Le vrai châtiment de la femme. — La maternité
adultère. — Nous n'avons pas parlé Jusqu'ici d'une éventualité : l’enfant. C’est, elle qui épouvante le mari. Eh quoi, ce pelit être va s’introduire à son foyer, sous son nom! mais c'est impossible! C’est possible pourtant, et le mieux est. encore de ne pas chercher à l’éviter. En acceptant ce petit étranger qui tient pourtant à lui par ce qu'il a dû avoir de plus cher au monde, par sa femme, le mari pensera à tous les petits êtres que d’autres maris, que lui-même peut-être, ont jetés ainsi de par le monde, et qui n’ont pas de foyer. Il pensera que, si les responsabilités étaient également partagées, c'est peut être lui qui aurait à faire accepter à sa femme plusieurs petits bâtards. Il pensera qu’on ne le repoussant pas, il réparera dans une certaine mesure, sur l'ensemble de l'humanité, les fautes des autres hommes, les siennes. Il pensera peut-être aussi que c'était à lui de donner des enfants à sa femme, pour éviter qu’elle allât en chercher ailleurs. Il pensera qu’il serait dans une situation analogue, s’il avait épousé une veuve ayant un enfant. Il supposera qu’il adopte un enfant abandonné, et celui-ci sera vraiment abandonné de son père.
Et la morale sera satisfaite, car le mari aura fait ce qu'il est convenu d'appeler un beau geste, un mnocent ne sera pas sacrifié, et la femme, quelle que soit la valeur de sa culpabilité, sera cruellement punie.
M. Marcel Prévost, dans la nouvelle intitulée : Le Journal de Simone (1), a fait en quelque sorte la monographie de l’adultère. Il montre une jeune femme qui tombe jusqu'à {a Jaute, bien que son mari soit un brave homme, mais ayant eu le tort de la trop négliger. Et l'angoisse morale qu'il dépeint, quand elle devient mère, suffirait à détourner tout mari de chercher quelque autre revanche. Dans l'hypothèse de la nouvelle, le mari, Jean, ne se doute de rien; il est tout heureux de ce qu'il croit sa paternité; il a soigné sa femme avec un extrême dévouement, et il rayonne de joie; mais elle souffre cruellement de la fausse posture où elle se trouve, au
(1) Leltres de Femmes, p. 57.
moment de l'épanouissement de son être par la maternité, et confie à son « journal » ses sentiments : la voici lorsqu'elle vient de constater sa grossesse : elle court prévenir l'amant, qui lui fait plutôt mauvais accueil; lisons (1) :
« Il fronçait le sourcil, il murmurait : « En voilà une tuile !.. »
« J'ai bien vu qu'aujourd'hui Ludovic envoyait au diable ma fidélité supposée.
« Eh bien! disait-il, nous voilà dans de jolis draps! »
« Toutes sortes de vilaines propositions étaient près de ses lèvres; je les devinais : supprimer le petit être qui n'avait pas encore d'existence propre; ou bien me livrer une fois à mon mari, pour lui faire endosser l’enfant.
« Dieu! que les hommes sont lâches, et bas, et prêts à toutes les infamies que la loi n’atteint pas... »
Simone rentre en retard, et son mari n'a pas un mot de reproche : « Il a été gai et affectueux, comme toujours. Quel charmant mari! Mais voilà : c’est un mari. »
Elle lui « verse sa confidence, lorsque le café est servi, par petites phrases entrecoupées de baisers » :
« J'ai cru qu'il allait se trouver mal d'émotion... Il m’embrassait, il riait, il pleurait, il sautait dans la salle à manger comme un gamin... « Ma petite femme chérie! comment, c'est vrai! c’est vrai que tu as un bébé! et tu ne me l’as pas dit plus tôt, cachottière!.. Moi qui ne me doutais de rien...! »
« Toute la journée il a été adorable pour moi, caressant, aux petits soins. On eût dit que nous étions revenus à la lune de miel. Je devine bien que ce soir il va vouloir partager ma chambre.
