CHAPITRE II
Situation, limites, étendue. — L'antiquité appelait Mauritanie la région de l'Afrique située à l'ouest du Muluchas (Moulouya) sur la côte nord-ouest de l'Afrique, le long de la Méditerranée et de l'Atlantique, qui forme aujourd'hui l'Algérie et le Maroc. Mais le pays qu'on désigne maintenant sous ce nom est la colonie française dépendant du gouvernement de l'Afrique occidentale que bornent au sud le fleuve Sénégal, au sud-est le marigot de Karakoro, à l'ouest l'Océan Atlantique.
En octobre 1904, la limite nord des territoires occupés était formée par une ligne imaginaire passant par les postes de Nouakchott, Boutilimit, Aleg, Mal, Moiut, M'Bout, Selibaby ; on avait, de plus, pénétré au nord de M'Bout jusqu'au Gorgol noir et à 140 kilomètres nord d'Aleg jusqu'à Ghoggar. Mais les opérations qui ont eu lieu depuis ont modifié ainsi la limite nord : une ligne idéale qui, commençant sur la côte océanique à 60 kilomètres au-dessus du poste de Nouakchott, s'en va rejoindre à l'est le massif du Tagant à la hauteur du parallèle de Tidjikdja et se continue ensuite à 50 kilomètres nord au-dessus de Rachid et Tidjikdja. La superficie en est environ d'une centaine de mille de kilomètres carrés. Il faut y joindre au-dessus de cette ligne la presqu'île du Gap Blanc et la région de la baie d'Arguin.
On donne aussi par extension le nom de Mauritanie aux régions environnantes habitées également par les tribus maures.
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Nous possédons une carte de la Mauritanie, dressée en 1909 au 1/d.OOO.OOO par le capitaine du génie Gérard, du Service géographique des colonies. Une autre carte des régions nord a été publiée à la suite de l'expédition de l'Adrar d'après les observations des officiers, par le capitaine du génie Gérhardl, les lieutenants Magnier-Poliet et Gouspy. Le lieutenant Faivre a coordonné les itinéraires du capitaine Beugnol. des lieutenants Schmitt et Chapsal pour les régions Zoug, Atar, Idjil, Adrar-Sotof, Port-Etienne. Pour les régions occidentales il existe une carte manuscrite du lieutenant Bourguignon, relevant les environs de Chinguetti que complètent les itinéraires du capitaine Verdier. Pour le ïagant, les renseignements recueillis par les lieutenants Marquenet et Marlin ont complété la carte manuscrite dressée par le lieutenant Ernest Psichari «n résumant les éléments anciens. Enfin le capitaine Doury a donné un intéressant groupement d'indications sur les régions mal connues, intermédiaires entre la Mauritanie, le sud-algérien et le sud-marocain.
Munis de ces connaissances, nous pouvons aujourd'hui considérer la Mauritanie comme un tout géographique complet, étendu entre le 16° et le 21° de longitude ouest, entre le 13° et le 19" de latitude nord, touchant au nord-ouest la colonie espagnole du Rio de Oro, au sud la colonie française du Sénégal, au sud-est notre colonie du Haut-Sénégal-Niger, à l'est le Soudan et le Sahara dont la séparent les massifs montagneux (Adrar, Tagant Regueïbat). Mais du côté septentrional le pays mauritanien n"a point de limites si nettement déterminées : au nord de l'Adrar, une vaste étendue désertique va rejoindre les régions de l'extrême-sud marocain entre le parallèle de Port-Etienne (21**) et celui de l'oued Noun (29°) et les tribus maures qui le parcourent ont l'habitude de planter leurs tentes, suivant le changement des saisons et les caprices du climat, depuis la baie française d'Arguin et l'Adrar, désormais soumis à notre influence, jusqu'à la Seguiet et Hamra, parfois jusqu'à l'oued Dràà, et parfois même jusqu'à Aouguelmin dans le Sous.
