‹ La Mauritanie. Préf. de Paul PainlevéChapitre 11 sur 15 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Ressources naturelles : léleiage. les pâturages. — La Mauritanie, nous le savons, nest point un désert: ce pays possède des ressources intéressantes et relativement variées que. malgré Tétat de désordre, les populations raaraboutiques et les harratine des tribus guerrières exploitent le mieux possible.

La véritable richesse naturelle de la Mauritanie est le bétail, l'élevage : les Maures sont, avant tout, un peuple pasteur, du moins entendons par là les tribus maraboutiques.

Dans la Mauritanie occidentale, la région de pâturages la meilleure est celle des Chamama. c'est-à-dire ces régions voisines du fleuve Sénégal qui. durant l'hivernage, reçoivent 1 action bienfaisante des eaux débordées, ensuite les plaines de r.\ftouth et du Dahar qui confinent à ce Chamama. C'est pourquoi, régulièrement, chaque année, après l'hivernage, on voit les tribus maraboutiques. occupées par l'exploitation pastorale, se rapprocher du fleuve. Pendant Thivernage. ces plaines sont recouvertes par les eaux ; les moustiques, les mouches s'y développent en nombre considérable : des épidémies de gale, de trj'panosomiase mbori s'ensuivent, et les troupeaux doivent s'éloigner du fleuve pour retourner au nord.

Dans l'Amoukroun. aux environs de Nouakchott, les pâturages sont médiocres, car un certain nombre de tribus nomades, dans le but d'assurer le ra\'itailleraent du poste, circulent aux alentours sans jamais s'éloigner beaucoup.

et leurs bêtes, paissant sans cesse aux mêmes endroits, ont fini par raser complètement les plantes de la plaine.

Dans FAgnéitir, la végétation serait suffisante, si la dévastation annuelle des sauterelles de la baie de Saint- Jean ne venait pas dessécher les herbages, qui. cependant, après les nuits de rosée, repoussent et reverdissent avec une surprenante rapidité.

Dans le Tasiast, il y a des pâturages excellents aussi bien pour les bœufs que pour les moutons et les chameaux, et de nombreux puits pourvus d'une eau abondante et douce. La tribu maraboutique des Tendgha qui habite cette contrée, y obtient des animaux très gras et de chair excellente.

Plus au nord, dans le Tiris, on ne trouve autour que des puits et des pâturages à chameaux parsemés de talah [ÏRux gommiers) ; dans ces régions, du Tiris et de IxAdrar- Sottof, entre le Rio de Oro et la baie du Lévrier, l'élevage s'est beaucoup développé au cours de ces dernières années ; c'est là, en effet, que sont venues nomadiser les tribus de marabouts pasteurs Tendgha et Barik-AUah qui nomadisaient précédemment les uns dans l'Agneitir, les autres dans le Tasiast, et qui ont abandonné ces parages par crainte des représailles de guerriers dissidents.

Les grandes plaines du Tasiast et du Tiris sont celles de l'élevage du chameau ; cependant les épidémies de gale et de m'bori qui, certaines années, sévissent sur les bords du fleuve en rendent les parages peu favorables pour ces animaux. Les tribus qui, dans cette région, s'adonnent plus spécialement à ce genre d'élevage, sont les tribus maraboutiques des Tendgha, des Barik Allah, des Oulad Biri ; les tribus hassanes, on le sait, ne se livrent point au travail pastoral pas plus qu'à tout autre, et viennent trop souvent se remonter en razziant les bêtes des Tendgha et des Oulad Biri; dans le Trarza occidental, le chameau est élevé chez les tributaires des guerriers qui se remontent chez eux. Il y a aussi des chameaux en grand nombre dans le Trarza, mais dans l'intérieur des terres loin du fleuve par crainte de la piqûre d'une mouche grise à trompe

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appelée tagoacjanil par les indigènes et dont la piqûre cause un grand ravage parmi les troupeaux.

Chez les Trarza, l'élevage est la grande occupation ; c'est la base de leurs revenus et de leur commerce et toutes les castes s'y intéressent plus ou moins ; mais les marabouts et les zenaga plus exclusivement que les autres.

Dans le Trarza occidental, les chameaux sont élevés par les harratine des tribus guerrières qui se remontent chez eux ; là, on n'emploie pas ces animaux à la formation des caravanes, mais uniquement comme montures de guerre. Les centres d'élevage sont variables : dans les années pluvieuses, on fait remonter les troupeaux au nord jusque dans le Trarza et Flnchiri, entre Tiris et Nouakchott. Les plus beaux chameaux sont ceux de l'ouest. Les chameaux constituent la plus grande richesse pastorale du Trarza. Certains propriétaires possèdent jusqu'à six cents chamelles. Ce sont, avons-nous dit, les marabouts des El Barik Allah, Oulad Biri et Tendgah qui s'occupent plus spécialement de cet élevage et aussi les Zenaga, du Rakhalha, et des Arrouefa, même certaines fractions des tribus guerrières, El Mohktar Cherkhi, Zeïlhoufa, El Boïda.

Au contraire du préjugé courant, le chameau est un animal très délicat, réclamant, pour fournir un bon rendement, des soins intelligents et réguliers ; et les Maures sont experts consommés dans l'élevage et le dressage de ce ruminant, si précieux pour eux sous tant de rapports ; les Maures vivent du chameau, pourrait-on dire.

Le lait des chamelles est, en grande partie, la base de leur nourriture. Les Barik Allah et les Oulad Delim, afin de régler les repas des chamelons en même temps que pour réserver une plus grande quantité de lait à l'alimentation de la tribu, recouvrent les mamelles des chamelles avec des poches d'osier; le soir, les captifs enlèvent ces poches pour traire les bêtes.

La chair du chameau présente une saveur peut-être plus agréable que celle du cheval ; le poil, tissé par les femmes des

forgerons, fournit un tissu très solide, employé pour les sangles et les toiles de tente.

Lorsqu'un campement se déplace, les chameaux sont montés par les hommes et les femmes ; ils portent les tentes et les divers objets de la tribu et, tout en marchant, broutent les herbes ou les arbustes sur leur passage. Le soir, à retape, après l'établissement du camp, les captifs ramènent les chameaux autour des tentes : on les fait baraquer et l'on attache une jambe repliée sous le corps des indociles.

Les troupeaux comprennent principalement des chamelles qu'on vend rarement, à raison d'une femelle pour cent mâles; ceux-ci, plus faciles à dresser, sont vendus pour la remonte des guerriers. Les femelles sont employées, non seulement comme laitières et pour la reproduction, mais encore comme bêtes de charge pour les convois ; dans ce cas, elles sont attachées en file, par la queue, de façon qu'un seul conducteur puisse en mener à la fois au moins cinq ou six. A l'encontre des mâles, elles marchent volontiers en convoi, mais non pas seules.

Dans la région nord-ouest (Haute-Mauritanie) le chameau est la grande richesse des nomades pasteurs Oulad Delim, Oulad bon Sba, Regueïba, Dans les pâturages de la Seguiet el Hamra, les Regueïba du nord en élèvent d'immenses troupeaux ; le cheptel camelin des seuls Regueïba s'élève à plus de 30.000 bêtes ; les Oulad Delim, les vrais Arabes du désert, possèdent d'innombrables troupeaux de chameaux, et ne possèdent guère que cela, avec quelques chevaux ; chez les unes et les autres de ces tribus, le lait des innombrables chamelles est si abondant qu'il constitue leur unique alimentation et qu'on en abreuve même les chevaux. Les Tekna, qui n'ont pas d'autre bétail, font aussi l'élevage du chameau en grand nombre.

Si l'on s'en va vers l'est, dans l'Aftout de Mal, le Gorgol, le Guadimaka, on voit le chameau devenir plus rare, disparaître et faire place au bœuf comme béte de charge, car l'humidité des régions sénégalaises ne lui convient pas; il

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n'y peut même séjourner plus de quelques mois sans être frappé de maladie. Il reparaît dans le Tagant chez les tribus marabouliques des Ida ou Ali et des Kounta, dans l'Adrar, chez les nomades Oulad Geilane et Ideï Chilli ; il y en a aussi dans le nord du Gorgol, dans le voisinage du Tagant. En somme, le chameau est élevé principalement dans les régions sablonneuses.

Il y en a trois races : celle qu'on trouve dans le Tarad, riguidi et aux environs de Nouakchott, de couleur marron, petite, vigoureuse, endurante; celle de l'Adrar Sottof et du Tiris, superbe race, grande, robuste et bien membrée, à l'épaisse toison brune ; puis la race de Gandiole, plus grande encore, mais trapue, blanche ou grise, celle qui peut porter les plus lourds fardeaux. Cette race est surtout employée dans le Cayor pour le transport des arachides aux stations du chemin de fer de Saint-Louis et elle s'acclimate difficilement dans le nord.

