ACTE QUATRIÈME
JULIETTE
Non, madame.
MADAME MARÈZE.
C'est extraordinaire... Mais, si vous dites vrai, mademoiselle...
JULIETTE
Je dis vrai, madame.
M A I) A M i: MARÈZE
Cela va donc bien faciliter les choses... Je reconnais, mademoiselle, que vous n'êtes peut-être pas entièrement responsable de ce qui arrive...
JULIETTE
Je ne le suis pas du tout, madame.
MADAME MARÈZE.
Vous ne l'êtes pas du tout, soit. Mais, pour moi, la situation reste la même entre le père et le fils... Je ne peux plus vivre comme ça! Je ne peux plus vivre comme ça!... Et je ne vois qu'une solu-
lion... Nous parlons à cœur ouvert, n'est-ce pas? Eh bien... ne pensez-vous pas, comme moi, que... si vous consentiez... moyennant, bien entendu... ce ne serait que trop légitime... moyennant,
dis-je... (Juliette la regarde en face. A part :) Voilà que je
n'ose pas.
JULIETTE
Je ferai ce que vous désirez, madame, et je le ferai pour rien... Moi non plus, je ne peux plus vivre comme ça... Si vous êtes malheureuse, je ne suis pas très heureuse non plus depuis quelque temps. J'avais un grand bonheur dans ma vie : l'amitié de monsieur Marèze; je ne l'ai plus, ou, du moins, elle s'est faite, par vous, circonspecte et craintive, et vous m'avez envié même le petit privilège de voir quelquefois mon maître chez lui... Je croyais avoir en monsieur Jacques un bon et franc camarade : je m'étais trompée... c'est autre chose... et me voilà suspecte de séduction et de détournement; et voilà qu'on souffre, me dites-vous, et qu'on va peut-être se haïr à cause de moi... Pourquoi? Qu'ai-je fait pour cela? Qu'at-on à me reprocher?... Avouez, madame, que je n'ai pas de chance! Mais aussi j'en ai assez de ces soupçons, de ces accusations sourdes et de tout ce