L (FX'VRE DES EXPLORATEURS
nombre de renseignements géologiques et géographiques, malheureusement assez succincts, et des aperçus favorables sur la réorganisation d'un établissement commercial à Àrguin en vue du trafic de la laine, de la cire, des plumes d'autruche, de l'ivoire et de l'or avec les tribus des régions du nord du Tiris et du sud du Maroc.
Un indigène sénégalais qui avait fait partie de la suite de Vincent, Bou-el-Mogdad, sollicita du général Faidherbe l'autorisation de faire un nouveau voyage du Sénégal au Maroc afin de compléter le précédent. En décembre de la même année il partit avec des Maures de la tribu des Aït- Yacoub, venus à Saint-Louis pour y faire l'échange des dattes. La caravane passa par N'Diago, Aoutil, Léguèchichi, Djioua (Petit-PorLendik) et, laissant l'Adrar à droite, la caravane s'en alla, à travers les sables de l'Akchar, dans le Tiris, où elle échappa heureusement aux Oulad- Delim.
Le cheikh des El-Hadj-el-Moktar retint longtemps Bouel-Mogdad. Celui-ci parvint cependant à reprendre sa route. Poursuivant son chemin parallèlement à la côte, à travers la contrée aride, laissant à gauche la colonie espagnole de Rio de Oro et à droite la sebkha d'Idjil, la caravane traversa la Séguiet-el-Hamra, l'oued Dràa, l'oued Noun, l'oued Sous, Agadir, et termina enfin sa course à Mogador, d'où Bou-el-Mogdad, en passant par Tanger, s'en alla à Alger, puis à Paris. L'année suivante, il fit le pèlerinage de la Mecque et revint dans son pays.
Dans les dernières années du dix-neuvième on commence à comprendre, en France, tout le parti que l'on peut tirer des conquêtes coloniales et l'on professe, tout à coup, un grand enthousiasme patriotique et scientifique pour les voyages de découvertes. En 1880, Paul Soleillet ol)tient du ministère des Travaux publics une mission d'exploration du Sénégal à Alger en vue d'un projet de chemin de fer transsaharien. Parti de N'Diago en février 1880, son plan était d aller dans l'Adrar, le Tichit, Walata, de passer l'été à Tombouctou et de regagner ensuite Alger par In-Salah.
Mais à Akhmeyou, à deux jours de marche avant Atar, un parli d'Oulad-Delim l'allaqua et le pilla complètement. Il ne dut la liberté qu'à Finlervention du cheikh Saad Bou et dut rentrer à Saint-Louis.
A son retour à Paris, on lui confia une mission nouvelle. Il s'embarqua pour Saint-Louis, séjourna trois semaines en pays ïrarza et fut encore forcé de revenir sur ses pas. Avec une patience obstinée, quatre fois il alla à Saint-Louis chez les Maures et du pays Maure à Sainl-Louis sans pouvoir réussir dans ses entreprises sahariennes jusqu'au jour où il fut rappelé en France. Il avait cependant réuni d'intéressants documents sur la contrée et ses habitants.
Mentionnons, en passant, le docteur Oscar Lenz qui, la même année, étant parti de Tanger, s'en allait par Fez, Rabat, Marrakech, l'oued Sous, l'oued Drâa, à Tindouf, Toudeynie, Ouân et El Araouân, jusqu'à Tombouctou (itinéraire précédemment suivi par le rabbin Mardochée) et retournait de là par Nioro et Médine, jusqu'aux rives du Sénégal, pour redescendre ensuite le fleuve jusqu'à Saint- Louis.
Saluons en Camille Douls un des plus intrépides explorateurs de la Mauritanie (1887). S'étant fait débarquer sur la côte, au hasard, auprès du cap Garnet, il se donna chez les tribus voisines pour un trafiquant musulman appelé Abd-el-Malek. Aussitôt reconnu pour un chrétien, il est pillé, frappé, chargé de chaînes par les Oulad-Delim et enterré dans le sable jusqu'au cou sous le soleil brûlant. Haletant, près d'expirer, l'idée lui vient de balbutier un verset du Coran ; aussitôt les Oulad-Delim, convaincus qu'ils ont entre les mains un vrai croyant et saisis de remords, le déterrent, l'emportent sous une tente et lui prodiguent leurs soins. Trois chérifs vénérés, consultés successivement, le reconnaissent pour un bon musulman.
Avec le campement des Oulad-Delim chez lequel il se trouve, il est emmené dans la direction de l'Est, vers l'Iguidi ; ensuite, se dirigeant vers le Nord, la tribu revient vers
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la côte qu'elle rejoint à quelque distance du cap Bajador pour la longer, en remontant toujours, jusqu'au cap Juby. La tribu repart ensuite vers TEst, suivant presque parallèlement la Seguiet-el-Hamra jusqu'à Tindouf; de là elle retourne au cap Juby, puis longeant l'oued Noun, elle arrive, finalement, dans le sud du Maroc.
Pendant ces pérégrinations, Douls se trouva naturellement mêlé à tous les épisodes de la vie des nomades, à toutes les scènes de leur existence ; il put les observer d'aussi près qu'un des leurs. Même il s'était fiancé à une jeune fille de la tribu qui l'avait secouru au moment de ses premières épreuves. Il obtint ainsi l'autorisation de s'en aller dans son pays pour y chercher la dot.
