ACTE QUATRIÈME
MADAME MARÈZE.
Comment?
JULIETTE
Vous pouvez le lui demander, madame. Je vais tout vous dire à mon tour, car je n'ai rien à cacher. J'ai fait la connaissance de monsieur Jacques le jour où je l'ai rencontré chez vous... vous vous souvenez, n'est-ce pas?... Je ne pouvais pas lui en vouloir d'avoir pris si gentiment ma défense. Nous nous sommes revus de temps en temps... Nous avons visité ensemble une exposition... des musées... Ça ne m'ennuyait pas, quoique ce fut parfaitement innocent... Mais oui, madame. Ça ne m'ennuyait pas parce que monsieur Jacques est très spontané, très naturel, d'une sincérité délicieuse, et puis parce qu'il a des idées et que, lorsqu'il parle de son art, il y met toute son âme. . . Ça m'amusait de le voir vivre... J'avoue que je le rencontrais dans la rue « par hasard» un peu plus souvent qu'il n'était strictement vraisemblable... Maintenant que j'y songe, j'aurais peut-être dû parler de ces rencontres à monsieur Marèze... Je ne l'ai pas fait... je ne sais pas bien pourquoi... peut-être pour ne pas l'inquiéter inutilement...
206 LA MASSIÈHÈ.
— Alors, me direz-vous, il fallait peu à peu cesser de voir monsieur Jacques. — Peut-être. Mais, que voi ilez- vous, madame, je ne suis pas parfaite. Ces causeries m'étaient agréables... Monsieur Jacques parait d'ailleurs si jeune que je le regardais un peu comme un enfant... Puis... je suis libre... ma profession m'a accoutumée aux camaraderies de jeunes gens... Et enfin, je ne pouvais sentir péril de rencontres où, je vous le repète, monsieur Jacques m'a beaucoup parlé de peinture, jamais d'amour. Voilà toute l'histoire, madame. Je vous l'ai contée sans rien déguiser.
MADAME MAltÈZE.
Je n'en reviens pas! Alors Jacques ne vous a pas dit une seule fois...
JULIETTE
Non, madame.
MADAME MARÈZE.
Il est donc bête?... Je veux dire... enfin je m'entends... Et il n'a pas été vous voir, hier soir, après ce qui s'est passé ici?