« Et je pense que c’est d’une ironie douloureuse et touchante en même temps, ce qui m'arrive : l'enfant que je porte, qui probablement n’est pas de mon mari, va me rapprocher de lui et me séparer de mon amant... »
Puis la voilà accouchée, son enfant auprès d'elle; son
(4) P. 66. Col. I.
mari a été « bien excellent, le cher garçon, pendant ces dernières épreuves ».
L'amant est parti à Nice; il n’écrit même pas.
« Oh! l’horrible aventure, au fond, que la maternité dans l’adultère !
« Hélas, dans la maternité adultère, l'homme qui s’agite autour de notre souffrance, qui se fait honneur d’avoir, en nous, fait germer sa propre vie, ne nous est rien, en tant que mère. Les propos de consolation ou de tendresse qu'il nous tient nous sont aussi indifférents que ceux du médecin, et encore le médecin ne les aggrave-t-il d'aucune prétention paternelle... Chaque mot que l’autre nous dit, où perce cette prétention odieuse, blesse les fibres les plus délicates de notre cœur... Et il faut refouler l'envie qu'on a de crier la vérité : pauvre être infime qu’on est à ces momentslà, il faut encore se surveiller, être prudente !.. J'ai largement payé, par ces derniers mois de grossesse, en tête à tête avec mon mari, les joies de mon infidélité.
« C’est avec dégoût, avec horreur presque, que je me souviens de celte prostitution...
« J'ai retiré ma fille de son berceau; j'ai pris dans mes mains ce rouleau de chair et de langes ; je lui ai parlé; je lui ai dit :
« Pauvre petite ! te voilà venue au monde bien tristement, avec l’estampille d’un mensonge. Tu es née du caprice combiné d’un Parisien égoïste et d’une Parisienne désœuvrée.…. Je vois bien que, par bonheur, leur accouplement t'a fait un corps solide et sain : mais quelle âme t'aura-t-1l faite, hélas ! Nous ne pensions guère à toi le jour où nous t’avons conçue! Oh! pauvre petite ! maintenant que tu es née, je L’aime bien tout de même, et je voudrais me faire pardonner de toi toutes ces saletés compliquées qui t’enveloppent, dès ta naissance, plus étroitement que tes langes.
«Je t’élèverai de mon mieux, je tele promets. Je redeviendrai chaste, auprès de toi, pour que tu puisses respecter ta
mère, quoiqu'elle ne mérite guère bon respect. Je m'efforcerai de te donner le goût de la vie simple et régulière : entre le libertinage et toi j'accumulerai tous les obstacles : surveillance étroite, conventions mondaines, religion... J'aime mieux que tu sois bornée, bourrée de préjugés, bigote, — pourvu que tu restes ce que ta mère n’est plus : une honnête femme !... »
157. Remède général, meilleure conception du mariage. — M. Marcel Prévost connaît certes bien mieux que moi la mentalité des femmes, des femmes infidèles surtout. Je m'en rapporte à lui, et je crois que le châtiment est suffisant, et que, pour le mari, le meilleur parti à prendre sera bien de pardonner.
Mais tous n'auront peut-être pas la vertu nécessaire pour ce geste généreux.
Pour ceux qui ne sauront pas le faire, faut-il maintenir une sanction légale? Peut-être, mais très différente de celle actuellement prévue, et en tous cas égale pour les deux époux. Nous verrons plus loin en quoi elle peut consister. Mais, si bonne qu'on la conçoive, elle restera toujours très imparfaite.
L'adultère ne s’efface pas, et ce qu'on peut faire de mieux contre lui, c’est de le prévenir. Aussi le remède général que j'entrevois contre ce mal, c’est de mieux préparer les jeunes gens aux devoirs conjugaux, de mieux assortir les unions, d'éviter les mariages de convenance ou d'argent, dont les résultats sont si funestes, de supprimer les aspects artificiels de la loi, des conventions et des préjugés, pour revenir à une concepüon plus vraie, plus normale de la vie commune.
