abord ces détails : l'émotion produite par son entrée dans le bal l'empêchait de distinguer qui que ce fût. Le bruit de l'orclieslre, le tourbillonnement des danseurs, la poussière, l'agitation, les rires, les cinquante conversations la remplissaient de trouble. Elle entendait à peine le crieur qui ne laissait pas aux musiciens une minute de répit :
— En place, en place pour la contredanse!
Conduite par le fils de la blanchisseuse en face d'autres danseurs et à peine l'introduction du quadrille terminée, la taille enveloppée par le bras de son danseur, sa poitrine contre celle d'Auguste, la tête appuyée sur son épaule, Claire se laissa aller aux excitations de la danse et ressentit des sensations qu'elle n'avait jamais éprouvées.
La femme naît danseuse. Après les premières figures qui la remplirent de timidité, Claire en savait autant que toutes les femmes du bal. Les musiciens de barrière savent brûler un quadrille. Claire sentait ses pieds s'enlever sous chaque accord. iJ'un rapide coup d'œil, elle avait observé comment faisaient ses voisines, et, peu à peu, son corps flexible, obéissant aux étreintes de son danseur, prenait de la souplesse.
Le front mouillé, le gosier plein de poussière, elle remercia Auguste d'un regard ému, d'une bouclic souriante d'où se détachaient les plus jolies dents du bal. Elle était étonnée et heureuse; étonnée du gaz qui illuminait, de la musique bruyante, des peintures à la colle représentant d'immenses paysages d'Afrique ; heureuse d'être au bras d'Auguste, un des beaux danseurs de l'endroit, qui souriait à toutes les femmes, leur adressait de petits signes de tête, et montrait une sorte de royauté dans l'établissement.
— Dansez Canada, cria le metteur en place.
Un cri d'enthousiasme courut toute l'assemblée.
— Que va-t-on faire? demanda Claire.
— Tu vas voir.
Le chef d'orchestre accrocha une énorme pancarte sur laquelle étaient inscrits en gros car;;ctères les mots : Dansez Canada.
■ — En place ! en place ! messieurs les danseurs ! cria le maître du bal. En place pour le fameux quadrille Dansez Canada.
C'étaient des motifs des nègres de Griote, qu'un compositeur a
arrangés eu quadrille, en conservant leur caractère sautillant. La clarinette et le cornet avaient mis de côté leurs instruments pour prendre un fifre et un lamliour. Il était impossible de résister à une pareille musique : l'Iioinme le plus flegmatique eiît trémoussé des jambes. Dans ce quadrille se faisaient remarquer les beaux, danseurs. Auguste en revenant près de Claire, se livrait à des pas de fantaisie dans le caractère de la musique, et Claire confuse de ne savoir comment répondre à ces trémoussements, n'en admirait pas moins son cavalier.
— N'esl-ii pas bien tard? demanda-t-elle à Auguste, quand assise à une table, en tace d'un saladier de vin chaud, elle osait à peine croire à sa propre présence dans le bal.
— Encore une danse, dit-il, et je te reconduirai.
C'était le quadrille de la fin, la fameuse danse de l'ours qui fut annoncée avec autant de solennité que le quadrille des nègres, et reçue par l'assemblée avec encore plus de transports. L'orchestre avait été renforcé : deux enfants, les fils du maître du bal, chargés d'imiter l'ours, portaient au-dessus de Forcliestre deux énormes porte-voix de fer-blanc dans lesquels ils soufflaient avec enthousiasme, les yeux hors de la tète, les joues gonflées comme les anges du jugement dernier.
Tous les danseurs, déjà fortement excités par la musique du Canada, avaient la fièvre. On nïnvitait plus les danseuses, on les entraînait sans leur demander la permission; il n'y avait plus ni jeunes, ni vieilles, ni jolies, ni laides : les hurlements de l'ours faisaient passer par dessus. Dès les premiers accords, chacun piétinait, sautait dans la salle ; ceux qui ne dansaient pas secouaient les bancs sur le plancher. Une poussière épaisse obscurcissait le gaz. Claire était assise, un peu effrayée de ce tumulte : un homme à cotte bleue passa, qui, ne remarquant pas .Auguste, la prit par la main pour l'entraîner au quadrille. Elle résista; mais, serrée par des doigts de fer, elle suivit l'homme en poussant un léger cri. Auguste s'aperçut qu'on lui enlevait sa danseuse : il courut à celui qui ne lâchait pas la main de Claire.
— Elle est avec moi, dit-il à Tliomme en blouse.
— Qu'est-ce que ça me fait? répondit celui-ci.