Il remonta dans le sud du Maroc. Mais, en arrivant à Marrakech, il fut reconnu pour un nasrani (chrétien) et emprisonné ; le consul anglais le fit élargir et conduire à Mogador et, de là, notre consul le rapatria par Saffi et Mazagan.
Cette dangereuse expédition lui avait permis d'amasser un nombre remarquable de documents sur la vie de tribu chez les Maures, mais peu de renseignements scientifiques. Il n'avait, d'ailleurs, pas parcouru la région sud de la Mauritanie.
Aussi, dès son retour en France, il forma le projet d'un nouveau voyage où, traversant tout le Maroc sous le costume musulman, il irait jusqu'à Tombouctou pour revenir ensuite par le Sénégal.
Parti de Marseille en juillet 1888, il débarqua à Tanger, accomplit le pèlerinage de La Mecque, et, de retour à Tanger, commença à descendre vers le Sud par le Talifalet et l'oasis du Touat. A moitié route, entre Akabli et Tombouctou, ses guides l'élranglèrent, tandis qu'il dormait, auprès du puits de Hilighen. Il avait vingt-cinq ans.
Vers la même époque, Charles Soller, chargé d'une mission du gouvernement français au Maroc et sur la côle mauritanienne, explora la région du cap Juby jusqu'au cap Mirik, traversa ^'ictoria-Port, la colonie anglaise du cap
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Juby, Villa Gisneros, la colonie espagnole riveraine du Rio de Oro, puis le cap Blanc, la baie du Lévrier, la baie et Tîle d'Arguin et ses voisines, Tidre et Kiji, en étudiant ce point spécialement sous le rapport du commerce qu'on pourrait y établir, afin d'attirer vers cette possession française les caravanes du Soudan, qui, de Tombouctou et de l'Adrar, s'en vont dans le Maroc méridional et vers le Rio de Oro.
Léon Fabert, chargé ensuite par le gouverneur du Sénégal, M. de Lamothe, d'étudier le pays Trarza, parcourut cette région et le Sahara occidental en 1891. En 1894, après un nouveau séjour de six mois chez les tribus nomades, il tomba malade à Touizit, chez le cheikh Saad Bou, son ami et son protecteur, frère du cheikh Baba, qui avait sauvé Paul Soleillet lors de sa captivité chez les Oulad-Delim, et fut obligé de s'arrêter momentanément. Mais il ne tarda pas à reprendre ses travaux.
Cinq fois, il parcourut le pays Trarza, étudia à fond les salines et les dunes de l'Aftout, découvrit dans la plaine d'Inchiri une chaîne de dunes encore non signalée, observa les mœurs des peuples de la contrée et démontra la nécessité pour la France de s'installer sérieusement sur cette côte, afm de lutter contre les établissements espagnols du Rio de Oro et les établissements anglais du cap Juby.
Mais Léon Fabert éprouva cruellement l'indifférence qui. chez nous, s'attache trop souvent aux hardis pionniers qui servent la France aux rives lointaines. Revenu à Paris, épuisé par la fièvre, dénué de ressources, il dut, pour soutenir les siens, s'engager au service de l'agence Havas, pour un voyage à Madagascar. Ces fatigues nouvelles l'achevèrent ; ramené de force par la maladie, il mourut à Marseille en janvier 1896.
Au moment où Fabert parcourait le Trarza, le ministère des Colonies confiait à Gaston Donnet la mission de reconnaître l'Adrar, en passant à travers le pays Trarza et les territoires des Oulad-Bou-Sba et des Oulad-Delim. de séjourner à Rio de Oro, puis de s'en aller de là au Nord-Est jus-
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qu'à Tindouf et de là au cap Juby. Ce programme était intéressant. Malheureusement, il ne fut pas rempli et la relation de Donnet est presque aussi inexacte que les premiers rapports de l'ichtyologue Gruvel dont nous parlerons plus loin.
La mission organisée en 1900 pour l'étude de la Mauritanie par Blanchet, chargé des études géographiques et Dereims des études géologiques, mérite, par contre, une certaine attention. Elle se proposait d'étudier la sebkha (saline) d'Idjil et les dépressions environnantes ainsi que tout l'Adrar Tmar, pour y chercher les nitrates signalés par les précédents explorateurs. Le haut intérêt économique de cette entreprise avait décidé plusieurs banques importantes à se charger des frais de l'expédition.
La mission Blanchet, partie de Saint-Louis en mars 1901, suivit d'abord le long du littoral la ligne des puits de l'Aftout, en remontant au nord vers Bilaouak, à travers une région de salines nombreuses, déjà exploitées par les indigènes pour leurs besoins particuliers.
Après Bilaouak, la mission tourna à l'Est, vers la dépression de Timardine, où elle étudia les dépôts de soufre provenant de la décomposition des gypses, très abondants en ces parages, puis, toujours à l'Est, en traversant des dunes basses vers Touisikt où habite le fameux marabout Saad-Bou, et, plus loin encore, à l'orient toujours, à travers une vaste plaine basse et pierreuse, jusqu'aux collines de calcaire noir qu'on appelle la muraille de l'Adrar, étudiant sommairement la constitution géologique de ces régions qui se prolongent en plateau vers Chinguetti à l'Est, vers Bakel au Sud et la sebkha d'Idji au Nord.