Montagnes et plateaux. — A Test et a;i nord, celle région maurilanienne est dominée par une série de massifs rocheux qui, se prolongeant depuis les montagnes de Médine, près de Kayes, sur la rive droite du Sénégal et de l'autre côté du marigot de Karakoro, dans la colonie française Haut-Sénégal-Niger, l'encadrent jusqu'à l'Océan en dressant une barrière entre elle et les régions tout à fait arides du Sahara.
Non loin de l'Atlantique, sur le 23® parallèle, est situé le massif du Tiris dont dépend la colonie espagnole du Rio de Oro, au nord de Port-Étienne et de la baie du Lévrier ; le Tiris une des parties les moins ensablées de la contrée, avec des puits abondants et nombreux et des oueds au pied des hauteurs ; le Tiris, succession de plateaux granitiques percés, çà et là, de blocs aigus, qui dominent à l'est des dunes de granit, à l'ouesl des crêtes schisteuses. On sait que le piton de Zoug atteint 180 mètres de hauteur, et ce n'est pas le point culminant de la chaîne.
Le Tiris est bordé de massifs moins importants et d'une composition géologique à peu près analogue : à l'est, l'Adrar Sotof avec ses crêtes de quartz et la Kondiat d'Idjil aux crêtes plus serrées et plus hautes, près de sa sebkha (saline), dont la production atteignait jadis, chaque année, le montant de dix mille chargements de chameaux, expédiés jusqu'à Sagou, et jusqu'à Sheima, mais bien tombé aujourd'hui avec la concurrence des sels européens. A l'est d'Idjil l'érg Harrinami descend rejoindre au sud les dunes de l'Azefal. Au nord-ouest du Tiris, c'est le massif schisteux du Zoumoulet les roches de grès de l'Akhrab, séparé de la Seguiet el Hamra seulement par le Reg-el-Abiod (re^, plaine dénudée couverte de cailloux). Dans ce Reg-el-Abiod, le petit plateau de Bir-el-Kadj, qui porte les ruines d'une ancienne forteresse portugaise, est à huit jours de marche de la Seguiel-el-Hamra.
Au sud-ouest du Tiris, deux chaînes de dunes appuyées sur des saillies rocheuses, franchissables seulement en leur extrémité, TAzelial el l'Akchar, s'en vont du côté de
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l'Océan, séparées par une plaine étroite et allongée, le Tijirit. Au sud-est du Tiris, une grande plaine sablonneuse, appelée l'Anasejga, le sépare de TAdrar. Cette plaine contourne au nord-est le pied de l'Adrar jusqu'à Akjouft et se continue vers le sud-ouest jusq'u'à Nouakchott, par une longue vallée presque inhabitée, à la végétation fort rare et à peu près dépourvue de points d'eau, Tlnchiri, qui forme un chemin naturel de l'Adrar à Nouakchott.
A l'est de l'Amsejga le massif de l'Adrar se dresse, le massif de l'Adrar-Tmar ou mauritanien, que le colonel Gouraud a comparé à une citadelle de pierre au milieu des sables. De hautes falaises, la plupart inaccessibles, le limitent au sud et à l'ouest, falaises qui, se divisant à Amatil, envoient un embranchement au nord vers Idjil, un autre vers le nord-est qui passe près d'Atar et s'en va, très loin, entre les dunes d'El Maghteïr et les dunes dOuadan, jusqu'au massif granitique d'El-Egbab. Cette falaise, El Hank, peu connue dans sa partie orientale, d'un très haut relief, coupée çà et là de sources et de points d'eaux autour desquels poussent de florissants bouquets de palmiers, se détache d'El Egbab et court parallèlement aux ergs de l'Iguidi ; région montagneuse et aride, qui s'étend au sud de la grande hammada, allongée au sud des dernières régions marocaines, à travers une contrée non parcourue encore par les Européens et dans laquelle on ne rencontre, disent les indigènes, que des gazelles, des mouflons et des autruches ; zone de terres immenses, inexploitées et presque inhabitées qui va rejoindre, au nord, la suite des hammadas limitrophes du Drââ et du Tafilalet, à l'est l'erg Iguidi, l'erg Ech Chech, les oasis du Touat et de Gourara et Sidi Abbès, à Touest les régions de la Seguiet el Hamra et le Rio de Oro, à travers l'erg Moughtir.