Uti coup de poing lancé dans la poitrine de l'homme le renversa ; mais l'ours commençait ses grognements musicaux avec accompa-
gnemeiit de tambour. Les danseurs chassèrent rhorame étendu par terre comme les roues d'un wagon à toute vitesse cliassent un obstacle sur les rails, et Auguste entraîna Claire dans le quadrille.
L'effroi produit par cette dispute, la ftirieuse musique de l'orchestre, la chaleur du vin, les cris des danseurs, tout se réunissait pour transporter Claire. En ce moment elle ne ressentait plus les chocs des danseurs voisins, elle était insensible à tout, excepté à Auguste. Quand vint la dernière figure, pendant laquelle les ours grognèrent plus fort qu'une ménagerie, et, qu'à un signal donné, le gaz fut baissé laissant les danseurs dans une demi-obscurité, Claire se laissa aller doucement dans les bras d'Auguste, qui l'emporta dans les tourbillons du galop en l'embrassant.
Claire s'était donnée à l'amour, noji pas matériellement, mais il lui eiît été impossible de résister. Elle revint lentement du bal, regrettant qu'il finît si tôt. Elle eût dansé tout le restant de sa vie... Tout son corps allangui était plein de ressorts nouveaux. A. partir de ce moment, elle appartenait à la danse comme elle appartenait à Auguste qui lui en avait révélé les plaisirs.
Toutes celles qu'elle avait remarquées n'étaient-elles pas ainsi?
Le voile qui la séparait de la vie des plaisirs fut déchiré ; elle prit en pitié sa vie monçtone, sa vie de travail, sa vie d'intérieur, et ne put détacher ses regards de cet horizon enflammé où les femmes nageaient dans la musique, les bijoux, la danse et l'amour.
La veille encore Claire était une enfant : elle se réveilla femme le lendemain, mais ce ne fut pas le tranquille réveil de sa jeunesse ; à la place vinrent les soupirs, les rêves, les aspirations, le dégoût du travail.
En rangeant sa toilette le matin, afin que son père ne pût soupçonner l'emploi de sa précédente soirée, Claire comprit combien était mince sa coquetterie qui avait tant étonné Couturier. Le bal des Barreaux- Verts est fréquenté presque exclusivement par les blanchisseuses du petit et du grand Gentilly. Le blanchissage rapporte près de vingt-six millions, dont la moitié circule dans Paris et l'autre moitié dans la banlieue. Sans être millionnaires individuellement, les ouvrières blanchisseuses gagnent de bonnes journées et travaillent presque constamment. S'il y a une diminution d'ouvrage pendant l'été, il est rare que ces ouvrières chôment tout à fait. Aussi cet état, quoique fatigant, est-il fort couru par les jeunes filles qui
trouvent dans do bonnesjournées l'occasion de satisfaire leurs goûts de toilette.
Peu de femmes du bal des Barreaux-Verts étaient sans l)ijoux : 31 toutes n'avaient pas de montre, la plupart portaient des boucles d'oreille, des cliaînes, des bagues. L'babitude de blanchir, do repasser des robes élégantes, faisait qu'elles connaissaient les modes un peu plus que les autres ouvrières : elles frottaient l'élégance et en étaient frottées. Si elles étaient habillées simplement, leurs robes offraient des coupes à la mode ; leurs bonnets étaient garnis de jolies fleurs, Claire trouva sa toilette bien chêtive en examinant les danseuses ses voisines.
Elle comprit ce jour-là seulement que le Marché-aux-Veaux n'était pas le foyer de l'élégance, et elle poussa un soupir en cherchant par quels moyens elle pourrait arriver à lutter par ses robes et ses bonnets avec le luxe des autres danseuses.
Maintenant qu'elle connaissait l'amour d'Auguste, elle avait peur de le perdre, et elle craignait la comparaison entre ses petites robes et les magnificences des danseuses du bal. Toute la nuit elle ne rêva que chiffons et bijoux ; mais comment découvrir des fournisseurs mieux montés que ceux du Marché-aux-Veaux et aussi économiques ? Elle eut l'idée d'aller dans ce Paris féerique qu'elle connaissait à peine et dont pour elle la rue Mouffetard représentait l'échantillon le plus splendide.
La rue Mouffetard est la rue de Rivoli du douzième arrondissement, comme le passage des Patriarches en est la galerie d'Orléans.
Si on se promène dans le quartier Sahit-Marcel, animé par le marché aux chevaux, et qu'on erre dans les mes du Petit-Banquier, des Cornes, des Vignes, du Cendrier, si on longe la rue Mouffetard pour s'égarer dans les rues Pierre-Assis, des Marmousets, des Trois- Couronnes, il est facile de constater le rôle splendide que joue dans sa longue traversée la rue Mouffetard.
