‹ La Mauritanie. Préf. de Paul PainlevéChapitre 13 sur 15 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Limites. — Superficie. — Divisions. — Le territoire civil de la Mauritanie qui dépend du gouvernement général de l'Afrique occidentale française, a pour limites administratives : à l'ouest l'océan Atlantique ; à l'est le marigot de Karikoro qui forme en même temps la limite ouest de la colonie du Haut-Sénégal-Niger ; au sud le fleuve Sénégal, frontière nord de la colonie du Sénégal. La frontière septentrionale du territoire de la Mauritanie saharienne fut longtemps assez mal définie. En 1907 elle était représentée par une ligne qui, passant à cinquante kilomètres nord des postes de Nouakchott, de Boutilimit et d'Akjoucht, allait rejoindre le massif montagneux du Tagant au parallèle de Tidjikdja et, le remontant, le contournait au nord à cinquante kilomètres au-dessus de Rachid et de Tidjikdja,

La superficie totale de ces territoires peut être évaluée à cent dix mille kilomètres carrés.

Cette colonie, à peu près définitivement constituée aujourd'hui, a comporté, par sa formation progressive, de successifs changements dans son organisation administrative.

Le premier décret d'organisation, en 1904, avait divisé le territoire civil de la Mauritanie en cinq régions : le Trarza occidental, avec Nouakchott pour capitale ; le Trarza oriental, capitale Boutilimit ; le Brackna, dont la capitale était Regba sur le marigot de Koundi entre Podor et Boghé ; la région de Mal, nord du pays Brackna, capitale Mal ; la région du Gorgol comprenant la contrée entre le Gorgol blanc, les plateaux du Regueïba et de l'Assaba, le marigot

de Karikoro et le Sénégal, qui avait pour capitale M'Bout sur le Gorgol noir.

Après la réorganisation du Trarza, Foccupation du Tagant et la fondation de Port-Etienne, les circonscriptions furent remaniées en quatre cercles (1907) : cercle du Trarza, capitale Boutilimit ; cercle du Brakna, capitale Aleg ; cercle du Tagant, capitale Tidjikdja ; cercle du Gorgol, capitale M'Bout ; et deux résidences : résidence du Guidimaka, capitale Selibaby ; résidence de la baie du Lévrier, capitale Port-Etienne.

Le cercle du Trarza, limité à l'ouest par l'océan Atlantique, au nord par le cours du Sénégal, à Test par une ligne qui, montant du sud-ouest à une dizaine de kilomètres à gauche de Rebga et du lac d'Aleg, se relèverait en se dirigeant vers le nord parallèlement au méridien jusqu'à hauteur du poste d'Aguieurt, enferme les régions naturelles appelées par les indigènes, le Learchouma, le Chamama, TAftout, le Dahar, le Drah, ITguidi, TOgol, l'Aoukeïra, le Biar, l'xAmechtil, l'Aouker, etc., et a son centre à Khroufa.

Le cercle du Brakna a pour limite occidentale la frontière est du cercle précédent, pour limite orientale une ligne qui suit le cours du Gorgol el Abiod ou Gorgol blanc, celui de son affluent l'Oued el Ghenem et remonte vers le nord, le long du massif du Tagant ; pour limite sud le fleuve Sénégal. Il comprend les régions du Chamama, du Tichamama, de l'Ouad, du Ragg ou Fori, le Tessagueurt, l'Anaghim, le Zirt, l'Akel, l'Aftout, etc. Aleg en est la capitale.

Le cercle du Gorgol, centre : Kaëdi, à l'est du Gorgol blanc, est bordé à l'ouest par le Sénégal, au nord par l'oued El Ghenem et le plateau des Regueïba, à Test par le marigot de Guinimi et une ligne allant rejoindre le plateau des Regueïba. Il comprend, au bord du fleuve, la région du Litama.

La résidence autonome du Guadimaka, à l'est du cercle du Gorgol, bornée au nord par la chaîne de l'Assaba, au sud par le fleuve Sénégal et la colonie du même nom, à

Fest par le marigot et la colonie de Karikoro et la colonie du Haut-Sénégal-Niger, comprend le Guadimaka proprement dit, bande alluviale au bord du fleuve, le Gassambine et le Tektak, régions de marigots, de dunes et de montagnes isolées qui vont rejoindre l'Assaba. Elle a pour capitale Selibaby.

Lé cercle du Tagant, au nord du Gorgol et au nord-est du Rrakna, est formé du massif montagneux du même nom. Il a pour centre Tidjikdja.

Enfin, sur le littoral atlantique, la résidence de la baie du Lévrier, avec Port-Élienne pour capitale, a sous sa dépendance la moitié est de la presqu'île du cap Blanc, l'autre moitié relevant de la colonie espagnole du Rio de Oro.

Au nord des pays Trarza et Brakna, entre les massifs du Tagant et le littoral, s'étendent des régions presque désertiques, Tenïera, Boukergh, Targa, Fozoniten, Agan ou Baten, Inchiri, Amseïga, Tiris, Adrar-Sotof, Tasiast, habitées seulement au cours du déplacement des tribus nomades et qui ne comportent aucune administration.

A la suite de Toccupation de l'Adrar et du Hodh, un arrêté du 23 novembre 1912 a de nouveau divisé la Mauritanie en cinq cercles : Trarza, Brakna, Gorgol, Tagant, Adrar, et deux résidences : baie du Lévrier et Guidimaka, et un secteur : Tichitt.

Enfin, un décret du 23 avril 1913, après des tournées de police effectuées dans l'Adrar et dans le Hodh, au cours des années précédentes, a déterminé la frontière entre les deux colonies de la Mauritanie et du Haut-Sénégal-Niger, par une ligne qui remonte le marigot de Karikoro de son embouchure jusqu'à Kankosso, rejoint en ligne droite le puits de Chik, puis celui de Oumou, s'incline au nord-est sur Aïoun-Latroun, puis traverse le Hodh jusqu'au puits d'Aratane au nord ; ceci afin d'assurer régulièrement le bon fonctionnement des questions administratives pour les deux colonies et le rôle respectif des postes de surveillance.

Le territoire do chaque cercle est réparti entre plusieurs

résidences, de nombre variable suivant leur importance. Ces résidences sont : pour le cercle du Trarza, Biach, Boutilimit, Mederdra, Souet el Ma ; pour le cercle du Brakna, Boghé, Mal; pour le Gorgol, Maut ; pour le Tagant, Moudjéria ; pour FAdrar, Oudjeft et Ghinguetti.