A l'est de l'Adrar, les plateaux qui couronnent la falaise s'abaissent et vont se perdre dans l'erg de El Makhteïr au nord, l'erg El Ouarane au sud. Entre ces plaines et ces plateaux qui sont, en somme, des prolongements de l'Iguidi, s'étend, au sud du Dhar Adrar, une région de hautes'dunes
blanches d'où émergent, çà et là, des mamelons granitiques et des sommets rocheux qu'on appelle Agneitir.
Au sud de ces régions le plateau de Charania se développe jusqu'à xAgheit el Mahdi et peut-être plus loin. Au nord. du Charania, une longue dépression, très étroite à l'est, et comparable à une entaille coupée dans la falaise de grès, le Khat, court vers le sud-ouest en sélargissant jusqu'à devenir, vers Aïn-Khedra et Talorza, une vallée bien pourvue d'eau avec des sources et une rivière. Au sud-est du Khat et de FAdrar, c'est un grand plateau sablonneux, parsemé de dunes où poussent des euphorbes, l'Adafar, qui, en se prolongeant vers l'est, se recouvre de dunes blanches et mouvantes qu'on suppose rejoindre le Djouf.
A l'ouest de l'Adafar, au sud du Khat qui le sépare de l'Adrar, s'élève le massif du Tagant traversé par le 18" degré de latitude nord ; d'un relief moyen de 150 mètres, le Tagantdresse, sur son flanc ouest, des escarpements rocheux dont quelques brèches, rares et difficiles, permettent à peine la traversée aux convois montés : Dikhel au nord, Foum el Batha au sud; quant aux passages abrupts de Moudjéria, N'Drinaïa, Soumas, Garaoual et Louth, les seuls piétons peuvent les franchir.
Au nord, le plateau de grès du Tagant s'abaisse insensiblement jusqu'au Khat par des pentes ensablées ; à l'est, il s'en va rejoindre le Dahar-Tichitt, à 250 kilomètres de Tidjikdja, lequel, d'après les indigènes, se prolongerait encore, dans cette direction, jusqu'à Oualata.
Dans sa région médiane entre Tidjdikdja et Moudjéria, le plateau se divise en trois gradins, le premier et le plus haut borné par une falaise en demi-cercle franchissable par très peu de passes dont la principale est Merkzem-Iferchat qui n'a que 40 mètres de large, le second, très étroit, limité par une falaise franchissable à Tin-Ouadin par un passage. abrupt de 15 mètres de large, tous deux entaillés à peine de quelques vallées. Le troisième étage, au contraire, est coupé de plusieurs vallées profondes et pourvues de rivières. Les points d'eau, d'ailleurs, se rencontrent
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assez fréquemment dans le Tagant, soil au fond des vallées, soit dans le creux des roches, ce qui permet des cultures de céréales et de pâturages en quelques endroits.
Dans l'Adrar, de même, la culture est possible dans certaines cuvettes des vallées ou des plateaux où, à la suite de pluies abondantes, s'accumulent des réserves d'eau. Les points cultivés les plus importants y forment, dans les vallées, de véritables oasis lorsqu'un défilé ou un barrage rocheux arrête les eaux et forme réservoir naturel, comme, par exemple, dans les vallées qui se déploient autour d'Atar.
Les points les plus hauts du Tagant sont vraisemblablement situés dans la région sud du massif, encore mal connue. El Hacera, pays peu accidenté, mais où la végétation dense et épineuse rend presque impossible de s'écarter des pistes tracées par le passage des voyageurs.
Une crête rocheuse, au sud, forme la limite entre le massif du Tagant et le plateau vaste et ondulé de Regueiba. à l'ouest duquel s'ouvre le passage de Dibindi.
