‹ La mascarade de la vie parisienneChapitre 41 sur 44 · POURQUOI TANT DE FEMMES TOMBENT-ELLES SANS POUVOIR SE RELEVER · texte numérisé non relu

POURQUOI TANT DE FEMMES TOMBENT-ELLES SANS POUVOIR SE RELEVER

Bida était tellement pâle en arrivant à l'orchestre du théâtre des Variétés que Gogué lui dit :

— Tu es malade ?

— Je voudrais sortir.

— Allons-nous-en, dit Gogué.

Ils sortirent sans s'inquiéter de déranger les spectateurs.

— Que t'est-il arrivé de nouveau ? demanda le peintre qui s'était laissé prendre le bras par son ami et s'inquiétait de la marche rapide qu'ils accomplissaient sur les boulevards.

— Marchons, je t'en prie. Tout à l'heure, tu sauras...

Bi !a entraînait Gogué du côté du boulevard ; malgré les groupes

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(les promeneurs, les deux amis se donnant le bras marchaient à pas si précipités que la conversation ne semblait guère possible. Le peintre coimaissait assez Bida pour se rendre compte de ses émotions intérieures, faciles à deviner à l'accélération de ses pas. Souvent ils s'étaient promenés de la sorte le soir sur le boulevard du Mont-Parnasse, sans se parler ; mais une conversation muette s'établissait pour ainsi dire entre eux deux, et ils pouvaient répondre hautement tout h coup aux pensées qui se démenaient intérieurement. La vie commune, une conformité dans les goûts, une égale poursuite de Tari provoquent des tensions d'esprits analogues, et les bras de deux amis qui frottent Tun contre l'autre sont les plus siîrs truchements de ces conversations muettes ; mais quand après leur modeste dîner, Bida et Gogué allaient foire un tour de promenade sur le solitaire boulevard Mont-Parnasse, c'était une promenade calme, à pas mesurés, où les nerfs fatigués des agitations de la journée, se détendent dans des mouvements de corps, où l'esprit trouve un rafraîchissement dans la solitude, sous le ciel étoile, les grands arbres et la terre ferme de la chaussée. Aujourd'hui, la promenade imprévue qui enlevait Gogué au théâtre ressemblait plulût à un entraînement saccadé qu'à une marche. De temps en temps le peintre sentait le coude de Bida lui labourer le côté et il osait à peine l'interroger, compremint, d'après ces symptômes, combien devaient être profondes les agitations de son ami.

Ils marchèrent ainsi près d'une heure sans parler, et arrivèrent à la place de la Bastille, Gogué se demandant où son ami prétendait le mener dans cette direction. Us traversèrent la place et longèrent le quai absolument désert. La marche de Bida ne se ralentissait pas ; enfin, tous deux étant arrivés non loin du Jardin des Plantes, Bida s'écria d'une voix altérée :

— Oh ! mon ami, quelle journée terrible !

.Alors il raconta au peintre la sinistre rencontre de Claire au coin de la rue Joquelet et il fondit en larmes sans entrer dans plus de détails.

— Pauvre fille ! s'écria Gogué.

— Tu la plains '''

— Oui, elle est à plaindre.

— Je ne peux plus rester à Paris, dit Bida.

— A cause d'elle ?

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— Non, je ne saurais y vivre, je veux m'en aller.

— Où ? demanda Gogué.

— N'importe. Paris me fait liorreur.

Goi^ué avait ressenti lui-niêaïc plus d'une fois ce dégoiàt profond pour Paris, qui s'empare souvent des artistes fatigués par la lutte, irrités par la misère, les ronces et les orties de l'envie qui sont sur le chemin de chaque homme intelligent. Avec ses grandeurs intérieures qui en imposent à l'Europe, le Paris où s'élahorent les pensées qui font de la France la souveraine intellectuelle de l'Europe, ce Paris mystérieux est plus triste à considérer que les coulisses d'un théâtre. Au-dessous du Paris intellectuel se tiennent la houtique et la cuisine, et les pauvres gens qui se sont destinés à fricoter cette «uisine n'y peuvent tenir longtemps tant le feu est ardent et tant les odeurs de ces cuisines enlèvent l'appétit. Le curieux qui lit un livre, qui assiste à une première représentation, qui court à l'ouverture d'un salon n'a pas besoin de savoir quelles souiTrances, quelles privations, quels excès de travail, quelle tension de cerveau ont demandé ces prodiiils qui l'amusent et l'intéressent; mais les producteurs, quand ils n'appartiennent pas à la classe d'heureuses médiocrités n'éprouvent qu'un besoin : quitter Paris, pour, à peine partis., brûler du désir d'y revenir.

