OBLIGATIONS DU PÈRE ENVERS LA MÈRE
surbordonné, de la part de l’autre époux, à l’accomplissement de toutes les obligations qui dérivent du mariage.
76. Obligation spéciale au mari. — Nous avons vu les obligations réciproques des époux : l’art 213 nous en fait connaître de spéciales. |
Art. 213 : «Le mari doit protection à sa femme; la femme obéissance à son mari. »
S1 ces devoirs ne sont pas à proprement parler réciproques, ils ont pourtant entre eux une certaine relation, ils s’équilibrent en quelque sorte.
De même que les vassaux du moyen âge prêtaient foi et hommage à leur suzerain, pour obtenir sa protection, de même la femme accepte l'autorité du mari, pour payer en quelque sorte l’appui et le soutien qu’elle cherche près de lui.
On sait les dangers que l’égoïsme ou le vice masculin fait courir à la femme isolée: avec la liberté même et la vigueur de l'éducation féminine américaine, il est difficile à la femme de se défendre seule, et, dans nos mœurs, où elle brille plus par sa douceur et sa grâce que par l'énergie de ses handshalkes (1), la vieille galanterie française a toujours imposé à l’homme bien élevé de se faire le champion, même d’une inconnue.
Sans prétendre que la femme soit un être nécessairement faible et incapable, loin de là (et assez d'exemples historiques me démentiraient), j'estime que la protection de l’épouse constitue pour le mari un rôle très noble et très flatteur, en même temps que.le devoir le plus doux qu'il puisse remplir. Et c'est la beauté du mariage, cette confiance mutuelle, où la femme s’en rapporte à l’homme du soin de la préserver des périls
(1) Poignée de main, se dit en anglais handshakes, et non shake hands, comme nous avons coutume de nommer la vigoureuse étreinte chère aux Yankees, et si différente de notre antique et élégant baise-mains. Ce qui explique cette erreur linguistique de notre anglomanie, c’est l'expression {o shake hands with one, donner une poignée de main à quelqu'un, dont nous avons maladroitement extrait deux mots.
J'aime l'éducation américaine pour les qualités d'énergie qu’elle donne, et l’habitude du self-government, mais je crois qu'on peut concilier la volonté avec le charme, et je ne sais si nos jeunes filles françaises ont gagné à substiluer le Aandeshakes qu’elles échangent au baise-mains dont on les honorait jadis.
extérieurs, où celui-ci se repose sur la douceur et la tendresse de sa compagne, sûr de trouver près d'elle le remède aux blessures intimes de son cœur, plus vulnérable que son être physique, fait pour recevoir les coups sans faiblir, ou mieux, les parer, et, au besoin, les rendre.
Je considère comme très triste la situation de la femme isolée, et les féministes auraient tort, à mon sens, de rêver pour elle cet isolement : on peut lui assurer le plein épanouissement de ses facultés, la plus grande somme de capacité et d'intelligence, d'indépendance bien comprise même, sans l’astreindre à cette servitude spéciale, douloureuse et tenace, qu'est la vie solitaire et soi-disant libre. |
B.— Obligations du père envers l'enfant.
76. Analogie avec celles de la mère. — Comme nous l'avons vu, à propos des droits de l'enfant vis-à-vis de la mère (1) les art. 203 et suivants ne distinguent pas entre les deux parents.
Le père est donc tenu (et, comme chef de la famille, administrateur de son patrimoine, il en est même tenu en premier lieu), de nourrir l'enfant, de l’entretenir, de l’élever; il est grevé de l'obligation alimentaire qu'il peut remplacer par l'hospitalité offerte à l'enfant majeur et malheureux; il ne peut disposer que de la quotité disponible par donation ou tesiament, et ses enfants succèdent à toute la part importante de l'hérédité qui constitue leur réserve.
Il ne peut adopter s’il a un ou plusieurs enfants.
S'il manque à ses obligations, comme s'il abuse de ses droits, il peut être déchu de la puissance paternelle.
Si le mariage vient à se rompre, ilen reste tenu, mais sous la forme d’une prestation pécuniaire, déterminée à forfait, au cas où la garde des enfants ne lui serait pas confiée.
J’ai suffisamment développé ces obligations à propos de la mère, pour n'avoir pas à m'y étendre ici.
(1) Ch. 1. S. 1, $ 1. N°13 et suivants.