PREFACE VII
re'a/, il disait à notre compatriote : « Vous venez de tracer aux poètes de demain un sujet d'épopée. »
Revenu à Paris, la littérature le capte à nouveau. Mais ce nest qu'un passage. L'autre côté de la terre l'appelle trop puissamment. Nous le retrouvons au Siam, au Cambodge, à la fois explorateur et diplomate, puis en Chine et au Japon, d'oii il nous revient... par l'Afrique et Figuig. Des polémiques, un duel, une blessure ponctuent l'activité du voyageur. Au Siam, conformément à la mission qu'il a reçue de Waldeck Rousseau, il s'est efforcé de débrouiller, au mieux des intérêts français, un écheveau d'intrigues internationales singulièrement enchevêtrées. Mais c'est trois ans plus tard seulement, en 1905, que ses idées seront comprises et ses conseils suivis. Dans l'intervalle, un coup de nerfs le rend au boulevard; l'époque lui parait, suivant le mot d'un de ses amis, « bien peu favorable aux grands coureurs d'aventurées ».
D'être enfermée entre la Manche et la Méditerranée, son humeur vagabonde se change en humeur batailleuse et le Jette dans des querelles et dans des duels pour passer le temps. Mais, dès 190i, la hantise des expéditions lointaines le reprend : durant quatorze mois, il parcourt le Sud marocain et le mystérieux massif de l Atlas, et désormais l'Afrique le tient tout entier : la Mauritanie, le Sénégal, le Soudan, le Dahomey, le Congo sont successivement ses terrains d' exploration ; puis c est un raid audacieux au cœur de l'Afrique, par les régions du Congo les plus inaccessibles^ l'arrivée, au prix de mille périls, au lac Tanganika ; puis c'est Madagascar, les Comores, puis encore le Maroc. Et cette infatigable activité ne se dépense pas seulement en expéditions aventureuses ; elle s^exprime aussi en quinze volumes, en carnets de notes, en articles politiques, en vers improvisés et comme semés sur sa route; tout cela écrit d'une plume alerte et qui ne s'arrête pas, tout cela plein de visions façonnées sans phrases comme à la pointe sèche. Qu'il évoque tel port perdu de l'Océan Indien, telle plaine aride et nue de la Mauritanie, ou qu'il évoque le Kaiser,
Vni PREFACE
orgueilleux et meurtrier au milieu d'un carnage, les qualités maîtresses d Etienne Hichet, cest la vitalité^ la justesse et la rapidité du coup d'œil.
Son seizième volume nous apporte aujourd'hui le fruit de ses travaux sur la région comprise entre le Sénégal et V Atlas : une description complète de la Mauritanie. Les divers aspects des paysages^ i enchevêtrement des races., V avenir économique de ces régions qui sont loin d' être partout le désert stérile qu'on imagine., tous ces chapitres sont traités magistralement.
La France, pour surmonter la crise menaçante., a besoin de toutes les ressources de son domaine africain. Il faut qu'elle puisse se su ffire à elle-même et exporter. L'Afrique du Nord lui apportera ses céréales, ses phosphates., ses minerais de fer; la ^Mauritanie ses troupeaux d'élevage qui peuvent être infiniment développés.
Que ce livre, en précisant les richesses d'une terre mal connue, contribue à l'œuvre grandiose de demain.
Paul Painlevé.