LE CME DU GEANT
En passant sur le boulevard du Temple, après de nombreuses courses où il avait été, comme toujours, déçu dans ses espérances, l'avocat Prin fut frappé par le nom de Thiraud écrit en gros caractères qui s'étalait sur une affiche à la porte d'un café. L'avocat était possédé d'une idée fixe qui lui faisait voir des Thierry partout ; mais peut-être aurait-il passé outre s'il n'eût été mis tout à coup en présence de ce Thiraud, qui, appuyé mélancoliquement contre la porte du café, semblait livré à une sorte d'affaissement particulier à beaucoup de gens du boulevard du Temple, sur lequel trône, habite, se promène, roule, se pavane, étudie, flâne toute la nombreuse popula-
tion dramatique, qui ne dessert pas moins d'une quinzaine de tiiéàlres et de cafés chantants.
Tiiiraud appartenait, en qualité de comique, au grand café du Géant. Ainsi que beaucoup de comiques, à peine descendu des planches, il offrait l'aspect d'un enterrement. Maigre, pâle, peu soigneux de sa personne, il semblait un singe épuisé, car il en avait la couleur rousse.
En entendant appeler Thiraud par un de ses camarades qui passait, l'avocat Prin se dit : voilà mon homme. Lui ayant fait de profondes salutations que le comique jugea adressées à son rare talent, l'avocat lui demanda tout d'abord s'il ne croyait pas à l'altération de son nom et si ses parents n'avaient pas été des Thierry dans l'origine. Le comique répondit qu'il n'en savait rien.
— Qu'importe, lui dit l'avocat, Thiraud ou Thierry, vous n'en n'êtes pas moins appelé au partage d'une succession de plus de quinze milljons.
Les jambes du comique flageolèrent dans son pantalon, et comme il avait développé , dans l'intérêt du grotesque, la mobilité de la peau de sa face, son chapeau se courba en arrière par un simple mouvement du nez, des sourcils et du front.
— Quinze millions ! s'écria-t-il, vous voulez rire, monsieur?
— 11 y a un an que je vous cherche, M. Thiraud , dit l'avocat, et si vous me connaissiez, vous sauriez que je ne ris jamais.
D'habitude, le comique se tenait contre la porte du café concert après son déjeuner, dans l'espérance qu'un de ses admirateurs lui offrirait une demi-tasse . Le café du Géant étant fréquenté généralement par les commis de nouveautés des environs, il s'en trouvait toujours quelqu'un, fier de s'attabler, sur le boulevard, en compagnie du comique célèbre de l'endroit. Jamais Thiraud, à l'aide de sa réputation, ne déboursait un sou au comptoir; mais cette fois, il crut devoir rompre ses habitudes d'économie quand M. Pria lui demanda s'il avait le temps de l'écouter.
— Certainement, dit le comique, et nous allons prendre une canette de bière si vous voulez bien.
A cette offre, l'avocat reconnut qu'il avait affaire avec un héritier réel des Thierry, et il s'empressa d'accepter, ne déguisant pas l'amertume qu'il ressentait des mauvais procédés des co-héritiers qu'il visitait depuis une quinzaine de jours en compagnie de Claire. Et la
danse des milliards commença, telle que M. Prin la faisait habituellement au carrefour de rObservatoire.
Le comique, quand on avait gratté son enveloppe goguenarde, était crédule à l'excès ; le sérieux de M. Prin fit que Thiraud, en un moment, grimpa dans les carrosses de l'île de Corfou, secoua les sacs de sequins et de piastres, et se meubla un futur appartement dans la rue Chariot, au Marais, avec les splendidcs étoffes du palais du quai de Garofolo. Il lui passa des velléités de grandeur dans lesquelles il payait un dédit pour enlever du café-concert le géant Arthur, qu'il attachait à son service en qualité de majordome, et il se promettait désormais de tenir la dragée haute aux commis de nouveautés qui se faisaient tirer l'oreille pour lui offrir quelques rafraîchissements.
Toutes ces bouffées étaient intérieures, mais l'avocat Prin vit bien qu'elles gonflaient l'homme; aussi s'empressa-t-il d'aborder une question de détail, et il lui parla de Claire pour la placer convenablement auprès de lui.
— Je n'ai aucunpouvoir dans le café-concert , dit Thiraud ; mais si cette jeune fille est jolie, il sera facile de la faire entrer ici en qualité d'aspirante.
Justement le propriétaire du café du Géant se montrait sur le seuil ; Thiraud alla lui parler de l'affaire.
— J'ai un fauteuil vide au fond du théâtre, dit le maître du café. Une jolie fille n'est jamais mal dans un fauteuil ; mais, tu sais, Thiraud, je ne donne pas d'appointements aux débutantes.
— Ce n'est pas beaucoup, dit M. Prin.