La Mauritanie, en réalité, c'est le pays des Maures, l'ensemble des territoires parcourus par leurs tribus, territoires qui s'étendent entre l'Atlantique, le Sénégal, l'oued Draa et Tombouctou. Ces espaces immenses, d'après les dernières occupations et les derniers traités, appartiennent tout entiers à la France, sauf l'enclave espagnole du Rio de Oro. On y peut mentionner à l'ouest, le Zoumoul, le Zemmour, rimrikli, région de la Seguiet el Hamra et de ses affluents, qui vont du Tiris et de l'Adrar-Sottof au littoral ; au nord de la région montagneuse de Tlguidi à l'est, au nord du Hodh et par delà le Tagant et TAdrar, les régions sablonneuses du Djouf, de l'Azaouad habitées par les Kounta, avec le ksar d'El Araouan, centre religieux célèbre dans tout le pays maure par la confrérie des Kadrya Bekhaya qui y fut fondée au siècle dernier, du Tanezrout avec le ksar fortifié du Taoudenni, dans la plaine de sable coupée de dunes jaunes, ksar fameux dans le Sahara et le Soudan pour l'important commerce auquel donnent lieu ses mines de sel, sel que les Kounta et les Berabich y viennent chercher par grandes caravanes (azalaï).

Mais trop arides et trop désertes sont ces contrées pour valoir une organisation quelconque ; elles ne relèvent que de la surveillance des pelotons de meharistes qui les parcourent de temps à autre en divers sens pour en faire la police.

Organisation administrative. — Justice. — Par décret du 18 octobre 1904, les pays de protectorat de la rive droite du Sénégal qui jusque là dépendaient de la Sénégambie-Niger, ont été rattachés directement à la colonie du Sénégal qui relève immédiatement du gouvernement général de l'Afrique Occidentale française.

Chacune des colonies que comprend ce gouvernement

général jouit de son autonomie administrative et financière. L'article 6 du décret confie Tadministralion du territoire civil de la Mauritanie à un commissaire du gouvernement général de l'Afrique Occidentale.

Le premier de ces commissaires fut Xavier Goppolani, pour qui le poste avait été créé. Ses successeurs furent : Montané-Capdeboscq (1905), Gouraud (1907), Patey (1910), Mouret (1912) et Gaden, qui ont continué les traditions de sa politique indigène si profondément sage et humaine.

Préalablement, un arrêt du 12 mai 1903 organisant le protectorat des pays maures de la rive ciroite, avait déterminé les fonctions de ce commissaire du gouvernement général. Avec l'aide de fonctionnaires civils et militaires, mis à sa disposition par le gouvernement général, le commissaire du gouvernement avait la charge d'assurer le fonctionnement du Protectorat. Les chefs indigènes, agréés par lui, lui servaient d'intermédiaires avec l'assistance des djemmâa (assemblées de notables) dans les tribus qui en sont pourvues. Le commissaire général était chargé de régler la composition de ces djemmâa, de la nomination des cadis et du contrôle de la justice.

En même temps, l'article 3 de l'arrêté supprimait les contributions arbitraires payées jusque là par les indigènes aux émirs et aux princes, et les remplaçait par le zekhat (impôt sur le bétail) et l'oussourou (droit de passage pour les caravanes). On avait pensé que le paiement d'un impôt modéré et régulièrement déterminé pourrait être pour la population une amélioration au régime de lourdes et vexatoires redevances dont les Hassane, leurs maîtres, les accablaient au gré de leurs besoins ou de leurs caprices. La quotité, la perception et l'assiette des droits et taxes sont déterminées par des arrêtés du gouverneur général, qui les prend en conseil d'administration.

Un commandant ou un résident est placé à la tête de chaque cercle.

En 1906, au moment où le Trarza, le plus important de ces cercles, fut réorganisé sous les auspices de Thievenaut,

il fut créé de grands commandements maraboutiques, dont les chefs administratifs devaient servir d'intermédiaires entre nous et les populations des tribus zaouïa et percevoir l'impôt.

Ces grands cheikhs administratifs étaient choisis par les djemmas et nommés par l'autorité française ; ils devaient percevoir l'impôt, transmettre les ordres du commandant de cercle et signer les réponses. Ils étaient responsables et sujets à l'amende.

Sidi El Mokhtar, frère de cheikh Sidia, fut cheikh administratif des Oulad-Biri ; le grand marabout lettré de Bou- Dafia, cheikh Sliman, fut nommé cheikh supérieur du Oulad-Dimân des Ida Yacoub et des x\hel Barick Allah ; cheikh Saad Bou, le célèbre marabout, eut le commandement administratif de sa petite fraction des Ahel Cheikh Saad Bou ; son fils Sidi Bouia fut choisi pour cheikh de la tribu Tendra. A l'usage, des modifications se produisirent; on tendit à diviser en grands commandements régionaux et à prendre plutôt pour administrateurs les chefs des sousfractions, afin de supprimer d'une part des intermédiaires inutiles entre l'autorité française et les indigènes et, d'autre part, afin de ne point réunir sur la même tête le pouvoir administratif et le pouvoir religieux. Le grand cheikh désigne, pour chaque fraction sous son autorité, un chef responsable dépendant de lui et chargé d'assurer le soin de l'administration ainsi que la perception des impôts ; il lui transmet les fiches d'impôts réparties pour chaque fraction par la résidence du cercle, ainsi que les réquisitions.

Dans les tribus guerrières soumises des contrées de protectorat les chefs maures choisis par nous et favorables à notre extension relèvent directement du gouverneur du Sénégal. Surveillés par nos agents, ils touchent l'impôt, transmettent les ordres du commandant de cercle et, sous notre contrôle, assurent la protection des tribus maraboutiques qui résident sur leurs territoires.

Le régime instauré dans l'Adrar après l'expédition de 1909, constituait un régime de protectorat léger, laissant

aux chefs choisis par des notables et approuvés par nous, leur part d'autorité, mais les rendant responsables, toujours sous notre contrôle, de la sécurité de leurs territoires qu'ils sont chargés d'assurer avec leurs guerriers, aidés au besoin par nos forces pour combattre la tendance à Fémiettement qui disperse les responsabilités. Bref, on chercha à grouper, sous le même chef, un grand nombre de tribus. Le droit de « ghafer », sorte de droit de protection payé aux guerriers par les marabouts, avait été supprimé par Coppolani dans le sud mauritanien, mais dans l'Adrar, où nous voulions nous appuyer sur les guerriers, on le laissa subsister, de même que la a horma », droit sur les troupeaux, mais en leur donnant une forme régulière, afin d'y pouvoir ajouter les redevances qui établissent notre souveraineté, mieux que tout autre argument, la violence exceptée. Ainsi, tandis qu'on tendait à fractionner les tribus maraboutiques, pour lutter contre ce qui a été appelé le « cléricalisme musulman », on cherchait à donner plus de cohésion aux tribus guerrières de l'Adrar, afin d'exercer plus facilement sur elles une action politique.

