III. Mastites syphilitiques au cours de la période tertiaire
Obs. XXIII (Burnrer). — Femme de 42 ans. Vient consulter en mars 1918 pour une tuméfaction diffuse du sein gauche.
Antécédents personnels. — Aucune grossesse antérieure, aucun traumatisme du sein. En 1910, elle contracte une syphilis conjugale. En octobre de la même année, l'apparition de lésions cutanées et buccales l’incite à venir consulter à l’hôpital Saint-Louis, où on lui délivre une ordonnance de 60 pilules de Ricord. Grâce à cette médication, disparition des plaques muqueuses et des syphilides cutanées ; et la malade ne suit plus aucun traitement spécifique.
En octobre 1917, le sein gauche devient dur, et bien qu’elle ne ressente aucune douleur, elle va consulter en février 1918 son médecin qui, en raison de l’adhérence de la masse indurée à la peau, pense à l’existence d’une tumeur maligne du sein et conseille l'intervention. C’est alors qu’elle vient consulter à l'hôpital en mars 1918. Il existait en effet dans le sein gauche, non pas une tumeur proprement dite, mais une tuméfaction dure, à limites indécises, infiltration diffuse envahissant plusieurs lobes de la glande, occupant la moitié supérieure du sein gauche au-dessus du mamelon non modifié. Le sein droit n’était pas altéré.
Cette infiltration dont le volume dépassait celui d’une grosse orange, était apparue sans douleurs, sans réaction inflammatoire. Deux petits ganglions indolents existaient dans l’aisselle gauche. Palpation
indolore, mobilité de la masse sur les plans profonds, mais adhérence à la peau qui est de coloration normale mais déprimée à ce niveau et présentant tous les caractères de la peau d’orange.
La syphilis antérieure, une réaction de Wasser- MANN franchement positive (mars 1918) firent penser à l’existence d’une lésion syphilitique du sein et la malade fut soumise à des injections de cyanure de mercure.
Après 6 séries de 10 injections, le Wassermann était devenu négatif et l’infiltration mammaire avait diminué de moitié.
On fit alors une série d’injections intra-veineuses de novarseno-benzol qui amenèrent une régression presque totale de la lésion.
Obs. XXIV (inédite, due à l’obligeance de M. le D' Burnier). — Femme de 40 ans vient consulter le 10 octobre 1921 pour des lésions tuberculo-croûteuses circinées de la région intersourcilière et du nez datant de 4 mois. Wassermann négatif.
Après trois semaines, la malade se plaint d’une grosseur d'u sein gauche. A l’examen, on constate une tumeur arrondie, granuleuse, grosse comme une noix, mobile dans la glande et sous la peau non adhérente et non modifiée. Pas de ganglions axillaires. Etat général conservé.
Malgré le W. négatif, on soumet la malade à un traitement novarseno-benzolique. Le noyau mammaire disparut au bout de 2 injections et les lésions cutanées gœuérirent au bout de 8 injections.
Obs. XXV (JuLLIEN). — Femme de 45 ans. Au niveau du sein gauche infiltration lobaire, indurée, mal limitée, ressemblant à une grosse noix aplatie. Pas de ganglions axillaires. Guérison rapide par la liqueur de van SWEETEN.
Obs. XXVI (Deurscx). — Homme syphilitique depuis 21 ans se plaint de douleurs dans le sein droit. A l’examen, infiltration nodulaire, du volume d’une mandarine, de dimensions irrégulières, mais à limites nettes. Douleur à la palpation. Gruérison en 3 semaines par l'iodure et les frictions mercurielles.
Obs. XXVII (Deursox). — Femme de 48 ans.
Syphilis datant de 18 ans. Dans les deux seins infiltration diffuse, indurée, volumineuse. Douleur spontanée et à la pression. En trois Jours, résorption d’une grande partie de la tumeur par le traitement ioduré.
Obs. XXVIII (Herzer). — Femme de 64 ans.
Gommes de la peau et des os trente ans auparavant. Dans le sein gauche, présence d’une infiltration nodulaire, dure, de la grosseur d’une noix, se prolongeant en divers sens par des cordons indurés. Disparition complète de l’infiltration en deux mois à la suite d’un traitement par l’iodure. — Trois mois plus tard, apparition dans le même sein d'une gomme volumineuse qui guérit par une incision et le traitement.