— Comment ! dit le maître du café, je leur fournis le costume, le blanchissage, la lumière de cinquante becs de gaz, un théâtre pour se montrer, et vous trouvez que ce n'est pas assez... Ces filleslà devraient me payer pour le mal qu'elles me donnent.
— Oh ! dit Thiraud à l'avocat, elle ne sera pas longtemps au café sans gagner plus d'argent que moi.
M. Pria crut réellement que Claire était destinée à toucher par la suite quelques appointements.
— J'ai peur que Glaire ne sache pas chanter, dit-il.
— Qu'importe, dit Thiraud; nous avons toujours ici deux femmes qui ne chantent pas, et qu'on met sur le théâtre pour la montre.
— Alors c'esl entendu, dit l'avocat au propru'taire liu cafc-concort, vous vous cliargez de ma prolégce?
— Oui, soyez traiu[uille.
Comme il <ftait de bonne heure, il fut convenu que Tliiraud accompagnerait Tavocat à son domicile, autant pour parler de Taffaire de la succession que pour décider Claire à sa nouvelle position, et Claire consentit si facilement que le comique en conçut une petite pointe d'amour-propre. Tliiraud vivait, dans un coin de Belleville, avec une couturière qui le nourrissait, mais la folie de milliards qui le tenait, et l'espérance de s'ancrer d'abord dans les bonnes grâces de Claire, firent qu'il l'invita tout d'abord à dîner chez un marchand de vin, derrière le théâtre de l'Ambigu-Comique. Claire accepta sans se faire prier : le léger accès de fièvre qui s'étaft emparé d'elle provenait plutôt encore du besoin que de la fatigue. Ses ressources étaient complètement épuisées, et l'avocat Prin ne s'inquiétait guère de ce qu'elle mangeait en sa compagnie.
Sans y mettre une grande politique, tous deux s'étudièrent pendant tout le repas; Claire, croyant que l'avocat était très-lié avec Thiraud, et le comique se demandant dans quel but M. Prin plaçait une jeune fille à ses côtés. Mais la conversation roula généralement sur le café -concert, dont le comique déploya tous les avantages pour monter l'imagination de Claire.
Dès le soir, Thiraud présenta la débutante à la bande des chanteuses et des musiciens, et il fut convenu que Claire, assise derrière le chef d'orchestre pendant la représentation, étudierait pour la première fois ce public devant lequel elle était destinée à se montrer.
A cette époque le café-concert du Géant était déjà célèbre par la quantité de monstres qu'il avait exhibés : on y voyait généralement un géant, à moins que ce géant ne fût un nain. Le ténor, le premier chanteur, le baryton, la chanteuse militaire et même le comique n'étaient que les accessoires du géant ou du nain. Le public s'entassait surtout pour aller voir le géant, lui donner des poignées de main, se mesurer à côté de lui, s'enthousiasmer de son riche costume en velours violet de coton, ou pour se grandir à côté du nain ; mais le nain n'eut jamais le succès du géant. La foule méprisait le nain, tandis qu'elle avait l'admiration la plus complète pour les deux grandes jambes que le malheureux géant était obligé de tenir en dehors de la porte de sa chambre pendant plus de la moitié de
la première représentation, la cabine étant trop petite pour contenir son corps tout entier.
Malgré cette torture qui durait de sept à neuf heures, et de neuf heures à onze, le géant était assez flatté dans son amour-propre pour subir une sorte de détention dans le cabinet des premières galeries. Partout lo mot de (/('«»< s'étalait, à l'extérieur et à l'intérieur. A la porte le géant était représenté en lithographie coloriée avec sa tunique violette, ses brandebourgs d'or, son pantalon collant, ses liottes molles et sa toque de velours surmontée d'une plume rouge triomphante. Dans le café, des inscriptions souvent répétées en gros caractères annonçaient aux curieux qu'ils devaient avoir à renouveler leur consommation aussitôt après l'exhibition du géant, qui, se montrant deux fois dans la même soirée, au son d'une marche triomphale, faisait que la salle se remplissait deux fois, à moins toutefois que des gens excessivement luxueux, ne voulussent contempler deux fois de suite le même géant.
Un morceau de musique solennel avait été composé expressément pour la tournée du géant par le chef d'orchestre lui-même.
Dans la salle se vendaient d'énormes sucres-d'orge, dit sucresd'orge géant ; il y avait encore une liqueur terriblement forte, qu'on appelait la liqueur du géant, et le public était prévenu que moyennant la faible somme de deux francs cinquante centimes, il avait le droit, entre onze heures et minuit de souper en compagnie du géant.
Claire, curieuse de s'initier aux mœurs de la bande avec laquelle elle allait vivre, s'inquiéta d'abord des manœuvres des chanteuses, des petites comédies qu'elles jouaient avec les premiers rangs des spectateurs, composés de jeunes gens et surtout de vieillai'ds. Les œillades allaient leur train, ainsi que les bouquets €t les boîtes de bonbons.