Arrivée à Atar, la mission reçut un bon accueil de l'émir Mokhtar Ould-Aïda ; mais l'autorité de ce chef était contestée. Habilement exploité par ses ennemis, le fanatisme de la population fit violemment explosion : le convoi fut pillé, les documents confisqués et détruits; la plupart des tirailleurs lâchement abandonnés par le lieutenant Jouinot- Gambetta, qui suivit Blanchet chez l'émir, furent massacrés
et ceux qui restaient purent s'échapper et gagner Saint- Louis. Les trois voyageurs qui composaient la mission, enfermés dans des cages, demeurèrent en captivité pendant plus de deux mois et demi. Le grand marabout Saad Bou. vénéré dans tout FAdrar, leur fît rendre la liberté. Mais la mission n'avait pu remplir son but, puisqu'Atar, où elle fut ainsi brusquement arrêtée, se trouve à 2.o0 kilomètres en deçà de la sebkha didjil, dont elle devait étudier les nitrates.
L'œuvre de (^oppolani. — Nous arrivons maintenant au véritable initiateur, à celui qui fut en réalité le créateur de la Mauritanie française.
En 1898, le général de Trentinian, gouverneur du Soudan, homme remarquable aujourd'hui trop oublié, qui comprit avant tout la possibilité de mettre le Soudan en valeur par les cultures de coton et les exploitations minières, se rendit compte de l'importance qu'il y aurait pour nous, pour la sécurité de notre colonie du Sénégal, à savoir ce qui se passait dans les milieux musulmans, d'y nouer des intelligences afm de relever notre prestige fort amoindri dans l'esprit des indigènes par ce fait que nous avions consenti à payer aux chefs des tribus riveraines du Sénégal certaines sommes appelées coutumes, afin d'obtenir leur garantie pour la sécurité de nos territoires et de notre navigation sur le fleuve. Ils observaient fort mal la convention, se bornant à toucher l'argent qui. dans l'esprit simpliste des indigènes, prenait ainsi un air de tribut payé par les roumis aux vrais croyants.
Pour l'œuvre de conquête morale qu'il se proposait, le général de Trentinian demanda au gouverneur général de l'Algérie de lui envoyer un homme sûr, parlant Tarabe et très au courant des mœurs maraboutiques. On lui désigna Xavier Coppolani, un Corse, jeune encore, alors administrateur de commune mixte en Alfjérie, mais dont la haute valeur dépassait de beaucoup cet emploi. Déjà connu par une mission au Soudan, il venait de publier un savant ouvrage sur les confréries musulmanes (1898).
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Dès la fin de l'année, Goppolani se mit à l'œuvre. Sans escorte, il parcourut les tribus maures de la rive droite du Sénégal, sachant se faire bien accueillir partout, se liant d'amitié avec les chefs renommés jusque là comme les plus hostiles à la France, gagnant la confiance des plus fanatiques grâce à sa profonde connaissance de l'arabe et des choses musulmanes.
Il revint avec cette conviction que nous pouvions, par la seule puissance morale, conquérir ces peuplades réfractaires à retrancher, et mettre un terme à la fâcheuse situalion créée par nous du fait de ces subventions humiliantes et inutiles, chose d'autant plus désirable qu'une expédition militaire serait mal vue en France et présenterait, d'ailleurs, des difficultés presque insurmontables à cause de notre ignorance du pays et de la mobilité de l'adversaire que nous aurions à combattre, et qu'un insuccès même partiel, nous attirerait à tout jamais, le mépris de ces populations belliqueuses. Son plan était de profiter des divisions des tribus pour opérer l'œuvre de pénétration pacifique, de gagner certains chefs plus intelligents et plus faciles, et d'arriver par l'influence de ceux-là, à l'apaisement général.
Il faut ici se souvenir que les tribus maures de ces régions se distinguent en deux classes : les tribus maraboutiques vivant d'agriculture et d'élevage et qui, respectées à cause de la vénération qu'inspirent leurs chefs religieux, n'ont pas cru nécessaire de s'armer pour la défense, et les tribus guerrières dont le pillage et le banditisme constituent les seuls moyens d'existence.
Avant notre installation au Soudan, ces tribus guerrières épargnaient, en effet, les tribus religieuses de leur race, se bornant à exercer leurs rapines chez les peuplades noires. Mais du jour oîi, notre autorité étant fortement établie dans la contrée, ils s'y heurtèrent sur nos territoires à nos postes et à nos troupes, ces tribus guerrières se mirent à razzier leurs sœurs, les tribus maraboutiques, qui, trop faibles pour se défendre matériellement malgré la puissance morale dont elles disposent, en conçurent une grande colère, et contre les tribus pillardes et contre les Français.
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Goppolani, au cours de son voyage de 1898-1899, se lia avec les chefs de ces tribus maraboutiques et leur démontra que notre établissement dans leur pays, tout en ne portant nulle atteinte à leurs sentiments religieux, les mettrait pour l'avenir à Fabri des razzias ; il leur fil promettre de consacrer leur influence au service de la France.