Ce serait le meilleur moyen d'éviter l’adultère de la femme et aussi celui qui, généralement, le précède et le provoque : l’adultère du mari.
B. — Adultère du mari.
158. Etrange tolérance des lois et des mœurs. — On se demande pourquoi, dans l’art. 212, les époux sont repré-
sentés comme se devant « mutuellement fidélité » ; il eût été plus exact de dire que la femme seule doit fidélitéà son mari, puisque les manquemeuts de celui-ci à ce devoir primordial ne sont en rien réprimés.
La loi semble au contraire presque l'y encourager, par un argument «a contrario ; lisons en effet l’art. 339 C.P.
« Le mari qui aura entretenu une concubine dans la maison conjugale et qui aura été convaincu sur la plainte de sa femme sera puni d’une amende de cent francs à deux mille francs. »
Puisque la loi ne punit le mari que s’il entretient une concubine dans la maison conjugale, elle implique qu'il fera bien de l’entretenir ailleurs, ou de n’entretenir personne, mais de courir d'aventures en aventures.
Rien d’étrange comme cette disposition, bien de nature à pousser au libertinage, puisqu'elle châtie, et combien légèrement, la seule forme sous laquelle il ait chance de ne pas se produire. Le premier soin de l’homme infidèle est de se cacher de sa compagne légitime, et, s’il se vante en petit comité de ses bonnes fortunes, par un orgueil bien mal placé d’ailleurs, on se demande comment pourrait lui venir l'étrange idée de ‘donner ouvertement, à son foyer même, la preuve de son adultère.
Pourtant cela peut se produire. Il est des hommes assez peu délicats pour tromper leur femme avec l’amie charitablement recueillie de celle-ci, par exemple, et l’on en connaît des exemples, où le cynisme du mari, la turpitude de sa maîtresse, n'ont d'égal que l'extraordinaire, l’inconcevable pardon de la femme outragée.
Les mœurs relâchées qui semblent de mise en certains milieux artistiques paraissent seules de nature à faire accepter, à faire oser de telles situations qui révolteraient le pra monde.
Ce n’est pas que celui-ci soit, au fond, plus soucieux de la moralité vraie, plus sévère à l'égard de la débauche. Il demande seulement à celle-ci de ne pas trop s'afficher, de ne
s'épanouir qu’en catimini. Sa fausse conception de l'honneur ne rend blessants à ses yeux que les faits constatés, et toute sa considération, refusée aux naïfs qui se laissent surprendre, se porte vers les malins, qui savent dissimuler le plus longtemps possible leurs débordements.
Aussi l’épouse est-elle la dernière à apprendré les écarts de conduite de son mari, et Tout Paris sait avant elle qu'il a une maîtresse. Elle ne s’en apercevra même pas par les dépenses exagérées, puisqu'il gère en maître absolu, sans contrôle, sa propre fortune, souvent la fortune commune, et n’est jamais tenu de rendre des comptes.
Elle sentira pourtant, confusément d’abord, puis plus nettement, son abandon, elle en souffrira, elle finira par soupçonner la vérité; puis, car tout se sait, elle acquerra des certitudes ; elle sera cruellement blessée, profondément attristée, mais devra dévorer l’outrage, supporter sa douleur en silence; une simple allusion échappée à son cœur en ue lui vaudrait le glacial : « Ah non! pas de scènes! ».
Que voulez-vous, c’est ainsi. La loi n’a fait que suivre les mœurs, qui, admettant les écarts des jeunes gens, ne pouvaient changer leur morale du jour au lendemain; l’homme a des besoins qu'il ne peut réprimer; et puis, ce n’est pas si grave, la femme n’est pas véritablement atteinte, la famille n’est pas ébranlée ; l’homme est changeant, nous n'y pouvons rien, il faut en prendre son parti...