Après le col de Dibindi une chaîne, rocheuse aussi, appelée Assaba, descend au sud du massif de Regueiba, au bord de la zone comprise entre le Sénégal et le Gorgol et dont l'aspect, un peu différent du reste de la Mauritanie, rappelle plutôt celui de la région soudanaise entre le Sénégal et le Niger,
L'Assaba envoie dans la direction du nord un rameau qui sépare le pays accidenté de l'Affola du Legdam. région de dunes dont est bordée la muraille est du Tagant. Un autre massif de hautes dunes, haut d'une cinquantaine de mètres, large de quatre-vingt-dix kilomètres, l'Aouker, continue le Legdam à l'est, en suivant le Dahar-Tichitt, Après l'Affola, viennent le R'kiz, puis l'Ajmanet, vaste région de sable qui s'étend vers l'Orient sur une longueur de trois journées de marche, limitrophe du Hodh. Aux confins de l'Aouker et du R'kis est le ksar de Toyba, qui fait partie du Tadjakant.
A l'ouest, le Tagant domine les grandes plaines d'allu-
vions du Brakiia, relevées aux abords du massif par des plateaux de grès et, coupées plus loin, parfois de crêtes de quartz.
Vers la côte de l'Atlantique existent aussi quelques plateaux moins importants : non loin du cap Timiris, l'Agneitir, haut seulement d'une quinzaine de mètres, constitué par des salines et des sables que recouvre une couche épaisse de coquillages ; au nord de l'Agneitir, le Tasiast formé de plateaux de grès roses et verts, distants les uns des autres, avec une épaisse assise calcaire, et dont les limites indécises vont à l'est se confondre avec le Tiris ; enfin le Louchel-el-Abiod qui, à qcaiante ou cinquante mètres d'altitude, étend ses grès diaprés de couleurs claires, et ses vallées découpées profondément dans la région de Krekche, et sur la côte de la baie du Lévrier, en face de l'île d'Arguin qui n'en est qu'un massif détaché. Dans la presqu'île du cap Blanc et le long de la côte en remontant vers le nord, une bande de terre appelée Aguergaer sépare de rOcéan, le Louchel el Abiod, et se continue jusqu'à la possession espagnole de Villa Cisneros, par El-Aatf, deux régions encore mal définies.
Divisions physiques et régions côtières. — A l'ouest de ses montagnes, entre les massifs et l'Océan, la Mauritanie se divise en trois régions physiques, ayant chacune son aspect particulier et caractéristique.
Au sud-est, vers Tembouchure, sur les rives du Sénégal, s'étend ce qu'on appelle dans le pays le Chamama, c'est-àdire les terrains d'allu vions riverains du fleuve qui, inondés durant l'hiver, constituent une bande de terre plus ou moins large, basse et limoneuse, extrêmement fertile, et d'ailleurs très cultivée. En remontant le cours du fleuve vers l'intérieur, le Chamama prend successivement les noms de Litama et de Guadimaka. La portion du territoire mauritanien située entre la chaîne de l'Assaba au nord-est, le Sénégal au sud, le Karakoro à Test et le Gorgol à l'ouest, traversée comme le Soudan de marigots d'hivernage tributaires du Sénégal, soumise au même régime climatérique
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el hydrographique que le Soudan, peut être appelée région soudanaise. La culture, l'élevage des moulons et des bœufs y sont plus intenses qu'en tout autre lieu.
Au nord du Chamama se trouve la région des dunes comprise entre le fleuve Sénégal, l'Océan et une ligne imaginaire qui, partant de Boghé, contournerait le lac d'Aleg et irait jusqu'au Tagant en passant par Guimi et Aguïert. De grandes et de longues ondulations sablonneuses, d'un faible relief, parallèles entre elles et généralement parallèles aux vents alizés, élevées à peine d'une trentaine de mètres au-dessus du sol dés vallées argileuses et reclilignes qui se creusent à leur pied, et où croissent des gommiers clairsemés, y courent du sud-ouest au nord-est.