Partout, par là, des ruelles, des impasses, des culs-de-sac, des maisons-passages semblent ne pas appartenir au Paris actuel. Le philosophe Mercier qui avait rêvé quelques timides percées au cœur de Paris, étonne de retrouver une capitale toute nouvelle, irait se retremper dans le faubourg Saint-Marceau chanté par son ami Rétif de la Bretonne.
Il y a, non loin de l'école Polytechnique, un grand magasin de nou-
veautés dont le luxe étonnerait s'il ne desservait les bourgeois du versant de la montagne Sainte-Geneviève plutôt que les habitants du plateau. Les petites industries populaires des alentours s'occupent médiocrement de toilette, et en matière de cliàles on n'y connaît guères que le cachemire d'osier porté pendant la nuit par les chiflonaiers en tournée; mais le quartier Saint- Victor, celui du Jardin des Plantes renferment assez de bourgeoisie pour faire vivre ce magasin de nouveautés.
C'est devant la devanture du magasin de la £fl/aî/eu5e que Claire fut attirée comme le fer par l'aimant. Collée contre les immenses glaces de la devanture, la fille de l'apprèteur ouvrait de grands yeux stupéfaits de cet entassement d'étoffes arrangées avec goût et dont les couleurs sont savamment combinées par des commis intelligents, pour ne pas se nuire entre elles.
Les prix étaient marqués en gros chiffres. Claire, qui savait lire les chiffres, put s'assurer avec mélancolie que ces étoffes, quoique quelques-unes descendissent à sept sous le mètre, ne pouvaient être échangées contrôle produit do la vente des asticots. Elle s'en revint triste du côté de la rue Pierre-Assis donner un coup d'oeil moins ambitieux à la montre de la fripière qui étalait deux fois la semaine au Marché-aux-Veaux.
— Voilà ma jolie pratique, dit la fripière qui ne se doutait pas du mépris de Claire pour toute la boutique. J'ai de jolis bonnets, des petits cols, tout ce qu'il y a de mieux.
Claire regardait cet entassement d'effets de femme, pendus au plafond, débordant des cartons, entassés dans la montre, accrochés à la porte.
— C'est une petite robe que vous voulez, je vois ça... Il n'en manque pas de jolies robes!
Claire alla du côté de h montre où des bracelets en graine d'Amérique, des bagues ornées de pierres bleues communes s'étalaient sur des gants dégraissés...
— Des gants de bal, ma bonne petite, pas chers, dit la fripière qui {]airait déjà les nouveaux goûts de sa pratique.
Claire se retourna de l'autre côté de la boutique.
— Vous voudriez peut-être des chemises, des jupons... Nous avons de tout ça. Dieu merci.
Aux regards incertains de Claire, la marchande vit qu'elle se trompait.
— Regardez, la jolie fille, il n'en coûte rien... Voilà une fameuse robe d'organdi, dit la fripière qui avait surpris les yeux de Claire attachés sur une certaine robe d'un goût douteux. L'organdi est tout ce qu'il y a de plus élégant. On n'en voit pas la fin, et ça vous habille richement... Voulez-vous que je vous la décroche?
Sans attendre la réponse! de Claire, la fripière prit son crochet et décrocha la fameuse robe d'organdi ; mais la fille de l'apprêteur ne portait pas grande attention à cette robe.
— En voilà une de madapolam qui va dans les prix doux et qui fera son effet, je puis vous le garantir.
Claire tournait toujours dans la boutique.
— Ah! nous avons tant de jolies choses ici qu'on serait embarrasse à moins, continua la fripière. Vous avez raison, ma belle, d'aimer la toilette, car vous la porterez comme une princesse.
— Que d'argent il faudrait pour se monter ! pensait Claire, qui ne dédaignait plus autant la petite boutique de la fripière.
— C'est que j'ai besoin de beaucoup d'elfets, dit-elle, mais... Ce 7nais fut une révélation pour la fripière.
— N'est-ce que cela? dit-elle. Vous êtes une fille honnête, et je vous connais depuis assez longtemps pour vous arranger... J'habille beaucoup de jeunesses qui aiment la toilette et qui ne peuvent pas tout payer d'un coup. Quand on est sage...
Claire rougit.
— Il n'y a pas de mal à ça; quand on est sage et que personne ne vous en donne, on aime autant la toilette qu'une autre, pas vrai?
Claire était stupéfaite que la fripière pût lire si nettement dans sa pensée.
— Vous n'avez pas des vingt francs à me donner tout d'un coup?
— Oh! non.
— Moi, je suis bonne femme, dit la fripière ; comme vous êtes toujours venue dans mon magasin (elle eut l'audace de dire macjasin), je veux vous accommoder.
Claire aurait embrassé la fripière en ce moment.
