‹ La Mauritanie. Préf. de Paul PainlevéChapitre 4 sur 15 · L'OEUVRE DES EXPLORATEURS · texte numérisé non relu

L'OEUVRE DES EXPLORATEURS

Les voyageurs européens qui se sont aventurés dans les régions si variées de la Mauritanie n'ont pas eu jusqu'à ce jour la bonne fortune d'attirer Fattenlion publique au même degré que ceux qui nous ont révélé les territoires, également inconnus, des grands lacs africains.

Cependant, les documents recueillis par eux, justifient la persistance avec laquelle la science a poursuivi l'étude des manifestations de la nature et de l'évolution humaine dans ces contrées. Bien que la civilisation générale n'ait rien emprunté aux nomades épars dans les déserts de l'ouest africain, l'Européen peut du moins, en foulant ce sol aride et nu, retrouver la trace de phénomènes oubliés, et le souvenir presque intact d'une vie organique disparue ; il peut y renouer le fil de l'histoire du Maroc et de l'Afrique occidentale, il peut également y découvrir les restes de races humaines intéressantes à plus d'un titre.

Premiers rapports des Européens fivec la Mauritanie . — Le premier point du littoral occupé par les Européens fut l'île d'Arguin (appelée Agadir par les Maures). Elle fut découverte, en 1443, par le Portugais Nuno Tristâo, qui en prit possession au nom de son roi. Quelques années plus tard, d'intrépides pécheurs portugais commencèrent à fréquenter le cap Blanc au nord de la baie d'Arguin el l'infant don Henri, le grand initiateur des conquêtes maritimes portugaises, fit, en 1448, occuper Tîle. Sur toute cette côte, Arguin était le seul point où les Européens

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pouvaient s'abriter contre les incursions des Maures de rintérieur.

Sept ans plus tard, le Vénitien Ca-del-Nosto visitait Arguin à son tour.

Développant leur établissement, les Portugais creusèrent une citerne, construisirent un fort, achevé en 1461, continuèrent la pêche et entrèrent en relations commerciales avec les Maures. Ce commerce consistait à échanger dçs chevaux contre l'or et les esclaves noirs du Soudan qu'ils allaient chercher à Iloden, ville maure, située à six jours de marche à l'orient du cap Blanc.

Ces entreprises, cependant, ne donnèrent point de résultats brillants ; la décadence en était même complète lorsqu'à la fin du xvi" siècle, les établissements portugais tombèrent aux mains des Espagnols qui abandonnèrent tous les comptoirs.

Les Hollandais, sans coup férir, s'emparèrent des constructions délaissées (1638), les reconstruisirent, creusèrent une autre citerne et élevèrent une citadelle nouvelle, beaucoup plus importante que l'ancienne. Bientôt Arguin devint le centre d'un grand commerce d'esclaves noirs que les tribus maures allaient capturer au sud du Sénégal pour les revendre aux Portugais, ainsi que de gommes qu'ils apportaient des forêts de l'intérieur, et que la Hollande employait pour ses toiles peintes, le tout échangé contre des cotonnades, des peignes, des miroirs, des couteaux.

Le contrôleur général Dodun dit, dans un rapport adressé à l'ambassadeur du Roi de France près les Etats généraux des Provinces unies :

« Tout l'avantage, même le seul, que les Hollandais peuvent tirer du fort d'Arguin, c'est le commerce de la gomme qu'ils peuvent faire sur la côte la plus prochaine car, à l'égard de la traite des nègres, ils conviennent qu'ils ne la peuvent faire du côté de ce fort. Cette gomme est absolument nécessaire aux Hollandais pour l'impression des toiles peintes. Ils sont les seuls qui en usent : c'est de cette seule côte qu'on la peut tirer, et deux vaisseaux de

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raisonnable grandeur, ou même un gi'os vaisseau peuvent à peu près trafiquer toute la gomme nécessaire pour la consommation d'une année en Hollande. »

Tentés par l'importance qu'avait prise Arguin, les Anglais s'en emparèrent en 1665. Vaincus l'année suivante par l'amiral Ruyter, ils durent rendre l'île à ses maîtres hollandais, qui, très aimés des tribus maures, reprirent de nouveau leur trafic avec elles, trafic qui atteignit bientôt un tel développement que le commerce de notre colonie du Sénégal en fut notablement diminué.