Cette région des grandes dunes est appelée Aouker. Entre ces vastes ondulations se déroulent des ondulations pins petites, coupées par des vallonnements sablonneux et formées d'un fonds calcaire qui apparaît par endroits : cette contrée se dénomme Aoukeira.
Parmi les larges ondulations de l'Aouker, Zirt Douaour, Zirt Diriara, Aleb Oukseiba, Zirt Ouanaduir. etc., il faut mentionner particulièrement l'Anaghim Gherghi qui part de la pointe du lac R'kis et passe au sud de Boutilimit, et l'Aleb Anaghim qui, suivant le lac d'Aleg, se prolonge, en passant par Choggar, Lettatar et Guimi, sur une étendue immense, jusqu'au massif du Tagant.
Dans cette région des dunes, nul cours d'eau, mais des puits nombreux enfermant à profondeur variable une eau excellente, et, dans leur voisinage, des pâturages où puisent les troupeaux.
Au nord-est d'Aleg et de la ligne Guimi- Aguierl, l'aspect du pays change : de grands espaces uniformes et sans relief aucun parsemés de fragments de silex et que l'eau des pluies d'hiver retenues pendant de longs mois par le sous-sol imperméable changent, en maints endroits, en marécages couverts de roseaux et d'herbes rares, s'étendent à perte de vue jusqu'à la rive du Gorgol et jusqu'au pied du Tagant. Aux abords du Tagant, des masses rocheuses
d'une blancheur éblouissante crèvent le sol de la plaine immense, de plus en plus nombreuses quand on se rapproche de la montagne. Les indigènes appellent cette contrée TAftouth, mot qui sert en général à désigner une plaine bordée de dunes. Peu de puits y ont été creusés, Teau des mares et des lacs temporaires paraissant suffisante aux indigènes pour leurs besoins et ceux des troupeaux nombreux nourris dans les excellents pâturages dont s'entourent ces points d'eau.
Si, maintenant, partant de l'ancien poste de N'Diago qui, à l'ombre de quelques palmiers, dresse ses toits rouges sur une dune au bord de l'Océan, à 16 kilomètres nord de Saint-Louis, on remonte vers le nord en suivant le littoral, on traverse successivement des dunes couvertes d'euphorbes, des plaines vastes et basses revêtues d'herbes inondées à toutes les crues du Sénégal et traversées de marigots, plaines d'alluvions qui, le long du Sénégal, forment la région du Keurchouma qui va rejoindre le Chamama ; puis des sebkhas (cuvettes de terre saline bosselées des boursouflures du sel et où paraît, après la pluie d'hiver, une végétation très recherchée des animaux, jusqu'à la plaine côtière, étroite et longue appelée aussi Aftouth où apparaissent les gommiers et les talali (faux gommiers).
A l'est de cet Aftouth bordé de dunes de sable rouge s'étend une plaine plantée de gommiers et de tamaris appelée le Drah ; à droite du Drah sont les régions du Dahar (qui touche au sud le Gharaama) et de l'Iguidi, avec leurs immenses forêts de gommiers qui fournissaient autrefois l'objet d'un commerce si considérable à Arguin, Portendik et Saint-Louis.
Le poste de Nouakchott, créé par Coppolani en 1903, s'élève près de l'Atlantique, au bord de cet Aftouth, à côté de puits nombreux, non loin d'un village de pêcheurs comme on en rencontre un certain nombre le long de la côte. Nouakchott sert de base au poste d'Akchfout, à 250 kilomètres nord-est. A Test du poste, s'étend à perte de vue la plaine basse et verdoyante de l'Amoukrouz, plantée de "ommiers, de tamaris et de salicornes.
