PIERRE LOUIS MAYEUR
Interrogé le 28 fructidor 3® année par Lefort, accusateur public du Tribunal Criminel en vertu de la loi du 22 messidor dernier.
Demande : où il était le deux septembre 1792 *.
A répondu que le deux septembre, il était chez le citoyen Houstet, ancien serrurier à Paris, rue de Verneuil, N" 437 et mort depuis environ un ams; que j'ai resté chez lui depuis environ unze heurs du matin jusqu'à cinq a six heures du soir, ainsi que le constate le certificat du Citoyen Loisel, son commis, chez lequel jetait a faire des contes avec ces locataires comme étant chargé de ces affaire, Et qu'ayant entendu dire qu'il y avait du tumulte dans Paris, que je me sui randu chez moi et que j'ai prie mon fusi et mon sabre pour me randre sur la place sulpice avec le bataillon. Et que le citoyen tanche commandant de bataillon nous enmennat au Carmes sur les sept heures du soir pour y mettre le bon ordre Et pour empêcher le massacre, mais malheureusement le massacre était fini, et que La jai vu un sélera, dont je ne connais point, qui fouettait un malheureux massacré dans un coridor, qu'aussitôt je sotat sur lui avec la bayonnet au Bou du fusy et je lui dit selera tu mériterait que je tan fie autant, tu vien assassiner des malheureux. Et pour lors je lui arracha des mains
* Nous respectons l'orthographe de cette pièce ainsi que celle des suivantes.
un portefeuille Et ce qu'il avait prie a ce victime; aussitôt j'ai voulu Le remettre a un membre du comité civil qui Etait La Et nau na pas voulu; aussitôt J'ai sorty des Carmes et J'ai été dépossé au Comité civil de la section tout ce que j 'avait, il y avait deux ou trois Louis en or, Et dautre monnoye Enoncé en la quittance du Comité civile Laquelle est de 4 à 500 à ce que je croi.
De la jai retourné chez moi en dessandant par la rue princesse jai rancontré le Citoyen {illisible) fils, mon cousin, qu'il me priât daler avec lui réclamer son père qui Etait détenu prisonnier a l'Abbaye Et qui était mon noncle ; aussitôt jai été avec lui Et nous Lavons réclamé dans la prison ce qui nous a été accordé par Les Juges qui faisait périre Et nous Lavons enlevez au millieux des sabres et des pique ensanglantait. Et cest a cette endroit ou jattrapas du sang sur moi des victimes égorgée Et jan nattrapas a mon Bas Et même il falait passer dans le sang par dessus les souliers, Dalieur je ne regardait point sur moi au sang que je pouvait avoir, du plaisir que j'avais davoir pue sauver mon noncle du péril ou il était.
Et de la jai rantré chez moi Et en entran jai trouvez Le Citoyen Peuvret qui fondoit en Larmes en la rue sur le sort de lun de ses amis qui était prisonnier a l'Abbaye ou je fus le réclamer avec des voisin pour le sauver, mais nos effort furt en vin Et nous eume la douleur de le laisser et de nous en revenir sans lui Et jai rantré a la maison ou je nesortatplus du tous.
Demande si nous Etion Beaucoupe de monde
Lorsque nous fume au Carme Et si je connaissait quelque Citoyens qui Etait sur la place,
A répondu qu'il était environ un cent et que je ne connaissait personne que le Citoyen Merteit marchand épicier Carrefour de la Croix rouge mais qu'il n'est pas venu avec nous il a été avec un autre détachement pour conduire des vivres a ce que je croi, que dalieurs a peine si jetait arrivé que l'on nous fit partir.
Demandé ci il connais quelqun de ceux qui assommait tant au Carmes qu'a l'abbaye Germain et de ceux qui jugais
A répondu que nom
Demande s'il a montré son sabre. Et son bas et son jabot plen de sang.
A répondu que nom Et que le faite est faut, que dalieur je ne cachait point ma Jambe, que celui que j'avais attrappé a mon Bas vien de l'abbaye en sauvant mon noncle Et que je navals pas Eviter.
Demande si il avait été changé de chemise.
A répondu que nom.
Demandé si il avait pas dit a des voisin qu'il avait encor un Billet de cinq Livres de la Caisse patriotique qu'il avait oublié de randre mai qu'il yrait le reporter demain Et si il navait pas montré une quittance qu'il tenait du Comité civile Et si il n'avait point donné a une voisine un Chapelet et un image.
A répondu que nom, que le faite est faut, que je ne point donné ni chappelet ni ymage a personne Et je nan e même pas vue, quant au billet de cinq Livres cest également faut parce que J 'avait été passé au
Comité civile Largent que j avait araché des mains du cèlera avant que de rantrer a la maison Et dont Jai La quittance qui est détaillée de toute la monnoye Et papier qui Etait dans le portefeuilles et que Joffre de justifier au premier jours.
Demandé ou il a été Le trois
A répondu que le troi il navait pas sorty de chez lui que sur les sept heurs du soir pour aller a la Chossé dentin avec son épouse Chez le Citoyen Bomim son oncle Et qu'il en a sorty que sur les unze heurs du soir heurs a laquelle il a party pour san revenire chez lui avec son épouse.