Rentré à Paris, il s'efforça, sans se laisser arrêter par les partis pris et les mauvais vouloirs, avec l'inlassable obstination des convaincus, de convertir le gouvernement à ses vues, et finit par persuader le ministre des Colonies, ainsi que M. Roume, le nouveau gouverneur général de l'Afrique occidentale.
Muni dès lors d'une qualité officielle pour traiter avec les chefs maures, il retourna (1902-1903) dans les tribus déjà parcourues au cours du précédent voyage.
Son succès fut aussi remarquable que rapide. Les marabouts des Trarza et des Brakna se rangèrent à notre cause, renoncèrent de bonne grâce à toucher les « coutumes », amenèrent même leurs populations à nous verser les impôts arabes du zekhat et de Yachour (impôts sur le bétail et sur les récoltes), nous demandant seulement d'assurer la sécurité de leur pays.
Peu après, les tribus guerrières à leur tour, se voyant isolées firent leur soumission aux mêmes conditions que les tribus maraboutiques. Tel fut le résultat merveilleux obtenu sans coup férir, avec une dépense qui n'excéda pas 400.000 francs, — résultat dont l'effet et le retentissement furent considérables dans les pays environnants et dans le monde islamique. Deux postes de spahis, installés des deux côtés de Podor, à peu près à égale distance, devaient suffire pour surveiller cette vaste région, jusque là réputée entièrement inculte et aride, mais que l'intrépide explorateur nous révélait boisée par endroits, cultivée par places, arrosée par ces bras morts du Sénégal qu'on appelle des marigots, et, pour tout dire, capable d'un avenir qu'on ne soupçonnait pas.
Lorsque, le 18 octobre 1904, un décret réorganisa sur
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de nouvelles bases notre colonie de l'Afrique occidentale, Coppolani fut nommé délégué du gouverneur général pour la Mauritanie, et c'était justice, car c'est par lui que cette région, hier encore inconnue et hostile, s'ouvrait à notre occupation, notre commerce, notre influence.
Coppolani ne s'arrêta point là. Dès 1904, il fut chargé d'une nouvelle mission dont le but était d'opérer une entente avec les peuplades des territoires qui s'étendent entre le Sénégal et le sud algérien. Avec une dizaine de compagnons, fonctionnaires et officiers, et une assez importante escorte de goumiers, de tirailleurs et de spahis, il se dirigea vers le Nord par le pays Tagant, où s'était étendu jadis le riche royaume des Gangaris, dont quelques vestiges subsistent encore au Sénégal sous le nom de Saracolais. et reconnut que, lorsque la pacification aurait supprimé les guerres et les pillages perpétuels, cette contrée aujourd'hui dévastée, mais naturellement fertile, deviendrait susceptible d'un rendement important.
La mission traversa Ras-el-Barka, la bananeraie florissante d'El-Haoussima, puis le territoire des Ida-ou-Aïch, oîi elle eut à lutter contre leur chef Barka, ennemi obstiné de la France, brisa la résistance de ces guerriers redoutables et s'installa enfin dans la capitale du Tagant, Tidjikdja. Un poste y fut construit. Là, bientôt on reçut la soumission des Ida-ou-Aïch, puis celle de la riche tribu maraboutique des Ida-ou-Ali.
Coppolani se proposait de pénétrer dans l'Adrar, d'y reconnaître les mines de sel et d"y créer une métropole saharienne qui deviendrait le centre d'un nouvel empire colonial français, édifié par la seule propagande de nos bienfaits pour les populations, puis de revenir à son point de départ soit par Tichitt à l'Ouest, soit par le chemin déjà parcouru, de s'embarquer à la baie du Lévrier pour aller s'entretenir à Dakar avec le gouverneur général de l'Afrique occidentale et de regagner ensuite la France, afin de soumettre à l'opinion de la métropole le résultat de ses travaux.
La Mat ritame. 2
Le coup de feu d'un bandit du désert brisa ces magnifiques espoirs. Dans la nuit du 12 mai 1905, Xavier Coppolani fut assassiné dans son campement, près de Tidjikdja, au cours d'une attaque de Maures envoyés par Ma-el-Aïnin, lé marabout de la Seguiet- el-IIamra, ce grand centre d'agitation où l'effervescence du fanatisme islamique fermente sous le soleil pour aller se répandre jusqu'aux koubbas de l'Adrar et aux douars de l'Atlas.
Ce meurtre était si bien le signal d'une entreprise concertée que, peu après, les Iribus dissidentes vinrent mettre le siège devant Tidjikx:lja ; elles furent repoussées avec pertes, et l'occupation du Tagant s'en suivit. Nos troupes se saisirent des ksours et des oasis, et ainsi fut rapidement amenée la soumission des tribus qui nomadisent dans la contrée.
Coppolani avait formulé cette phrase qui résonne avec un accent prophétique : « Au Sahara, celui qui tiendra les palmeraies tiendra les nomades. » C'est en se basant sur ce principe que, l'année suivante, le capitaine Cauvin et le lieutenant Cordier ont, en suivant la route des puits, pu repérer les points où les tribus errantes et pillardes des Maures se rallient et se concertent pour organiser les razzias et se précipiter sur les villages noirs pour le pillage des tentes et l'enlèvement des femmes et des enfants.