Des goums locaux, recrutés parmi les guerriers de l'Adrar, étaient formés par les soins de l'émir pour assurer la tranquillité du pays, que d'ailleurs, nos groupes mobiles de méharistes devaient parcourir une ou deux fois par an, afin d'entretenir notre prestige et la pensée de notre force.

Organisation militaire. — Le commissaire du gouvernement général pour la Mauritanie est aussi chargé du commandement des forces militaires.

Ces forces comprennent les troupes régulières, constituées par un millier de tirailleurs sénégalais, un escadron de spahis également sénégalais, une demi-compagnie d'infanterie, une demi-section d'artillerie, et les troupes de police formées de deux cents tirailleurs hors cadre, d'un peloton de spahis hors cadre et de deux pelotons de méharistes.

La Mauritanie n'emploie que des troupes indigènes recrutées en Afrique occidentale. Elle dispose par elle-

même de forces suffisantes pour avoir, en 1908, composé le corps d'expédition de l'Adrar sans rien demander à la métropole. Les cadres, officiers et sous-officiers, seuls, sont Européens. Des goums fournis par les tribus maures soumises, prêtent au besoin leur concours à cette force. Certains sont commandés par des princes des tribus hassanes du Trarza et du Brakna. Au moment de l'expédition Gouraud dans l'Adrar, un goum de cent auxiliaires méharistes avait été fourni par les guerriers du Trarza, remarquable preuve du loyalisme des tribus administrées par nous.

Les troupes sont réparties dans les centres des cercles, les résidences et les postes militaires spéciaux, établis sur divers points du territoire.

Les forces les plus considérables se trouvent à Nouakchott, sur le littoral ; à Bourdjémia dans Tlnchiri ; à Boutilimit, capitale du Trarza ; à Aleg, capitale du Brakna ; à Moudjéria, à Tidjikdja (fort Coppolani) dans le Tagant ; à M'Bout, capitale du Gorgol.

A l'exception de Tidjikdja et de Moudjéria, ces postes n'ont pas de valeur stratégique ; on les avait distribués de façon à former un réseau de surveillance et de garde, dans le but de révéler et d'arrêter les incursions et les rezzous des tribus du Nord et de l'Adrar. D'autre part, les pelotons de méharistes avaient mission de circuler continuellement, l'un dans l'Inchiri, l'autre entre l'Inchiri et le Tagant, dans l'Aouker, le Boukergh, l'Agan. Malgré ces mesures il n'était que trop facile à des groupes ennemis pouvant choisir et le moment à prendre et la route à suivre, de déjouer la vigilance des observateurs et de passer inaperçus entre les mailles du réseau. C'est pourquoi l'occupation et l'organisation de l'Adrar, ainsi que des régions sahariennes voisines, se sont imposées à nous par la force des choses, pour la paix et la sécurité de nos territoires et de nos sujets.

Les postes militaires comportent une garnison militaire chargée d'assurer la défense de la contrée avec un magasin enfermant les approvisionnements en vivres, équipements,

fusils, cartouches, armes, munitions. Il y a un commandant militaire et un résident civil spécialement occupé de la besogne administrative, de la perception des impôts et du ravitaillement qu'il assure par voie de réquisition dans les tribus environnantes. Parfois l'officier commandant les troupes fait fonction de résident. Pour fournir aux besoins du transport et de la nourriture, l'autorité incite les tribus à se rapprocher des postes et à se fixer aux alentours afin de les avoir sous la main, ce qui modifie dans une certaine mesure le mouvement traditionnel de leurs déplacements.

Quelques-uns ont trouvé mauvais qu'on détournât diverses tribus de leurs habitudes de nomadisme et craint qu'on fît naître par là des mécontentements. Cependant on peut constater que, pour beaucoup de Maures de marque et leurs tribus, les postes sont des centres d'attraction. Cheikh Sidia qui avait longtemps campé sur différents points dans des zériba fortifiées, a depuis dix ans établi son campement à proximité du poste de Boutilimit, sur une dune parallèle à celle où s'élèvent les bâtiments du cheflieu du cercle du Trarza, bureau du cercle et de la résidence, infirmerie, école. Dans le goud (long couloir de terrain qui sépare les deux dunes). Cheikh Sidia avait fait aménager des puits et construire une kasbah qu'il a mise à la disposition des Français ; et là vivent en commun les ménages des sous-officiers français, les télamides en pèlerinage, les fonctionnaires en voyage. L'adabaï ou petit village des noirs amenés par la présence des Français, les campements des représentants des tribus près de la résidence, le mouvement des gens affairés affluant au cercle ou chez le marabout, les troupeaux qui vont à l'abreuvoir, entretiennent, dans ce coin, l'animation d'une petite capitale.

Cheikh Mohamed Saïd, marabout Tidjani des Ida ou Ali, campe au puits de Djeraria, entre Boutilimit et Méderdra, ce qui a popularisé ce nom de Boutilimit dans les tribus.

Cheikh Saad Bou, le marabout Fadelia du Trarza qui

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avait successivement habité divers points sur la ligne de Saint-Louis à l'Adrar, 1res favorable à notre cause, bien avant même l'arrivée de Coppolani, était venu à la fin planter les tentes de son groupement des Ahel Cheikh Saad Bou, autour du puits d'Aguint, auprès du poste de Khroufa.

Cheikh Mohamed ben Sliman, le marabout lettré des Oulad Diman, dont la bibliothèque comprend plus de trois cents ouvrages de littérature et de science arabes, tant imprimés que manuscrits, a son campement à Bou- Dafia, à une journée de marche du poste de Méderdra. Un de ses fils suit l'école française de la Résidence, tandis qu'un autre fait ses études à Saint-Louis.

En 1908, avant l'expédition de l'Adrar, des postes militaires étaient établis ainsi : dans le Tagant, à Tidjikdja, le poste très important appelé fort Coppolani après l'attentat de mai 1905, et celui de Moudjéria, au pied du massif; dans le Gorgol, ceux de M'Bout, de Kaëdi ; dans le Brakna, ceux de Rigba et d'Aleg ; dans le Trarza, ceux de Choubouck et de Méderdra.