Deux races de bœufs sont élevées : le bœuf à bosse ou zébu, qui semble originaire du pays et le bœuf sans bosse,' animal de boucherie. Ce sont principalement les tribus maraboutiques qui s'occupent de cet élevage, soit le long du fleuve, soit dans l'intérieur du pays, avançant vers l'est, car le bœuf, à l'opposé du chameau, ne vient bien que dans les contrées non sablonneuses.

Dans le Trarza, c'est l'élevage du bœuf qui tient la plus grande place après celui du chameau. Les tribus maraboutiques qui s'y adonnent plus spécialement sont les Tendgha, Khoum-Beïlin, Oulad Deïman. Il y a des bœufs en plus ou moins grand nombre, un peu partout, mais plus particulièrement dans le Brakna, leGorgol. le Guadimaka, le Tagant ; les Regueïba du Tell, les Tekna ont des troupeaux de bœufs, l'Adrar possède une espèce de bœufs spéciale.

Les bœufs à bosse s'élèvent dans le Trarza, le Brakna, le Tagant ; on les y emploie à tous genres de transport. Au moment de la récolte de larachide. on les envoie dans le Cayor où ils sont employés concurremment avec le chameau, car, marchant au moins aussi vite que lui et

pouvant porter des charges de plus de cent kilos, ils résistent mieux aux épizooties des bords du fleuve. Leur seule infériorité, c'est qu'il faut nécessairement les faire abreuver tous les jours.

Le bœuf sans bosse, venu du Haut- Sénégal et qui s'est développé dans toute la Mauritanie se rencontre dans différentes régions, principalement dans le Trarza et Tasiast, plus au nord dans le Rio de Oro, par troupeaux de trois ou quatre ou cinq cents têtes^ parfois davantage. La race du Tasiast est la plus petite, et le poids d'un bœuf du Tasiast ne dépasse pas 150 kilos, mais ceux du Trarza peuvent peser jusqu'à 350. Si ces animaux n'ont pas eu à supporter des marches excessives ou des privations de nourriture, leur chair est savoureuse et de bonne qualité, sans toutefois égaler celle des espèces bovines de nos pays.

On ne vend pas les veaux, on du moins les animaux qu'on livre sous ce nom sont de jeunes bœufs depuis longtemps nourris avec d'autres aliments que le lait et dont la chair est aussi rouge que celle du bœuf adulte.

Les peaux de bœufs sont employées par les Maures pour la fabrication des courroies, des sandales, des cuirs de selle. Quelquefois, ils les font bouillir et les mangent. Ils n'y attachent d'ailleurs aucun prix, bien qu'elles soient de fort bonne qualité et capables de fournir la matière d'un commerce intéressant pour la fabrication du cuir.

Il y a aussi plusieurs races de chevaux particulières aux difl'érentes régions, bien que cet animal soit relativement rare et de qualité inférieure. Dans la région littorale, l'élevage est peu développé, à cause de la difficulté de les faire abreuver deux fois par jour, ainsi qu'il est indispensable pour ces animaux ; ils sont là de petite taille, mais robustes et résistants à la fatigue des longues marches ; mais on les soigne mal, et ils sont couverts de parasites qui les affaiblissent et font dégénérer la race. De plus, la gale et la trypanosomiase les atteignent facilement dans les plaines marécageuses des bords du Sénégal.

La race du Drah, chez les Lebeîdda et les Ouled Guebba,

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dans le Trarza occidental, est petite et vigoureuse. Dans le Trarza existe une race de chevaux appelés sehaîa à cause de sa couleur (sebaîa, couleur de pelage du lion). Ce sont surtout, chez les Trarza, les tribus maraboutiques du Komm-Beïlin, la tribu hassane des Eleub qui s'occupent de cet élevage.

Dans le Tagant et l'Adrar, on élève une très belle race de chevaux-barbe, fort appréciée dans toute la contrée et qui atteint une valeur double de celle de la précédente ; dans le Tagant, on en compte jusqu'à huit variétés que les Maures désignent sous les noms de Radjala, Djereïbà, Mattrouch, . Doufeïnidza, Amama, Touerha, Saïla, Mouzheïba, et dont une seule bête peut valoir un prix de 1.200 francs. Aussi les tribus qui les élèvent en prennentelles un soin tout particulier. La race du Hodh, de haute taille, est très recherchée aussi.

Les Regueïba du Tell possèdent une race de haute taille appelée m'hayar. Dans la Haute-Mauritanie, les Oulad Delim, si riches en chameaux, n'ont que quelques chevaux, mais il j en a beaucoup chez les Tekna de l'oued Noun.

Les ânes, très nombreux partout, sont très méprisés par les tribus maraboutiques comme par les tribus guerrières ; l'élevage en est restreint et se pratique seulement chez quelques tribus zenaga, chez les Harraline, qui les estiment beaucoup pour les transports et chez les Imraguem où ils sont fort utiles pour le transport des sacs de poisson ; de Nouakchott à El-Mamghar, tous les pécheurs de la côte en possèdent une quantité plus ou moins grande.

La race des ânes mauritaniens, très petite de taille (un mètre de haut), est capable cependant de porter des fardeaux de 50 kilos ; trottant bien, les ânes mauritaniens couvrent de leurs pieds menus de très longues distances, peuvent rester plusieurs jours sans boire et se contentent de dures graminées dédaisfuées même des chameaux. Mal soiijnés, ils sont couverts de parasites. Peu coûteux les ânes sont en nombre dans le Trarza ; il y en a beaucoup dans le nord, chez les Tekna, lesquels élèvent aussi des mulets.

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Dans l'ouest, ce sont également les tribus zenaga, presque exclusivement, qui se consacrent à l'élevage des moutons et, de la chèvre, très nombreux tous deux, un peu dédaignés par les tribus maraboutiques. Certains zenaga du Trarza ont de véritables fortunes en troupeaux d'ânes et de moutons. Ce sont les Oulad Rahmoun, les Roumbatine et les Arrouedya qui possèdent les plus grands troupeaux de moutons du Trarza. Certaines tribus maraboutiques en possèdent aussi, mais moins. Les Oulad Tidrarin, zenaga des Oulad Delim, à côté de leurs immenses troupeaux de chameaux, ont des troupeaux de petit bétail. Les Regueïba du Tell davantage encore et les Bari encore plus, moutons à laine, moutons à poil, chèvres.

Il y a des moutons dans le Tagant chez les marabouts des Ida ou Ali ; il y en a chez les Ida ou Ali de TAdrar et aussi chez les Ideï Chilli, chez les Smassid d'Oudjeft, chez une fraction des Bari Allah qui va nomadiser jusque dans ITnchiri.

. Une espèce de mouton est spéciale à la Mauritanie : le mouton à poil, haut sur pattes, assez semblable d'aspect à la chèvre, et dont le cuir est excellent ; dans le Trarza et sur le littoral jusqu'à la baie du Lévrier il forme l'objet exclusif de l'élevage. Petits, maigres, d'un poids maximum de 12 kilos, ces animaux ont une chair coriace, dure et sans saveur ; cependant elle est très employée pour la consommation. La peau sert à la fabrication des ouvrages de cuir, tassoulra, ousseda et aussi des guerba, ces outres formées d'une peau entière retournée, desséchée et recousue, usitées pour le transport de l'eau; le poil tissé sert à faire la toile des tentes et les sangles des chameaux.

L'élevage du mouton se fait seulement dans le Tiris, dans FAdrar et dans le nord, aux parages de la Seguiet el llamrachez les Oulad Tidrarin, les Izergueïn, les El Aroussiim et, quelque peu aussi, chez les tribus guerrières du Regueïba et des Oulad Delim. Leur peau avec sa longue laine blanche et douce est considérée parles Maures comme de valeur nulle ; on ne l'emploie que comme tapis à élendre la nuit pour le sommeil sur les nattes du sol.

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Les chèvres, en nombre supérieur encore aux moutons et comme eux répandues dans toutes les régions, sont élevées pour leur lait ; leur peau sert à faire des guerbas.

Quant à la volaille, les Maures ont pour elle une espèce d'aversion et en élèvent généralement peu. On trouve seulement quelques poules dans la palmeraie de Tidjikdja, et certaines tribus Trarza possèdent des pigeons ; mais, au nord, la volaille réapparaît chez les ïekna.

Ressources végétales : les dattes, les céréales et autres cultures, la gomme. — Une grande richesse végétale de la Mauritanie est constituée par l'exploitation des dattiers. Pendant l'expédition de la colonne Gouraud en 1909, les seules dattes de l'Adrar ont fourni trois mois de vivres aux effectifs considérables rassemblés dans la région.