Eh bien, non! je n’en prendrai jamais mon parti. J'entends bien ces arguments de l’égoïsme et de la lâcheté, mais ils ne me convainquent pas.
Comment, l’adultère du mari est sans gravité! et la parole, et la foi jurée, comptent-elles pour rien? Il ne fait pas tort à la femme! mais que reste-t-il donc à celle-ci : trouvera-t-elle l’assiduité, la prévenance, la tendresse auxquelles elle a droit, l'amour que son mari lui a révélé et dont elle a besoin. Est-il flatteur pour elle de se voir délaissée pour une autre, et n’estil pas profondément blessant de ne recueillir, çà et là, que les débris d’une ardeur ailleurs dépensée.
Il faut que le mari garde ses habitudes de jeunesse, ditesvous! mais ne devraient-elles pas cesser justement au mariage? Et sont-elles si bonnes elles-mêmes qu'il les faille consacrer pour la vie entière? N’est-il pas déjà suffisamment répugnant qu'un homme ose garder une vierge pour la bonne bouche, et ne se donner à elle qu'après s'être flétri, s'être dispersé, s'être, disons le mot, prostitué çà et là. Car la prostitution estelle réservée à un sexe, et n’en est-ce pas une que de se livrer à des étreintes variées et multiples?
Ïl faut qu'il continue ses habitudes! Mais qui l'en empêche et qui le forçait à se marier? Il lui est loisible de choisir. Qu'il continue, s’il le veut, à s'abaisser, à s'avilir en des amours impurs, à prouver son manque absolu de maîtrise de soi, la servitude qui l’enchaîne à l’animalité. Mais qu'il ne rende pas une femme pure victime, et complice un beau jour, par sa résignation même, de ces débordements.
Si les mœurs ont consacré cette honteuse tolérance envers les fautes de l’homme, la loi tout au moins ne devait pas s’y associer.
159. Injuste inégalité des sexes. — La loi ne devait pas sanctionner de sa haute autorité, revêtir de son caractère auguste une injuste coutume, une criante inégalité.
Le devoir de fidélité est réciproque, qu'on le protège également de part et d'autre!
Quoi qu'on en dise, l’adultère du mari blesse autant la femme que son adultère peut blesser le mari. Elle est, autant que lui, déçue, désenchantée, trompée, malheureuse; plus que lui, même, car, en abordant le mariage, souvent elle ne savait rien de la vie, était tout espoir, loute confiance, et, comptant sur l’homme qui lui demandait le don définiuf d'elle-même, elle se formait de beaux rêves d'avenir, pensait pouvoir obtenir de lui toutes les satisfactions légitimes, sans avoir même la notion de la trahison.
Reprenons les éléments que nous avons analysés, comme altérés par l'adultère, et comme ayant ensuite besoin
d’être réparés (N° 150) : le bonheur, l'honneur, la famille.
Le bonheur... n’insistons pas! Ne saute-t-il pas aux yeux que l'épouse trahie le perd, par l’envol de sa confiance et de ses illusions; et si plus tard elle le retrouve, il lui manquera toujours quelque chose.
L'honneur... mais nous avons vu que ce n’était pas l’infidélité de la femme qui entachait celui du mari, que chacun gardait seul la responsabilité de ses actes, tant que le scandale ne rejaillissait pas sur d’autres par sa publicité. En tous cas, la femme ne porte-t-elle pas, elle aussi, le nom de son mari, n'est-elle pas solidaire à bien des points de vue avec lui, comme il l’est avec elle, car qui dit solidarité dit réciprocité.
Mais le monde est indulgent au mari, plus qu’à la femme. C’est que le monde se trompe, et le mari n’en est pas, pour cela, plus honorable. Cette indulgence me paraît humiliante, au contraire, en ce qu’elle le considère comme incapable de rester vertueux.