La France, dont les intérêts sont avant tout militaires, s'est toujours intéressée aux récits des victoires et des conquêtes. Le siège d'une ville, les souffrances des soldats dans les tranchées, les hardies escalades qui couronnent un assaut définitif, ont le privilège de faire battre les cœurs. Et quand reviennent triomphants dans les villes les soldats, quels triomphes et quelles acclamations ! Il en est des arts comme de la guerre ; pour en être plus sourde, la mêlée n'en est pas moins dangereuse. Et l'homme qui a publié un beau livre, qui a fait exécuter un opéra, qui a exposé une toile splendide, que le public acclame, ne se tient pas pour satisfait : il faut qu'il continue sans cesse et toujours. C'est un général qui doit ne pas se reposer le lendemain d'un grand combat, et remporter de nouvelles victoires. Au-dessous des grands créateurs viennent des êtres plus sages qui occupent moins l'attention, et n'en sont pas moins condamnés à de rudes travaux. A côté d'eux sont les esprits indépendants qui, ne voulant recevoir d'ordre de personne, courent en avant, se lancent à corps prrdu contre des batnillons d'erreurs et de

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préjugés, en démontent quelques-uns, et se font tuer souvent sans avoir conquis les grades et les honneurs auxquels s'oppose leur héroïque indiscipline. La fortune matérielle ne sourit guère à ces généreux combatlanls, malgré la popularité de leurs noms : de leur vie ils n'ont fait qu'une part que l'Art, avale en goulu, assez égoïste pour ne pas veiller aux hesoins de ses servants. S'ils n'amassent rien, ils dépensent largement leurs forces et leur santé, et il faut des constitutions exceptionnelles pour résister à ces combats sans cesse renaissants et pour arriver usé à la moyenne de l'âge des autres hommes. On préjuge quelle est la position des soldats dans cette armée de l'Art où les généraux eux-mêmes ne vivent que de sacrifices. Paris offre sans cesse une mêlée furieuse où disparaissent tous les ans nombre d'hoinmos tués par la privation, les misères des premiers débuts, la tension cérébrale, les fatigues et les veilles ; mais ceux qui restent debout sans arriver sont peut-être les plus à plaindre, les uns s'étant trompés de vocation, les autres n'tiyant pas trouvé le fil conducteur de leur esprit. Ceux-ci, effrayés des prodigieux travaux à accomplir, demandent leur pain et leur avenir à des travaux au jour le jour ; ceux-là, pour oublier leur défection, se jettent dans la boisson et la débauche. Tous sont rivés désormais à cette fatale chaîne qui mène au bagne de la médiocrité où se développent la haine, la jalousie, la colère bilieuse, et se condamnent à une critique infertile qui les rend de plus en plus soucieux. Car il est remarquable que ces pauvres natures défaillantes, manquant de force et de courage pour se faire une trouée à travers la mêlée, sont sujettes aux maladies littéraires qui ont donné naissance à de curieux ouvrages de grands médecins. La République des lettres, qui sera sans doute la seule république, favorise ces maladies et ces passions parle manque de discipline. Chacun veut eu être le dictateur et c'est cette volonté fatale qui fait la force de l'Art, ce personnage invisible représenté par les millions de têtes du public qui tantôt siffle, t:tntôt se passionne, tantôt reste indifférent devant les efforts do ce combat d'intelligences entre elles.