Notre occupation et la création du poste de Nouakchott, élevé en 1903 par Coppolani sur la côte, à l'extrême-sud du banc d'Arguin, a forcément amené les voyages réitérés de plusieurs officiers et fonctionnaires de Saint- Louis à Nouakchott, à travers la région Trarza qui s'étend le long de l'Océan, au-dessus du fleuve Sénégal. Mentionnons les commandants Frèrejean, Galland, Beck et Garnier. les résidents civils Mère et Théveniaut. Des officiers méharistes ont poussé des reconnaissances plus au nord : le capitaine Berger a été à Touizit, à Akhjoucht ; en ce dernier point encore, les capitaines Monhoven et Repoux, les lieutenants Coutance et Labonne (1907).
En janvier 1908, le lieutenant Schmidt, parti d' Akhjoucht
l'œuvre des explorateurs 1 0
avec les méharistes qu'il commandait, opérait une reconnaissance dans le Tijirit, l'Agneilir, l'Asfal, allait jusqu'au cap Mii'ik ou Timiris, explorait la côte au nord de ce cap, la baie de Saint-Jean et l'île de ïidra. L'impression de cette tournée rapide, montrant ce que nous pouvons faire comme opération de police, fut d'un excellent effet dans cette région où l'on n'avait jamais vu d'Européens, Enfin, de Port-Etienne, poste et pêcheries construits en 1906 au nord du cap Blanc, les lieutenants Berthomé et Ghabrier allaient visiter les parages de la baie du Lévrier et en reconnaissaient les puits dans la région nord et sud.
En 1908 également, la mission Gruvel et Ghudeau allait de N'Diago à Port-Etienne avec une caravane et une escorte de tirailleurs sénégalais dans le but de visiter la région au triple point de vue industriel, scientifique et économique, reconnaissant les salines et les puits et relevant la configuration de la côte du cap Timiris sur la baie de Saint-Jean au cap lonick au sud de la baie d'Arguin.
La campagne du colonel Gouraud dans V Adrar. — La campagne menée en 1908-1909 par le colonel Gouraud, aux fins d'une opération de police, dans l'Adrar, jusque là si mal connu, peut être considérée, à bon droit, comme une véritable exploration militaire et géographique, une des plus importantes et des plus dignes d'admiration.
L'Adrar est ce pays montagneux qui domine au nord nos possessions d'Afrique occidentale ; suffisamment pourvu d'eau, cultivé en céréales, ombragé de palmeraies, bien peuplé, très religieux, il est comme la place d'armes des tribus guerrières qui viennent s'y ravitailler et s'y concerter, la citadelle du fanatisme musulman dans ces territoires. Devant nos progrès, toutes les tribus réfractaires à notre influence s'y étaient réfugiées. Dans le courant de 1908, les attaques parties de là contre nos postes et contre les campements des tribus soumises du Tagant et du Brakna devinrent presque incessantes.
Il était de la plus grande importance pour nous, au point de vue de la surveillance et de la sécurité de nos colonies
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de la rive gauche du Sénégal, de mettre fin à cette situation.
Le gouvernement de l'Afrique occidentale demanda donc les crédits nécessaires, non pas pour une conquête ou pour une nouvelle extension de nos possessions africaines, mais seulement pour « une opération de police destinée à réduire les tribus dissidentes ». Il fallait cependant s'attendre à ce que cette opération ne pût s'effectuer sans une occupation temporaire de l'Adrar.
La colonie ne demandait que des subsides ; sans faire appel à une augmentation de cadres ou à de nouveaux contingents européens, elle disposait par elle-même de moyens suffisants pour entreprendre raction contre l'Adrar. On renforça les troupes d'occupation de la Mauritanie par le recrutement d'un contingent indigène de 250 tirailleurs sénégalais et un prélèvement sur les garnisons voisines du Sénégal.
Le colonel Gouraud, commissaire du gouvernement en Mauritanie, fonction qui comporte le commandement général des troupes, fut chargé de diriger l'expédition.
Le colonel Gouraud, brillant officier déjà connu de tous nos Africains, avant d'être appelé au commandement des troupes expéditionnaires de Mauritanie, avait commandé au Soudan ; il avait vaincu l'indomptable Samory qui depuis deux ans luttait contre nous, administré le Tchad pendant trois ans, et surmonté par sa vigilance et sa fermeté, toutes les difficultés de l'organisation d'une conquête nouvelle.
La colonne se forme pendant le cours du mois de novembre au poste de Moudjeria, au sud de la falaise du Tagant, sur la route de ravitaillement de Tidjikdja. Huit cents tirailleurs sénégalais avec leurs sections de méharistes, un peloton de cavalerie, une section d'artillerie de montagne, une de mitrailleuses, un goum de cent auxiliaires méharistes maures, une compagnie de volontaires noirs toucouleurs, la composent, soil à peu près un millier d'hommes, plus un convoi important d'environ trois mois de vivres.