Obs. XXIX (Lapowski). — Femme de 56 ans. Présence dans chaque sein d’une masse bien limitée, mobile, dure, non douloureuse, au niveau de la région
mamelonnaire, Peau normale, un peu adhérente ‘cepen-
-dant au niveau du mamelon. Ganglions axillaires, «cer-
vicaux et claviculaires.
Disparition des ganglions et diminution progres-
sive du volume des seins par un traitement mixte
(iodure et calomel).
Trois ans plus tard, réapparition dans le sein droit, au niveau du mamelon, d’une masse dure, de la grosseur d’une orange, bien limitée, indolore. Peau normale, légèrement adhérente et rougeâtre au niveau du mamelon. Pas de ganglions. Dans le sein gauche, masse plus petite, dure, recouverte d’une peau normale. Disparition très lente en six mois (injections de calomel, salicylate de mercure ; iodure et frictions mercurielles).
Obs. XXX (OzknNE). Femme de 35 ans. Syphilis vieille de plusieurs années. Apparition dans le sein droit d’une tuméfaction sensible à la pression. Pas de modifications -cutanées, Pas de ganglions axillaires. — En même temps, existence d’une syphilide palmaire à droite. — Disparition de la tuméfaction en dix jours, et de la syphilide palmaire en quatre semaines par des injections de birodure.
Obs. XXXI (Pre). — Femme de 40 ans, se plaint depuis deux ans d’une gêne douloureuse dans le sein droit. Dans les antécédents, rien que des troubles dyspeptiques. Bonne santé apparente. Pas d’enfants vivants. Un enfant mort à 5 mois.
‘Examen : tumeur volumineuse dans la moitié supérieure du sein droit, adhérente à la peau en avant.
‘Ganglions volumineux, douloureux dans l’aisselle.
En deux mois, la malade reçoit vingt injections de biiodure de deux en deux jours. Après la dixième injection, les ganglions et les adhérences à la peau ont disparu. Après la vingtième, la tumeur a diminué des deux tiers. Plus de douleurs. Trois mois après il ne persiste qu’une infiltration locale mal limitée.
Obs. XX XII (PrEep). — Femme de 45 ans. Mari mort d’un anévrysme aortique. Vient consulter pour douleurs dans les deux seins. Les deux seins, surtout le droit, présentent à l’exploration quelques tumeurs irrégulières, douloureuses, adhérentes à droite à la peau et aux plans profonds. Présence dans l’aisselle droite de ganglions durs, douloureux.
Deux séries d’injections, l’une de dix injections de biodure d’Hg., l’autre de quinze injections de cacodylate iodo-hydr., faites à vingt jours d’intervalle. Disparition des ganglions d’abord, puis des tumeurs.
Obs. XXXIII (Pre). — Femme de 43 ans. Syphilis à 24 ans, avant son mariage. Depuis dix-huit mois, douleurs assez vives dans les deux seins, surtout le droit. (Gêne douloureuse continuelle augmentant. comme le volume des seins, au moment des époques.
A l'examen, trois petites tumeurs faisant corps “avec Ja glande et, dans l’aisselle droite, ganglions volumineux et douloureux. Au bout de dix-huit injections de biiodure d’He., disparition complète.
Obs. XXXIV (Rouaner). — Homme de 52 ans.
Trente-deux ans après le chancre, apparition d’une tuméfaction de la grosseur d’un œuf, dans le sein
h ds droit. Temps de développement : un an. Au bout de quelque temps, apparition d’un noyau plus petit dans le sein gauche. Guérison par le traitement.
IV. Mastites syphilitiques au cours d’une syphilis héréditaire
Obs. XXXVY (inédite. Due à l’obligeance de M. le D° Burnier). — MF... Marcelle, 35 ans, vient consulter en Juillet 1921 pour une grosseur du sein droit qui existe depuis l’âge de 18 ans. On constate en effet un noyau irrégulièrement arrondi, bosselé, du volume d’une noïx, sensible à la palpation, non adhérent aux plans profonds ni à la peau. Pas de ganglions axillaires. à
L'état général de la malade est médiocre. Elle se plaint de dysmenorrhée et de métrorragies depuis dix ans ; elle est sujette aux céphalées, aux bourdonnements d'oreilles, aux vertiges.