Gogué connaissait ces défaillances pour les avoir subies ; il se garda bien de contrcdir les idées de départ de son ami qui , sans réussir dans ses projets intellectuels, venait de supporter deux rudes chocs dans la journée, la fuite de chez Valpéja et la rencontre de Claire -.'seulement il s'imaginait que, le premier choc subi, son ami

reprendrait son courage habituel. Bida ne put retrouver la quiétude d'esprit nécessaire à ses travaux. Il aimait Claire et avait trop laissé se développer cette passion, nuisible à la culture de l'Art. L'Art ne souflre aucune passion à côté de lui ; il veut être le maître absolu, ne s'inquiète guère du bonheur de l'individu , et à mesure -qu'il se développe ossifie toutes les qualités natives. Le cœur de Bida s'était amolli quand il eût dîi se raccornir. Si l'Art permet la passion à l'artiste, le cerveau est le seul endroit où il a le droit de la loger, afin de l'étudier et de la disséquer dans ses mille ramifications singulières. Au début de la vie, Bida, mal aguerri par l'Art, pouvait encore ressentir les effets d'une première passion, mais à la condition de n'en être pas dévoré. Il succomba sous cette passion, d'autant plus dangereuse qu'elle offrait des obstacles plus grands.

A partir du soir où il avait rencontré Claire, ce ne fut plus un homme : la triste situation dans laquelle se trouvait celle qui s'était emparée de son cœur depuis si longtemps, ne pouvait qu'augmenter son chagrin et le rendre plus cuisant. Il souffrait de la condition de Claire plus qu'elle-même peut-être. Ce n'était pas elle qu'il accusait , mais la société tout entière. Il voulait oublier Claire , et chaque effort qu'il faisait lui rendait son souvenir encore plus amer.

Gogué suivait les traces de douleurs enfouies qui chaque jour s'accusaient vivement sur la physionomie de son ami, et il ne savai quel remède employer à ces souffrances si légitimes. Il entrevoyait la pente glissante où Bida se laissait aller, et ne pouvait lui tendre une main secourable ; il essaya de tout pour guérir Bida, qui restait dans une sombre impassibilité. Quelquefois, le poëte sortait seul sans dire où il allait, et Gogué le suivait de loin, craignant qu'il ne se livrât à quelque acte de déraison, motivé par une physionomie bouleversée, des habits en désordre et des manières d'être sombres dont rien ne pouvait le tirer.

Un jour, Gogué, qui avait abandonné tous ses travaux pour surveiller Bida, remarqua qu'il entrait à l'éghse Saint-Sulpice. Il le suivit avec précaution, et ne fut pas peu étonné quand le poëte s'introduisit dans un confessionnal. Gogué attendit, et, au l^out d'une demi-heure, Bida sortit plus calme. Une sorte de satisfaction intérieure, qui se traduisait dans ses regards, dura quelques jours, pendant lesquels Bida sembla s'intéresser aux travaux du peintre.

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Ce iait lut heureux pour tous les deux, car Gogué, qui avait besoin de gagner la vie pour deux personnes, put exécuter le portrait d'un riche industriel, membre du conseil de surveillance du chemin de fer de StrasboufL' ; mais bientôt Bida retomba dans sa mélancolie sortit de nouveau sans rien dire et revint de l'église sans y avoir puisé les consolations de la première confession. Sans doute le moral avait été frappé au début par les instructions et les conseils d'un prêtre, mais l'effet produit d'abord s'était affaibli ensuite, et Bida ne retourna plus à l'église.

11 redevint plus soucieux et plus morne encore ; il mangeait peu, répondait à peine aux questions du peintre, et la nuit entrait dans de violentes agitations que Gogué pouvait suivre dans un sommeil lourd et pénible, entrecoupé de paroles, de conversations, qui toutes avaient Claire pour objet. Souvent, il manifestait d'exquises tendresses pour cette pauvre fille perdue, mais le plus souvent il la traitait avec brutalité, l'insultait et semblait se venger de la mauvaise influence qu'elle exerçait sur lui.