Lecture faite au dit Mayeur de ses dires et déclaration a dit ycelle contenire vérité Et a persisté Et a signé
Mayeur
Pour copie conforme a linterrogatoire que jai suby ^,
CHARLES DEPRÉE»
Interrogé en nivôse an IX.
Je m'appelle Charles Deprée âgé de quarante trois ans environ, natif de Sonnere (?) département de
' Archives nationales A. A. 6. Pièce 106.
Mayeur est ainsi désigné par Cassagnac (Uisloire des Girondins et des massacres. II, page 514 : listes des assassiiis qui ont pWs part aux massacres de septembre : « Mayeur, Pierre-Louis, né à Sommesous, près Châlons (Marne) âgé de vingt-huit ans, défenseur officieux, domicilié rue des Boucheries Saint-Germain, n» 227. Cet individu qui fut poursuivi pour les massacres de l'Abbaye, avait certainement pris une part très active aux assassinats commis aux Carmes. »
* Ou Desprex.
LE DOSSIER DES MASSACREURS 29i
l'Orne, voiturier, demeurant à Paris, rue de l'Ourcine n° 9, d;\i::ion du Finistère.
— Depuis quand êtes-vous à Paris?
— Je suis domicilié à Paris depuis dix-huit mois.
— Vous y étiez à Tépoque des massacres de septembre mil sept cent quatre vingt douze, car nous sommes instruits que vous avez participé à ces massacres.
— Je demeurais à cette époque à la maison blanche, je seais que j'avais été dénoncé par deux individus que je ne connaissais point j'ay été conduit à la conciergerie oiî je suis resté vingt-cinq jours, après lesquels j'ay été mis en liberté.
— Vous aves encore été arrêté pour autre cause, il y a environ un an, qu'aviès vous fait?
— Jamais je n'ay été arrêté qu'en quatre-vingt douze comme je vous Fai déjà dit.
— A.vés vous un frère ?
— J'en ay un qui est au service de la marine avant la révolution.
— Vous avès été arrêté comme chauffeur et vous avès soutenu qu'on se méprenait et que c'était votre frère, apparament dont on voulait parier. Vous avez donc au moins connaissance que votre frère était du nombre des chauffeurs et vous avès profité de son absence pour obtenir votre liberté.
— Je vous assure que cela est faux je n'ai point été arrêté qu'en quatre vingt douze.
— Vous étiez nourrisseur de bestiaux lorsque vous demeuriez à la maison blanche ?
— Gela est vrai.
— En ce cas, c'est bien vous qui avès participé aux massacres des prisons en septembre quatre vingt douze.
— Je vous assure que j'ay bien été accusé de ce fait, mais je n^en suis point capable et j'ay été acquitté.
Lecture faite du présent interrogatoire aud. Cbarles Deprée, il dit icelui contenir vérité y persiste et a signé avec nous.
Deprée.
CHARLES DEPRÉE
Extrait des minutes du Greffe du Tribunal criminel du département de Paris. Du 1" fructidor de l'an Ul de la République. Jugement qui acquitte Charles Deprée.
Au nom de la République française une et indivisible.
Le Tribunal criminel du département de Paris a rendu le jugement suivant :
Vu par le Tribunal criminel du département de Paris, l'acte d'accusation dressé le douze thermidor l'an trois de la République française une et indivisible, par le citoyen Tripier, l'un des substituts de l'accusateur public, près le dit Tribunal contre Charles Deprez, âgé de trente-huit ans, natif de Saint-Sonner département de TOrne, nourrisseur de bestiaux demeurant à la maison Rlanche commune de Gentilly, près Paris, prévenu d'assassinat commis dans les premiers jours de septembre, mil sept cent quatre vingt douze sur les prisonniers détenus en la
maison de Bicètre, duquel acte d'accusation la teneur suit :
Nicolas-Jean-Baptiste Tripier, substitut de l'accusateur public, près le Tribunal criminel du département de Paris... Déclare que Charles Deprez, âgé de trente-huit ans, nourrisseur de Bestiaux, natif de Saint-Sonner département de l'Orne, demeurant à la maison Blanche, commune de Gentilly près Paris, est traduit au tribunal criminel comme prévenu d'avoir participé aux assassinats commis les premier, deux et trois septembre mil sept cent quatre vingt douze, sur les prisonniers détenus à Bicètre.