Le café pouvait contenir cinq cents spectateurs, qui se composaient, au rez-de-chaussée, d'honnêtes familles de bourgeois friands de chants, de croquets et de bierre. A la première galerie se faisaient remarquer des apprentis tapageurs, des ouvrières qui venaient étudier la nouvelle romance ; mais le spectacle se donnait réellement pour une quinzaine d'initiés, assis à des tables avoisinant l'orchestre, les uns, jaloux de trinquer avec les chanteurs qui se montraient aussitôt dans la salle après le grand air, les autres faisant la cour
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aux chanteuses et n'en étant séparés que par le gaz de la rampe. Toute la soirée, entre chaque couplet, s'éclinngcaieut des sourires, •les O-'illades, des paroles à mi-voix, mille di'tails perdus pour le public sérieux veiui \ui peu pour boire, l'umer, entendre chanter et beaucoup pour le géant.
Sur ce petit théâtre, il ne se faisait pas une action naturelle. Claire admira beaucoup la bonté d'une chanteuse qui s'avançant sur le bord de sa chaise pendant que sa camarade chantait, lui servait de souffleur. C'était pour se faire remarquer. Les dames de l'estrade s'apjilaudissaient, s'ajustaient les plis de leurs robes, se passaient leurs bouquets, leurs boîtes de bonbons, souriaient entre elles, semblaient se raconter à l'oreilie des choses divertissantes pour montrer leurs dents, leurs bras, donner du jeu cà leurs bouches, à leurs yeux, à leur physionomie. Rien n'était sincère, pas plus que les soubresauts du chef d'orchestre qu'on entendait rire par-dessus toute la foule quand le comique débitait des calembours moisis.
Claire put croire que le chef d'orchestre s'amusait infiniment ; mais la vérité est que lui et ses musiciens, pour se maintenir dans les bonnes griàces du maître du café, affectaient un enthousiasme prolongé ou une hilarité extravagante, suivant la nature des chanteurs. Lui-même, le maître du café, homme grave, en habit noir, la serviette sous le bras, ne dédaignait pas de s'associer à ces enthousiasmes. Sans cesse occupé cà parcourir son établissement pour imposer silence, réprimer des bis scandaleux et surveiller les galeries tapageuses, on le voyait tantôt en haut, tantôt en bas, frappant brusquement des mains en profond connaisseur à de certains morceaux, et regardant depuis plusieurs années tous les géants qui s'étaient succédé, avec une admiration convaincue.
— Eh bien, dit-il à Claire, nous allons donc demain paraître sur ce beau théâtre ?
Claire rougit légèrement.
— Il ne faut pas avoir peur... C'est l'aplomb qui fait les grands artistes... D'ailleurs, je vous réserve un emploi qui n'a pas été occupé depuis quelque temps.
— Quel emploi? demanda Claire.
— Vous le saurez plus tard : j'ai besoin de vous voir à l'estrade, en costume, pour savoir si vous pouvez vous en acquitter convenablement.
La soirée terminée, Thiraud descendit dans le café et parla de s'en retourner à Belleville.
— Où vais-je aller? lui demanda Claire timidement, car elle n'avait pas d'argent,
— C'est vrai, dit le comique, vous n'avez pas cherché de logegement. Je ne peux pas vous emmener chez moi, ma femme serait alouse ; mais je connais dans le faubourg un maître de garni qui vous logera.
Glaire suivit son nouveau protecteur, qui la recommanda à un ogeur, sur les bords du canal Saint-iMartin, où elle passa une nuit anxieuse, se demandant si elle allait trouver le repos dans sa nouvelle condition. Le lendemain matin, elle alla de bonne heure chez l'habilleuse, ainsi qu'il en avait été convenu avec le maître du caféconcert. Il s'agissait de trouver une robe à sa taille, et ce ne fut pas sans peine qu'on en trouva une blanche lamée d'or, qui avait servi précédemment à une clianteuse, engagée en province
A six heures du soir, Claire se trouva réunie de nouveau à toute la bande, dans un petit foyer étroit, derrière le théâtre où les chanteuses s'habillaient et se faisaient coiffer. Plus d'un regard jaloux fut dirigé vers elle, pendant que ses beaux cheveux blonds flottaient en grappes épaisses sur son dos, attendant que le perruquier eût terminé avec les premiers sujets.
Claire eût été embarrassée de son maintien si Thiraud ne fût venu faire un bout de conversation pendant la toilette.
— Vieux coureur, lui dit la chanteuse militaire, où as-tu déniché cet oiseau-là?
Thiraud sourit.
— Je le dirai à ta femme, prends garde!
Le chef d'orchestre entra, sous le prétexte de donner des conseils à des chanteuses, mais, en réalité, pour voir la débutante,
— Si vous vouliez apprendre à chanter, dit-il à Claire, je vous donnerais des leçons.
Le cornet à piston, qui vivait maritalement avec la chanteuse militaire, à peine entré :
— Tu n'as rien à faire ici, lui dit la chanteuse jalouse, va-t'en à ton billard, paresseux!