Rien que par la nature des duretés que Bida adressait k Claire dans cette sorte d'assoupissement fiévreux, il était facile à Gogué de s'apercevoir combien son ami était attaché à la jeune fille, désormais perdue pour lui; mais ce qu'il y avait de plus étrange dans la façon d'être de Bida, venait surtout de son mutisme morose pendant la journée. Sans se rendre compte des confidences involontaires qui traversaient son sommeil agité, le jour il gardait au dedans de luimême ses tristes réflexions que le peintre ne savait comment provoquer. A cette heure, Gogué aurait voulu justifier Claire, mais elle était tombée si bas que les quelques pensées qui s'attachaient à elle, quand même elles commençaient par la pitié, se changeaient immédiatement en mépris.

De semblables réflexions s'agitaient au dedans de Bida et augmentaient ses soucis. Aimer une femme coupable, chercher à la justifier et ne pas trouver un seul fait en sa faveur est une situation qui conduit l'honnête homme au désespoir. Par moment, Bida caressait une idée non moins triste. Si elle était morte! se disait-il. Alors, il aurait pu la pleurer eu toute liberté, sans chercher à repousser l'étrange sentiment qui le remplissait de terreur, car il ne pouvait s'empêcher d'aimer Claire, malgré sa triste position. Chose singulière, Claire, à cette heure, faisait moins horreur au poëte que quand il s'était ren-

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contré avec elle, dans son boudoir, en présence du banquier Petit- Duclos. Si Bida avait souffert dans son amour-propre de poëte en s'entendant proposer un honteux marché, un autre sentiment plus cuisant n'avait pas peu contribué à le ronger : l'attitude du directeur de l'Ambigu, sa situation vis-à-vis de Claire, ses oreilles rouges, son crâne à moitié chauve, sa chaîne d'or et ses breloques cliquetant sur son gros ventre, ses lèvres lippues. Il avait regretté que les affaires de poésie se fussent mêlées à cette rencontre : en d'autres circonstances, il eût éclaté et serait sorti heureux de jeter un tel être à la porte, en le faisant rouler dans les escaliers.

Un rival est toujours un affreux homme pour le jeune homme qui aime passionnément; mais combien souffre-t-il quand ce rival, par son âge, sa fortune, éloigne toute idée d'affection de la part de la femme ! Plus elle devient méprisable, et plus le jeune homme souffre : son amour-propre se révolte et se cabre à l'idée d'une liaison intéressée. Il devient lâche, il voudrait l'ignorer, il ne s'explique pas le cynisme de la femme qui peut se montrer en public au bras d'un vieillard riche ; sa pensée traverse l'alcôve nocturne, il gémit et pleure des larmes de sang. A cet heureux âge, où la connaissance de la vie n'a pas encore tracé son cercle bilieux au-dessous des yeux, ce sont des étrangetés haïssables et des crimes que ces relations si communes à Paris, pour lesquelles le jeune homme ne trouve pas d'assez durs châtiments.

En pensant toujours à Claire, tel fut le seul adoucissement que Bida trouva à son désespoir; c'est qu'elle avait rompu avec le banquier, mais pour être rivée à quelle chaîne 1 En jetant un coi;p d'oeil sur cet enfer, le poëte en refermait la porte, effrayé et défaillant comme si une empestée bouffée de soufre l'eût renversé. Par quel chemin désolé Claire était-elle arrivée à cette chute, qui enlevait tout espoir à jamais? Il n'y a que deux raisons souveraines pour les êtres égoïstes qui ne s'inquiètent que des effets et non des causes : paresse et débauche.

Paresse et débauche sont des mots faciles à dire.

Le docteur Filhol résolut la question dans un autre sens.

Ne sachant comment tirer son ami du marasme dans lequel il était plongé, effrayé de ses confidences nocturnes qui s'échappaient précipitées et sans repos, après avoir observé combien avait été impuissante la guérison de l'àme, à la suite des entretiens de

lîiila avec le prêtre de Saint-Sulpicc, Gogiic eut tout à coup ridée (i'ailcr trouver le médecin de la Salpôtrière avec qui il s'était trouvé en relations, à propos du séjour de Glaire à l'hôpital. Sans communiquer son projet à Bida, il se rendit chez le docteur à l'heure de ses consultations, et lui dit nettement :

— Monsieur, vous pouvez sauver un homme.

