SITUATION DE LA MÈRE APRÈS LA RUPTURE
Reste à savoir si, avec la meilleure des mères, la situation des enfants sera très heureuse : j'en doute. Vaudra-t-elle mieux que la continuation de la vie commune? J’en doute encore.
J'entends bien les arguments qui, certes, ont une valeur, et que formule ainsi M. Planiol (1) : « Le divorce, dit-on, sacrifie les enfants dans l'intérêt des parents. C’est une erreur. Ce qui fait le malheur des enfants, ce n’est pas la rupture légale du mariage, c’est la rupture de fait, la discorde, la haine, le crime dont ils sont victimes ou témoins. Leur père leur apprendra à mépriser ou à détester leur mère; ou réciproquement. Or, c’est là une situation que le divorce ne crée pas, et qui se retrouve, à l’état aussi aigu, dans la séparation de corps ».
Evidemment, la vie des enfants entre deux parents désunis est épouvantable. Mais peut-on assurer que le divorce, ou la séparation de corps qui présente à cet égard absolument les mêmes inconvénients, l’améliorera ?
Non! L’enfant, ballotté entre deux parents étrangers l’un à l’autre etne se voyant plus, élevé par l’un, allant en vacances chez l’autre, disputé peut-être entre eux, associé par l’un ou par l’autre à des manœuvres, à des intrigues contre l’autre; l'enfant étonné, bouleversé par toutes les formalités, toutes les procédures haineuses que comporte la forme actuelle du divorce, ne pourra guère être heureux ni trouver son épanouissement (2). C’est un fait, et je ne l’invoque pas comme un argument pour la suppression du divorce, car on ne peut empêcher les parents devenus haineux de se quitter et il n'y
(TM n°71142;
(2) Lire à ce sujet le triste dialogue intitulé « Les deux orphelines » dans le recueil d'Henri Lavedan, « Leurs Sœurs » (Fayard, Modern Bibliothèque, p.81) J'en extrais seulement quelques lignes :
« Thérèse.— Mais puisque les juges avaient trouvé que çà n’était pas une bonne maman, et qu’il ne fallait pas te laisser avec elle, comment se fait-il après çà qu'ils vont tout de même te jeter dans ses bras pendant un mois ?
Jacqueline. — C’est la sentence. Elle est comme çà. L'enfant sera conduite chez sa mère du premier août au premier septembre de chaque année. Eh bien, l'enfant est conduite. Voilà.
Thérèse. — Je la trouve un peu drôle, {a sentence... »
a même pas avantage à les en empêcher, mais pour montrer que le divorce n’est pas un bon remède, et que les parents devraient tout faire, s'ils aiment leurs enfants, pour l’éviter; ils devraient commencer par ne se marier qu’à bon escient, sans être encouragés à la légèreté, dans cet acte si grave, par la perspective d’une rupture trop facile.
Mais tout au moins la mère, qui aura cru devoir recourir à ce moyen suprême pour soustraire ses enfants à un père indigne, pourra dans une certaine mesure refaire sa vie brisée en se consacrant sans entraves à leur éducation; elle aura repris en fait, par les droits à elle confiés avec les enfants par le Tribunal, le plein exercice de sa maternité, et l’on peut seulement regretter qu'il faille des circonstances si douloureuses, une si triste résolution, pour lui donner son véritable rôle.
$ 5. Analogie entre les mariages rompus et les unions de fait.
126. Généralités. — J'ai dit (n° 122, 123) que l’excessive facilité moderne du divorce ne pouvait aboutir qu'à démonétiser le mariage, en lui enlevant le caractère de permanence qui le distinguait des autres unions.
À part les formalités, la pompe relative qui entoure, les aspects de convention qu'il revêt encore par la force acquise, il se rapproche d’elles peu à peu et, à moins de réaction, l'assimilation se fera de plus en plus grande, non seulement dans les esprits, mais dans les faits. La forme légale tendant à n'offrir pas plus de garanties, mais seulement plus d’ennuis, de complexités et de frais, on finira par comprendre l’inutilité de celte construction désuète que la loi démolit elle-même, après lavoir laborieusement échafaudée. On perçoit qu'elle n'offre que peu d'avantages et beaucoup d’inconvénients, et la conclusion logique de tous les plaidoyers en faveur de l'élargissement du divorce, comme celui des frères Margueritte, se manifestera dans les faits, par le jeu des évolutions humaines qui ne subtilisent pas, par l’abandon pur et simple d'une formule de plus en plus artificielle. Mais si, sous les
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