Examen fait des pièces du Procès, il en résulte que le deux septembre, l'administration du district de Bourg-Egalité instruite des massacres qui se commettaient dans la maison de Bicètre, servit une circulaire à toutes les municipalités voisines de cette maison pour les inviter à se constituer en permanence et de faire mettre la garde nationale sous les armes. Les citoyens Michelet et Duclou, employés au district furent chargés de porter partie de ces lettres. Comme la municipalité de Gentilly s'était déjà rendue à Bicètre, les citoyens Michelet et Duclou s'y transportèrent pour lui remettre la lettre qui lui était adressée. Entrés dans cette maison, ils y furent consignés et se trouvèrent spectateurs forcés des massacres qui si commettaient. Ils virent un homme en chemise, bras retroussés, plein de sang, ayant autour de sa tête un mouchoir bleu, et à la main un sabre ensanglanté, occupé à ces horribles exécutions; s'étant adressés à lui pour faire lever la consigne
qui les retenaient dans cette maison, et lui ayant promis une Bouteille de vin pour récompense, il les fit sortir et les conduisit dans un cabaret à la Maison blanche, voisin de son domicile et leur déclara qu'il était nourrisseur de bestiaux demeurant à la maison Blanche, qu'il travaillait depuis deux jours et qu'il était fatigué. Le citoyen Michelet lui ayant témoigné son étonnement, sur les événemens qui venaient de se passer, sous ses yeux et lui ayant demandé comment il avait pu se déterminer à massacrer des hommes sans armes et sans défense, il luy répondit que jusqu'au septième cela lui avait beaucoup coûté, mais qu'après ils n'y faisait pas plus d'attention qu'à des veaux.
Pour s'assurer si Déprez était bien le même individu qui avait été vu à Bicètre par les citoyens Michelet et Duclou, et qui leur avait tenu ces propos, il leur a été représenté et ils ont déclaré qu'ils le reconnaissaient pour être le même individu.
Déprez a été interrogé par un des juges du Tribunal, et il a répondu qu'il connaissait le citoyen Michelet mais qu'il ne connaissait pas le citoyen Duclou, que les deux et trois septembre mil sept cent quatre vingt douze, il était chez lui, à la Maison Blanche, que le soir de l'un de ces deux jours voyant que sa municipalité se transportait à Bicètre avec la force armée, il y était allé aussi, qu'il y avait vu des hommes qu'on faisait mourir, et d'autres qu'on élargissait, qu'il est resté à Bicètre toute la nuit parce qu'on avait fermé les portes, qu'il avait un habit bleu, mais qu'il ne se rappelle pas comment sa Lèle
était couverte, qu'il n'avait pour arme qu'un fusil et n'avait point de sabre ; qu'il n'a pris aucune part aux massacres, qu'il n'a pas parlé aux citoyens Michelet et Duclou à Bicètre, qu'il ne les y a pas vus, et n'a point bû avec eux à la maison blanche.
Dans ces circonstances, le substitut de l'accusateur public demande acte au tribunal assemblé de la déclaration qu'il fait, qu'il estime qu'il y a lieu d'accuser Charles Deprez de s'être rendu coupable d'assassinat en participant méchamment et de dessein prémédité aux Massacres commis les premier, deux et trois, quatre et cinq septembre mil sept cent quatre vingt douze, sur les personnes détenues dans la maison de Bicètre; sur laquelle accusation, il sera prononcé sans recours en cassation, fait au parquet du Tribunal le onze Thermidor au trois de la République française une et indivisible.
Signé : Tripier.
Le jugement rendu le treize du dit mois de Thermidor par le Tribunal qui reçoit et admet l'accusation portée contre Charles Deprez pour raison des faits contenus en l'acte soumis au Tribunal par le substitut de l'accusateur public, en datte du onze du dit mois. En conséquence, décerne ordonnance de prise de corps contre le dit Charles Deprez, accusé.
Le Procès verbal de la signification des dits jugements et ordonnance de prise de corps faite au dit Charles Deprez accusé et de remise de sa personne en la maison de Justice du département.
La déclaration du juré ordinaire de jugement
portant : « que des citoyens détenus dans la maison nationale de Bicètre ont été mis à mort : mais que Charles Deprez vuest pas convaincu Savoir coopéré à ces homicides. »
.. Charles Deprez est acquitté de raccusation, en conséquence, ordonne qu'il sera mis en liberté sur le champ, si toutefois il n'est pas détenu pour autres causes, et qu'il sera surci à l'exécution de la présente ordonnance pendant vingt-quatre heures, aux termes l'article dix sept de la loi sur l'institution des jurés. Fait et prononcée l'audience publique du Tribunal, le Premier Fructidor de l'an troisième de la République française une et indivisible'.
DUBOIS. — François LACHE VRE. —Nicolas LION. — Nicolas LEDOUX. — François MAILLET. — Antoine BOURRE. — Pierre François DAMIENS. — Sébastien GODIN. — Mathieu MARCUNA. — Jean DEBESCHE. — René JOLY. — Charles DEBRENNE.
Du 20 brumaire, an 3» de la République française une et indivisible.
Ordonnance de Prise-de-Gorps contre François LA GHËVRE André LION, Pierre DUBOIS et autres.
Dubois^. — Plusieurs ont vus Dubois dès les premiers jours de septembre 4792 revenir chez luy avec
* Archives de la Préfecture de Police. Dossier de l'affaire du 3 nivôse, an IX.
