‹ La massacres de SeptembreChapitre 16 sur 25 · ÉVASION DE L'ABBÉ SAURIN · texte numérisé non relu

ÉVASION DE L'ABBÉ SAURIN

L'abbé Saurin de Marseille, ex jésuite, n'a point péri, aux Carmes. Après son évasion, il put sortir de France, et se rendit à Rome. Les particularités de sa délivrance qu'il y raconta à MM. Vialar et d'Auribeau, de qui nous les avons apprises, méritent d'être rapportées. Ce respectable prêtre attendait, dans une chapelle de l'église des Carmes, que son tour d'être massacré fût venu. Il entend un des assassins, qui passait près de lui, parler avec l'accent provençal, et s'en approche, en lui disant : « Mon ami, vous êtes de la Provence? — Oui, répond celui-ci; et je suis de Marseille. — Et moi aussi; je suis de la môme ville. — Comment vous nommez-vous? — Saurin. — Oh ! votre frère est mon parent ! — Eh bien, puisque nous avons des rapports de famille, vous devriez bien me tirer d'ici, car vous savez qu'on ne peut me reprocher que ma qualité de prêtre. » Le Marseillais à l'instant interpelle ses compagnons, et leur dit : « Citoyens, cet homme est mon parent, et, en cette qualité, il ne doit périr que par le glaive de la loi. » — Bah ! répliquent-ils, ce prêtre est coupable comme les autres, et doit périr avec eux. — Non, non; il n'en

sera pas ainsi; et quand je vous demande une exception, c'est que j'ai des droits pour l'obtenir. Sachez, continua-t-il, non sans quelque supercherie, sachez, que je me suis trouvé à la prise de la Bastille, aux journées des 5 et 6 octobre, à Versailles, à celle du 21 juin aux Tuileries, et à la dernière affaire, celle du 10 août ; voilà ajouta-t-il en découvrant sa poitrine, voilà les blessures que j'y ai reçues. » L'abbé Saurin a assuré qu'il n'y aperçut pas la plus petite égratignure. Le stratagème n'en eut pas moins de succès ; et il fut décidé que le Marseillais conduirait ce prêtre à la section pour y être jugé. Quand l'un et l'autre furent dans la rue voisine ( rue Cassette), le libérateur demanda à l'abbé Saurin la redingote neuve dont il était revêtu et lui donna en échange son habit de garde national, qui était fort usé, pour lui servir de sauvegarde. Gomme il demandait, en outre, quelque argent pour prix du service qu'il venait de lui rendre, celui-ci le gratifia d'un assignat de deux cents livres, et ils se séparèrent. Quand l'abbé Saurin racontait ces particularités, à Rome, il paraissait âgé d'environ soixante ans. Il avait recueilli avec beaucoup de soin des notices intéressantes sur les captifs de l'église des Carmes, et chaque article était apostille de notes marginales infiniment précieuses. Son manuscrit, qu'il communiqua aux mêmes ecclésiastiques a été rapporté par lui-même en Francelorsqu'ilyestrevenu; et tout en regrettant de n'avoir su où le trouver, nous désirons bien ardemment qu'il tombe en des mains capables de le faire servir à la plus grande édification des fidèles.

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