‹ La massacres de SeptembreChapitre 23 sur 25 · MAILLARD · texte numérisé non relu

MAILLARD

Celui-ci mérite une mention particulière.

Il avait pour prénoms Stanislas-Marie (ou Maurice). Son père était marchand à Gournay, et avait huit enfants : l'aîné des fils, Thomas Maillard, était venu jeune à Paris, et était entré en qualité de praticien chez un huissier à cheval au Ghâtelet, nommé Antoine Pierrotin. En 1778, il succédait à son patron, faisait venir de Gournay son frère Stanislas et lui donnait une place dans son étude.

Stanislas était d'une taille élevée et mince ; il soignait sa mise, affectait même une certaine recherche ; il aimait à pérorer et parlait bien.

Dès 1789 il se montra ardent partisan des idées nouvelles : le Moniteur le cite parmi les vainqueurs de la Bastille : au o octobre, il est à Versailles, à la tête des femmes parisiennes, et revient dans une voiture de la cour pour recevoir les compliments des membres de la Municipalité.

Au commencement de septembre 1792, il avait vingtneuf ans et était marié depuis trois mois : il avait épousé Angélique Parredde : la cérémonie du mariage religieux avait eu lieu à l'église Saint-Sauveur. Il habitait, à cette époque, rue Jean-Pain-Mollet, près de l'Hôtel de Ville.

On a vu ce qu'il fit à l'Abbaye : on affirme qu'il dirigea

aussi Vexpédition du couvent des Carmes : ce qui est certain c'est qu'il se multiplia...

Qui l'avait chargé de cette effroyable besogne ? Avait-il reçu des instructions ? C'est possible. Pour être de bonne foi, il faut reconnaître que si quelques prisonniers ont échappé au massacre, c'est au semblant de tribunal improvisé par Maillard qu'ils durent la vie.

Après septembre, il ne chercha pas, comme les autres, à se faire oublier ; il sentait son importance et avait partie liée avec la Révolution : à la tête d'une bande de soixante mouchards, enrôlés par lui et payés par le comité de sûreté générale, il espionne, enquête, arrête les aristocrates, recrute pour les prisons, donne la chasse au gibier de guillotine, ceci lui valut le surnom de Tape-dur. Il était persuadé, d'ailleurs, qu'il servait grandement la cause de la liberté.

Car Maillard était un sincère : s'il n'eut consulté que ses goûts, il eut vécu dans la retraite ; il était malade, très affaibli et crachait le sang... Il fut arrêté le 11 octobre 1793 et incarcéré à La Force d'où on le transféra, trois jours plus tard, au Luxembourg. Un mois après il était mis en liberté car il avait de puissants protecteurs. En dépit de ces appuis, une semaine ne se passa pas sans qu'il fût arrêté de nouveau; mais cette fois les policiers le trouvèrent si faible qu'ils ne le jugèrent pas transporfable. Sur le registre où sont consignées, à la Préfecture de Police, toutes les arrestations, on lit cette note. — « Cet homme est celui qui présida V espèce de tribunal établi à l'Abbaye pendant les massacres. La réintégration à La Force n'a pas eu lieu. Maillard était à ce moment très gravement malade et un procès-verbal en date du 27 frimaire (17 décembre 1793) constate que, vu son état de maladie, il ne pouvait être mis en arrestation que

chez lui. D\in autre côté, il y a recojnmandalion de ne le laisser communiquer qu'avec son chirurgien et une autre personne de Vart si le cas le requiert ^ ».

C'est ici que doit trouver place une lettre écrite en 1796 par un des aristocrates qui s'étaient trouvés prisonniers à l'Abbaye en 179iJ. On y verra un des échappés du massacre, aller remercier Maillard de lui avoir sauvé la vie.

Chaumonl (Marne), le 3 avril 1796.

J'ai lu, citoyens, dans divers journaux, une citation à la requête du citoyen Méhée contre le citoyen Jolivet, dit Baraleyre, en réparation, comme l'ayant inculpé d'avoir signé des ordres de paiement relatifs aux affreuses journées des 2 et 3 septembre. Afin de fournir au citoyen Jolivet une preuve complète, voici les faits positifs que j'affirme véritables.

Dans la nuit du 26 au 27 août, je fus arrêté et conduit à la Mairie. Vers les onze heures du matin, je fus introduit dans un bureau oii étaient les citoyens Sergent et Panis. Après un court interrogatoire, je fus transféré à l'Abbaye et déposé dans la même chambre oii était le ci-devant président Mole de Champlâtreux, mon ancien et respectable ami. Le dimanche 2 septembre, vers midi, la femme du concierge me permit de descendre dans la chambre du conseil. L'instant d'après arriva le citoyen Maillard, surnommé depuis le taj^e-fort ou le tape-dru, accompagné de deux hommes à longs sabres et à grandes moustaches. A peine m'eut-il aperçu qu'il donna

* Archives de la Préfecture de Police. Répertoire Labat.

ordre de me faire rentrer dans mon cachot. J'ignorais alors qui il était et quelle était sa puissance ; aussi je ne pus m'empêcher de lui témoigner ma surprise sur la manière dure avec laquelle il me traitait ; sa réponse fut qu'il me reverrait bientôt. En effet quelle fut ma surprise et mon effroi, la nuit suivante, de le voir revêtu du pouvoir de grand juge du peuple ! Je le fus bien davantage, lorsqu'au nom de ce même peuple, il me sauva la vie. Cette action fut pour moi un poids de reconnaissance qui me détermina, quelque temps après, à chercher l'occasion de le voir. Il logeait alors place de Grève, maison d'un boulanger, en face l'Hôtel de Ville ; il fut flatté de ma visite ; il se glorifia de m'avoir sauvé la vie ; il fit plus, il voulut me faire connaître deux de ses agents à qui il avait confié le dessein de me sauver. Alors il me fit confidence que Sergent et Panis cherchaient à le perdre dans l'esprit des membres du Comité de Sûreté générale; mais qu'il était possesseur de deux pièces originales qui le mettaient à l'abri de toutes recherches. En effet, il me communiqua deux ordres ainsi conçus :

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