* Cassagnac signale deux Dubois. Le premier, Pierre, né à Chully (Indre-et-Loire) , âgé de quarante-six ans, domicil ié rue de Nevers, 1807 ; le second, Pierre, également, garçon charretier, domicilié au Gros- Caillou, rue de la Boucherie. Ce dernier est porté sur l'état des frais faits par la section des Quatre-Nations.
une picque dont le fer Etait fort large et ensanglanté ; il déclara qu'il venait de l'abbaye, que ceux qu'on avait Expédiés étaient des coquins ; qu'il n'était pas près de la prison lorsqu'on Exécutait les prisonniers mais que les voyant souffrir et mutillé, il leur lançoit un coup de picque du côté du cœur qui les empêchait de souffrir, il montrait même une image représentant un cœur enflammé quil dit être la figure de Ralliment qu'on avait trouvé sur les détenus ; d'autres témoins luy ont Entendu dire et se vanter d'avance d'avoir pris part à ces massacres, Et dire en montrant sa picque. « Elle a reçu plusieurs coups de sabre, mais elle a travaillé. » Une autre déclaration atteste que Dubois a été vu au millieu des assassins tenant à la main une picque dont le fer était ensanglanté; Enfin quelques jours après les massacres, la femme Dubois est allée chez le citoyen Doisy Chapelier luy porter le chapeau de son mary teint de sang et percé sur la forme d'un coup de bayonnette ou de picque le citoyen Doisy et son épouse lui demandèrent sy son mary avait été blessé Elle répondit que non, mais qu'il était resté vingt-quatre heures à l'abbaye ; sur Tobservation quils luy firent si son mary avait été commandé de garde Elle répondit que nom, quil y était allé pour tuer, qu'il était bien placé Et quil avait une Bonne picque. — Dubois interrogé a déclaré que le deux Septembre depuis midy jusqu'à six heures il était resté au Musé, Rue de thionville : qu'après la generalle Battue il s'est rendu a l'abbaye vers les sept heures armé de sa picque, qu'a peinne arrivé il est allé en patrouille, que revenu a la porte de leglise
il y est resté jusquau lendemain sept heures du matin quil est rentré chez luy a neuf heures Et nest plus sorly de la journée ; que, le quatre, il a travaillé chez le Citoyen Ferry jusqua deux heures ; quil ne sait avec qui il a fait patrouille le 2 et ne peut indiquer les Citoyens avec lesquels il a passé la nuit du 2 au 3 ; que sa picque notait pas ensanglantée mais seullement rouillée; quil na pris aucune paît aux massacres, que sa femme na point porté son chapeau a racomoder chez le Citoyen Doisy ; quil na tenu aucun des propos qu'on luy attribue, quil n'a point approché des assassins, quil na donné aucuns Reçus pour salaires pendant ces journées Et quil ne sait pas signer.
La Chèvre*. ■^— Plusieurs témoins attestent que le six Septembre soir ils ont vu la Chèvre au poste de la rue de Seinne armé d'une picque dont le fer était couvert de sang jusqu'au manche ; quil avait les Bras le visage et les vêtements teint de sang; qu'en se présentant au Corps de Garde il dit quil n'y avait plus personne a tuer dans les prisons, parce qu'il avait tué le dernier de la force Et quil avait été de prison en prison pour massacrer; un autre témoin, qui est marchand de vin, a vu la Chèvre venir fréquemment, pendant les journées des massacres dans sa Boutique pour y Boire, les mains, les vêtements et les sabots teint de sang, armé d'une picque telle-
* Lachèvre, François, serrurier, âgé de trente-six ans, né à Huberville (Seine-Inférieure), domicilié à Paris, rue de Seine, n» 1390. (Cassa» gnac.)
ment ensanglantée qu'on ne pouvait distinguer la couleur du fer ny celle du manche. — Devant le juge qui l'a interrogé la Chèvre a répondu quil sest rendu a la section le deux Septembre, a trois heures, armé de sa picque ; a cinq heures il est allé dans la Cour des Moines oii il a vu 13 ou 14 individus Étendu sans vie, a sept heures s'est retiré chez lui ; a neuf heures sest rendu a la porte de la prison de l'abbaye avec le Citoyen Leveque, a été placé ne say par qui a environ 30 pas de la porte de la prison ou il est resté jusquau lendemain Trois, jusqua trois heures après midy. Est allé dîner Et promener avec sa femme ; le quatre a monté la Garde au poste de la rue de Seinne jusqu'au cinq, puis est allée travailler; ne connaît aucuns de ceux qui était placé auprès de lui a l'abbaye. N'a pris aucunne part aux massacres. N'a point été vu ny chez le Citoyen Roger n'y au Corps de Garde ses vêtements teints de sang.
Lion S — Plusieurs déclarations annoncent que Lion, armé d'une espèce de picque ou halbarde, la enfoncés dans le corps d'un particulier que Ion disait être le dernier prisonnier de l'abbaye qui s'était déjà évadé de Bicêtre ; parmi ces déclarations il en est des personnes qui l'ont vu frapper ce malheureux, — Interrogé Lyon a dit qu'il ne setait pas approché du lieu des massacres qu'il avait seullement vu tirer le dernier prisonnier Et avait entendu crier les autres
* Lyon (André-Nicolas), âgé de cinquante ans, né à Rouen, limonadier rue Sainte-Marguerite, (aujourd'hui rue Gozlin), n» 424. (Caa. sagnac.)
de chez lui, que pendant les journées qu'on duré les massacres il n'a porté ny picque ny halbarde n'a pris aucune part aux massacres.