Reste la famille. Pour elle, la différence existe : les enfants adultérins du mari n’entreront pas dans la famille légitime; ils ne seront pas considérés comme les fils de sa femme. Fort bien, mais cela prouve seulement, de la part des hommes, un manque absolu de cœur et de conscience, encouragé il est vrai par la prohibition de la recherche de la paternité. Sinon, le bâtard devrait pouvoir revendiquer sa
place tout aussi bien, à son choix, au foyer de son père qu’à celui de sa mère. |
Une femme généreuse et de sentiments nobles sera la première, d’ailleurs, à souffrir de l’idée que son mari a des enfants d’une autre, et ne fait rien pour eux. Dès qu’on touche aux enfants, ces êtres innocents, $i dignes de dévouement et de pitié dans leur faiblesse, on ne saurait trop faire pour leur sauvegarde, et je plains plus le ménage qui demeure paisible et serein, tandis que meurent de misère les enfants illégitimes du mari, que celui qui accueille, même un peu malgré lui, l'enfant illégitime de la mère,
En tout cela, si, par l'injustice du monde et du Code, la famille reste à peu près préservée, les sentiments de la mère ne le sont pas, ni son épanouissement, ni le respect qui lui est dû, ni la tendresse à laquelle elle a droit. Elle se sent méprisée, trahie, trompée, flétrie dans ses affections les plus légitimes, celles que la loi même lui impose. Elle a qualité pour se plaindre... mais la loi ne le lui permet pas. Elle n’a même pas la ressource d'aller provoquer la maîtresse de son mari, comme celui-ci provoquerait l’amant, moyen qui ne sert à rien et ne prouve rien d’ailleurs. Cela n’est pas admis, et, si le mari croit laver sa honte dans un duel, l’honnête femme n'osera seulement faire un reproche à la femme qui lui prend son époux : on ne se commet pas de la sorte!
D'ailleurs, il est entendu que l’homme n’a jamais de complice, ou tout au moins cette complice n’est pas punissable. Personne ne doit s'occuper d'elle.
Tout ce qui précède montre que la loi fait fausse route en ne punissant l’adultère du mari que dans une circonstance tout à fait particulière et peu pratique.
Puisque, nous l'avons vu (N° 150), elle ne punit pas l’adultère de la femme comme vraiment attentatoire à l’ordre public, mais comme blessant le mari même, elle devrait punir également l’adultère du mari, qui blesse tout autant l'épouse.
Mais nous avons constaté l'impuissance des moyens légaux (Nes 151), celle même de tout moyen de répression (N° 150 et suivants) et montré que le seul vrai remède était le pardon. Toutefois, nous avons dû réserver l'hypothèse d’une sanction légale, pour ceux qui ne sauraient recourir à ce remède exigeant une certaine hauteur d'âme. Quelle pourra être cette sanction, dont nous avouons par avance l'inévitable imperfection.
160. Sanction légale possible pour l’adultère. — I] est assez facile de dégager maintenant les caractères essentiels de la sanction de l’adultère, si la loi en maintient une,
sanction qui en tout cas devra être la même pour les deux sexes.
Les plus grands maux qu’entraîne l’adultère proviennent de sa publicité : supprimez cette publicité.
La faiblesse de la sanction pénale encourage, dispose à se faire justice par la violence : supprimez l’article rouge (1) tant critiqué, l'alinéa final de l’art. 324 C. P.
Et d’abord supprimez la publicité. Je ne vais pas jusqu’à demander entre les époux, et réciproquement, un droit de correction semblable à la correction paternelle. Cela prêterait à bien des abus, et le contrôle efficace de la justice, la vérification des faits invoqués, reste nécessaire.
Mais on peut concevoir une procédure suivie devant le tribunal entier au lieu de l’être devant un président ou juge unique, bien qu’à peu près aussi simple, et surtout aussi secrète.