C'était dans le foyer une procession d'habitués du café, de l'orclicslre, em])ress:'s autour de Claire, dont la beauté se montrait
plus éclatante à chaque nouveau tour de mains du coifTeur. Son émotion foisait porter le sang aux tempes, et cette rougeur naturelle iiiisait p;"ilir le fard de ses camarades.
Le maître du café entra alors qu'une rose triomphante venait d'être posée dans les cheveux hlonds de Claire.
— C'est une belle fille, dit-il à Tliiraud.
— Elle n'a pas un sou èi elle, lui dit le comique ùvoix basse.
— Je vais lui faire signer son engagcmeiiL alors.
Le maître du café, quoiqu'il ne payAt pas Claire, craignait qu'on ne la lui enlevât aussitôt et jl avait préparé un engagement sur papier timbré, par lequel sa nouvelle pensionnaire avait droit à un vingtième de la quête, aux bouquets qu'on lui enverrait, à l'habit et à la coiiïure de théâtre. Le contrat devait durer trois mois et Claire s'engageait à payer de nombreuses amendes au cas où elle n'arriverait pas à l'heure, oîi elle manquerait une séance, une répétition, le tout couronné d'un dédit de cinq cents francs si Claire renonçait tout à coup à paraître sur les planches du café-concert.
Claire signa sans lire. Le timbre officiel placé au coin de la feuille de papier avait quelque chose d'imposant pour elle, et il lui semblait que son engagement devait être sérieux, revêtu de cette petite vignette gravée. Enfin elle allait gagner sa vie ! Le vingtième de la quête qui lui tombait en partage ne pouvait offrir qu'une somme respectable, car la veille elle avait pu entendre le son de la monnaie qui tombait dans la bourse en velours rouge d'Olympe, la cantatrice militaire, lorsqu'elle avait fait le tour du café-concert. En pensant au service que lui av«t rendu l'avocat Prin, elle eut un souvenir affectueux pour le petit homme qui s'était dévoué à elle, et elle se promit d'aller le remercier au premier jour pour lui montrer qu'elle n'était pas ingrate. Eût-elle oublié l'avocat, Thiraud l'en eût fait ressouvenir, car le soir même, en ramenant Claire à son hôtel garni, le comique toucha un mot du légataire, M. Jean Thierry.
Les comédiens, qui étaient jadis renommés pour leur insouciance et leur prodigalité, ont perdu de leur bohème depuis que les préjugés qui pesaient sur eux se sont dissipés, et les plus râpés rêvent une certaine aisance. Thiraud avait l'amour de la petite maison comme ses camarades, et les milliards de M. Jean Thierry dépassaient de beaucoup les chiffres de ses rêves.
— Pourvu, disait-il que le gouvernementvénitien n'ait pas mis la main sur les trésors de M. Jean Thierry !
Claire ne pouvait lui donner d'explications à ce sujet, son esprit était porté ailleurs. Le maître du café lui avait recommandé de venir le lendemain de bonne heure, afin de s'entendre avec elle sur un rôle qui devait la mettre tout à fait en lumière. L'effet de Claire sur l'estrade fut complet ; jusque-là on n'avait pu trouver pour occuper ces fonctions subalternes que de pauvres filles niaises et sans beauté qui ne restaient pas plus d'une semaine, assises dans les fauteuils en damas rouge. Placées près de la porte pour garnir l'estrade , à l'état de meubles, pour ainsi dire, destinées à tromper le public qui croyait qu'il allait entendre cinq chanteuses, quand il n'y en avait réellement que trois, ces filles n'inspiraient aucune curiosité et elles ne recueillaient que l'amertume des applaudissements envoyés aux artistes. A peine jouaient-elles un rôle ingrat quand le comique les faisant intervenir dans les chansonnettes sans les prévenir, les prenait pour point de mire de ses plaisanteries.
L'habilleuse, le coiffeur les traitaient à la diable : un coup de peigne suflisait, ainsi que la première robe venue, qui était quelquefois trop large ou trop étroite, sans que personne songeât à y remédier; mais Claire, par sa beauté, donna tout de suite du relief à ces misères, et avec son costume d'emprunt qui n'avait pas été fait pour elle, elle fit oublier les roulades de la forte chanteuse et les parlé de la cantatrice militaire. C'était] un trésor pour le propriétaire du café du Géant. Le premier jour, la recette de la quête se monta à quinze francs huit sous, sur lesquels le maître du café prélevait la moitié, laissant le reste à ses altistes. Le vingtième de Claire ne fut pas lourd, et ce fut pour entretenir ses illusions que le propriétaire du café lui donna le lendemain l'autorisation de faire son tour de quête dans la salle, comme les cantatrices elles-mêmes.