En outre, des postes de police existaient à Nouakchott dans l'Aftout littoral, à Akjirift aux confins de l'Inchiri et de l'Amséï ; à Khroufa, centre du cercle du Trarza et aux résidences de Biach, de Souet, de Mal et de Boutilimit ; aux résidences de Mal et de Bocrhi dans le Brakna, et, plus au nord, à Guimi et à Aguiert ; à Moudjéria, au pied de la muraille du Tagant, à Sélibaby, résidence du Guidimaka.

Le poste de N'Diago sur la côte à l'extrême sud du littoral mauritanien (16 kilomètres au nord de Saint-Louis) avait été abandonné.

L'occupation de l'Adrar a amené la création à Atar, d'un poste en pierre très fort, à 400 mètres en aval du ksar dont il domine les palmeraies, puis de deux autres à Chinguetti et à Oudjeft. En 1908 avait été achevée, dans la baie du Lévrier, la construction du poste et du fort de Port- Etienne.

Après la pacification de l'Adrar, le gouvernement de

TAfrique Occidentale conçut un projet de réorganisation nouvelle pour la Mauritanie : 1° pour la bande des terres fertiles de la rive droite du Sénégal, cultivée et habitée par les populations noires, conserver le même mode d'administration et la rattacher aux cercles de la rive gauche, sous l'autorité directe du lieutenant gouverneur du Sénégal ; 2" pour les pays maures, Trarza, Brakna, Tagant, Adrar, établir un régime de protectorat spécial, adapté aux mœurs et aux besoins du pays, comportant un émir chargé du maintien de l'ordre et tendant à donner à notre influence, l'appui des tribus guerrières, comme nous avions déjà celui des tribus marabouliques, mesures qui permettraient de réduire notre occupation, les forces militaires nécessitées par elle, en même temps que le nombre des postes qu'on rapprocherait le plus possible de la base fluviale, en leur donnant surtout le rôle de points d'appui pour les troupes mobiles des méharistes, chargées de parcourir le pays jusqu'aux limites de notre action.

Les postes permanents, sauf Boutilimit et Moudjéria, devaient être supprimés ; mais, en même temps, on prévoyait l'augmentation du nombre des postes de police ou de postes de nomadisation pour les troupes mobiles destinées à explorer le pays, ainsi que l'établissement de gîtes de route pour les lignes d'étape.

En 1910, les postes se répartissaient ainsi :

Dans la baie du Lévrier, Port-Etienne sur le littoral ; dans le Trarza, Nouakhchott sur le littoral, Méderdra, Boutilimit, à l'intérieur; Podor, au bord du fleuve; dans le Brakna, Aleg, Guimi ; pour l'intérieur, Boghé au bord du fleuve; dans le Gorgol, M'Bout ; dans le Tagant, Moudjéria et Tidjikdja ; dans l'Adrar, Atar, Ghinguetti et Oudjeft.

En même temps, on formait le projet d'organiser militairement les tribus afin de diminuer le nombre de nos troupes régulières affectées au maintien de l'ordre, d'appliquer aux tribus guerrières de la Mauritanie, la même organisation qu'aux tribus du sud algérien, d'adjoindre, en un mot, à la base des tirailleurs et méharistes sénégalais, des

guerriers maures rétribués comme partisans d'abord, puis comme soldats réguliers et volontaires, ainsi que les indigènes du Sahara, et de constituer ces formations maures avec des cadres algériens.

Un arrêté du gouverneur général, en date du 12 mai 191 1 , qui a créé pour l'Afrique Occidentale une garde indigène chargée d'assurer la police et la sécurité intérieure des régions pacifiées relevant pour le recrutement, l'entretien, l'avancement du commandant supérieur des troupes et du lieutenant-gouverneur pour la répartition et l'emploi, prévoit pour la Mauritanie deux brigades sur quinze dont se compose l'ensemble de cette garde.

Le budget. — Le budget de la Mauritanie forme une annexe du budget général du gouvernement de l'Afrique Occidentale française.

Les ressources de ses recettes sont fournies : d'abord par l'impôt de capitation réglé par arrêté du 21 décembre 1905, qui impose une taxe personnelle et annuelle de trois francs à tout individu de race noire vivant sur la rive droite du Sénégal ; puis par le zekhat, taxe du quarantième de la valeur dont l'arrêté du 21 décembre 1905 frappe les troupeaux possédés par les Maures qui vivent sous notre autorité ; ensuite par le droit de passage, contribution dont sont redevables les tribus limitrophes de la Mauritanie, qui, à certaines périodes de l'année, amènent leurs troupeaux paître sur nos territoires, comprenant un quarantième du nombre des animaux ; ensuite encore, par l'oussourou, droit de 10 **/o sur les marchandises importées par les caravanes ; enfin, par le droit sur l'extraction du sel, également de 10 °/o et, fmalement, par la taxe des patentes et licences, et le droit de place sur les marchés établis par les deux arrêtés de novembre 1903.

Remarquons que les droits sur les animaux sont d'ailleurs assez minimes (un quarantième sur les moutons, un soixantième sur les bœufs, ânes et chevaux, un centième sur les chameaux) et appliqués dans un esprit très conciliant, car ils ne touchent que les troupeaux se nourrissant

pendant deux ou trois mois sur nos territoires et non aux animaux de bât et de caravane que les voyageurs laissent reposer quelques jours avant de leur faire reprendre leur travail.

Les droits sur les différentes espèces d'animaux peuvent être acquittés en argent, en guinée ou en moulons, un mouton étant estimé de quatre à six francs selon les régions. L'estimation d'un bœuf est de cinquante francs, celle d'un âne de soixante francs, celle d'un chameau, de quatre-vingts, d'un cheval de deux cents francs.

Les dépenses sont représentées par les divers frais d'administration, le fonctionnement des services, l'entretien des forces de police locale et le ravitaillement des postes.

En 1905, après la première organisation de la Mauritanie, le budget du territoire civil accusait, y compris la subvention du gouvernement général, 1.332.000 francs de recettes et 1.331.000 francs de dépenses.

Le budget de 1906 se présentait de la façon suivante :

Recettes prévues :

Pour la capitation 90.000

Pour le zekhat 280.000

Pour le pacage et l'oussoudou 30.000

Pour le droit d'extraction du sel 10.000

Pour les patentes et licences o.OOO

Droit de place sur les marchés 2.000

Exploitation des bois, remboursements

et recettes diverses 63.000

Au total une recette de 480.000 fr.