Le Doux^ — Deux déclarations accusent Ledoux : la l""^ ne présente que des propos recueillis par lesquels il était présenté comme ayant concouru a ces assassinats, la seconde porte que, deux mois environ après, il a dit quil navait eu le bonheur que de n'égratigner une douzaine au 2 septembre mais quil espérait que cela recommencerait bientôt Et quil voulait pour cette fois en tuer plus de deux cents pour sa part.
Dans son interrogatoire il a nié ce propos; est convenu être allé voir le massacre mais ny avait pris aucune part.
Maillet^. — Les pièces du procès présentent Maillet comme un de ceux qui ont porté les premiers coups et commencé les premiers assassinats sur les prisonniers amenés dans les voitures le 2 septembre après midy; il s'est approché de l'une de ces voitures dont la portière était ouverte, a saisit par le collet un des citoyens qu'elle renfermait, la jette en Bas, la terrassée et luy a porté plusieurs coups de sabre sous lesquels il a expiré ; un citoyen de la force armée s'étant approché de Maillet Et lui ayant reproché sa cruauté il luy répondit avec fureur — « Êtes-vous
• Ledoux (Louis- Augustin-Nicolas), âgé de vingt-neuf ans, cordonnier, rue de l'Échaudé, n» 1033. (Cassagnac.)
* Maillet (François), âgé de quarante-trois ans, né à AUonne-sur- Oise, près Beauvais, couverturieret tambour du bataillon del'Abbaye, rue Sainte-Marguerite. (Cassagnac.)
fait pour favoriser de pareils gens. » Et continua ; un autre témoin a vu lors des massacres, Maillet ayant les mains et son sabre ensanglanté.
Dans son interrogatoire il a répondu que le 2 septembre il avait reçu sur les deux heures l'ordre de Battre la générale ce qui avait été terminé sur les quatre heures ; quil était entré au quartier ou il était resté jusqu'à six heures; qu'il était ensuite alloit boire chez le Suisse de l'abbaye, qui ny est plus aujourdhuy, avec des canoniers parti sur les frontières ; qu'il nest sortie de chez le Suisse qu'au moment de la retraite qu'après lavoir battu ; il est rentré chez lui que le lendemain, dit n'a pus quitté le quartier que le deux en battant la gênerai; il a bien rencontré les voitures qui arrivoient mais quil na frappé personne.
Bourré ^ — Un grand nombre de déclarations s'élèvent contre Bourré et l'accusent : le 2 septembre sur les dix heures du soir il est allé chez le Citoyen Lévèque Marchand de vin ; a ceux qui se trouvoient dans la boutique [il dit] — « Je viens de tuer le juge de paix de Bonne nouvelle Lequel était sauvé dans les comodités de la prison dont on l'a fait sortir après avoir cassé la porte avec un merlin que l'on a été chercher chez le Citoyen Requichot. » Et le lendemain, trois, Bourré sest encore vanté d'avoir assas-
* Bour ou Bourre (Antoine), né à Laigneux (Rhône-et-Loire), domicilié à Paris, cour et maison du tribunal de l'Abbaye. Avait été gendarme en subsistance, s'est vanté d"a\'oir tué trente détenus. Le trentième était, disait-il, le juge de paix de la section Bonne- Nouvelle. (Gassagnac.)
siné, il a répété plusieurs fois quil avait aidé a en tuer 30 et les faits dont il a cherché a se faire honneur ne sont que trop conformes à la vérité puisque 2 témoins attestent l'avoir vu le 2 septembre a la prison de Tabaye porter les premiers coups aux malheureux que Ion égorgeait. Interrogé par un des juges du Tribunal il a déclaré que le 2 septembre il avait passé la revue avec son bataillon sur le vieux gazon du Louvre, depuis quatre heures jusqu'à sept ; qu'il était ensuite allé boire avec plusieurs de ses camarades morts à l'armée ; qua neuf heures et demie il était rantré chez lui ; quil en était sorti que le trois a neuf heures du matin pour aller a la ville chercher des vivres ; que le soir il s'était occupé aux préparatifs pour son départ ; que le 4 quil n'avait pas même vu le massacre de Fabaye ; quil navait tenu aucuns des propos qui lui était attribué quil navoit aucune part au forfait.
Damiens '■. — Tous les jours des preuves quelconques se reunissent contre Damiens : il a été vu par un grand nombre de personnes, dans les journées des 2, 3 et 4 septembre couvert de sang; il a venu le 2 sur les neuf heures du soir dans le cabaret tenu par le Citoyen Levèque ; il était accompagné de Seguin, avait tous deux les mains ensanglanté; ils demandèrent a boire ; une bouteille de vin leur fut servi et après lavoir but il dit a Seguin — « allons-
' Damiens (Pierre-François), vinaigrier, né à Montmarquet (Somme), âgé de quarante ans, domicilié rue Sainte-Marguerite, n" 426.