— Voyons, combien pouvez-vous me donner par semaine? Comme Claire ne répondait pas.
— D'abord de quoi avez-vous besoin ?
Claire, qui avait fait son examen, montra une robe d'été, des boucles d'oreille et un collier en graines d'Amérique. La fripière lui attacha immédiatement le collier au cou.
— Vous avez du goût, ma chère, le rouge va bien aux blondes ; mais si vous voulez être belle, à la dernière mode, vous poserez sur votre tête un ruban de velours tenez, comme ça, qui se perd sous les bandeaux.
La fripière avait raison. Claire était charmante.
— Il vous faut un châle maintenant.
La pile de châles fut apportée sur le comptoir, déroulée, mise au jour, regardée avec des yeux de seize ans, et montrée par la marchande sur le ton le plus enthousiaste. C'étaient de vieux cachemires chargés d'années, reprisés, qui avaient dû couvrir plus de cinquante épaules. Même dans leur fraîcheur, ces châles plutôt voyants qu'harmonieux, n'avaient jamais pu servir à une femme élégante. Claire hésitait.
— Tenez, dit-elle à la fripière en montrant du doigt un petit raautelet de taffetas suspendu au plafond.
Et elle s'enveloppa de ce mantelet comme si unegrisette du temps de Louis XV se fût incarnée en elle.
— A la bonne heure, dit la marchande, vous ferez honneur à mon établissement. (Elle prononça établissement avec plus d'emphase encore que magasm)... Je vois que vous vous connaissez en toilette; vous vous habillerez un jour comme une duchesse, je ne vous dis que ça.
Glaire souriait.
— Rappelez-vous de ce que je vous dis, comme une duchesse ; continua la fripière prenant le ton d'une tireuse de cartes, et vous vous rappelerez que c'est la marchande de la rue Pierre-Assis qui vous l'a prédit.
Le choix terminé il fallut procéder au règlement de compte : le tout montait h la somme de dix francs trente-cinq centimes.
— Combien pouvez -vous me donner par semaine? dit la fripière. Claire ne répondait pas.
— Allons, je serai bonne femme jusqu'au bout... Je vous prendrai quinze sous par semaine.
Claire frémit : ses petits profits ne lui rapportaient pas plus par mois.
— Quinze sous par semaine font trois tirancs par mois, trentesix francs par an. Une jolie fille comme vous ne peut pas dépenser moins de quarante à cin(iuante francs par an pour sa toilette.
Un million à payer n'aurait pas elfrayé^ davantage la fille de l'apprêteur. Elle avait envie de laisser en tas sur le comptoir les effets choisis et de se sauver à toutes jambes ; mais un démon tentateur sous la forme dWuguste la forçait de rester.
— A quinze sous par semaine, dit la fripière, vous n'en avez que pour quatre mois...
— J'ai encore besoin de quelque chose, dit Claire en hésitant.
La fripière ne quittait pas de l'œil les yeux de sa pratique qui se dirigèrent vers la montre aux bijoux.
— Une bague, je parie, dit-elle.
C'était, en effet, une bague que voulait Claire. Elle les regarda toutes attentivement :
— Dieu, qu'elles sont petites, dit-elle.
— Petites! s'écria la marchande, mais vous avez une main fine. Claire prit les bagues et les essaya à son pouce.
— Vous voulez mettre une bague à votre pouce, cela ne se fait pas, dit la marchande étonnée.
Mais Claire ne tint aucun compte de cet avertissement :
— Combien celle-ci ? dit-elle en montrant une grosse bague recouverte de petites pierres bleues.
— Trois francs, ma belle, et parce que vous m'achetez d'autres choses.
— Si je ne prenais que la bague I oui, je ne veux que la bague .
— Alors, ça change, dit la marchande d'un ton dédaigneux, la bague vaut quatre francs comptant.
— Comptant! dit Claire aussi effrayée de donner quatre flrancs que vingt.
— Vous comprenez, ma chère, que je ne peux pas vendre une brigue à tempérament, ce serait un mauvais commerce ; je ne gagne pas dix sous sur la bague.
Claire comprit, au ton sec de la marchande, qu'elle avait perdu dans son estime,
— Je prendrais bien le tout, dit- elle, mais c'est beaucoup d'argent.
— Vous rac revenez, dit la fripière; pour vous encourager à faire d'autres affaires, vous me donnerez douze sous par semaine.
— Voilà les deux premières semaines, dit Claire, qui avait pris dans sa tire-lire toutes ses économies d'un an.
Elle sortit de la boutique, son paquet sous le bras, troublée, émue, mais serrant précieusement dans sa main la seule chose qu'elle mettait au-dessus de toutes les plus belles toilettes, — la bague 1