Le gouvernement général y ajoutait pour couvrir les dépenses prévues, une subvention de 600.000

(six cent mille francs), ce qui porte l'ensemble de l'exercice à 1 .080.000

En 1907, après la réorganisation, on constate 1.542.000

francs de recettes, en face de 1.495.008 francs de dépenses.

Pour 190^. lés receltes attendues étaient aiiisi établies :

Pour la capitation 98.760

Pour le zekhat 260.000

Pour le pacage et l'oussourou 6.000

Pour le droit d'extraction du sel 15.000

Pour les patentes et licences 6.000

Droit de place sur les marchés 5.000

Patentes de dioulas (marchands indigènes) 40.000

Port d'armes 6.000

Recettes postales et télégraphiques 17.000

Droit d'exploitation des bois 1.200

Amendes et confiscations 3.000

Vente d'eau douce à Port-Etienne 3.000

Recettes diverses 5.000

Remboursement de cessions de vivres. . . 30.000

Remboursement de frais de transport. . . 30.000

Soit 552.000 fr.

Le budget général de l'Afrique Occidentale française y ajoutait la subvention habituelle de 800.000 francs et 200.000 francs pour l'expédition de l'Adrar.

L'exercice 1909 accusa cet excédent de recettes sur l'année précédente :

Pour la capitation 13.260

Pour le zekhat 52.560

Pour le pacage et l'oussourou 3.000

Pour les droits d'extraction du sel 9.000

Pour les patentes et licences 1.000

Pour le droit de place sur les marchés. . . 15.000

Pour les patentes des dioulas 20.000

Pour le port d'armes »

Pour les recettes postales et télégraphiques 2.000

Pour les droits d'exploitation des bois. . 1.200

Amendes et confiscations 15.000

Vente d'eau douce à Port-Étienne 3.000

Recettes diverses 4.000

Remboursements de vivres 30.000

Remboursements de frais de transport. . 30.000

Soit un excédent total de 163.000 fr.

Ainsi les ressources de la colonie s'augmentaient sans que fussent accrus ni le nombre, ni la quotité des taxes, résultat dû au développement plus régulier des contributions directes, à un recensement et à un contrôle mieux établis.

Dans les tribus soumises, les chefs des sous-fractions ont été, comme on l'a dit plus haut, chargés de la perception de l'impôt, sous la surveillance de nos inspecteurs et ce système nous a donné toute satisfaction. C'est le cheikh des Ida ou el Hadj qui a la charge de percevoir le droit d'extraction dans les salines du Trarza, et maintenu sur les rives du Sénégal aussi bien que dans la boucle du Niger ; l'impôt était perçu avec régularité à la fin de 1909, au nom de l'administration française.

Le recensement opéré par le commandant Claudel à la suite de l'expédition de l'Adrar prévoyait pour 1910 une recette d'une centaine de mille francs : quatre-vingt-cinq mille francs pour lachour, représentés par 75.000 francs sur 150 tonnes de dattes, 10.000 francs sur 50 tonnes de céréales, et 15.000 francs de zekhat sur les chèvres et moutons.

Cependant, en 1910, dans l'exercice du budget annuel de l'Afrique Occidentale française, le budget annexe du territoire civil de la Mauritanie accusa 1.359.700 francs, soil une diminution de 193.000 francs sur l'année précédente, à cause des dépenses nécessitées par diverses améliorations.

Les dernières communications officielles relatives au budget du territoire civil de la Mauritanie pour l'année 1916, nous apprenaient que ses recetles el dépenses étaienl définitivement arrêtées comme suit :

Recettes 1 .896.377 28

Dépenses 1.450.263 25

Soit un excédent de recettes de 446. H 4 03

En 1918, la situation financière n'a pas été très satisfaisante. Il n'a pas plu pendant l'hivernage et les récolle s

ont été nulles dans plusieurs cercles, d'où de sérieuses moins-values dans les recettes de Fachour.

Voies de communications. — Transports. — Routes maritimes et fluviales et routes terrestres. — Au point de vue des communications maritimes, la Mauritanie développe sur le littoral de l'Océan une longueur de côte qui s'étend du 16^ au 2P degré. Malheureusement cette côte est d'accès difficile et presque dénuée de ports naturels ; en plusieurs endroits, le long du rivage désert, on rencontre des épaves de navires échoués qui, par suite d'erreurs de route ou trompés par des feux de pêcheurs, sont venus s'enliser dans le sable et que recouvrent à demi les moules et les coquillages. Cependant, au nord du littoral, la baie du Lévrier peut offrir un abri magnifique aux navires même du plus fort tonnage, privilège unique sur la côte africaine. La baie de Cansado, une de celles que découpe à Test la presqu'île du cap Blanc, est la meilleure de la région. Les plus gros vaisseaux y trouvent, après une route facile, un mouillage sûr.

Le plan dressé en 1896 par le lieutenant de Francq nous a appris qu'elle offre un asile excellent à des bâtiments calant jusqu'à 7 mètres. Xu fond est la baie du Repos, toujours calme en tout temps, où des bâtiments de 3 mètres de tirant d'eau peuvent pénétrer à marée basse. Ceci a été démontré par les travaux du commandant Terrier en 1905-

Un service régulier de vapeurs des Messageries Africaines, allant chaque mois de Dakar à Nouakchott et Port- Étienne, fonctionne depuis 1907 et assure les services postaux .

Au point de vue de la navigation fluviale, le Sénégal offre une voie large et suffisante, et depuis longtemps connue, de l'intérieur à la mer, chemin commercial que descendent ou remontent les chalands.

Deux fois par mois, un courrier fluvial remonte de Saint- Louis à l'escale de Dagana qui forme tête d'étape pour Mederdra ; à Podor qui est la tète d'étape de Boulitimit ; à

Boghé, tête d'étape pour Aleg et pour le Tagant. En saison d'hivernage, ce courrier pousse jusqu'à Kaëdi et Bakel, d'où le service postal atteint Sélibaby dans le Guadimaka.

A l'intérieur des terres, les marigots de Garak, de Sokhen, de Guédaïo dans le Trarza, qu'on peut considérer comme des canaux faisant communiquer le Sénégal avec le lac Cajor ou Rkis qui lui sert de bassin, permettent en hivernage, à des chalands calant 0 m. 75, d'arriver jusqu'à ce lac. Au pied du poste de Regba, dans le Brakna, passe le marigot de Koundi, bras du Sénégal qui court à travers le Chamama sur une longueur de cent vingt kilomètres et peut, durant une bonne partie de l'année, être employé par les chalands de petit tonnage.