Plusieurs variétés de dattes sont cultivées, dont quelquesunes très réputées.

Les centres de cette exploitation sont les durs massifs voisins de l'Adrar et du Tagant où l'importance des dattiers force les nomades de ces régions à se fixer au moment de la récolte. Les ksar d'Atar, Ghinguetti, Ouadane, d'ailleurs occupés en tout temps par des marabouts sédentaires, voient leur population tripler et quadrupler pendant la guetenann (récolte des dattes).

On cite, dans le Tagant, la grande palmeraie de Tidjikdja qui mesure 12 kilomètres de long sur 100 mètres de large et compte 40.000 palmiers dont la moitié en plein rapport, au milieu d'une plaine inondée pendant l'hivernage et où, pendant la saison sèche, un millier de puits conservent à six mètres de profondeur une eau abondante et pure ; la palmeraie de Rachid, avec 13.000 palmiers dont 12.000 en plein rapport, au rendement plus fort, et à la qualité meilleure ; et les petites palmeraies de Talmeht avec 350 dattiers, de Guendel avec 360, d'El Moénan. 60 ; d'El Haouissinin, très florissante à Ksar-el- Darbia, au sud de Rachid, qui fut longtemps une des plus importantes; les Ida ou Aïch l'ont détruite il y a une

cinquantaine d'années au cours d'une guerre et abandonnée, mais depuis quelque temps les Kounta essaient de la remettre en valeur. Les dattes de Rachid mûrissent avant celles de Tidjikdja et l'on y fait généralement la guetenann au mois d'août.

Le ksour d'Atar, capitale de l'Adrar, est au fond d'une vallée entourée de dattiers ; à Chinguetti, des palmiers sont établis sur un massif de dunes, sur la rive de l'oued Chinguetti ; chacun des jardins se trouve situé dans un creux, et, à cause de cette différence d'altitude, la récolte s'y fait quinze jours plus tard qu'ailleurs ; Ouadane, Oudjeft aussi sont construites au bord d'oasis de dattiers. La grande oasis de Tichitt dans le Baten, est célèbre pour sa très importante palmeraie, aux fruits particulièrement savoureux. Toutes ces palmeraies sont arrosées par des oueds de 3 ou 4 mètres de profondeur.

Des palmeraies existèrent jadis dans le Trarza occidental ; mais elles sont aujourd'hui tout à fait abandonnées.

En dehors des ksar permanents cités plus haut, les Maures ont planté des dattiers dans la plupart des vallées du Tagant et de lAdrar ; certaines palmeraies sont considérables, comme celle de Talorza, par exemple. Toutes les tribus de l'Adrar, pillardes ou maraboutiques, paysannes ou montagnardes, Ideï-Ghilli, Ouled-Sassi, Teizga, Teurchanes, Smassid, Ida ou Geli, Ida ou el Hadj, Kounta, sont très attachées à leurs palmiers, ainsi que les Ida ou Aïch et les Kounta du Tagant. Mais l'insécurité ne permet de séjourner que dans les gros bourgs, et l'on va à ces palmeraies isolées seulement au moment précis de la récolte.

Les dattes les plus précoces viennent à maturité vers la fin de juin ; mais la récolte générale a lieu dans les- premières semaines d'août. Le produit en est vendu aux tribus du désert ou conservé par les producteurs ; une quantité minime seulement vient aboutir aux escales du fleuve.

La science des Sahariens dans l'hydraulique les a conduits à établir des palmeraies dans tous les endroits propices, c'est-à-dire dans certains points d'eau d'un type bien

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observé, sur un oued, au confluent de plusieurs marigots s'il est possible, mais invariablement en amont d'un défilé on d'un barrage susceptible de retenir l'eau ; tel est le cas d'Atar où viennent aboutir dans la plaine les oueds d'Amder, de Ksar-Teurchane, d'Azougui, La nécessité de cette situation spéciale crée forcément une limite au nombre des palmeraies. Le seul arbre cultivé dans les palmeraies est le dattier.

Le mode de culture est le même à peu près dans l'Adrar et le Tagant. Prenons pour type la palmeraie d Atar. Les jardins, dont chacun contient environ 30 ou 40 palmiers, sont établis sur la rive gauche de l'oued, entourés d'une zeriba (haie de branchages) ; sous les arbres, le sol, nivelé avec soin, est divisé en planches, comme nos potagers. Tout le travail de la terre se fait avec une houe et un panier. Chaque arbre a son puits à bascule, auquel deux fois par jour, au moyen d'un clelou, récipient en peau de bœuf de forme demi-sphérique lorsqu'il est plein, monté sur un cerceau de bois que maintiennent trois cordes courtes fixées à la longue corde qui sert à puiser, on prend l'eau qu'on verse dans le bassin, creusé auprès du puits, et qui alimente la réserve des canaux ou seguia^ circulant pour l'irrigation dans toutes les parties du jardin.

Dans les palmeraies tracées sous les arbres à l'ombre des palmiers qui protègent les cultures, après la guetenann, on sème, en août, le petit mil (tarabit) qui mûrit en décembre et rend dix fois sa semence et le mil coloré, qu'on remplace aussitôt par le blé qui rend approximativement huit fois sa semence et l'orge qu'on récolte en février.

Dans les jardins d'Atar on sème aussi à la même époque que le blé, du tabac et une échalote assez semblable à celle de Jersey. Quelques pieds de cotonniers ont poussé naturellement dans l'oasis de l'Adrar. Chaque jardin y possède un pied de henné.

A Chinguetti, on récolte l'échalote, le tabac, les pastèques, les niébés, quelque peu de maïs à côté du petit mil, du blé, de l'orge. Le petit mil, semé fin octobre, est

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récolté à la fin de janvier et remplacé par le blé et l'orge qui sont mûrs en avril. Il y a beaucoup de henné et les habitants font le commerce de cette denrée avec le Soudan.

Les larges vallées de l'Adrar, aux sources abondantes, sont cultivées en blé, en orge et en petit mil par les Ideï Chilli, les Ouled Sassi, les Teizga. De même, dans le Tagant, les sources qui jaillissent du pied des montagnes et dans l'intérieur permettent en maint endroit la culture du blé, de l'orge, du maïs, du gros et petit mil, des niébés, des héref (pastèques) ; tous ces produits sont vendus sur place, car la quantité récoltée n'est pas suffisante pour permettre d'en expédier au loin. Le pays est fertile, car on y voit aussi le cotonnier et l'indigo pousser à l'état naturel.

Dans la partie méridionale la plus accidentée du massif du Tagant, ainsi que dans le massif voisin du Regueïba, l'eau séjourne presque toute Tannée à la surface du sol ou dans les quelques affleurements des nappes souterraines, au pied des roches, et le fond des vallées est cultivé en mil. Dans certains bassins fermés, où la pluie tombe et s'accumule sur une surface d'étendue restreinte, et qu'on appelle ffrum, on sème le mil, les niébés, les pastèques au début de Fhivernage ; dès octobre le mil peut êlre récolté. Dans les bas-fonds où l'eau séjourne, on sème plus tard, à mesure qu'elle se retire. La récolte de mil des grura est bien plus considérable que la récolte d'orge et de blé des palmeraies.

Mais la région la plus fertile de la Mauritanie, le Ghamama, est à l'extrémité méridionale cette bande de terres alluviales qui bordent la rive du Sénégal et qui reçoivent chaque année les eaux du fleuve en temps d'hivernage pendant une période plus ou moins longue ; et la partie la plus élevée est le sud-est, la région soudanaise, entre le Sénégal, le Gorgol, le marigot de Karikoro et le massif de TAssaba, qui constitue le cercle du Gorgol et la résidence de Guadimaka.

Là, près des pâturages où s'élèvent les bœufs et les moutons, s'étendent les cultures de maïs et de mil. Dans le Gua-

dimaka, les Saracolés ont des exploitations de cotonniers. La région du Guadimaka et du Chamama possède aussi des rizières, autour de Kaëdi.

Dans le Guadimaka et une partie du Chamama, la culture est pratiquée presque exclusivement par des populations noires établies le long du fleuve dans des villages pareils à ceux de la rive gauche ; dans les contrées purement maures, par les captifs noirs et les harratines, car les tribus maraboutiques comme les tribus guerrières dédaignent l'agriculture.

Le mil, comme on le voit, est la céréale la plus répandue ; on le trouve, comme le maïs, autour de Khroufa et au fond des vallées de FOgol, exploité par les zenaga des Trarza. Les tribus zenaga le cultivent aussi dans la forêt de gommiers de riguidi ; les campements des nomades qui passent au cours de leurs migrations régulières ou les caravanes qui s'en vont vers le nord achètent la récolte de ces lougans (terrains cultivés).

