‹ La Mauritanie. Préf. de Paul PainlevéChapitre 5 sur 15 · L ŒUVRE DES EXPLORATEURS O · texte numérisé non relu

L ŒUVRE DES EXPLORATEURS O

Les traités de Paris nous restituaient aussi Porlendik, complètement ruiné et devenu tout à fait nul au point de vue commercial. Rien n'en subsiste plus aujourd'hui ; mais à quelque distance de son ancien emplacement, le gouverneur général de l'Afrique occidentale a fait élever, en 1903, le poste militaire de Nouakchott.

Le dix-neuvième siècle. — En 1859, le général Faidherbe, étant gouverneur du Sénégal, songea à rétablir la fortune d'Arguin. Il chargea le lieutenant Aube et le capitaine du génie Fulcrand, d'aller étudier Tîle, ainsi que la baie toute proche du Lévrier. Leur conclusion fut qu'il fallait renoncer à l'idée de restaurer Arguin, dont l'accès devenait de plus en plus difficile, même aux vaisseaux de moyen tonnage, et créer plutôt des installations nouvelles au Cap Blanc. Aucune suite pratique ne fut donnée à cette mission.

En 1869, dans ces mêmes baies, mission hydrographique des lieutenants de vaisseau Blanc et Clément que suivent, toujours dans le but de déterminer le point favorable pour l'emplacement d'un établissement nouveau sur la côte, au nord de Saint-Louis, la mission Aubert en 1885, la mission Raffenel en 1886, la mission Bucharden en 1894, la mission de Francq en 1896 et Famin en 1900, — sans parler de l'essai malheureux de la société marseillaise « la Marée des deux Mondes » qui, en 1877, fondait à Arguin des établissements pour le transport en Europe du poisson frigorifié.

Après ces multiples examens, il faut admettre que ce point a perdu toute son ancienne importance, due surtout au commerce des noirs et à celui de la gomme, dont l'un est aujourd'hui bien diminué et l'autre supprimé, et reconnaître que, sur cette côte, la place d'avenir, tant au point de vue de la navigation qu'au point de vue de Finstallation à terre est, sans doute, la baie du Lévrier et le cap Blanc,

Mais, dans tout ce qui précède, il ne s'agit que d'intérêts et d^entreprises commerciales sur la côte. Jusqu'au premier tiers du xix^ siècle, nul Européen n'avait cherché,

dans un bul de curiosité scienLifique et d'exploration, à pénétrer dans les terres arides, peuplées de tribus hostiles, qui se déroulent à l'est de cette côte.

Le premier, peut-être, qui foula ce sol inexploré de la Maurilanie intérieure, est un marin des Sables-d'Olonne, appelé Paul Imbert qui, naufragé, fut capturé par les Maures et emmené par eux jusqu'à Tombouctou ; mais il mourut au Maroc, en esclavage, et n'a pu laisser la moindre relation de son séjour forcé en Afrique.

En 1816, les naufragés de la Méduse durent regagner à pied le Sénégal et, après plusieurs semaines de marche le long de la côte, sons le soleil brûlant, en butte à la faim, à la soif et aux brutalités des Maures, ils arrivèrent enfin à Saint-Louis. L'un d'entre eux, un Saxon nommé Kummer, s'était écarté dans le désert pour y faire des recherches entomologiques ; les Maures se saisirent de lui, le gardèrent quelque temps en captivité et, finalement, le ramenèrent près des autres à Saint-Louis. Il rapportait diverses notes sur les peuplades parmi lesquelles il avait vécu, mais peu de chose sur le pays lui-même.

En 1814, René Gaillié, de Mauzé, près Niort, orphelin et sans amis, s'embarquait à quinze ans pour le Sénégal ; sous prétexte de négoce, il séjourna longtemps chez les tribus Trarza et y apprit la langue, les mœurs, les coutumes du pays ; après dix ans d'obstacles et d'efforts, il réussit à pénétrer dans l'intérieur de l'Afrique jusqu'à Djenné et jusqu'à l'inaccessible Tombouctou (1828) d'où il revint, à pied, jusqu'à Tanger. Là, il fut reçu par notre consul Delaporte, arabisant distingué, qui lui fît l'accueil enthousiaste qu'il méritait. A son retour en France, la Société de géographie lui décerna un prix de 10.000 francs et le gouvernement de Louis-Philippe une somme de 3.000 francs. Le directeur des colonies, Saint-Hilaire, écouta avec le plus vif intérêt les renseignements rapportés par lui sur l'intérieur de l'Afrique et les moyens de développer notre colonie du Sénégal. Il fut même nommé résident de France au Niger, où il rêvait d'étudier les mines du

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Bouré et les ressources de ce pays si important, au point de vue de nos possessions. Il mourut sans avoir pu s'y rendre, emporté par les suites d'une maladie contractée en Afrique, A son retour, il avait publié le récit de son voyage.