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Officiellement constituée le 1®' décembre 1908, la colonne se mit en marche le o, vers TAdrar, par la route de Ksarel-Barka et de Talorza, dans un ordre parfait, obéissant à la lettre aux ordres de son chef qui avait tout pesé et tout prévu.
Le \2 décembre, le colonel était à Aïn-el-Khadra, à Touest de Tidjikdja oii il avait préparé son ravitaillement, opération difficile, car il était nécessaire d'emporter avec soi vivres, eau et tous approvisionnements nécessaires pour Fentretien d'un millier d'hommes ; le 22, au bout de quinze jours de marche jDénible, en pays montagneux, on était à Oudjeft, au cœur du massif de l'Adrar, sans qu'aucun parti de Maures eût encore osé attaquer et sans autre perte qu'un sous-officier indigène disparu dans une reconnaissance.
Quatre jours après, le groupement maure qui avait tué ce maréchal des logis, vint se heurter à la colonne et laissa quinze des siens dans l'escarmouche, nos pertes n'étant que de moitié. Le 27, la colonne étant à 20 kilomètres de Jagref, au puits d'Amatil, vit apparaître de nouveaux groupements ennemis dans la direction d'Atar, la grande ville trafiquante et la capitale politique du Tagant. Le 28, ils se dispersèrent.
Le colonel laissa au camp d'Amatil le capitaine Bablon avec un fort contingent et, à la tête d'une colonne légère, partit pour opérer le 1®' janvier 1909 sa jonction à Arasisa avec le commandant Frèrejean qui avait ordre d'évacuer Akhjouft pour se joindre à la colonne et arriva, en effet, à sa rencontre après deux engagements, le 27 et le 28.
Avec les deux détachements ainsi réunis, le colonel Gouraud retourna au camp d'x\matil. Dans l'intervalle, le capitaine Bablon y avait subi l'attaque acharnée de quatre cents Maures, qu'il avait victorieusement repoussés en leur tuant beaucoup de monde. Puis le colonel rentré à Amatil le 6, se dirigea de là vers Atar avec toutes ses forces.
Posté dans le défilé d'Hamedoun, renommé comme imprenable, l'ennemi barrait la route d'Atar: le 8, le défilé
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fut forcé dans un combat auquel assistait le cheikh Assoun, un des nombreux fils de Ma-el-Aïnin, notre farouche adversaire. Il partit le soir même pour aller demander du secours à son père et au sultan du Maroc. Les tribus se dispersèrent dans la montagne. Le 9 Janvier à 8 heures, le colonel Gouraud arrivait devant Atar ; le drapeau blanc flottait, en signe de paix, sur la ville, dont la soumission fut acceptée. Le colonel y établit son centre d'opérations et envoya le détachement Frèrejean on colonne légère poursuivre aux alentours les campements signalés.
En effet Ould-Aïda, sultan de l'Adrar, occupait Yagref au sud, avec un fort parti de guerriers, un autre chef se tenait dans la montagne, entre Oudjeft et le centre religieux de Ghinguetti.
Gependant, les peuplades sédentaires qui, avant notre arrivée, s'étaient enfuies par crainte des pillages des tribus guerrières, revenaient plus nombreuses et disposées à se rallier à des protecteurs. Quant aux Regueibat, du Tiris, alliés des tribus de TAdrar, abandonnant la lutte, ils s'en retournaient dans leur pays.
Le io janvier, le commandant Claudel avec deux compagnies et un peloton de spahis, un canon et plusieurs mitrailleuses, partit pour aller chercher à Talorza le convoi délivres qui devait le même jour partir de Moudjeria. La nuit suivante, le capitaine Bablou allait avec deux compagnies reconnaître les alentours du campement d'Yagref en vue de l'attaquer.
Le 47 février, le colonel Gouraud, à son tour, quittait Atar en y laissant deux compagnies et un canon, afin de faire lui-même, avec une colonne légère, des rondes dans les environs. L'état moral des habitants du ksour d'Atar et des alentours immédiats, était satisfaisant. G'est que la politique du colonel avait été. avant tout, une œuvre de pacification ; nombre de tribus se décidaient à poser les armes et à payer une amende. Les tribus rassemblées dans FLichiri, autour de 1 émir de l'Adrar, paraissaient ébranlées ; beaucoup inclinaient vers le parti de la soumission. L'oc-
l'œuvre di:s kxplohatkiks " 2^-J
cupation de la ville d'Atar avait causé dans tout le paya une impression profonde. Les convois circulaient librement entre Moudjéria et Atar.
Le 10 mars la colonne était à 20 kilomètres dWmatil au camp de ïeintana, recevait encore la soumission de plusieurs tribus ; le 17, elle arrivait au puits d'Agueil-el-Kacbba, à l'endroit où, l'année précédente, au même jour, le capitaine Repoux était tombé dans un combat. Sur un tertre s'élevait une croix faite avec des canons de fusils pris à l'ennemi ; un écriteau y était fixé rappelant que le capitaine Repoux, commandant du poste d'Akhjouft, avait été tué là dans l'attaque d'une bande envoyée par l'émir de l'Adrar, le 16 mars 1908.