Dans le sud-ouest du Trarza, le mil est cultivé en même temps que les pastèques par les captifs sur la bande de terre alluviale, de trois kilomètres de large sur cinquantecinq de long qui va du marigot des Maringouins à Lamenago. Il y a aussi dans cette région des lougans, le long des marigots de Garek, Sokhan, Godïya, Morghen, au voisinage du lac Tidjguenna et quelque peu autour du lac Cayor (Aleg). Les produits sont vendus seulement aux tribus du pays pour leur consommation.

Le Brakna, à l'est de cette zone et delà région des dunes qui a surtout des pâturages nombreux et excellents, peuplés de bœufs, de moutons et de chèvres, autour des lacs d'Aleg, de Mal, El Maoudou et des petits oueds qui n'ont d'eau qu'en hivernage, présente aussi, en plus de la bande d'alluvions riveraine du fleuve certaines parties cultivées en mil autour de Guimi, Aguiert et Gaoua, La région des dunes jusqu'à l'Océan n'a que des pâturages. Au nord de riguidi jusqu'au Tiris, nulle culture n'existe plus.

En Haute-Mauritanie, dans l'Imrikli, dans les terrains

d'allu viens de la Seguiet el Hamra. les Lgouassem ont des champs d'orge et de blé, les premiers qu'on rencontre après le tropique en remontant vers le nord ; ils sèment des céréales dans les cuvettes de Gaada, allongée entre la Seguiet et le Drââ, et dans les maders du Drâà.

Au nord du Drââ, c'est la zone tempérée. L'agriculture est la grande ressource des Tekna qui habitent ces parages: d'immenses champs d'orge et de blé sont entretenus par eux, non seulement dans les maders du Drââ, mais aussi dans le lit du fleuve et dans le lit de ses affluents ainsi que dans leur zone d'épandage, et dans l'oued Assaka (oued Nounj dont le débit régulier permet la culture du maïs, du tabac et des légumes, tels qu'oignons, carottes, navets, pommes de terre.

Un produit végétal qui fut longtemps la grande richesse naturelle de la Mauritanie est la gomme (helk) produite par l'arbre que les Maures appellent irouar. Aux grands jours d'Arguin et de Portendik, elle fut longtemps l'objet d'un commerce important avec les Portugais et les Hollandais ; elle était même si abondante, avant l'introduction du riz et du mil dans la contrée, que les Maures la donnaient comme nourriture à leurs captifs. La région productrice est, à l'ouest, entre Tiourourt et Khroufa, dans le Dahar; entre Kroufa et Nouakchott, dans la région appelée Biar-Tagounant.

A quatre-vingts kilomètres au nord du Sénégal, commence une grande forêt de gommiers qui s'étend au nord dans la région de l'Iguidi sur une profondeur de plus de deux cents kilomètres, s'allonge à l'est dans le Tessagueurt au nord de Podor et à l'ouest jusqu'au puits de Lorch, à soixante-dix kilomètres de la côte. Cette forêt est exploitée par les captifs des tribus maraboutiques etzenaga. Ces captifs, avec leurs familles, vont camper, en emportant la provision de nourriture nécessaire, sur tel ou tel point de la forêt, pour le temps de la récolte et en rapportent le produit à leurs maîtres, qui s'occupent alors d'en faire la vente dans les escales du fleuve.

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Le Brakna renferme encore des arbres à gomme entre Regba et Aleg. Plus à l'est, à 40 kilomètres nord de Kaëdi, on voit commencer, dans TAftouth Chergui, les forêts de gommiers. Plus à l'est encore, dans le Regueïba. l'Affola, le Hodh, s'étendent d'autres forêts de gommiers que Ton met plusieurs jours à traverser. Une forêt de gommiers existe encore à Djemnek sur les terrains de parcours des Ouled Naceur, aux confms du Hodh et de l'Adrar. Il y en a quelques pieds dans l'Adrar.

Le Tagant a peu de gommiers, et la gomme y est de qualité inférieure. Il y en a beaucoup dans le cercle du Gorgol, mais moins que dans le Brakna et le Trarza oii ces arbres occupent exclusivement des régions entières.

Ressources minérales : les salines, les mines. — Une des ressources naturelles intéressantes du sol mauritanien est le sel, qui fut, dans les siècles passés, l'objet d'un grand commerce, soit avec les tribus de l'intérieur par les caravanes, soit avec les Européens venus de l'Océan.

Le long de l'Océan, tout le rivage, depuis Saint-Louis jusqu'au cap Timiris, est bordé de lagunes naturelles qui, primitivement inondées par la mer, se maintiennent rafraîchies chaque année à'Tîouveau par les pluies d'hivernage, se dessèchent également chaque année et contiennent à des profondeurs diverses, parfois presque à la surface, un sel marin très blanc et très pur.

Ces espaces, appelés sebkha, sont des plaines basses, dépourvues de végétation, comportant ou non des affleurements salins superficiels, peu étendus, inondés soit par la mer, soit par les eaux douces provenant des pluies ou de la crue d'un fleuve.

De Saint-Louis à Port-Etienne, il faut distinguer le long de la côte océanique trois régions distinctes de sebkha : la première, et la plus importante, s'étend du marigot des Maringouins jusque vers les puits d'Ijder ; la seconde se déploie dans le Tarad, le Taffouelli et l'Agneitir ; la troisième, et la plus petite, dépourvue d'ailleurs d'intérêt économique, est la bande de terre qui s'allonge au pied des

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dunes du Soulhel el Abiod, borde le rivage à Test de la baie du Lévrier et entoure le fond de la baie d'Archimède jusqu'à louïli, sur le rivage occidental de cette même baie. Cette dernière partie est entièrement dépourvue de dépôts salins exploitables, la terre qui en forme le sol est seulement fortement imprégnée de sel ; et les salines que certaines cartes indiquent aux alentours du cap Saint-Anne ne sont que des sebkha sans sel.

Dans les véritables salines, il faut encore établir une distinction : les unes contiennent du sel en barres, le sel gemme ; d'autres fournissent seulement, au moven de l'évaporation, des plaques de sels superficielles, d'épaisseur variable ; certaines présentent à la fois le sel gemme et le sel par efflorescence.

A l'intérieur des terres existent aussi à certains endroits comme à l'ouest de Khroufra dans le Trarza, à Idjil, à Taoudeni, des sebkha avec des bancs de sel gemme à une faible profondeur. Les Maures exploitent relativement peu leurs salines et uniquement dans un but de trafic, non pour leurs besoins personnels, car les Maures usent à peine du sel ; ceux qui habitent l'intérieur des terres n'en consomment pour ainsi dire point ; ceux qui vivent sur les rives de l'Océan se servent de l'eau de mer pour la cuisson des aliments.

Ces salines du Trarza, depuis longtemps, ont cessé de recevoir l'eau de la mer mais reçoivent encore celle des pluies et, aux grandes inondations, celles du fleuve. Ce sont, en remontant du sud au nord : les salines de Bariel, de Taghreb au sud du marigot des Maringouins (sud-ouest de Biarh), Tahar (nord-ouest de Biarh), Toudja, Lemzeviut, Messiel-Lebha, Tinéak, Feï, Sokhmat, Boguent, peu importantes et cristallisées seulement à la surface ; Moudjeran avec du sel en surface en quantité considérable et du sel gemme en barre ; les deux salines de Ïin-Djmarân, dont la moindre surface mesure 1.200 mètres de longueur sur 800 de largeur et qui fournit un sel blanc et rosé, quelque peu exploité par les indigènes; El Bou Kharia, avec du

La Malrita.me. H

sel en surface, mais en quantité moins considérable que la précédente ; N'Diérert, à une lieue des puits d'Agamoum, qui a du sel en barres et un peu de sel en surface ; Toaïderrai, voisine de la précédente, très analogue comme formation, fournissant aussi du sel en barre, mais de qualité moins belle et en quantité moindre; Moularcheb, avec une couche de sel blanc rosé, d'une épaisseur d'un centimètre, paraissant peu exploitable : Hasseï el Mizza, où la couche de sel blanc et rosé mêlé de sel gris sale, atteint à peine une épaisseur de dix millimètres ; Zerga, insignifiante et inemployable, et Tamzagt, où la croûte de sel est superficielle et d'une exploitation facile.

Les plus importantes de ces salines sont celles de N'Diérert, Touïdermi, Moudjeran, Tin-Djmaran. El-Boukharia, Messiel-Lehbar et Tamzagt. Les plus exploitées par les indigènes sont celles de Moudjeran, de N'Diérert, Touïdermi, Tin-Djmaran, particulièrement les deux premières.