Le Gorgol, long affluent du Sénégal descendu de la muraille occidentale du massif du Tagant et qui vient tomber dans le fleuve à Kaëdi en séparant les cercles du Brakna et du Gorgol, se prête, du commencement de l'hivernage au milieu d'octobre, à la navigation des pirogues jusqu'à la hauteur de Bel Tadi où il reçoit le Gorgol noir, qui prend naissance dans la chaîne de l'Assaba.

Durant l'hivernage, les pirogues peuvent aussi naviguer pendant une longueur d'une dizaine de kilomètres sur le marigot de Karikoro, qui marque la frontière entre la Mauritanie et la colonie du Haut-Sénégal-Niger,

Au point de vue qui nous occupe ici, il n'y a pas lieu de parler des cours d'eau intérieurs, oueds intermittents qui vont se perdre dans les lacs de Mal et d'Aleg et ne possèdent d'eau que dans la saison des tornades, non plus que du réseau des oueds du Tagant et de l'Adrar.

Quant aux voies de communications terrestres, la Mauritanie n'offre point d'exemple de ce que nous appelons une route, voie déterminée à l'avance et préparée pour la circulation. Il faut remarquer cependant que, mettant à part, bien entendu, certaines régions excessivement sablonneuses du Trarza ainsi que les passes difficultueuses du Tagant, le roulement des voitures ne rencontre pas d'impossibilité absolue pendant la saison sèche.

Pour les transports nécessaires à la construction des lignes télégraphiques, on a employé des véhicules attelés de bœufs accouplés au joug, et les résultats ont été satisfaisants.

Bien mieux, en 1919, M. Henri Hubert a pu circuler en automobile, entre Podor et Kaëdi d'une part, et entre Boghé et un point situé seulement à cinq kilomètres de Moudjéria, d'autre part. Sauf dans les vingt derniers kilomètres, la vitesse de route, arrêts normaux compris, a été d'environ 20 kilomètres à l'heure. M. Henri Hubert assure que sept pistes pourraient être utilisées dans un avenir assez prochain.

Les pistes, ces routes des pays primitifs, chemins à la longue tracés sur le sol battu par les pas répétés des voyageurs et des montures dans les itinéraires constamment suivis, existent à peine dans ces espaces plats balayés par le vent ou même sur le seuil rocheux des plateaux. Malgré cela, les conditions spéciales du terrain, presque partout très découvert, donnent aux déplacements une suffisante facilité.

Lorsqu'on parle de routes de caravanes, il ne faut donc pas entendre par cette expression un terrain aménagé et préparé, d'une façon si rudimentaire que ce soit, mais un itinéraire adopté par tradition, à cause de la position des points d'eau et des puits.

Trois directions indiquées par l'expérience et l'usage, pourvues de place en place de points d'eau à distances inférieures à trente kilomètres, sont le plus généralement adoptées par les caravaniers.

Premièrement, une ligne qui, dans le sol du Trarza, longe le bord de la mer jusqu'au Tasiast, oîi elle s'en écarte pour longer à gauche le pied du plateau du Souchel el Abiod.

Deuxièmement, une branche qui, à Tin-Maham-Toujounine, point situé non loin du littoral, un peu au sud de Nouakchott et qui forme le nœud de communication et de convergence des routes du sud au nord, se détache de

celle-ci et incline à droite sur l'Inchiri pour aller vers l'Adrar.

Troisièmement, une route qui va de N'Douméri vers l'Adrar et rejoint la précédente à laghref,

Souet al Ma, également dans le Trarza, mais plus au sud à l'extrémité du lac Rkis, est aussi un nœud central de routes. Un chemin qui monte de Dagana, au bord du Sénégal, j passe, allant vers Touizikt et l'Adrar; de Touizikt, une route redescend par Boutilimit et Nouagour jusqu'à Podor sur le Sénégal.

Une route va de Boutilimit à Méderdra ; une autre joint Boutilimit à Aleg à travers le pays des dunes. D'Aleg une autre va vers le Tagant par Choggar et Guimi et le col du Foum el Batha. De Guimi, situé à peu près au centre du pays Brakna, une route descend par Mal, Houit et Krikra à l'escale de Kaëdi sur le fleuve.

Plus bas, au sud-est, un chemin de caravane remonte de Litama sur le Sénégal à M'Bout, dans le cercle du Gorgol, traverse le plateau de Regueïba, et, par le col de Foum- Bajou, va, à travers le massif du Tagant, rejoindre Tidjikdja.

De Bakel, l'escale la plus méridionale du Sénégal sur la rive mauritanienne, dans la résidence de Guidimaka, on peut s'acheminer vers Sélibaby, chef-lieu de la résidence, vers Sakha, en contournant le pied du Mont du Lion, puis en traversant la chaîne de l'Assaba, vers Kiffa, dans le Haut-Sénégal-Niger et vers l'oasis de Tichitt dans le Hodh. A Tichitt, antique centre du commerce indigène avec le Soudan, aboutissent aussi des routes venant de Tidjikdja et de l'Adrar.

Des lignes d'étapes sont établies pour le service des escales du fleuve et de certains de nos postes ; on les a rendues aisément praticables par le forage des puits .établis de place en place, de façon à diviser ces lignes en fractions de dimensions à peu près égales.

Une de ces lignes part du poste de Nouakchott, sur le littoral atlantique, et, par Bourdjeïa et Akjoucht, s'en va

dans rinchiri ; une seconde commence à Podor et remonte par Nouagour et Belmaris au poste de Boutilimit. Les transports y sont effectués exclusivement à dos de chameaux, à cause, du parcours dans la région des dunes. Une troisième part de Boghé et, par Aleg, Guimi, Aguieurt, va à travers le pays Brakna jusqu'au poste de Moudjéria. au pied du massif du Tagant. Les voitures qui y circulent sont attelées de mulets, à cause de la traversée des plateaux et des chaînes de collines. C'est principalement la première partie de cette ligne qui a nécessité le plus de travaux pour le forage et l'établissement des puits.