La colonne s'arrêta ; le colonel Gouraud mit pied à terre, un drapeau tricolore fut planté sur la tombe, et, sous ce ciel brûlant, sur cette terre hostile, les troupes s'alignèrent pour la parade funèbre. Là, dans le souffle ardent venu du Sahara, sur la plaine nue et roussie qui ondule avec ses buissons desséchés comme un océan de sable, où les montagnes du Tagant dessinent à l'horizon leurs blocs déchiquetés et leurs pics rougeoyants, le colonel, en quelques mots vibrants, rappela l'œuvre accomplie déjà, exposa l'œuvre à accomplir encore. Et la colonne reprit sa marche.
Dans les divers campements, on continuait à réduire des résistances et à recueillir des soumissions. Le 10 avril, le capitaine Dupertuis, avec les méharistes du lieutenant Paquette, surprit près de Lebba un groupe de Regueibat, demeurés auprès de l'émir de l'Adrar ; ils s'enfuirent, mais par deux fois revinrent à l'attaque de nos troupes, furent deux fois repoussés et finalement poursuivis en déroute.
Quelques semaines après, le campement de Rhasseremt, non loin du poste d'Akjoujt, où le capitaine Bablon, avec quelques tirailleurs, était allé reconnaître et surveiller des points d'eau, fut attaqué par des émissaires de Ma-el-Aïnin, bien supérieurs en nombre. Ceux-ci, à la faveur de la nuit très obscure, s'étaient glissés jusqu'à la zériba (clôture de branchages). Bablon, debout au premier coup de feu, se
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jeta aussitôt dans la mêlée. Une balle à bout portant létendit raide sur le sol ; en même temps, son ordonnance indigène était frappé près de lui. Vigoureusement chargé par le capitaine Dupertuis et le lieutenant Violet, accourus au secours, l'ennemi s'enfuit en désordre en laissant de nombreux morts sur le sol et fut poursuivi pendant plusieurs kilomètres. Mais cette victoire était chèrement payée par la mort de l'intrépide capitaine Bablon qui, depuis le début de l'expédition, s'était maintes fois signalé par son courage et son habileté à déjouer les manœuvres des guerriers maures.
En juillet, au moment de la récolte des dattes, qui ramène forcément les tribus vers les oasis, FofFensive, projetée pour cette époque par le colonel Gouraud s'engagea en même temps par Atar et Chinguetti. Le 28, dans la palmeraie de Ksar-Teurchane, à vingt kilomètres d'Atar, nos troupes abordaient un gros parti ennemi commandé par l'émir Ould-Ahmed-Aïda ; un des fils de Ma-El-Aïnin les avait amenés là sous couleur d'y cueillir les dattes ; mais la colonne légère du capitaine Dupertuis les mit en déroute. Chassés en désordre de la palmeraie, ils abandonnèrent armes, bagages, bétail. Mais là tomba le jeune et vaillant lieutenant ^ iolet, qui s'était déjà signalé au Tchad. Après avoir envoyé des détachements dans toutes les directions afin d'achever la poursuite, le colonel rentrait à Atar, pour se diriger de là sur Oudjeft.
En même temps, le commandant Claudel entrait dans Chinguetti, la capitale religieuse de l'Adrar, et y recevait un accueil enthousiaste. Devant Oudane, il refoulait et culbutait les Ouled-Gheïlane, le 31 juillet. Puis il prenait des mesures pour, couper la route à ces fuyards. Le 4 août, au point du jour, il les surprenait en un point appelé El- Malha, où l'émir ennemi avait dressé ses tentes, et les mettait en fuite.
Le capitaine Dupertuis, opérant sa jonction avec le commandant Claudel, obtenait dans la poursuite un autre succès : le .o août, à Aghmadou, un des corps de fuyards
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demandait l'amàn, déposait ses armes et rendait ses montures. Le 9 août, Claudel entrait dans Oudane et y recevait la soumission des Ouled-Glieïlane qui remettaient, avec leurs fusils, une contribution de guerre. La colonne légère du capitaine Dupertuis, se portant par une marche rapide sur la région Tourine-Erguya, malgré la mauvaise saison et les difficultés du pays, surprit le 13 août, au puits de Tourine, l'émir dissident Ouid-Aïda, entouré de tribus Regueïbat, Fémir s'enfuit devant lui, abandonnant sa famille, ses bagages et ses bestiaux.
Le grand succès de ces opérations menées avec la plus grande sûreté de vues et la plus grande précision de mouvements précipitait le mouvement de pacification. Les échecs subis par Fémir Ould-Aïda et par les partisans de Ma-el-Aïnin avaient, à tel point, frappé les populations que la tribu des Ammonis, chargée par privilège de nommer les émirs, fit proposer au colonel Gouraud de remplacer Ould-Aïda, le vaincu d'El-Madha et de Tourine, par Sidi- Ahmed, fils de l'ancien émir, détrôné depuis quelques années à cause de son amitié pour Coppolani et sincère ami de la France qui habitait depuis alors sur notre territoire. L'influence de Ma-el-Aïnin, le marabout de l'oued Smara, pâlissait maintenant devant celle du marabout local, Cheikh Sidhia, tout dévoué à notre influence.