(Damiens fut envoyé le 14 frimaire an V, au bagne de Rochefort. Cassagnac.)
nous en a notre besogne. » Le même jour il a été trouvé couvert de sang-, les mains, le bras ensanglanté, revenant des massacres et rentrant chez lui; le môme jour s'est vanté davoir coopéré a ces massacres; d'ailleurs une foule de témoins l'ont vu frapper les victimes; l'un a déclaré que parmi les assassins qui se sont porté a l'abaye le 2 septembre 1792 il na indiqué que le nommé Damiens ; qui la vu massacrer a la porte de la prison de l'abaye ; un autre assure que le 2 septembre il a vu Damiens ouvrir le ventre du Citoyen Delaleu, adjudant gênerai, quil avait été renfermé dans la prison ; que non comptant de cela ledit Damiens lui avait ouvert le côté et lui avait arraché les poumons ; une autre dit quil la vu le 2 septembre ensanglanté et massacrer les prisonniers ; quil le lui a représentée que cetoit une horreur de tuer ainsi des hommes sans défense et quil la fit trambler par les menaces quil lui attira cette remontrance ; un 4" certifie egallement avoir vu aussi les 2 et 3 septembre le nommé Damiens masacrer les prisonniers de labaye ; il ajoute que six mois après, Damiens voyant porter le pain aux prisonniers disait quon feroit mieux de les massacrer que de les nourrir ; enfin un 5® atteste aussi quil avoit vu Damiens massacrer les prisonniers de labaye le 2 septembre et môme deux que Ion amenoits au Comité en sortant de l'interrogatoire; quun Citoyen venant reclamer un jeune homme il l'arrêtât par les bras et lui dit. — « Tu nas pas encore vu le cœur dun aristocrate je vais te le faire voir. » Qu'à l'instant il tua un prisonnier, lui ouvrit le corps, lui arracha le cœur et le fit
baiser au premier qui fut couvert de sang. Contre cette masse de preuves voici ce que Damiens répond dans l'interrogatoire quil a subit au Tribunal : le 2 septembre, sur les deux heures. Je me suis rendu en armes a ma section; environ deux heures après, sortant de l'assemblée générale, jappercus plusieurs voitures dans lesquelles il y avait des détenus; on masacra plusieurs de ceux qui étoient dans les premières voitures. Je pressai la foule et j'arrivai a la dernière voiture ou il y avoit plus qu'un détenu, je voulu le sauver en le prenant par le bras et jai eu la main droite pleine de sang; je me suis retiré saisi d'horreur; j'ai fermé ma boutique et jy suis resté jusqua neuf heures que Seguin arriva chez moi ; nous restâmes un peu de tems a ma porte ; passe un prisonnier qui sortait de labaye ; nous l'amename chez le Citoyen Levêque ou nous restâmes jusqu'à six heures ; je rentrai de suite chez moi et ne sorti ni le 3 ni le 4 ni le 5 ; avant d'aller chez le Citoyen Leveque jai eu la main ensanglanté et je nai pas été vue chez lui couvert de sang. Je nai pris aucune part aux massacres ; le fait et le propos qui me sont attribués sont faux.
GoDiN^ — Les charges qui s'élèvent contre lui Godin ne sont pas moins précises que celles qui ont accusé Damiens. Un citoyen l'a vu le 2 septembre Egorger à la porte de la prison de l'abaye ; un autre
* Godin (Augustin- Victor-Sébastien), âgé de trente-six ans, né au Bourget (Seine), ex-boucher, conducteur de transports militaires, domicilié Enclos de l'Abbaye, n« 1097. (Gassagnac.)
étant le 2 septembre sur les trois heures après midi à la porte du Comité au moment où arrivoient les voitures pleines de prisonniers, vit commettre les 1*"^ massacres sur ces malheureux et reconnu le nommé Godin pour être un des premiers massacreurs, le !'"■ à la tête; un 3° déclare que, le 2 septembre, lors de l'arrivée des voitures pleines des prisonniers, 11 a vu Godin s'emparer le 1" d'un outil de menuisier et monter les marches du Comité pour être plus a porté de massacrer ; un 4' déclare quil a vu Godin assomer les prisonniers, quil les recevoit à la porte avec un bâton, les assomait avec un nommé Savard ; il a été interrogé et a répondu que le 2 septembre il setoit rendu en veste et en armes au quartier général; quil a vu des voitures quil renfermoit des détenus qui ont été massacrés dans la cour; quaprès ces massacres il s'est retiré chez lui, y a déposé ses armes, est allé au caffé rue de Seine ou il est resté jusqu'à neuf heures et est de suite rentré chez lui il s'est couché ; que le 3 il est parti a neuf heures du matin pour le marché de Sceaux, qu'il n'a frappé aucuns des prisonniers et n'a pris aucune part au massacre.