Dans la saline de Moudjeran, les Maures commencent par enlever la couche de sel qui est à la surface, qu'on emporte en vrac, à dos d'âne ou de cheval, jusque dans le Gayor pour l'échanger contre des gui nées ou du mil. Otant ensuite la couche de vase verdâtre sous-jacente. ils parviennent à la table de sel gemme que, pour l'extraire, ils découpent en barres rectangulaires.

La saline de N'Diérert, la plus remarquable de toutes celles du Trarza, constituée par des couches d'argile dure, de sable sulfureux et de sel superposées, est exploitée avec soin par les Oulad Biri Les uns font l'extraction du sel en barres. Les barres sont régularisées avec la hachette ou la scie à la main ; leur poids moyen est de 230 kilos ; après les avoir ficelées avec soin, on les charge à dos de chameau. Un homme peut en extraire au plus deuxpar jour. Les autres chargent le sel gris dans des sacs que des ânes transportent à leur campement où les sacs sont échangés contre des sacs de mil. Une partie du sel en vrac est aussi emportée et vendue aux mêmes conditions dans le Gayor, sur la rive gauche du fleuve. Des bœufs porteurs le mènent à Bedieh

et Boué sur le marigoL de Garak, et de là les chalands le conduisent à Kayes.

Il y a des années où la saline de X'Diérert donne sept cents tonnes de sel en barres ; la quantité enlevée par des Maures isolés peut porter la production annuelle à un millier de tonnes.

Certaines salines presque épuisées, Sokhmat, Bariel, Taghreb, par exemple, ne fournissent plus de croûtes de sel qu'après les très forts hivernages, où les pluies font remonter le sel des cuvettes souterraines, que Tassèchement cristallise ensuite à la surface ; dans les années de pluies faibles ou même moyennes, il y a des boursouflures salines, mais pas de couches salines exploitables. Pour en tix^er parti, les indigènes ôtent la vase de la surface, puis recueillent le mélange gris et terreux de vase et de sel qui se trouve en dessous, et le traitent par la dissolution dans l'eau, l'assèchement et l'évaporation.

Dans la région du Tarad, du Taffouelli, de l'Agneitir, les salines, moins nombreuses et moins intéressantes, ne donnent que du sel en croûtes superticielles.

C'est d'abord, en allant du sud au nord : dans le Tarad, près de l'emplacement de Tancien Portendik, la saline de Marsa ou d'Ejreïda, avec une belle couche de sel blanc ou rosé de 0 ou 6 centimètres d'épaisseur, une des plus exploitées par les Maures, à cause de la facilité de son accès. C'est de Marsa que part presque en totalité le sel consommé dans la région intérieure à Test et jusque dans le massif de l'Adrar.

Dans le Taffouelli citons, à Aïchaït, à l'est de Bilaouak, une suite de sebkha, dont deux ou trois seulement peuvent donner du sel, plus ou moins abondant, suivant la durée des pluies ; à Edkaïlt-Etemak, à l'est des puits d'Alabataf, un autre groupe de sebkha, avec du sel de surface en certaines quantités, mais pas de barres. Ni les unes ni les autres ne sont régulièrement exploitées, mais les caravanes qui passent, ou même des individus isolés, y viennent enlever la quantité nécessaire à leur approvisionnement.

Entre les grands plateaux de TAgneitir, dans les plaines basses, on rencontre les salines de Tin-Nioubrar, suite de sebkha, dont l'une, très vaste, présente du sel en surface ; mais le manque d'eau potable dans les environs jusqu'à une distance très grande en empêche l'exploitation.

A El Mamghar, une petite saline donne un sel qui n'est employé que pour les besoins des pêcheurs qui habitent le village.

Près du puits d'Anagoum, la saline de Bon Mahara, non exploitée par les indigènes, donne du sel en surface en quantité assez importante après les hivernages très pluvieux.

Dans le Tiris, la saline de Farz donne parfois beaucoup de sel. Une saline appelée Imlili existe dans le Rio de Oro (sud-ouest de Villa Cisneros).

Dans la région qui s'étend de la baie de Saint-Jean à la baie du Lévrier, il n'y a point de saline, mais seulement des sebkha au sol salé mais non exploitables.

Plus à l'est, dans l'enclave de la frontière espagnole du Rio de Oro, au nord-ouest de l'Adrar, à cinq jours de marche de Ghinguetti est l'immense sebkha d'Idjil, une des richesses du pays. Entre les collines d'El Aoudj et de Tendekieh, formée de couches alternées de vase et de sel, large de douze kilomètres et longue de trente, cette mine inépuisable de sel est la propriété des Kounta Sidi Mohamed qui la font exploiter par leurs harratines, les Akhaza.

Les tribus de l'Adrar et du Sahel qui viennent s'y approvisionner périodiquement y font de plus ou moins longs séjours, mais il n'y a point à Idjil de ksar ni de campement permanent. Le sel s'extrait par couches d'épaisseur variable qui se découpent ensuite en barres d'un mètre de long sur dix centimètres de large que les caravanes transportent dans le Tagant, l'Adrar, le Soudan. Vingt mille charges de chameaux en sont annuellement extraites, quantité considérable eu égard aux procédés d'extraction rudimentaires des Maures.

Ce sont aussi les Koiinta qui possèdent et exploitent les salines autour de Tichitt dans le Baten ; ils y recueillent le sel en vrac.

Parmi les mines de sel gemme les plus remarquables, il convient de citer celle de Taoudeni, sebkha constituée par plusieurs couches d'argile verte et d'argile rouge contenant des cristaux de sel et qui alternent avec des plaques de sel de différentes qualités.

Le sol de la Mauritanie ne renferme pas seulement du sel ; les richesses minières, peu exploitées, insuffisamment étudiées, sont encore mal connues. On sait cependant qu'on y trouve le silex, le grès, le calcaire, le gypse, la terre à brique, le fer, le soufre et les nilrates.

Entre les dunes du Trarza et le massif du Tagant, jusqu'au cours du Gorgol, se déroulent d'immenses espaces désertiques, couverts de silex fragmenté en morceaux anguleux.

Le grès se rencontre en abondance dans les massifs du Tagant, du Regueïba, del'Assaba, ainsi qu'au nord de Mal et dans la région littorale.

Dans le Trarza et dans la presqu'île du cap Blanc, le calcaire apparaît à fleur de sol, non exploité. Le Trarza occidenlal et la région du cap Blanc possèdent des gypses.

Le fond des vallées du Trarza, les bords des lacs d'Aleg et de Mal, dans le Brakna, les rives du Gorgol ont de la terre à brique; une argile blanche très pure se rencontre dans le Tagant par gros amas.

Dans le Trarza, on trouve le soufre à fleur de sol à N'Djeïl, au nord de Nouakchott et à Tinardine, dans la grande mine entre Toueïl et Nouarmech. Les Maures l'emploient à la composition de leur poudre en le mélangeant au salpêtre de l'Adrar.

Dans les montagnes du Tagant, il y eut jadis des exploitations indigènes de mines de fer; le nom de Hassi el hadid (puits de fer) en reste encore à maint endroit; on y traitait le minerai dans de petits fours du type qu'on appelle four catalan. Mais, dès lors, peu développée, cette indus-

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trie est aujourd'hui délaissée tout à fait, et les forgerons du pays sont obligés de recourir au commerce d'importation pour se procurer le métal nécessaire à leurs travaux.

Enfin, dans la région du Taganl, des indigènes ont communiqué à des Européens des échantillons de nitrate de soude, dont la composition a été reconnue analogue à celle des nitrates du Pérou et du Chili. Malheureusement, ces indigènes n'ont pu en indiquer la provenance d'une façon précise.

La pêche ; V industrie. — A côté de l'élevage, de la culture, de l'exploitation des salines, l'activité des Maures s'emploie encore à la pêche, à l'industrie, au commerce, — commerce d'un genre spécial, mais assez développé.

Le poisson pullule sur tout le littoral océanique, sur le banc d'Arguin, aux alentours du cap Blanc ; la richesse ichtyologique de la côte est pour ainsi dire infinie.

Tout le long du littoral, surtout entre Nouakchott et El Mamghar, on rencontre des villages àHmraguen (pécheurs; littéralement celui qui ramasse les coquillages), entre autres près du port de Nouakchott, des imraguen harratine des Bou-Abbouëni, eux-mêmes zenaga des Oulad Ahmed ben Dahman ; sur le flanc de la dune littorale, à Tarfeïa el Mansour, près des puits d'Abouïzir, sur la plage à quelque distance de Marsa, sur la plage de Bilaouâk, sur le plateau d'El Mehara, à El Mamghar, dans l'anse d'El Merdja, non loin du cap Timiris, dans l'île de Tidra, à El Frey. Quelques-uns de ces villages sont parfois abandonnés, par suite du déplacement momentané de la population à cause du manque d'eau potable sur certains points, à certaines époques de l'année.