La beauté de Claire, sa grâce et sa naïveté étaient données en spectacle de plus près et valaient bien pour le public la contemplation des bras de sapeur de la cantatrice militaire. D'ailleurs un rôle était réservé à Claire qui, par cette exhibition, devait être remarquée forcément.
Au moment où la première partie du concert allait être terminée, Claire parut sur le théâtre donnant la main au géant. C'était l'innovation rêvée par le maître du càfé-concert qui donna
lui-même le signal des applaudissements, dont Claire put prendre une bonne partie, car le géant commençait à devenir fatigant pour les vrais amateurs. Toujours le même géant, dont l'entrée était de si mauvais augure pour les petites bourses.
A l'entrée du gcant, toutes les consommations devront être renouvelées .
Tel était le vrai sens de l'apparition du géant, qui occasionnait une émeute dans le monde des garçons de café, allant, venant, courant, enlevant les bouteilles et les verres, forçant les buveurs à boire avec rapidité le reste de leurs verres.
— Messieurs ! renouvelez ! renouvelez !
On n'entendait que ce cri; et certains habitués grognons s'étaient déjà dit plus d'une fois :
— C'est le géant qu'il faudrait renouveler.
Celui-là surtout était un géant inférieur, d'une petite espèce : les connaisseurs n'en parlaient qu'avec mépris. Où était le beau temps du géant américain Francastor, dont la barbe descendait jusque vers le milieu de la poitrine ? Et le géant écossais ? Et le géant mérovingien "? C'étaient des géants, ceux-là ; mais le géant actuel semblait à côté d'eux ce qu'une petite vache bretonne est à un taureau du Cotentin. Pour le public nouveau qui n'était pas blasé sur les géants, il pouvait offrir encore quelque charme ; mais les dilettantes en matière de géant avaient raison dans leur dénigrement.
Claire donna un charme nouveau à ces exhibitions. Sa petite main parut encore plus délicate dans la grosse patte du monstre, et toute sa personne, fine et élégante, montra quelle perfection la nature pouvait atteindre, à côté des exagérations des membres mal équilibrés du géant, porté sur de longues jambes, mais dont la poitrine rentrée annonçait un germe de destruction prématurée.
Ce que le maître du café avait prévu arriva. Le soir, à la quête, Claire reçut, des premiers rangs du public attablé de l'orchestre, plus de pièces de dix sous que de monnaie de cuivre. Son entrée sur le théâtre, en compagnie du géant, avait été un vrai triomphe, et un louis n'eût pas payé le joli sourire dont elle accompagnait chaque ofirande.
Plus d'un habitué essaya de la faire causer ; mais comme elle n'était pas préparée à ce rôle, une rougeur subite la tirait d'embarras et répondait plus spirituellement qu'un mot préparé.
S62 LA MASCAUADK
A peine 'était-elle revenue dans !e loyer, que quatre bouquets lui furent apportés par la marchantio liabiiucile.
— Vous pouvez les montrer à votre entrée en scène, lui dit la marchande ; je vous les reprendrai à la fin du concert à cinq sous pièce.
A onze heures, la marchande de bouquets allait les offrir ta la porte des Délasscments-Corniques, des Folies-Dramatiques, des Funambules, et il se trouvait toujours quelque galant pour en honorer les grandes actrices du crii,
— Non, dit Claire, je les garderai.
Elle avait besoin de ces fleurs pour oublier le triste rôle qu'elle jouait, le contact de la main liôdo du géant enfiévré, dévoré comme tous les géants d'une lente phthisie, et quoique ces fleurs fussent trop parisiennes, presque sans odeur, disposées élégamment, mais montées sur des brins de paille. Glaire leur donna plus d'un regard avant de se coucher.
Pour la première fois, jetée en spectacle, Claire avait pu deviner la sensation qu'elle exerçait sur le public ; sans doute, cette présentation par le géant offrait quelque chose de pénible, et elle ressentait un léger frisson en se rappelant le contact de cette grosse et inepte main si singulièrement chaude, mais elle avait entendu mille mots charmants à son adresse et elle commençait à jouer un rôle.
Avant do s'endormir, elle mit ses bouquets dans un pot à eau, afin de les trouver encore frais à son réveil ; le lendemain ils étaient fanés. Ces fleurs étaient i'imeige la plus juste de la vie parisienne, où le moindre objet olfre une surface élégante, et où chaque racine contient quelque artifice. Elle se repentit de n'avoir pas jeté les bouquets, car elle ne voulait pas accepter les olfrns de la marchande et vendre les hommages qu'elle recevait. La désillusion commença trop vite poiu" Claire; au bout do quelques jours, les habitués devenant phis exigeants , demandaient des réponses à leurs bouquets, et trouveaicnt que la jeune fille ne répondait pas à leur enthousiasme.