Rappelons que le 1^'' février 1883, le colonel Borgnis- Desbordes planta le drapeau tricolore sur ce village de Bamako, dont Caillié avait décrit l'importance et qui est aujourd'hui le chef-lieu de notre colonie Haut-Sénégal- Niger.

En octobre 1843, le colonel Caille fit une courte exploration du pays Trarza, au nord du Sénégal, et écrivit une relation assez brève des mœurs des peuplades qu'il avait observées.

En 1849, le département de la marine et des colonies donna mission à Louis Panel, indigène sénégalais, d'aller explorer le pays, de SainL-Louis jusqu'à Alger, par la région saharienne. Avec une caravane, il partit de Saint- Louis au début de l'année 1850, se donnant comme un chrétien converti à l'islamisme. Bientôt reconnu par le chef d'un village, il réussit pourtant à convaincre ses compagnons qui voulurent bien le garder avec eux.

La caravane longeait le littoral océanique jusque vers Portendick, franchissait avec beaucoup de difticuUé la montagne de Sakhfa au sud de l'Adrar, atleignait Iridji, Makhert el enfin le village de Chinguetti, entouré de champs, de céréales et de bouquets de dattiers, peuplé de trois cents habitants, aux environs riches en bestiaux, et où le commerce des échanges est très développé. Là, Panet subit de la part de la population beaucoup d'outrages et de mauvais traitements. Une tribu de Laroûm le recueillit, le soigna, le guérit et le mena dans le Noun, à Aouguelmin, auprès du cheikh Beyrouk. Celui-ci s'aperçut vite qu'il avait devant lui un infidèle. Cependant, il le protégea contre le fanatisme des habitants. Après trois jours de marche, Planet arrivait enlin dAouguelmin à Mogador, où M. Flory, consul de France, le reçut; après quoi, il s'embarqua pour Marseille. Il rapportait des renseignements nouveaux et

LA MAIRITAME

intéressants, quoiqu'en somme assez secondaires, sur la production de la région située au-dessus du Sénégal et celle de TAdrar.

Le rabbin Mardochée, célèbre par son voyage à travers le Maroc, allant à ïombouctou, visita la partie nord du Sahara occidental en passant par Tindouf, Toudejine Ouân et El-Araouân (d859).

Les grandes explorations modernes. — Avec le capitaine d'état-major Vincent, officier d'ordonnance du général Faidherbe, gouverneur du Sénégal, nous arrivons à un remarquable explorateur de la côte mauritanienne (mars-juin 1860).

Accompagné d'un interprète noir, le capitaine Vincent se rendit d'abord chez le cheikh des ïrarza qui avait pris avec le gouverneur l'engagement de le protéger. Ensuite, il traversa la forêt des gommiers de llguidi, le Tahar, la ville de Tiourourt, Portendick, puis le Tarad, l'Agneitir, et, après avoir longé la baie de Saint-Jean, inclina au nordest, vers la région appelée le ïiris, vaste plateau granitique qui longe l'Océan.

Le cheikh des Oulad-Delim, croyant que le capitaine apporte avec lui de riches présents, l'accueille bien de prime abord, puis, voyant qu'il n'en est pas ainsi, il le livre aux insultes de son campement. Avec des guides Oulad-Delim, Vincent continue sa route à l'est, vers l'Adrar. Pillé par ses guides, demi-mort de fatigue et de soif, il parvient chez le cheikh des Yaya-ben-Othman. Celui-ci se répand en promesses, conduit l'explorateur en vue des villages de Ghinguetti et d'Atar, mais en lui défendant d'y pénétrer et, en le congédiant, lui donne pour toute suite un marabout.

Franchissant le col de Jaul, Vincent sort de l'Adrar, passe dans l'Inchiri en courant le risque d'être repris par les Oulad-Delim, rentre à Tivourvourt le 9 juin et, une semaine après, à N'Diago, ayant fait deux mille kilomètres en quatorze semaines.

L'apport de ce rapide et périlleux voyage fut un certain

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