Pendant la guerre de Louis XIV avec la Hollande, cinq vaisseaux français vinrent croiser devant la baie d' Arguin ; à la suite d'un vigoureux assaut, la forteresse capitula, et l'île fut évacuée.

Le traité de Nimègue (1678) nous confirma cette possession et quelques années plus tard, Louis XIV concédait à la Compagnie française des Indes et du Sénégal, la côte d'Afrique entre Sierra-Leone et le cap Blanc.

Mais si les Français s'étaient emparés d'Arguin, c'était seulement pour en ruiner le commerce afin de relever celui de Saint-Louis du Sénégal. Bientôt, les caravanes qui venaient de l'intérieur, au lieu de se diriger sur Argfuin, reprirent vers le nord le chemin du Tafilalet et du Noun ; tout commerce disparut, et la garnison, inutile, fut retirée du fort.

Au moment de la guerre qui suivit la Ligue ct'iVugsbourg, les Hollandais reparurent avec quelques vaisseaux et, aidés des Maures, reprirent 1 île dix ans après l'avoir évacuée. Ils remirent en état la citadelle et les comptoirs, recommencèrent leur trafic qui amena à deux pas de sa ruine la Compagnie du Sénégal.

Dans les dernières années du xvii'' siècle, un nouveau gouverneur, doué d'une grande énergie, entreprit de la relever. Il se mit en rapport avec les tribus de l'intérieur, pour les décider à ne plus commercer avec les Hollandais, alla deux fois en France pour convaincre le roi de reprendre l'île d'Arguin, afin d'en chasser les Hollandais et des vaisseaux français vinrent s'en emparer.

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Mais les Hollandais, ne voulant pas renoncer à leur fructueux trafic, allèrent s'installer sur la côte, à quelque distance, en un point appelé Marsa par les Maures et qu'on nomma Portendik, dans une petite baie protégée de bancs de sable et constituant la seule place possible pour établir un port sur toute la côte. Ils y bâtirent un fort en bois et, l'année suivante, l'ancien gouverneur d'Arguin allait de là reprendre l'île.

Des vaisseaux de France ramenés par l'opiniâtre Brué, revinrent croiser devant les deux comptoirs. Portendik se rendit, mais abandonné presque aussitôt par un gouverneur incapable qui s'embarqua avec la garnison, après avoir démoli le fort, il ne tarda pas à y voir revenir les Hollandais qui remirent tout en état afin de pouvoir continuer à concurrencer le commerce des gommes dont notre colonie du Sénégal détenait à peu près le monopole.

L'obstination de Brué amena l'année suivante une expédition nouvelle où M. de Salverl s'empara d'Arguin et de Portendik, que le traité de La Haye nous concéda définitivement en 1727. Mais, sous les successeurs de Brué, la Compagnie porta de nouveau tout le commerce sur Saint- Louis, et le fort d'Arguin, abandonné, fut rasé.

Lorsque, pendant la guerre de Sept ans, les Anglais s'emparèrent de Saint-Louis, Arguin et Portendik tombèrent aussi entre leurs mains. Le traité de Versailles nous rendit l'île. Il n'en fut pas de même de Portendik qui, demeuré aux mains des Anglais, devint le centre d'un commerce de gommes si important que, pour éviter la ruine complète de Saint-Louis, nous fûmes obligés de leur racheter le monopole de ce produit par le don de notre factorerie d'Albreda, sur la Gambie.

Pendant la Révolution, les Anglais reprirent lîle ; les traités de 1817 nous la rendirent sans qu'aucune amélioration fût survenue pour elle au milieu de ces fortunes diverses. Un an auparavant, la frégate la Méduse avait fait naufrage en face du banc d'Arguin, et la renommée sinistre qui s'ensuivit devait pour longtemps éloigner les navigateurs de cette côte, inhospitalière.

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