Le colonel Gouraud donna l'investiture au nouvel émir, dans l'espoir qu'avec lui les musulmans verraient que FIslam peut vivre paisible sous la protection de la France et avisa le gouverneur de l'Afrique occidentale que son rôle était près d'être terminé (12 septembre 1909). Nos succès de Ksar-Teurchane, d'Ouadane, d'El Malha, de Tourine, permettaient d'affirmer la fin prochaine des opérations. Le calme était rétabli, le pays débarrassé des dissidents qui avaient rendu ce travail nécessaire. Toutes les tribus de l'Adrar étaient soumises ; seuls, quelques fragments s'étaient retirés au nord, espérant un secours du Maroc.
En octobre, le i^ros de la colonne redescendait vers le Sénégal, ne laissant dans l'Adrar que les méharistes néces-
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saires pour organiser les goums qui devaient faire la police du pays. Une compagnie de tirailleurs à Atar, une autre à Cliinguelti restaient pour consolider Toeuvre accomplie et pour soutenir nos partisans chargés de défendre le pays contre de nouvelles attaques des pillards, jusqu'à la paix définitive.
Dix mois de campagne et quinze cents hommes avaient suffi au colonel Gouraud pour obtenir ces résultats merveilleux. De décembre à octobre, en dépit des difficultés matérielles de toutes sortes — nécessité du ravitaillement à grande distance, s'effectuant à cinq cents kilomètres au delà de la base fluviale du Sénégal, dans un pays dénué de toutes ressources, avec des moyens de transport insuffisants, sans parler des difficultés militaires, de la lutte avec un ennemi essentiellement mobile et insaisissable qui se dérobe longtemps, puis fond tout à coup sur son adversaire, au moment qu'il a choisi lui-même, — malgré toutes ces circonstances adverses, le colonel Gouraud avait exécuté toute sa campagne d'après le plan même qu'il avait arrêté avec Une perspicacité, une habileté, un sang-froid incomparables.
Rentré à Atar le 28 septembre, le colonel en repartait au début d'octobre pour Chinguetti. Il confia les affaires de l'Adrar au commandant Claudel et se mit en route pour Tidjikdja et Dakar.
Une reconnaissance fut opérée encore jusqu'à la sebkha d'Idjil, qui eut un grand retentissement dans toute la Mauritanie. En décembre, Ould Moktar, du Trarza, dissident depuis l'assassinat de Coppolani, fit sa soumission et remit les armes qu'il avait prises au combat d'Agouichicht. On attendait la soumission de Mohammed bou Bakar, dissident brakna. Et le bruit courait que Ma-el-Aïnin et ses fils avaient quitté Smara pour se retirer à Tiznit au nord de l'oued Noun .
De iOiO il i9i^. — Au mois de janvier d910, le colonel Gouraud rentrait à Dakar et, de là, après un voyage sur les côtes du Maroc, retournait en France. En février, le lieu-
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tenant-colonel Patey prenait la direction de la Mauritanie, chargé de la réorganiser sur des bases nouvelles. La bande de la rive droite du Sénégal, habitée par des populations noires, devait être rattachée aux cercles de la rive gauche.
L'ensemble du projet de réorganisation distinguait les territoires de la Mauritanie en deux sortes : d'une part les terrains de culture avoisinant le cours du fleuve Sénégal, c'est-à-dire les pays connus du Trarza, des Brakna, le Tagant et l'Adrar qui devaient être soumis aux règles de l'administration actuelle ; d'autre part, une région de protectorat comprenant l'utilisation des guerriers et chefs des tribus maures, groupés sous le contrôle de quelques chefs supérieurs investis par nous, acceptés par les djemmaâ et responsables de la sécurité qu'ils doivent assurer sur leurs territoires avec leurs propres forces appuyées, au besoin, sur les nôtres. Ainsi une paix durable peut régner du Sénégal à l'Adrar, et les adversaires d'hier deviennent peu à peu les auxiliaires de demain, organisés militairement à l'exemple des tribus du sud-algérien.
Dans sa première tournée à travers les cercles du Brakna, du Tagant et du Gorgol, le lieulenant-colonel Patey reçut encore à Moudjeria la soumission de l'ancien chef des Idaou-Aïch, dissident depuis la mort de Coppolani, et les nomades rebelles du Hodh lui envoyèrent demander l'autorisation de parcourir les territoires soumis à notre influence qu'ils reconnaissent (mars-juin).
Au commencement de 1912, une tournée de police fut effectuée dans cette région du Hodh. Les postes de la Mauritanie, voisins de cette contrée, ainsi que ceux du Haut- Sénégal et du Niger, se sont mis en relations avec ces peuplades. Les méharistes de nos deux colonies aussi, au cours des tournées de ces nomades, ont pu se rapprocher d'eux. Mais jusque là nulle règle précise n'avait été posée pour les zones d'influence de l'une ou de l'autre des deux colonies sur ces terrains encore inexplorés.
Un décret du 23 avril 1913 a arrêté comme frontière
entre la Mauritanie et la colonie du Soudan (Haut-Sénégal- Niger) le cours du Karakoro (marigot du Sénégal) jusqu'à Kankossa, ensuite une ligne qui passe par les puits de Ghik et de Oumou, puis à Aïoun Latrous et traverse le Hodh jusqu'au puits d'Ariatane.