Marcuna^ — A l'époque des massacres, Marcuna etoit tambour dans la section de l'Unité; depuis iJ a quitté cette section pour aller demeurer sur celle du Luxembourg. Et d'après ces renseignemens quil est
' Marcuna (Etienne-Mathieu), né à Paris, âgé de quarante ans, menuisier, tambour des grenadiers du bataillon de l'Abbaye. (Cassagnac.)
designé par plusieurs témoins qui ignorait son nom : l'un déclare que le 3 après midy il fut placé en faction dans le guichet de la prison de Tabaye que là, autour d'une table, se trouvoit six à huit personnes dont l'un faisoient les fonctions de président : il avait entre les mains le registre de la geôle; qu'il reconnu parmi elles, pour être de la section, un particulier, alors tambour, dont il ignore le nom qui depuis a été gendarme et quil croit demeurer dans la section de l'ouest; quun prisonnier ne se trouvant point dans la chambre indiqués, le tambour dit qu'il alloit le chercher; quil amena un instant après un jeune homme qu'après plusieurs questions on décida de renvoyer à La Force c'est-à-dire à la mort ; quil fit quelque résistance mais que le tambour le prit et le jetta dehors ; un autre a vu, le 2 septembre, un particulier qui a cet époque étoit tambour de canonier ou des grenadiers et qui pendant quelque tems a continué de l'être, fraper avec une ardeur impitoyable les malheureux que l'on trainoient de la maison de labaye dans le jardin ; un 3^ a vu arriver les voilures et masacrer le premier qui en descendit; ayant reconnu un de ces détenus il aproche des voitures pour le sauver et il fut assassiné dans ses bras ; il appercu au même instant le nomme Marcuna, alors tambour des grenadiers, ayant un sabre nue a la main, courir après ce détenu; saisi d'horreur il cest retiré. Dans l'interogatoire qu'il a subit au tribunal Marcuna a déclaré que, le 2 septembre, il avoit vu arriver des voilures, sur les trois heures, dans lesquelles étoient des détenus ; il croit quon les a fait
descendre au Comi lé mais il sait qu'ils ont été masacré ; qu'après ce masacre il est resté chez lui dont il n'est sorti que pour battre le rapel; il est encore rentré chez lui et y resté jusqu'à l'heure de la retraite quil a batu et sest retiré dans son domicile pour se coucher; le 3 il a fait son service a lordinaire ; il avoit son sabre lors des masacres des détenus, mais il n'en a fait aucun usage ; il n'est point entré dans le guichet de la prison et netoit point au nombre de ceux qui envoyoit les détenus a la mort.
Debesche \ — Il a été vu, lors des massacres, les bras retroussés et dégoûtant le sang et sur la douleur que témoignoit une citoyenne de ses scènes horribles, il lui adressa les propos les plus menaçant ; le même jour il parrut rue Margueritte, le sabre a la main et teint de sang, disant quil etoit fatigué et quil falloit que dautres allassent massacrer; le 3 septembre sur les deux heures après midy sortant de la prison de labaye pour aller du côté de la rue de Bussy il dit : « Voilà comme je travaille la marchandise, la lamme est restée dans le ventre d'un de ces scélérats; en voila un autre, (montrant son sabre qu'il avoit à la main), avec lequel je recommencerai lorsque jaurois dormi quelques heures. » — Voici la réponse que fait Debesche dans son interrogatoire : le 2 septembre je me suis rendu Cours des Moines armé de mon sabre ; je suis entré avec les officiers et dautres dans la prison ; on a fait venir devant nous plusieurs
* Debêche (Jean), âgé de quarante-cinq ans, né à Paris, joaillier, domicilié rue de Bucy, n» 1507. (Cassagnac.)
détenus ; on leur a demandé leurs noms on les a fait sortir; jai sut quil y en avoit eu de massacré a la porte ; j'étais là comme curieux je ne connois aucune des personnes qui étoit avec moi Jans l'intérieur de la prison; j'y suis resté jusqu'au lendemain matin sur les deux heures après midy ; je me rapelle pas ce que jai fait le reste de la journée et les deux jours suivants; je n'ai pris aucune part aux massacres Je nai menacé aucun citoyen, nai point été vu couvert de sang, nai point tenu les propos quon mattribue, sait que le nommé Joly^ en a tenu de pareils; on a pu se méprendre a cause de la ressemblance qui existoient entre eux.
Debrenne ^ — Il a été vu aussi le 3 septembre 1792 tenant a la main son sabre teint de sang et disant qu'il avoit bien arrangé ces bougres là ; des témoins attestent quil a passé la nuit à ces massacres. Il soutient dans son interogatoire quil n'est pas sorti les 2, 3 et 4 septembre, si ce n'est pour aller chez ses voisins mais quil n'a point approché de la prison ni du lieu ou se faisoient les massacres ; quil na point tenu a la main de sabre couvert de sang^.
* Joly (René), fut déporté en vertu de l'arrêté des Consuls du 19 nivôse, an IX.
'Debrenne (Jean-Charles), né à Martigny, âgé de cinquante et un ans, orfèvre, domicilié rue de Thionville (aujourd'hui rue Dauphine), n» 1738.
' Archives nationales, A.A. 6. Pièce 118.
AUTRES DÉCLARATIONS CONCERNANT SÉBASTIEN GODINi
Extrait des Minutes du greffe du Tribunal Criminel du départe- 'tient de Paris. 16 fructidor, an III.
COMITÉ CIVIL. SECTION DE l'uNITÉ
Âugustin-Victor-Sébastien Godin conducteur en chef des transports militaires depuis trois ans, et antérieurement marchand Boucher, est accusé de ce qui suit.