Le plus important de ces villages est celui d'El Mamghar. Sur une dunede sable blanc, d'une longueur de 800 mètres, El Mamghar déploie ses cases de forme ronde au toit pointu, analogues à celles des noirs du Sénégal, aux parois latérales faites de nattes tressées avec les tiges des graminées environnantes ou les lames des roseaux. L^n piquet central, enfoncé dans le sol, et formé d'une tige d'euphorbe,

LA VIK ECONOMIQUE Ibi

soutient le toit, constilué par un chaume épais de longues graminées ; une palissade de paille tressée entoure chaque hutte ou chaque groupe de huttes appartenant à la même famille. A l'intérieur de la palissade sont les séchoirs à poisson, formés d'un réseau de tiges d'euphorbes entrelacées ; de place en place sont abandonnés des amas de détritus de poisson qui exhalent sous le soleil une odeur fétide, et sur lesquels tourbillonnent les essaims des mouches. Un canot est amarré au rivage ; acheté par les imraguen à Saint-Louis, et amené par eux le long de la côte jusqu'à El Mamghar, il ne sert point à la pêche. Mais lorsque, avertis par leurs frères des autres villages, les imraguen entendent que les Oulad bou Sba, les Oulad Delim ou les El Gorah viennent en razzia dans le voisinage, on entasse dans le canot les femmes, les enfants, les vieillards, les objets précieux, et on l'envoie au large ; les pêcheurs chargent sur leur dos tout ce qu'ils peuvent porter de sacs de poissons, en ayant soin toutefois d'en laisser une certaine quantité sur les séchoirs pour satisfaire les pillards, de peur que, dans leur dépit, ceux-ci ne brûlent le village ; puis ils se dispersent dans les environs. Les guerriers disparus et l'orage passé, tout le monde revient chez soi et reprend les travaux accoutumés.

El Mamghar est habité par des imraguen sédentaires qui, durant toute l'année, pèchent et préparent le poisson ; cette population, peu nombreuse, s'accroît dans les périodes où des marabouts nomades de l'Agneitir, de l'Akhchar, du Tasiast, Barik-AUah et Tendgha viennent, amenant des moutons, des chèvres, leurs ânes et leurs chameaux chargés de mil, tous produits qu'ils échangent contre d'importants chargements de poisson sec, transportés ensuite par eux à leurs campements respectifs, puis vers les tribus de l'intérieur et jusque dans l'Adrar. El Mamghar forme ainsi pour le commerce du poisson, un centre relativement important.

Les imraguen, la plupart du temps, ne sont pas des Maures de race pure, mais des porognes, c'est-à-dire des

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métis de maures et de négresses. Cependant un groupe appartenant à la tribu des Ahel Laghzall et une fraction de la grande tribu maraboutique des Abel Barik Allah, se livrent à la pêche au fond de la baie du Lévrier et au fond de la baie de Cansado ; leur campement est établi à la pointe de l'Archimède. Un certain nombre sont fixés près de la baie de TArchimède ; d'autres se rendent à la baie de rOuest, en même temps que les pêcheurs des Canaries. Ils envoient du poisson sec aux tribus de Tintérieur qui, à leur tour, les ravitaillent en eau douce rapportée à dos de chameau, car les mares laissées par les pluies ne suffisent à la consommation que pendant les derniers mois de Tannée.

Les pêcheurs maures fabriquent leurs filets avec le titarek, plante textile qui abonde dans les parages de TOcéan, ou avec du chanvre provenant de Saint-Louis ; des tiges de callatropis coupées en petits morceaux et séchées au soleil fournissent les flotteurs ; ces petits morceaux sont enfilés à la partie supérieure du filet et le soutiennent à la surface. Les plombs sont remplacés par des boules d'argile cuite, percées d'un trou et enfilées à la base du filet qu'elles entraînent au fond, tandis que la partie supérieure se soutient à la surface. Dans la région de Nouakchott, les pêcheurs, à la place de ces boules d'argile, emploient des morceaux de brique provenant de l'ancienne forteresse de Portendik, morceaux qu'ils usent de façon à leur donner à peu près la forme d'une sphère et qu'ils percent ensuite afin de les passer dans la ralingue inférieure du filet.

Les pêcheurs maures emploient aussi la ligne à main faite de fil de titarek ou de chanvre, portant à son extrémité un ou plusieurs hameçons provenant soit de Saint- Louis soit des comptoirs du fleuve, et amorcée par des morceaux de mulet. Cette ligne, à l'aide d'une pierre percée qui sert de plomb, peut flotter au large à une assez longue distance et permet la capture de nombreuses iten (courbines).

Au seuil de leurs cases construites de branchages et de

tiges d'euphorbes, couvertes de graminées du voisinage ou d'étoffes de guinée, les pécheurs observent le bord de la mer ; près d'eux, sur le rivage, devant les maisons, des fourches plantées dans le sol soutiennent des bâtons polis où les filets sont étendus. Certains filets plus longs sont placés sur deux bâtons, et deux hommes peuvent les manœuvrer à la fois pour prendre une quantité double de poisson.

Lorsque le pêcheur aperçoit quelque banc de poisson, il se dépouille de ses vêtements, passe une sorte de caleçon de cuir (appelé zifa) destiné à le protéger contre la morsure des requins dont cette côte est infestée, place sur son épaule le bâton qui soutient le filet et se jette à la mer.

S'il n'a pas pied, il nage au milieu du banc de poisson que son regard a aperçu du rivage, d'une main tenant un bâton, de l'autre étalant son filet et cherchant à y enfermer les poissons qui s'agitent autour de lui. Quand le filet est plein, le pêcheur regagne la côte, le vide sur le sable et retourne à la mer pour le jeter de nouveau tant que le banc de poissons est là. La pêche finie, on étend le filet sur la perche, et la perche reprend sa place sur la fourche, devant la case, pour y sécher au soleil jusqu'à la prochaine expédition.

Les imraguen sont particulièrement experts dans l'art de la natation ; ils nagent au milieu des brisants, se maintenant sur l'eau avec leurs pieds en employant leurs deux mains à la manœuvre du filet; dès l'enfance, les petits imraguen, munis de filets adaptés à leur taille, se jettent à la mer avec leurs parents et, de concert avec eux, poursuivent le poisson dans les brisants.

Des procédés de pêche si rudimentaires n'amènent pas une très large capture d'une variété bien grande de poissons. Deux sortes de mulets, que les Maures appellent azaouha et agmila, et qui se rencontrent sur cette côte en quantité considérable, représentent plus des trois quaris du poisson capturé par l'ensemble des pêcheurs du littoral. Les filets des imraûuen ramènent aussi des courbines, un

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poisson de petite espèce qui nage dans les brisants, le léchararout^ et un autre, très commun aussi dans ces régions, Vaghani^ assez voisin de nos roussettes.

Lorsque la pêche a lieu près du bord, il arrive que les fdets ramènent des soles ; mais les pêcheurs les abandonnent sur la grève, car les Maures, de même que les musulmans, dédaignent les poissons plats et en négligent l'emploi alimentaire, parce que ces poissons comportent trop d'arêtes et trop peu de chair pour être consommés à l'état sec, comme c'est l'usage.

Lorsque la pêche n'est pas abondante, les poissons servent seulement à la consommation du campement ; si elle est fructueuse, on en fait sécher pour la vente.

La préparation de ce séchage est très simple. Le sel en est absent. On enlève les têtes, on ouvre les poissons dans la ligne médiane pour enlever les viscères et l'arête dor- f | sale, puis on les étend au soleil, soit sur des branchages secs, plantés dans le sol, soit sur les toits mêmes des cases. Il arrive que les mouches viennent déposer leurs œufs dans ce poisson encore humide, mais l'ardeur du soleil et la violence du vent ont vite fait de le sécher, et ces œufs n'ont pas le temps d'éclore.

Lorsque le poisson est sec, on l'enferme dans des sacs en corde de titarek destinés spécialement à cet usage. Les femmes du campement chargent sur leur dos une partie de ces sacs et vont les échanger ou les vendre dans les campements voisins ou aux caravanes qui passent. Les imraguen voisins du poste de Nouakchott y apportent assez souvent du poisson frais aux Européens en même temps que du poisson sec aux indigènes, poisson toujours représenté par les différentes espèces de mulets.

Les sacs de poisson sec non vendus sont entassés dans un coin de la case ; les insectes viennent y creuser des galeries, si bien qu'au bout de peu de temps, il ne reste du I poisson qu'une peau recouverte d'écaillés.