Le docteur regarda le peintre, qui lui rappela la courte relation qui les avait mis en rapport à propos de la maladie de Claire.

— Je ne m'étonne pas, dit-il, delà situation de cette malheureuse femme... Elle devait y arriver fatalement.

— Fatalement, dit Cogué.

— Fatalement, reprit froidement le docteur. Et il ajouta, en manière d'interrogation :

— On peut tout vous dire?

— Ce n'est pas pour moi que je viens vous consulter, monsieur, mais pour un ami...

— Qui l'aime, vous me l'avez dit. Il la hait en même temps, c'est encore une des formes de l'amour. Mais dites-moi à la suite de quelle déception cette malheureuse femme s'est jetée dans l'abîme ?

— Je n'en sais rien, dit Gogué.

— Vous n'en savez rien et vous l'accusez?

— Je ne l'accuse pas ; nous avons perdu ses traces depuis si longtemps.

— Mais votre ami l'accuse?

— 11 s'accuse plutôt de l'aimer encore.

— C'est un jeune homme que votre amoureux ; s'il avait étudié de près les misères de la vie réelle, je puis afTirmer qu'il n'accuserait peut-être pas cette jeune fille. Moi qui ignore par quel enchaînement de faits elle est tombée au dernier degré de l'échelle, je la plains. Et rappelez-vous ceci, monsieur, tous ceux qui étudient la misère de près : médecins, prêtres, sœurs de charité, sont pleins d'infinie tolérance et de pitié pour ces femmes. Vous êtes artiste, vous éprouverez de nombreuses déceptions : plus vous surpasserez ceux qui vous entourent, et plus vos confrères s'ciforceront de vous rapetisser par tous les moyens. 11 faut lutter. Vous sentez-vous ce courage ?

— Oui, dit Gogué d'une voix ferme.

— Et bien, le courage, tous les êtres ne l'ont pas; et cependant

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chacun en a besoin, du petit au grand, car la société est organisée pour la lutte. Or, tout le monde n'étint pas organisé pour lutter, qu'arrive-t-il? C'est qu'il y a une certaine quantité de gens broyés en route. Les femmes, quoiqu'on ait placé leur paradis à Paris, comptent encore plus de victimes que les hommes. J'ai beaucoup vu de ces malheureuses dans la situation de la pauvre fille dont vous vous occupez, et je peux affirmer qu'il y a moins de débauche que de paresse, et moins de paresse que d'impuissance dans les organes cérébraux. Ces femmes n'ont pas le cerveau assez développé pour lutter. Que voulez -vous qu'elles deviennent après une première faute? Ce sont des enfants dans la vie ; elles restent enfants et meurent enfants. Vous me direz qu'elles ne devraient pas commettre la première faute; mais leur état de faiblesse intellectuells les y prédispose. Quel est celui qui ne commet pas de fautes dans sa jeunesse? î\Iais la raison arrive avec ses contre-poids, qui l'emportent sur les vices. Une fois sortie de chez ses parents, la jeune fille qui vous intéresse devait aboutir à ce triste résultat. Il lui fallait la vie de famille, un soutien, un mari pour la guider. N'étant pas capable de se conduire eilenièmc, peu à peu elle s'est laissée entraîner : pour l'arrêter dans sa chute, un homme qui aurait eu assez d'empire sur elle, pouvait peutêtre la protéger. Il est présumable que cet homme ne s'est pas rencontré.

— Pourquoi n'a-t-elle pas connu l'affection de Bida? s'écria le peintre.

— Qui sait s'il aurait eu assez d'empire sur elle'?

— Ah! monsieur, dit Gogué, combien il est fâcheux que mon ami ne vous entende pas. Avec votre autorité...'

— Amenez-le-moi demain malin, dit le docteur en congédiant le peintre .

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