Thiraud, qui les fréquentait, enseigna à Claire le peu qu'il y avait à faire pour obtenir leurs applaudissements quand elle entrait e» scène; mais Claire ne se souciait pas de leur envoyer des regards du haut de l'estrade, ainsi que le faisaient ses camarades. Le rôle qu'elle jouait en compagnie du géant lui répugnait; quelquefois elle se sentait prise de violentes jalousies quand, en faisant la quête, elle se
trouvait en face d'une grisette joyeuse, assise h côté de son amant, et qui le dimanche, se délassait des fatigues de la semaine.
— Hélas! se disait-elle en reidrant, si Auguste ne m'avait pas abandonnée, je serais peut-être là en sa compagnie, occupée à regarder et non à être regardée!
Les familles d'ouvriers, le père, la mère, la fille, assis autour d'une petite table, la faisaient encore plus souffrir, car le souvenir de son père venait la tyranniser. Toujours Auguste et toujours son père lui revenaient à l'esprit, et toujours le remords de sa faute.
Un soir, sur l'estrade, pendant que ces souvenirs à forme humaine défilaient lentement, et qu'abattue elle laissait pencher la tête, sans se soucier du spectacle de la mélancolie qu'elle donnait au public du café chantant, elle se rappela tout à coup qu'elle n'était pas là pour réfléchir, et elle leva les regards vers les habitués qui applaudissaient à tout rompre le comique, grâce à un certain chapeau difforme qu'il portait, le chapeau et les cheveux emmêlés étant le seul travestissement qu'il fût permis aux chanteurs du café-concert d'endosser. Non loin du chef d'orchestre, au premier rang de table, étriit un gros homme aux lèvres épaisses, remarquable surtout par un énorme diamant jetant de nombreux feux sur le satin de sa cravate. Il regardait Claire, et Claire le regardait : mais tous deux avec une sorte d'inquiétude. Le regard de l'homme semblait dire : 0 Je connais celte femme, « et Claire se recueillait pour savoir où elle avait rencontré cet homme.
Quand elle se présenta pour ûiirc la quête, elle feignit d'oublier l'homme au diamant ; mais celui-ci fit si, de telle sorte que Claire aurait eu mauvaise grâce à passer outre. Elle baissa les yeux, mais elle ne put s'empêcher de reconnaître alors M. Petit-Duclos, le banquier qu'elle avait traité si violemment dans son parc, à Neuilly. Reprenant aussitôt son sang- froid, Claire salua le banquier comme elle le faisait à chacun des assistants, et M. Petit-Duclos, dupé par cette assurance, crut s'être trompé. Quoique sa rencontre avec Claire eût été significative pour lui, le changement qui s'était opéré dans les traits de Claire, sa physionomie, qui se ressentait des drames dans lesquels elle avait été mêlée, le passage de radolescencc à la jeunesse, en avaient fait une femme d'une beauté nouvelle et plus accentuée; mais, malgré le sentiment de colère dont le banquier avait été atteint contre Mme de Gourtilz, il n'avait pu arracher les
racines d'une passion violente pour Claire, et la vue de la jeune lille donnait en ce moment une nouvelle vie à ces racines.
M. Petit-Duclos, dès le soir même, prit des informations auprès de la bouquetière ; il apprit que Claire vivait seule, dans une petite chambre garnie. Il y avait dans ce fait de quoi réveiller la passion du banquier, quoiqu'il fut attaché au char d'une danseuse de l'Anibigu-Comique, un théâtre qui, à cette époque, vivait depuis trois ans sous le coup de la mauvaise fortune et ne parvenait pas à remplir sa caisse. La danseuse qui voulait être souveraine dans le théâtre, fit tant que M. Petit-Duclos en devint le principal commanditaire. Cette folie lui avait déjà coûté plus d'une centaine de mille francs, mais la danseuse régnait en souveraine absolue dans son cœur et sur les planches, et les sommes considérables qu'elle faisait dépenser au banquier la rehaussaient d'autant plus à ses yeux.
Il se passa alors dans le cerveau de M. Petit-Duclos un combat curieux. Claire inspira au banquier une nouvelle passion qui nuisit à la danseuse : l'une dévorait la fortune de M. Petit-Duclos, Taufre lui avait résisté violemment. Claire l'emporta, et dès lors le banquier devint le spectateur le plus assidu du café du Géant, où sa passion ne put rester un mystère. Chacun, dans le théâtre, avait remarqué l'opiniâtreté des gros regards de M. Petit-Duclos, qui ne quittaient pas Claire d'un seul moment. A chacune des quêtes il donna im louis, fait inexplicable au café du Géant, où on parle encore de l'homme aux louis. Les chanteuses n'eussent pas remarqué le vieillard et sa scintillante épingle de diamants, que l'assiduité de ses gros yeux tournés vers l'estrade du côté de Claire, les eût informées de sa passion.