On note une inégalité pupillaire (mydriase à droite). Les dents sont mal implantées, il existe des tubercules de Carabelli. La voûte palatine est ogivale. Wassermann négatif.
La malade reçoit une série d’arsenobenxol et prend de l’iodure de potassium. Amélioration de l’état général. La céphalée a disparu, les règles sont devenues régulières. La tumeur du sein a diminué de moitié. Le traitement a continué pendant trois ans (injections de sulfarsenol). L'état général est parfait. La malade a augmenté de 10 kilogs. On sent encore à la palpa-
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tion du sein droit un petit noyau dur, fibreux, indolore, gros comme un pois.
Obs. XXXVI (Gay). — Jeune fille de 19 ans, vierge, souffre des seins depuis l’âge de 15 ans. Au niveau du sein gauche, infiltration nodulaire, dure, très douloureuse à la palpation ; rétraction du mamelon. On porte le diagnostic de tumeur bénigne, et on intervient. La plaie opératoire ne se cicatrise pas et prend un aspect ulcéreux. On institue un traitement spécifique qui amène la cicatrisation rapide.
Le père de la malade était traité pour divers accidents syphilitiques.
Obs. XXXVII (OZENNE). — Femme de 33 ans, vierge. À la partie supérieure du sein droit, tuméfaction développée lentement depuis six mois, ne s’accompagnant d’aueun trouble, si ce n’est de quelques élancements survenant par intermittence. — A l’examen, tuméfaction de la grosseur d’un petit œuf, arrondie, rénitente, légèrement douloureuse à la palpation, mobile sur les plans profonds, adhérente à la face profonde de la peau restée normale. Pas de ganglions.
Pas d’antécédents de syphilis acquise ; mais les antécédents familiaux et héréditaires font penser à l’heredo-syphilis.
On institue un traitement iodo-mercuriel. Quinze jours après, la tumeur à diminué de moitié, pour disparaître complètement au bout de quelques semaines.
- Obs. XXXVIII (REISEK). — Femme de 23 ans, vient Gonsulter pour des tumeurs des deux seins,
datant de plusieurs mois, et déjà opérées deux fois sans résultat appréciable.
Antécédents héréditaires. Père âgé de 52 ans ; mère âgée de 46 ans, tous deux bien portants. La mère n’a Jamais fait de fausses couches. Un frère et une sœur en bonne santé. Un autre frère mort de méningite aiguë en trois jours.
Antécédents personnels. — Diphtérie à 8 ans. A 10 ans, perte de la parole, de la vue et de l’ouie. Disparition de ces troubles au bout de huit mois à la suite d’injections.
Début de la lésion mammaire, fin septembre 1922, par une tuméfaction douloureuse du sein droit. En octobre, apparition de petites tumeurs qui augmentent de volume. Ablation de quelques-unes de ces tumeurs sous anesthésie générale. Quinze jours après l’intervention, tuméfaction du sein gauche et apparition dans celui-ci de tumeurs identiques à celles du sein droit. — En février, nouvelle intervention, qui n’empêche pas l’augmentation du volume des tumeurs.
A l’examen, en mars 1923, bon état général. Dents de la mâchoire supérieure en mauvais état. Il ne persiste que trois incisives laminées, la canine droite et les deuxièmes molaires — qui sont écartées. Dents de la mâchoire inférieure en bon état ; cependant les deux prémolaires et la deuxième molaire gauche manquent.
Les seins sont bien développés ; le droit un peu plus volumineux que le gauche. La palpation montre dans la moitié inférieure du sein droit deux nodosités de la grosseur d’un œuf de pigeon et quelques noyaux plus petits, de surface lisse et de consistance ferme, arrondis ou ovalaires, légèrement douloureux à la
pression, mobiles sur les plans profonds, adhérents à la superficie. Aspect normal de la peau.
Dans le sein gauche, également quelques nodosités dont l’une dépasse le volume d’un œuf de poule. Les autres sont plus petites. La peau est normale. Pas de ganglions axillaires.
Wassermann fortement positif. La malade est mise au traitement. On pratique des injections intra-veineuses de neotreparsenan (5 gr. 70 au total). Diminution progressive des lésions qui disparurent après la dernière injection.