De Nouakchott, un bon itinéraire, avec des puits deau douce et des pâturages abondants, mène vers la presqu'île du cap Blanc et Port-Étienne, par Bilaouack, Aléïbataf, Noueid, Ammgoun, Lemanouek, le long du littoral, à travers le Tarad et l'Agneitir, et ensuite à l'intérieur, car le bord de la baie du Lévrier est impraticable, par Bouéri- Diéri, Nasseri, Moulouiliga, Lakhié, Bir-el-Guerb, Tintan, El-Aïoudj, à 8 kilomètres de la frontière espagnole du Rio de Oro et à 70 kilomètres de Port-Étienne. El-Aïoudj est le point d'eau le plus rapproché de ce poste, et, par conséquent, le lieu de passage obligé pour les caravanes et les individus qui, de l'intérieur des terres, veulent venir commercer à Port-Etienne ou y amener du bétail. Une route allant de Port-Etienne à l'intérieur par El-Aïoudj est appelée à un avenir économique intéressant.

Pour se rendre dans l'Adrar, on peut prendre ou par Nouakchott, Boudjéria et Akjoucht, la route de l'Inchiri, qui constitue comme une voie naturelle pour aller du littoral à l'Adrar, ou bien la route du Tagant en partant de Moudjéria ou d'Aguieurt pour monter vers Atar.

La route du Tagant passe dans la plaine d'Iagref, ITridji, Graret el Frass, Arna et la suite des plaines cultivées de l'Adrar, Amazmaz, Lamséidi, Glat el Bil, Aïoun Lebgar, Aouïnit en Zbel. Une route va de l'Adrar au Trarza, se dirigeant vers Boutilimit par Rhasseremt, Agueilt en Naja, ou par Aguilal-Faye et Tamersgoud, d'une part ; d'autre

part, par Agueilt en Naja et Boiirdjeima, vers Nouakchott. La route du Tagant et celle du Trarza se croisent au puits de Tizégui.

D'Atar, de Ghinguetti, d'Ouadane, dans TAdrar, comme de Tichitt et d'Oualata dans le Hodh, des pistes vont vers la seblîka d'Idjil à l'ouest du massif entre l'ergh Hamami et les régions montagneuses de l'ouest. Idjil est aussi le centre de toutes les pistes venant de l'Iguidi, de Tindouf, de la Seguiet el Hamra et du cap Juby, avec celles qui viennent de la Mauritanie depuis Saint-Louis.

D'Idjil, trois pistes vont à Smara, sur la Séguiet el Hamra: l'une au centre, par des regs dépourvus de points d'eau ; une à l'est, avec des puits nombreux el abondants ; une à l'ouest, par les montagnes, avec quelques points d'eau. Une autre piste va d'Idjil à la presqu'île de Dakhla, sur la côte atlantique (Rio de Oro) ; une autre au ksar de Grizim, dans l'Iguidi, en traversant à Zedners des gisements de fer exploités d'une façon à peu près permanente par les forgerons des tribus nomades qui y viennent travailler par périodes de dix jours ; une autre à la belle oasis de Tindouf, autrefois habitée par les Tadjakant, mais abandonnée par eux depuis une quinzaine d'années, à la suite d'un rezzou des Regueïba. De Tindouf et de Grizim, des pistes vont aussi à travers l'Erg Moughtir, rejoindre Ouadane et Ghinguetti, dans l'Adrar.

Une piste va de Grizim à Tindouf, et de l'un et l'autre point, des pistes atteignent Smara, longtemps célèbre par le séjour du fameux Ma-el-Aïnin, à travers une région de hammada, appelée Kouadim, et le Zemmour, qui est la région de terres cultivées le long de la Séguiet el Ilamra.

De Tindouf, une piste conduit à Zaïr, ksar ruiné sur le Drââ, et de là à l'oasis de Tabelhala, non loin du poste de Béni-Abbès, dans le sud-algérien. De Grizim, une autre atteint l'immense oasis d'Ouled Méhaia, sur le Dràà (3.000 palmiers).

De Smara, deux pistes vont à Dakhla, dans le Rio de Oro, l'une le long de la mer, et l'autre à l'intérieur ; une

troisième remonte jusqu'à l'embouchure de l'oued Drââ et de l'oued Sous, en coupant les affluents de la Séguiet el Hamra, ceux de Foued Ghebika, l'oued Chebika lui-même el l'oued Drââ, et se termine à Agadir, d'où d'autres pistes se dirigent vers Mogador et Marrakech.

Il y a une dizaine de jours d'Idjil à Smara, et vingt-six de Smara à Marrakech ; dix jours d'Idjil à Tindouf, et vingt et un jours de Tindouf à Tabelbala ; vingt-quatre jours d'Ouadane à Tindouf, douze de Tindouf au Drââ ; quarante-cinq d'Ouadane à Béni-Abbès.

Postes et télégraphes. — Nous avons vu plus haut que le service postal est effectué niensuellement par des vapeurs de Dakar à Port-Etienne, et deux fois par mois, en toute saison, par voie fluviale, de Saint-Louis à Dagana, Podor, Boghé, têtes d'étapes pour Méderdra, Boutilimit, Aleg et le Tagant, et en hivernage à Kaëdi el Bakel, d'où le courrier gagne Sélibaby.

En 1906, fut commencée une ligne télégraphique qui, partant d'Aéré, sur le marigot de Doué (rive droite du Sénégal), communiquait avec Boghé sur la rive gauche et, reliant Boghé, Aleg, Mal, Guimi, Aguieurt. circulait à travers le pays Brakna jusqu'au pied du massif du Tagant. C'est à la construction de cette ligne que voulut s'opposer Abou-Bakar, chef du Bosséa, région de la rive gauche du Sénégal au sud de Saldé et de Kaëdi, lequel à la fin du xix^ siècle, nous avait déjà combattus avec l'aide des Ida ou Aïch ; mais il fut vite remis à la raison.

Depuis une autre ligne a été greffée sur celle-ci, ligne qui va d'Aleg au poste de Boutilimit dans le Trarza.

Après l'occupation du Tagant, une ligne télégraphique se rattachant par le poste d'Aéré (Sénégal) au réseau général, fut mise en construction pour relier le Tagant à la région du fleuve en passant par Moudjéria, Aguieurt, Guimi, Mal, Aleg et Boghé et devant se prolonger jusqu'à Tidjikdja.

Le télégraphe et le téléphone sont installés dans le bureau de poste de Port-Etienne et un réseau téléphonique relie

entre elles les installations officielles de Port-Étienne et du cap Blanc.

La presqu'île du cap Blanc et la baie du Lévrier, dans la région nord de la Mauritanie, sont reliées au Sénégal par la télégraphie sans fil. Le poste de Port-Etienne est en communication avec celui de Rufisque qui relie le Sénégal à l'Europe.