A partir du théâtre de la Porte-Saint-Martin jusqu'au théâtre du Petit-Lazari, le dernier échelon de l'enfer dramatique, toute une population de coulisses, composée de cinq mille personnes au moins en y comprenant les habilleuses, les figurants, les machinistes, se connaît, se rencontre, se tutoie. Dès son entrée à l'Ambigu en qualité de commanditaire, M. Petit-Duclos fut salué humblement par la population d'hommes et de femmes, tenant aux théâtres. Sa liaison avec la danseuse lui donna tout à coup une popularité enivrante qu'il n'avait jamais trouvée dans la banque.
Le moindre cabotin se disait qu'il pouvait avoir affaire un jour avecle banquier, et ses empressements à le saluer s'en ressentaient.
Ce fut par celle filière que les arlisles du géant découvrirent quel était l'homme au diamant. Chacun le dît à Claire :
— Tu manques ta fortune.
— Cet liomnie-là peut te faire un sort.
Claire n'en accordait pas un regard de plus au banquier, qui se désespérait et ne savait comment faire jouer les moyens ordinaires en pareil cas. La bouquetière elle-même, personne consommée dans l'art de l'intrigue, y avait échoué; Claire la repoussait, et pourtant sa situation ne devenait pas plus prospère. A force de privations sur sa nourriture, elle avait amassé à peine de quoi payer la quinzaine de son loyer, car les frais de représentation du café-concert étaient immenses pour ses maigres appointements. Les gants blancs dévoraient plus des deux tiers de la recette ; ne s'étant pas liée avec ses camarades qui la jalousaient, Claire avait la naïveté de porter des gants de trois francs, et ne savait pas que les premiers sujets des petits théâtres se gantent admirablement au Temple pour cinq sous, eu achetant des gants nettoyés.
Une vertu si tenace devait commander l'attention dans un pareil monde. Claire défraya dès lors les conversations des foyers de théâtre, où sa beauté était acclamée par les hommes et dénigrée par les femmes. La danseuse maigre, qui s'était insinuée dans le cœur de M. Pctit-Duclos par des pointes audacieuses, eut vent des assiduités de son protecteur au café du géant, et, en sa qualité de femme, voulut humilier celle qu'on citait comme une dangereuse rivale. Quoi que fît le banquier, elle le força à la conduire un soir au caféconcert, et quand Claire fit la quête, elle dit assez haut pour que celle-ci entendît :
— Comment, c'est cette petite chipie?
Et elle ajouta :
— Elle est bien fagottée!
Le mot blessa au moins M. Petit-Duclos autant que Claire, qui continua à faire le tour de la table, la rougeur sur la figure, honteuse de sa toilette. En revenant sur l'estrade, tout en baissant les yeux, elle put regarder sournoisement la robe de la danseuse, qui, était d'une simplicité élégante, mais dont les dentelles représentaient plus d'une recette du théâtre de l'Ambigu, un jour de succès. Claire se sentait réelknient fiu/oUéc. Le mot était vrai; mais sa gentillesse fi'.isait oublier le costume et la danseuse ne l'avait pas dit.
Se donner en spectacle d'une façon ridicule fut pour Claire une révélation pleine de souffrance. A chaque pas qu'elle faisait dans la vie, la femme se dessinait et se dépouillait de sa chrysalide de jeune fille. Avant de quitter le café-concert, Claire se regarda longtemps dans une mauvaise glace qui ornait le foyer des chanteurs, et elle détailla avec amertume les chiffons de gaze blanche fournis par le maître du café-concert. Ce soir-là, elle s'endormit avec des sentiments tout nouveaux de coquetterie blessée, et le lendemain elle gourmanda l'habilleuse sur le fagot de robe que l'administration la forçait de porter.
L'habilleuse se défendit de son mieux et répéta à peu près mot pour mot les paroles que Glaire avait entendues dans la boutique de la fripière, lorsqu'elle voulut lui revendre les pauvretés du Marcliéaux-Veaux, qui avaient fait longtemps son innocente joie. Suivant l'habilleuse, c'était de la faute de Claire si à cette heure elle n'avait pas des armoires remplies de robes de soie, de velours. L'estrade du café-concert était merveilleusement située pour pêcher des bijoux, des dentelles, et l'administration n'attifait ainsi ses artistes que parce qu'elle attendait de leur intelligence des toilettes plus convenables.
Toujours le même raisonnement poursuivait Claire! Depuis sa fuite de chez son père, elle l'avait entendu trop souvent se répéter à ses oreilles. Rien n'est plus dangereux pour un esprit naïf que ces affirmations qui se retrouvent les mêmes dans des bouches différentes. Et c'étaient des femmes âgées qui parlaient ainsi à Claire, en invoquant une expérience qui leur avait manqué dans la jeunesse.
— Il est encore temps, lui disaient ces femmes, mais dépêchezvous.
A l'attention que Claire prêtait à ces paroles, l'habilleuse vit que ses paroles portaient coup, et elle s'entendit le même soir avec la bouquetière, une Célestine de bas étage. Dès lors M. Petit-Duclos trouva deux auxiliaires au moment où Claire était désespérée de ne pas gagner sa vie. Claire commença à se repentir d'avoir traité le banquier avec tant de brutalité dans son jardin de Neuilly et pour essayer de se faire pardonner, elle sourit en recevant son louis habituel, à la quête du concert.
