CHAPITRE VII La hiérarchie des enseignements i
ïnseigDement se divise en France en trois dej renscignenient primaire, l'enseignement seconda l'enseignement stipérîenr. Il semblerait que cela répond! à peu près à trois catégories sociales d'ordre intelle© tuel.: la masse, la classe moyenne, l'aristocratie. . chacune d'elles est attachée une sanction représentée^ par des diplômes : certificat d'études pour rinstructioo | primaire, baccalauréats pour l'instruction secondaire ; licences et doctorats pour l'instruction supérieure. Telle (!st l'apparence, telle est la théorie. Il s'ensuit, avec l'universalité de l'enseignement primaire, qu'on atteint à ce maximum d'expression de la culture d'un peuple :■ tout le monde diplômé. C'est l'idéale conception de!
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trois onli'tisik- iiiuniliiriiiats : les mandarins de preinî^^^ dusse OH pi'lit iioiiilire, ceux d(> deuxième classe occiipanl celle siUiatiuii muyoïinc qui exerce en i-ésumù la plus grosse part d'influence, et fournit au recnitemeut de l'iiruiée des functionnaires; enfin la troisième classe. renfermant tousjles habitants du pays, hommeselfemmes, non compris dans les deux premières classes, et ppurviis chacun d"iin certificat d'études. Pas un ignorant, pas un illettré, sauf les malheureux idiots ou les habitants des asiles d'aliénés ; l'instruction est répandue à flots, largement, gratuitement ; la nuit a cessé ; la lumièiT inlellectiielle éclaire tous les cerveaux, jusque dans les <'ampa^ne.s les plus reculées.
J'ai cherché plutôt à embellir le tableau, sans émcllif d'ailleurs aucune opinion siu' cette conception d'une hiérarchie intellectuelle correspondant à une hiérarchie sociale. Une appréciation me semblerait inutile, car je me propose d'établir que les choses sont en fait beaucoup moins simples, et que toute cette apparence csl un vain mirage. Qu'on s'en réjouisse, qu'un s'en plaigne, là n'est |ias la question ; il faut tâcher d'ouvrir tout d'abord les yeux, de se rendre compte de la réalité, au lieu de se payer de formules et de phrases toutes faites.
Commençons par l'enseignement primaire. ()uellfs que soient les méthodes, quels que soient les ]H'0granimes, on voudra bien reconnaître que la valeur dy l'instruction dépend un peu de celui (]uî la distribue. Or, les instituteurs représentent une véritable armée; on aura quelque peine à soutenir qu'ils sont uniforméuient coulés dans le même moule intellectuel, et qu'en conséquence les résultats de l'enseignement primaire sont identiques partout. C'est manifestement impossible, et ce n'est guère désirable. 11 est juste d'ajouter que cette identité des cerveaux chargés do dispenser la science ne se rencontrera pas non plus dans l'enseignement secondaire; mais on en approchera davan-
l.A lllÈRAnCIlIE DES E XS E/G Xi;
tage, grâce à dfs soins tout particiilievs (jiie le nombre des professeurs est plus
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Mais ce ne sont là que des considérations accessoires; J si les trois divisions de l'enseignement no répondent I vraiment à rien de précis, c'est que les limites tracées. I entre elles sont franchies de toutes parts, et par laJ force même dos choses. Des (juc l'enseignement pri-J maire prend un raraolèrc vraiment sérieux, qu'il eslJ pour\'u d'une organisation puissante, comme dans cer-1 laines grandes villes, et à Paris, par exemple, son pre- I mier cadre ne lui suffît plus; il y a toute une population i scolaire dont les hesnins intellectuels ne sont pas satis- I faits par le programme primitif. Il a fallu créer dès lors A une branche nouvelle, l'enseignement primaire supé-J rieur, et des établissements spéciaux où cet enseigne- 1 ment est distribué. Donc empiétement du primaire suri le secondaire. J
Ce dernier, de son côté, reçoit de tout jeunes enfants i (certains parents les lui enverraient en nourrice); il neJ veut pas les refuser, et à leur intention il a institué des I divisions dans lesquelles l'enseignement primaire leur À est distribué ; voilà une deuxième violation de frontières. I
Maintenant, il faut bien se mettre une chose dans la j tète : c'est que dans la proportion d'au moins 999 sur I 1000, l'instruction qu'on donne aux enfants ou aux jeunes gens est un moyen, non un but, et que le but, c'est d'arriver à une profession. De là d'innombrables branches d'enseignement professionnel, se rattachant soit à l'enseignement primaire, soit à l'enseignemenl 1 secondaire; parmi ces professions, il y a notamment j celles qui ont justement pour objet le roerutement des f éducateurs; de là les écoles normales de toutes sortes 1 s' appliquant aux deux sexes, et venant intéresser à fois les trois ordres d'enseignement, sans parler des innombrables brevets et diplômes qu'il l'a mirait un volume pour énumérer.
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Lc'siirol'i-ssioiîK t«<'hniqiifs exigent Ijuri'ii lion d'écoles Mpéftale». Elk's se sont iiiiilti|i]ii>(rs tteaiiL-ouji au cours (iii SIX" siècle ot se reciuteiit par des concours. Dans quelle catcgorie faire rentrer, par exemple, la préparation Hux f'c'olcB d'arts et métiers? Il est à peu prèN admis qu'on la classe dans rensoigtiement primaire supérieur; ihéoriquement, hiérarchîqiietuent, c'est donc sur imr marche de l'escalier social moins élevée que renseignement secondaire. El poiirlant, s'il y a une différence appréciable entre un candidat à une école d'arts et métiers et un bachelier, c'est qu'en général le premier est plus instruit que le second, sur des sujeL*! sensiblement compara 11 teij.
Je viens de parler de bacheliers; on serait en droil de me demander à quelle catégorie je lais allusion, car nous avons eu et nous avons encore des baccalauréats de bien des espèces. On prend des enlants encore jeunes, et on destine les uns aux lettres, d'autres aux sciences: il y a un enseignement secondaire classique, qui rertaiuemenl n'est pas moderne, et un enseignement secondaire moderne, qui probablement n'est pas classique. D'aulresjeunes gens seront dirigés siu- l'Ecole polytechnique, par les soins de renseignement secondaire, qui leur distribue a 'cet effet une instruction décorée du ncim de u Mathématiques spéciales », nom ne répondant guère au but poursuivi ; ceux qui ont définitivement échoué se rejettent souvent sur d'autres écoles.
Bref, les nécessités de la lutte pour l'existence, les innombrables subdivisions, dont nous avons indiqué quelques-unes, la multiplicité des mots, le besoin de se spécialiser outre mesure et avant l'heure, la tendance à centraliser, uniformiser et réglementer, ont engendré un état de choses qui est le renversement complet do la hiérarchie des trois ordres d'enseignement, dont il ne reste rien, que le titre.