Tel qu'il est, cependant, ce poisson plaît beaucoup aux Maures qui le font griller à la braise et le mangent avec

du riz ou du mil pilé, ou même le consomment sans préparation. Il donne lieu à un commerce assez développé. Les tribus maiaboutiques des El Boua-Bo-uëni, des El Barik- Allah et particulièrement des Tendgha, viennent en chercher des chargements qu'ils transportent à Tintérieur des terres, dans les différentes régions et jusque dans l'Adrar où il esl échangé contre du mil et de la guinée.

L'industrie de la pêche est exercée aussi plus au nord, dans la presqu'île de Dakhla par les imraguen zenaga des Oulad Délim qui constituent la population indigène de la possession espagnole de Villa Gisneros. Ils fournissent le poisson aux Espagnols et paient les contributions ordinaires à leurs suzerains Oulad Delim.

Les eaux du Sénégal sont également poissonneuses. Au bord du fleuve, la tribu guerrière des El-Guebblah et la tribu maraboutique des Tashid-Bitt se livrent à la pêche. Ils extraient la graisse du poisson et la vendent après l'avoir fait fondre ; puis ils font sécher les poissons au soleil et les réunissent en paquets de vingt-cinq ou trente kilos, qui deviennent l'objet d'un trafic considérable avec la population noire du Sénégal dans les escales du fleuve, à Dagana, Boë, Bosso; dans l'intérieur du Sénégal, ce poisson, revendu au détail, atteint un prix élevé.

Certains étangs intérieurs sont assez pourvus de poissons pour donner lieu à une pêche intéressante ; le lac de Rkis ou Gayor, dans l'Aouker, est exploité par les Daouali, les Ida Belhassen et les Tadjakant qui hantent ses bords, sujet perpétuel de querelles et de divisions enlre ces tribus.

Quant à l'industrie, elle est exclusivement exercée en Mauritanie par la caste des forgerons.

Ils s'adonnent non seulement au genre de travaux que nous représente ce mot, mais encore à la fabrication des selles et des brides, des couteaux et des poignards, ainsi qu'à celle des bijoux. Leurs femmes s'emploient à la préparation des cuirs, qu'elles décorent avec une certaine élégance ; elles en confectionnent les gaines des couteaux, les

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poignards, les sacs de voyage, les sacoches de marabout, les sacs de fumeur, appelés ousseda, taz, safra, tehelil, roud et beït; elles s'appliquent enfin à la préparation et à la réparation de tous les objets nécessaires pour la tribu à laquelle elles appartiennent. Des captifs et des captives noirs les aident dans leurs travaux.

Les forgerons forment, avons-nous dit, une caste spéciale, peu considérée peut-être, mais fort utile, puisqu'ils ont la charge spéciale des travaux d'industrie. S'il s'agit de réparation à une selle, à une bride aussi bien qu'à un fusil, c'est aux forgerons qu'on recourt et nul autre ne s'en occupe ; chaque campement en possède une quantité plus ou moins grande. Ils travaillent seulement pour les besoins de leur tribu. Les forgerons noirs des bords du fleuve, contrairement aux forgerons maures, fabriquent pour la vente, et les objets sortis de leurs mains sont emportés par les caravanes qui les débitent dans les diverses régions.

Les captives noires du Trarza confectionnent de grands tapis pour le sommeil avec la peau des moutons noirs, nommés farou, et d'autres en peau d'agneau, appelés khalaf.

Dans la Haute-Mauritanie, chez les Oulad Delim et les Regueïba qui tirent toutes leurs ressources de la richesse pastorale, l'industrie se réduit à la fabrication des objets indispensables dans la vie normale, et, là aussi, ce sont les forgerons qui se chargent de la confection des objets de bois et de cuir comme de fer ; l'industrie domestique est confiée aux femmes.

Mais, plus au nord, les ksour des Tekna, de l'oued Noun, plus voisins du Maroc, Glimin ou Aouguelmin. Déchirât, Tiliouïn, Abonda, Aïd Hemmad, El Kheniga, Asrir, Arsa, El Aouïna, ne sont pas dépourvus de travailleurs industriels spécialisés, tels que maçons, menuisiers, serruriers, puisatiers très occupés par le travail des canaux d'irrigation, vanniers, natliers. artisans du fer, du cuir et du bois ; les ksour de l'oued Xoun fabriquent en quantité

LA Vit ECONOMIQUE 173

importante des sacs de toute sorte, petits et grands, les toiles de tente, les socs de charrue ; il s'y trouve aussi des bijoutiers, la plupart israélites.

Le commerce. — La région mauritanienne eut jadis un commerce très florissant, qui était la traite des noirs. Au seizième siècle, les Portugais venaient échanger des chevaux contre des esclaves noirs et contre de l'or. Ce commerce se centralisait à Hoden, ville de l'intérieur, à six jours de marche du cap Blanc, aujourd'hui disparue. Au dixseptième siècle, la gomme des forêts du. Drah et de Flguidi forma l'objet d'un trafic considérable avec les Hollandais, aux beaux jours d'Arguin et de Portendik. La traite des noirs n'existe plus, et le commerce de la gomme a subi une forte décroissance. Au dix-neuvième siècle, l'importance de ce dernier se maintenait encore ; trois ou quatre millions de livres de gomme arrivaient annuellement, rien que dans les trois escales du Sénégal. La concurrence de la dextrine ayant fait considérablement baisser les prix, il était devenu presque nul. Cependant, depuis une quinzaine d'années, on constate une tendance régulière au relèvement dans les quantités exportées et dans le prix moyen du kilo de gomme.

La vente du sel fit aussi longtemps l'objet d'un mouvement important dans la région ; au milieu du dix-neuvième siècle, la quantité de sel exportée d'Idjîl se montait à 2.500 kilos ; il allait à Tichitt et, de là, chez les Bambara. Mais le sel d'Europe qui, maintenant, en remontant le Sénégal et le Niger, parvient au cœur même du Soudan à meilleur marché que celui de la Mauritanie, a tué ce commerce. En 1910, une caravane de cinquante chameaux portait à Atar, seulement sept tonnes de sel qui restaient dans la ville pour sa consommation.

Le commerce des cuirs a présenté jadis un certain intérêt ; il tend à reprendre depuis quelques années.

Aux postes militaires, aux escales du fleuve, à Saint- Louis, les Maures amènent les animaux de boucherie des troupeaux qu'ils élèvent en si grand nombre : bœufs, moutons, chèvres.

Aux escales, et à Saint-Louis aussi, les trafiquants vont chercher Thuile de poisson et les poissons séchés qu'ils emportent pour les vendre ou les échanger dans les régions intérieures. Les comptoirs du fleuve font un trafic important avec les tribus maures qui, aux approches de l'hivernage, quittent le bord du fleuve pour retourner dans les régions du Nord et de FEst et jusque dans l'Adrar et le Hodh, trafic qui consiste en bien des marchandises d un usage courant en ces contrées, mais d'un prix de plus en plus élevé à mesure que l'on s'éloigne des rives du Sénégal ; les étoffes de guinée bleue, presque exclusivement employées pour le vêtement, la guinée beige, la filature et les étoffes plus recherchées, calicot blanc, bazin et chandora, les couvertures de laine, les pagnes tissés par les noirs, le tabac en feuilles, le thé vert, les pains de sucre, le riz, le mil, les ustensiles, de fonte et les grosses cordes, les allumettes, les bougies ; les objets de toilette et de luxe tels que pommades, parfums, babouches de cuir rouge, boules d'ambre vrai ou faux, papier marabout, chapelets mahométans et livres arabes, tels que la grammaire, le Coran, le livre des Mille et une nuits.

A la fin de chaque année, les tribus du Tagant et de l'Adrar qui s'occupent de l'élevage du cheval vont dans le Sahel avec les poulains, excédent de leur production, et les échangent aux trafiquants Ouolofs à raison de 25 ou 30 pièces de guinée bleue l'un.

De l'Adrar partent des caravanes qui s'en vont vers le sud commercer avec le Sénégal et chercher la guinée, le mil, le sucre, le thé, très appréciés dans la région ; ce mouvement se ralentit dans le deuxième et troisième trimestre de l'année, la période la plus chaude et le moment de la récolte des dattes.

Chinguetli, dans l'Adrar, est le centre d'un commerce très actif ; le mil et les captifs y arrivent, amenés par les hommes du Tagant qui prennent en échange les dattes, le sel et les chameaux ; For et les arachides du Soudan y sont apportés ainsi que les bijoux d'argent, les espèces et

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les étoffes, par les gens d'Oualata et de Tichitt qui v trouvent du sel, de la guinée, des chameaux. Même des Tekna de l'Oued Noun y viennent vendre des couvertures de laine, des burnous, de l'orge, du blé, du tabac, et ils remportent de l'or, des dattes, de la monnaie française, très recherchée en Mauritanie.