La glace était rompue, la guerre terminée. Il était permis au ban-
quier d'espdrcr; riiabillciisc et la bouqiielière ne cessaient d'cntoiiivr Claire de leurs lilcts et elles allaient répéter à M. Pctit-Duclos
milieu de mailles restaient à coudre. Cliacun dans le café était complice de celte séduction : les clianlcuses ne pouvaient voir d'un bon œil à leurs côtés une vertu triomphante. Elles affeclaieiit do mépriser Claire et de la traiter en petite filio sans valeur. Quoi que fît Thiraud pour entretenir riiarnionic dans le foyer, Claire se trouvait reléguée au dernier plan par les chanteuses qui traînaient leur toilette en longueur, afin que Claire ne fût pas prête au moment de l'entrée en scène, et mille antres détails désagréables pour son amour-propre.
iMais bientôt, pour consolider cette paix qui annonçait un si doux avenir, M. Pelit-Duclos envoya force cadeaux à Claire : habits de ville et habits de théâtre, bagues, broches, pendants d'oreille qui ne furent pas repoussés, grâce à l'habile intervention de l'habilleuse et de la bouquetière. L'affaire fut entamée avec une telle habileté, que Claire ne s'en douta pas d'abord. La première robe donnée par le banquier était si simple, que Claire crut qu'elle sortait du magasin du café-concert; elle ne se doutait pas que la coiffure qu'elle portait dans les cheveux avait été payée cent francs chez la plus élégante modiste de la rue de Richelieu. Ce n'étaient que des fleurs, entrelacées dans quelques brins d'herbe, mais disposées avec un goût parfait.
— Où avez-vous acheté cette coiffure, ma chère ? demanda la première chanteuse.
— C'est l'administration qui me la fournit, dit Claire naïvement. L'autre se mit à rire d'une façon significative.
— On t'en donnera de pareilles à l'administration, ma petite !
— Comme vous êtes admirablement coiffée ! s'écria M. Pctit- Duclos.
Au sourire singulier du banquier, Claire commença à comprendre que l'administration n'avait rien à voir dans sa toilette.
— .V la bonne heure, lui dit le maître du café, vous faites honneur à mon étabhssement ; vous êtes charmante.
Thiraud vint renchérir sur le tout, et l'habilleuse, sans convenir qu'elle était la complice du banquier, sourit d'une façon assez significative pour faire réfléchir Claire. Le lendemain ce fut une nouvelle toilette, le surlendemain une autre, et les bijoux commencèrent
à étinceler sur la poitrine de Claire, à ses oreilles, autour de son cou, de ses bras et de ses mains. M. Petit-Duclos n'était pas nommé encore, et Claire lui savait bon gré de cette discrétion ; mais une telle mise devait amener le désordre à l'intérieur du café-concert. Les chanteuses qui avaient méprisé Claire dans ses pauvres habits, la dénigrèrent encore davantage, maintenant que tous les regards se portaient sur elle.
— Si j'étais à votre place, lui dit l'habilleuse, je ne voudrais pas rester dans un bazar pareil.
Claire avoua que la présentation du géant au public lui était désagréable.
— Que faire? dit-elle.
— Ah ! ma chère, il n'y a qu'un trône pour les jolies femmes comme vous, c'est de jouer la comédie sur un vrai théâtre, à l'Ambigu, par exemple.
— Mais je n'ai jamais pensé à jouer la comédie.
— On étudie avec un bon maître de déclamation. Je connais un homme qui ne demande pas autre chose que votre amitié, si vous voulez suivre ses conseils.
Cette conversation se tenait sur le boulevard, en sortant du caféconcert, et Claire y prêtait une oreille attentive.
— Voulez-vous monter un moment chez moi? dit l'habilleuse; voilà ma porte, et nous causerons plus à notre aise.
Claire suivit l'habilleuse dans un petit entresol du boulevard du Temple.
— Oh! que vous êtes bien logée, s'écria-t-elle envoyant à la lumière trois petites chambres meublées élégamment.
— Mais, ma chère, vous êtes chez vous?
— Chez moi ! s'écria Claire.
— Oui, en fece de l' Ambigu-Comique, où un brillant engagement vous attend.
M. Petit-Duclos, caché dans un cabinet de toilette, parut.
— Mademoiselle, lui dit-il, voici un engagement que vous n'avez qu'à signer. J'espère que vous ne m'en voulez plus ; pour moi, j'ai tout oublié.
Claire lui tendit la main. Le banquier était énui : ses gros yeux roulaient singulièrement.
— Demain, sur les midi, dit-il, je viendrai savoir si l'Ambigu aura l'honneur de vous compter au nombre de ses pensionnaires.