L'installation du poste de télégraphie sans fil de Port- Etienne, commencée en 1906, a été terminée en 1908. En outre, les spécialistes voient la possibilité de faire parvenir au Sénégal des radiogrammes de la Tour Eiffel, par l'intermédiaire de Casablanca et les expériences ont été faites dès le mois de mai 1909.

Travaux publics. — Assistance médicale. — Enseignement. — L'étude hydrographique du passage de la baie du Lévrier où se trouvent les excellents mouillages dont nous parlions plus haut, a été commencée dès 1860 par les reconnaissances effectuées par les commandants des avisos stationnaires du Sénégal. On avait tracé des lignes de sonde dans la baie de l'Etoile et la baie de Cansado, le long de la presqu'île du cap Blanc, dans la partie sud de la baie du Lévrier et aux abords de l'île d'Arguin.

En 1896, le lieutenant de vaisseau Francq, commandant de V Ardent^ dressa le plan de la baie de Cansado.

En 1904, des sondages et des prises de température furent effectués par ordre du gouverneur général, dans la baie du Lévrier et aux alentours du cap Blanc. L'année suivante des sondages, des reconnaissances, des travaux hydrographiques et topographiques ont été exécutés dans la presqu'île du même cap à l'ouest de la baie du Lévrier, par le capitaine Gérard, chef des travaux publics pour la Mauritanie et par le lieutenant de vaisseau Terrier, commandant le Goéland, aviso de la défense mobile de Dakar, station locale du Sénégal. Le lieutenant Terrier a dessiné là carte de la baie du Repos et dressé l'échelle des marées, reconnu toute la presqu'île du cap Blanc et levé des itinéraires rayonnant autour de la baie du Repos et depuis la baie de l'Etoile jusqu'au cap Blanc.

Ces études avaient été ordonnées en vue de la création des postes et des établissements de Port-Étienne qui, commencés en 1906, étaient terminés dès 1908.

A 1.800 mètres du fond de la baie du Repos, sur son mamelon rocheux, un des points les plus élevés de la région, le poste dresse une imposante masse de maçonnerie, construction carrée qui comprend le logement des officiers et des sous-officiers européens, les magasins, les cases en paille qui servent d'abri aux tirailleurs indigènes. Au sud-ouest du poste s'élève le bâtiment de la Résidence et des ouvrages de défense. Du poste, une route construite par les soins du Résident conduit à la baie du Repos, et, non loin du poste, au pied d'une falaise, on a élevé un bâtiment rectangulaire où se trouve le bureau de poste avec les installations du télégraphe et du téléphone.

Un appflntement en bois de ^niers de Casamance a été construit à la baie du Repos ; une pyramide de pierre de quatre mètres de haut, peinte de noir et de blanc, a été élevée sur un sommet rocheux au nord-ouest de la baie.

D'autres travaux importants furent, à la même époque, exécutés aux environs.

A la pointe du cap Blanc, un phare entouré d'un mur élevé qui clôt le chemin de ronde, a été mis en service le i" septembre 1908 ; sa belle tour s'élève sur la terrasse d'un bâtiment carré qui contient les logements des gardiens européens et de deux aides indigènes, une chambre de passagers, une pièce pour le télégraphe et le téléphone, puis les magasins. La lanterne du phare est à vingt mètres au-dessus du sol et à vingt-cinq mètres au-dessus du niveau de la mer ; un feu à éclairs est visible à dix-huit milles de distance ; c'est le seul qui existe sur la côte depuis les Canaries jusqu'à Dakar, peut-on dire, car le feu du cap Juby est si irrégulier que les navires préfèrent n'en pas tenir compte. Ce phare rend moins dangereux pour la navigation les abords de la baie d'Arguin. Il a été construit uniquement aux frais du gouvernement de l'Afrique Occidentale française.

Au cap Blanc aussi a été construit un sémaphore qui le relie à Port-Étienne par communications télégraphiques et téléphoniques.

A l'entrée de la baie de Gansado, sur la pointe Cansado même, une tour de quatre mètres de haut élève à dix-huit mètres au-dessus du niveau de la mer un feu fixe blanc, qui éclaire le chenal entre le cap Blanc et Port-Etienne. Deux citernes ont été construites à Port-Etienne, pour recueillir leau des pluies s'il pleut, et un appareil distillatoire pour fournir de Feau douce en cas de sécheresse au personnel européen et à la population indigène.

Sur Tordre du gouverneur général, des forages ont été entrepris pour rechercher la nappe d'eau souterraine qui, dans la région voisine, alimente des puits nombreux à El-Aïoudj, Bir-el-Guerb, Tintan.

A la baie du Lévrier a été installée une petite station météorologique où, quatre fois par jour, sont enregistrées les opérations thermométriques, barométriques, hygrométriques relevées au moyen des appareils spéciaux et qui a fourni d'utiles renseignements pour avancer la connaissance du régime climatologique de la région.

A Port-Étienne est établi un service de travaux publics dont les bureaux et le personnel sont installés à la Résidence.

A la même Résidence existe aussi un dispensaire, sous la direction d'un médecin des colonies hors cadres, que les Maures des environs viennent volontiers consulter, ainsi que nos soldats et les pêcheurs Canariens. Des salles d'hôpital séparées, pour Européens et pour indigènes, y sont adjointes, œuvre très intéressante dans ces régions peu peuplées, ignorantes de l'hygiène et des soins physiques. Déjà d'autres dispensaires existaient à Boutilimit, à Méderdra, à Tidjikdja.

A la suite des opérations de l'Adrar, un autre dispensaire a été établi à Atar au début de 1909 ; les médecins y ont reconnu la fréquence de la variole et le gouverneur général a fait parvenir du vaccin.

La ^LvulUTA^IE. 16

Les postes militaires sont approvisionnés des médicaments nécessaires aux tirailleurs et aux indigènes du voisinage ; et ceux-ci viennent y chercher volontiers certains remèdes courants, tels que la teinture d'iode et d'autres que l'usage leur a fait connaître et dans lesquels ils ont grande confiance.

Au point de vue enseignement, des écoles françaises pour les jeunes indigènes existaient déjà dans les centres de cercle et dans les résidences. Mais, dans ces dernières années, depuis la nouvelle réforme de l'enseignement dans l'Afrique occidentale, réforme adaptée au genre d'instruction nécessaire à l'enfance indigène, la Mauritanie s'est donnée une organisation scolaire qui a rencontré immédiatement, de la part des populations, l'accueil le plus favorable.

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