Une plainte au procureur qui convoquerait discrètement les parties devant le Tribunal, en chambre du conseil ou à huis clos; la suppression de tous les actes coûteux, vexatoires et trop publics, des citations, des assignations (2). Le Tribunal, ou un juge commissaire, tenterait la conciliation, entendrait les deux époux, au besoin quelques témoins; s’il ne pouvait décider le conjoint lésé au pardon, et si celui-ci ne voulait pas non plus demander le divorce, un jugement interviendrait, sommairement motivé, et son expédition, ou même son original, serait remis, comme l'ordonnance de correction paternelle, à celui qui aurait le droit de s’en servir, Mais qui pourrait aussi en empêcher l'effet par son abstention.
Aïnsi, pas de scandale, pas d’esclandre, rien n'aurait transpercé dans le public, et ni l'honneur, ni la famille ne seraient atteints.
(1) Paul et Victor MarGuertirre. L’élargissement du divorce. p. 8.
(2) Je préconiserais, pour toute convocation, ainsi que pour bien des communications de la vie civile, dont la remise a besoin d'être certaine, la carte-lettre recommandée. La lettre recommandée, sous enveloppe, offre un danger : le desti-
nataire peut prétendre que l'enveloppe était vide. Avec la carte-lettre, ce danger disparaît.
L'époux muni du jugement pourrait s’en servir, envoyer l’autre faire une petite villégiature dans une prison confortable (plus ou moins, peu importe) et, quand il jugerait l'effet produit, la leçon suffisante, ouvrir la porte libératrice et accueillir le coupable repentant, comme il en a déjà la faculté dans la législation actuelle.
Il pourrait aussi garder dans sa poche le précieux jugement, ei n’en pas faire usage, ou le réserver comme une arme capable d’inspirer de salutaires réflexions, et prête à s’abattre sur le conjoint fautif à toute nouvelle incartade.
Voilà pour la publicité.
Puis, pour détourner du meurtre, élevez tant que vous voudrez la peine que pourra prescrire le jugement tout familial, et qui, j'en suis sûr, ne s’exécutera jamais jusqu’au bout. Prolongez donc l’emprisonnement, et ajoutez-y, si vous voulez, une amende contre le mari, non contre la femme, car ce serait le mari qui la paierait. Les amendes ont l'immense avantage de remplir les caisses de l'État et, si tout mari en était frappé pour chaque infidélité, le budget se bouclerait avec une remarquable facilité.
Bien entendu, même sous cette forme si modérée, si discrète, la poursuite serait réservée à l’époux outragé.
EL je crois que ces poursuites seront rares, car les époux, s'habituant à réfléchir au lieu de s’emporter, el voyant très bien qu’un jour ou l'autre, l’un pardonnera, l’autre rachètera par son repenbr et son redoublement d'affection, trouveront plus simple de prendre de suite ce parti, sans faire intervenir le tribunal.
Ainsi les tempéraments généreux et délicats, que l’adultère peut faire souffrir dans des sentiments élevés et nobles, seront encouragés à la solution que leur cœur même leur inspirerait. Les autres, ceux qui ne soufirent que dans leur orgueil et leur amour-propre, ceux qui seraient disposés à faire de l'éclat, en seront détournés et se trouveront amenés à une solution pacifique, la plus capable, elle aussi, de sauvegarder précisément leur amour-propre et leur orgueil.
Mais pour en revenir à une idée que je ne saurais trop répéter, j'avoue que même la sanction que je propose, n'aura précisément de valeur que parce qu’on ne l’appliquera pas, ou que, l'ayant appliquée, on ne la laissera pas aller jusqu'au bout de ses conséquences.
La loi est en effet incapable de se plier aux subtilités de ces délicates matières, et c'est aux mœurs à éviter ici tout ce qui peut provoquer l'attention de la loi, en créant une moralité supérieure par un sentiment plus juste du devoir, en ne se leurrant pas de théories hypocrites, en voyant les choses comme elles sont, en les appelant par leur nom, surtout en employant le remède préventif consistant à donner une éducation plus forte, à mieux préparer jeunes gens et jeunes filles aux austérités du mariage, comme à ses grandeurs et ses beautés (1).
(1) V. n° 233 et suiv.