Un citoyen déclare et signe que, le deux septembre, depuis quatre heures du soir jusqu'à minuit et demi, il se trouvoit renfermé dans l'appartement de la citoyenne Thevenot, au l®*", maison du citoyen Sauvage rôtisseur, en face de la prison de l'Abbaye, et a vu, avec horreur, égorger soixante trois personnes,' dont les Egorgeurs étoient Godin boucher, enclos de l'Abbaye.
Un autre citoyen déclare et signe qu'il a vu dans la journée du deux septembre le nommé Godin boucher, massacrer avec une batte, ou morceau de bois, les hommes qui avoient été amenés dans des voitures au Comité Civil de la section, et par lesquels commencèrent les horribles .Tournées des deux et trois septembre, se rappelant qu'il étoit sur les marches du Comité Civil, et qu'il les assommoit à' mesure qu'on les faisait sortir du Comité où ils étoient d'abord tous entrés,
• Voir ci-dessus, page 304.
Un autre Citoyen déclare et signe que le deux septembre à Tarrivée des A'oitures qui concuisoient des Prisonniers au Comité Civil de la section de l'unité il vit le nommé Godin, Boucher, prendre une hache ou un outil quelconque des charpentiers qui travailloient dans la cour de l'Abbaye, et qu'il fut se placer sur les marches du Comité et que la il concourut à l'assassinat des prisonniers qu'on faisait sortir de force du Comité Civil.
Un autre Citoyen déclare et signe que le deux septembre il a vu le nommé Godin, boucher, assommer à la porte du Comité, et ensuite lui a entendu dire dans la cour du tribunal quil étoit déjà fatigué, parce qu'il en avoit déjà beaucoup assommé, mais quil falloitque tous les Patriotes se rallient et aillent à la porte de la Prison où il alloit se porter à l'instant, qu'il alloit se hâter d'y retourner.
Un Citoyen dans une lettre qu'il a adressée a un de ses amis, en datte du quinze Thermidor de l'an troisième, affirme que plusieurs Citoyens et Citoyennes lui ont affirmé dans le tems où il habitoit la section, que Godin étoit un des assassins le plus acharné du deux septembre à l'abbaye, quil avoit été apperçu portant de la chair humaine au bout de sa picque, il ajoute que ses témoins pourront bien en désigner d'autres.
Le Citoyen Godin pour détruire ces divers accusations, produit un certificat en datte du vingt deux messidor, an troisième, souscript par cinq officiers et sous-officiers de la Compagnie des canoniers de la section de l'unité, qui atteste qu'il a servi dans leur
compagnie, que sa bonne conduite, son activité, et son intelligence, lui ont fait mériter les suffrages de ses Concitoyens, qu'il l'ont nommé à la place de sergent de la dite Compagnie; qu'il n'est pas à leur connaissance qu'il ait pris part aux massacres des deux et trois septembre, qu'il a toujours joui de la réputation d'un homme probe et d'un honnête homme. Il produit encore un certificat en datte du vingtquatre Thermidor l'an troisième souscript par les Citoyens d'Assilly, Belache, Fust, Becquart et Molle, qui attestent qu'il a resté avec eux le deux septembre mil sept cent quatre vingt douze à jouer au Domino, depuis quatre heures après midy jusqu'à neuf, à un caffé rue de Seine, vis-à-vis celle de l'Echaudé, numéro quatre cent soixante trois ^
CHARLES-DENIS HACVILLE, Interrogé en nivôse an IX.
Je m'appelle Charles-Denis Hacville, âgé de quarante-un ans, natif de Gonesse, département de Seine-et-Oise, chaircutier, demeurant à Paris, rue de Seine Germain n° 1380, division de l'Unité
« Depuis quand êtes-vous à Paris?
— Il y a environ vingt-cinq ans
— Avez- vous une carte de sûreté?
— J'en avais une, mais la crainte de la perdre, m'a déterminé à la renvoyer à ma femme lors de mon arrestation.
* Archives nationales, A. A. 6. Pièce 119.
— Vous avez participé aux massacres des prisons les deux et trois septembre?
— Jamais je n'y ait participé, je sais qu'on m'en a taxé, mais je vous assure que c'est à tort.
— Vous vous êtes pourtant vanté publiquement d'en avoir assassiné dix sujets à l'abbaye.
— J'ai été commandé de garde ce jour-là et je me suis rendu dans la cour de l'Abbaye oii je suis resté environ trois quarts d'heure, et je me suis sauvé derrière l'église d'où je me suis rendu chès moi aussitôt que je l'ai pu, ayant eu moi-même horreur de ce que j'avais vu pendant le peu de tems que je suis resté dans la cour de l'Abbaye, je sais bien qu'on m'a fait le reproche d'en avoir tué trente-deux mais cela est très faux.
— Vous avies déjà été arrêté ?
— J'ay été arrêté comme septembriseur et j'ay été acquitté, j'ay même mon jugement qui est dans mon portefeuille à la maison avec ma carte.
Lecture faite du présent interrogatoire audit Charles-Denis Hacville il a dit icelui contenir vérité et y persister et a signé avec nous.
Hacville ^