Les objets qui passent sur le marché, thé, sucre, tabac, aussi bien que les armes et la poudre, proviennent presque en totalité du commerce français du Sénégal; les cotonnades apportées de l'oued Noun et du Rio de Oro sont inférieures en nombre et en qualité à celles qui viennent de nos comptoirs, et l'on peut avancer que toutes les étoffes de Guinée employées dans l'Adrar et les contrées avoisinantes qui s'y fournissent proviennent du Sénégal. Ces produits sont rapportés précisément par les caravanes qui vont à Saint-Louis, porter les dattes, le beurre fondu, l'or du Soudan, et conduire les chameaux, les ânes, les bœufs qu'elles échangent contre les denrées et les objets demandés dans leur pays pour les y revendre. En passant dans le pays Trarza, elles faisaient autrefois le trafic des captifs. Mais la ville est si peu sûre qu'il n'y a pas de marché ouvert, par crainte des pillards, et que tout ce commerce se fait à l'intérieur des maisons.

C'est aussi par Chinguetti que les grandes caravanes qui viennent d'Idjil, chargées de sel, passent pour aller à Tichitt et à Nioro.

Oualata dans le Hodh est intéressante pour le commerce du sel, recevant à la fois les arrivages d'Idjil, de l'oasis de Tichitt et des grandes caravanes du Soudan. Mais, comme à Chinguetti, l'insécurité n'y permet pas les marchés en plein air.

Certaines fractions des Kounta sont très commerçantes ; elles font le trafic du sel exploité par elles à Idjil et à Tichitt, de la gomme, des troupeaux qu'ils vont vendre presque en totalité au Sénégal dans le cercle de Nioro.

La grande tribu maraboutique des Tadjakant est aussi très commerçante ; depuis Saint-Louis jusqu'au Niger,

les Tadjakant circulent sans cesse pour leur trafic ; ce sont eux qui transportent la gomme qui arrive aux escales du fleuve. Les Tadjakant avec leur douze fractions disséminées dont plusieurs tribus guerrières (Brakna, Ida ou Ali), pasteurs, agriculteurs, marabouts et guerriers, sont aussi les principaux convoyeurs du désert ; allant de Test au sud, ils vont jusqu'au Soudan porter les produits du Maroc pour en rapporter les marchandises d'échange, menant parfois au moment de la traite, c'est-à-dire de décembre à juin, des caravanes de douze ou quinze cents chameaux à travers le désert.

Les Laghlall, autre grande tribu maraboutique très fractionnée dont on rencontre des groupements dans presque toutes les tribus, sont également de grands caravaniers. Sans cesse, en tous sens, ils sillonnent l'étendue désertique, poussant leurs courses du nord au sud et de l'est à l'ouest. On les rencontre au fond du Sahel comme au sud ■ du Maroc, au bord du Sénégal ainsi qu'au centre de l'Adrar où ils vont acheter au Kounta les barres de sel d'Idjil.

Chez les Trarza, c'est l'élevage qui fait la source des revenus et la base du commerce. Ils fournissent de chameaux presque en totalité tout l'intérieur du pays et vendent à Saint-Louis et sur la rive gauche du fleuve les mâles de leurs immenses troupeaux de bœufs, de chameaux et même de chevaux, car, suivant l'usage maure, ils conservent les femelles pour la reproduction et ne se défont que des mâles. Aux comptoirs établis dans les escales du fleuve ils vendent aussi la gomme des forêts de l'Iguidi. Le sel gemme des salines de Kroufa fait l'objet d'échanges avec le Soudan; la vente du poisson séché donne lieu aussi, comme nous l'avons vu, à un certain mouvement. D'autre part, à Saint- Louis et dans les escales, les Trarza se fournissent du fer nécessaire à la fabrication des couteaux, des poignards, des étriers, et aussi de l'argent employé par leurs forgerons à la fabrication des bijoux. Dans l'intérieur de la confédération, les tribus zenaga des Roumbatine, des Oulad-

Rahmoun, des Arrouëdja, qui possèdent les plus grands troupeaux de moutons, font la tonte et vendent la laine aux tribus guerrières qui remploient au tissage des toiles de tente.

Dans la Haute-Mauritanie, les tribus de la Seguiet-el- Hamrâ et des bords du Drââ sont approvisionnées en étoffes et denrées par les caravanes venues du Maroc.

Chez les Oulad Delim, le commerce est peu considérable et consiste principalement en importation ; les tribus ne semblent pas, d'ailleurs, avoir l'esprit de négoce. A cause de la rareté du numéraire, il a lieu surtout par voie d'échange : sucre, thé, tabac, poisson, sel de Mauritanie, ustensiles et récipients de fer, de fonte ou de cuivre arrivent par Port-Etienne ou Villa Cisneros ; en retour, les indigènes y apportent la viande fraîche, les toisons laineuses ou poilues des troupeaux de leurs zenaga. A Port- Étienne, les Maures sont directement en rapport avec trafiquants européens ou noirs ; le rôle de l'administration se borne à faciliter les transactions entre eux. Mais, à la Villa Cisneros, l'autorité espagnole prélève sur les marchandises vendues aux Maures du voisinage, Oulad Delim, Oulad bou Sba, Regueïba, une taxe que le commandant de la colonie partage avec les chefs de ces tribus. Parmi les différentes branches de trafic des ports de la colonie espagnole, celui de la contrebande fut toujours à noter malheureusement.

Des Toukouma de l'oued Noun, des Regueïba de la côte, des Oulad bou Sba du Tiris vont en caravane porter les barres de sel d'Idjil jusqu'aux rives du Niger et surtout à Segou où ils l'échangent contre de l'or qu'au retour ils négocient chez les Trarza.

Les Tekna, aux confins de la Haute-Mauritanie et du Maroc, sont commerçants dans l'âme. On en rencontre, comme colporteurs et convoyeurs, sur les roules les plus lointaines de la Mauritanie, duSahel soudanais et du Sénégal; ils possèdent des boutiques dans tous les ksours du Tagant et de l'Adrar, à Tidjikdja, Atar, Ghinguetti, Oud-

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jeft, Tichitt ; dans les villes du Sénégal, à Saint-Louis, Kaolack, Diourbel et à Louga, leur centre principal ; ils ont des entrepôts dans la vallée orientale du Drââ, dans le Tafilalet, à Oualata, à Tombouctou, et sans cesse ils vont d'un de ces points à l'autre, poussant au sud jusqu'à Dakar, Konakry, Grand-Bassam. faisant chez les noirs l'importation de marchandises européennes, telles que étoffes de guinée, sucre, thé, bougies, quincaillerie, ustensiles de ménage, armes, et en rapportent pour l'exportation les plumes d'autruche et l'or. On a constaté sur les livres de l'agent spécial à Atar qu'un notable commerçant Tekna, Mohamed el Yazid, déposait tous les mois une somme de quinze mille francs pour l'achat au Sénégal de marchandises que les caravanes transportent ensuite vers le nord.

Dans le pays de l'oued Noun même, tous les ksours sont des centres commerciaux où convergent les caravanes des nomades sahariens, Regueïba, Tadjakant du Baten, Kounta de l'Adrar, du Hodh et de l'Azaouad, Berabich de Tombouctou, ainsi que Ghleuh du Maroc, et où, à certaines époques de l'année, ont lieu de grandes foires, marchés de tous les produits d'Afrique et d'Europe recherchés par les indigènes.

Glimin ou Aouaguelmin surtout, avec ses deux mille habitants, dont le centre jouit d'une certaine importance, est un point remarquable de trafic intersaharien qui voit refluer les denrées du Soudan, du Maroc et de l'Europe.

Il va sans dire que la contrebande d'armes, là aussi, n'a jamais cessé d'être florissante. Toutes les petites baies de la côte, depuis Ifnijusqu'à l'oued Ghebika, servent aux Tekna de ports pour leur commerce ; les navires européens arrêtés au larjje envoient les étoffes de coton, le riz, le sucre, les bougies, les armes, par des barques qui, en revenant, leur rapportent la viande fraîche, les toisons laineuses ou poilues, les peaux, les plu:nes d'autruche et l'or.

Ges petits ports ne possèdent point de ksour sur le rivage ; mais, aux époques fixées par la coutume, des cam-

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pements viennent temporairement se dresser sur les plages.

Les endroits les plus fréquentés par les Tekna de Foued Noun sont aujourd'hui : Tarfaïa, les embouchures des oueds Ghebika, Drââ et Assaka, puis Ifni et le ksour des Meïja. Les Européens qui y trafiquent sont presque tous des Canariens espagnols ; les commerçants anglais qui y venaient naguère en majorité les ont abandonnés.

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