?)H r.A MAURITANIE
Après le poste de Nouakchott, même succession monotone de dunes et de petites vallées, de plaines plates à maigre végétation, serrées entre les dunes de sable blanc et de sable rougeâtre où s'abrilent les villages des pécheurs indigènes. Auprès de la sebha de Marsa. on rencontre les ruines et les canons ensablés de l'ancien fort de Portendik, près desquels subsistent encore quelques-uns des palmiers qui Tentouraient jadis. Ensuite viennent quelques pâturages verts ; puis, des dunes élevées, faites dun sable fm et rouge, dominent la plage jonchée d'algues rejetées par le flot. Ces dunes suivent le rivage à une centaine de mètres. La partie la plus haute de cette chaîne s'appelle les Mottes d'Angel.
A l'est, se développe la plaine plate du Tarad vêtue de Ioniques graminées et d'herbes courtes dont sont friandes les bêtes des troupeaux et des caravanes. Plus à l'est encore est le Tafîouëlli dont la plage de sable fin est couverte de coquillages. Une baie arrondie se creuse non loin du puits de Bilaouak, une autre plus vaste s'ouvre au pied du cap de grès auprès d'Aleibataf.
On entre ensuite dans l'Agneitir, succession monotone de dunes perpendiculaires et de sebkha desséchées avec la même végétation d'euphorbes et de graminées, que A'arie parfois quelque monticule couvert de coquillages blancs étincelant au soleil, tel celui de Chedala. ou quelque plateau rocheux entièrement formé par des coquilles d'huîtres, comme celui d'El-Hadjera.
A mesure qu'on avance vers le nord, la barre devient de moins en moins forte le long de la côte : sur la surface de l'Océan, de larges espaces bleu clair, indiquant les hauts-fonds de sable, alternent avec le bleu sombre des nappes profondes.
On rencontre ensuite les grands plateaux rocheux et recouverts de sable d'El Mehara (les coquilles), au sommet revêtu de coquillages d'un blanc pur, au pied tapissé d'euphorbes basses, de salicornes et de graminées, et qui se prolongent très loin vers l'est, jusqu'à la région appelée
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Akchar. Trois plateaux forment El Mehara, séparés par des terres salines où s'élèvent des villages abandonnés de pêcheurs ; le côté qui regarde la mer est une muraille jaunâtre à pic, creusée à la base par les vagues qui la battent à marée haute ; au nord, le plateau s'abaisse et vient mourir, en pente douce, dans une plaine appelée Tin-Nioubiar qui est encore une sebkha sans sel.
Tout le rivage de cette côte, depuis Ghedala, est formé par ime suite de petites baies découpées dans une baie plus grande que ferme au nord le cap Timiris ou Mirik, dont la masse blanche s'aperçoit de très loin, frémissant dans l'air surchauffé comme dans la vapeur d'une fournaise, au-dessus des dunes basses toujours couvertes des mêmes végétations maigres et monotones.
Au nord du cap Timiris, la côle se creuse pour former la baie de Saint-Jean et, au nord-ouest, une plage vaseuse où vient finir la presqu'île de Thila ; vers l'ouest, la ligne des dunes se continue à perte de vue.
Des arbres assez hauts, semblables à des palétuviers, et des plantes vertes gonflées d'humidité poussent sur les rivages de la baie de Saint-Jean ; une presqu'île, appelée Kaja ou Kadja par les indigènes, borde une baie longue et étroite découverte à marée basse, mais recouverte aux grandes marées. L'eau, dans ces périodes, s'étend même beaucoup plus loin, à l'est sur de vastes espaces où le flot, en se retirant, laisse du sel et des coquillages.
Après cette série de sebkha, le sol au sud se relève en un plateau haut de dix mètres et long de cent cinquante, revêtu, comme celui de Chedala, d'une couche de coquilles très blanches qui élincellent au soleil, plateau raviné par la pluie et le vent qui forme précisément le cap Timiris.
Au nord-est de la baie, l'eau s'infiltre sur la terre aux basses marées par une sorte de baie-rivière qu'on appelait autrefois la rivière Saint-Jean sur une zone plate que sépare du large un contrefort sableux et fixé, conslituanl ainsi une lagune couverte de végétation verdoyante, terminée, sur la rive, par une plage de sable très fin.
A Fesl de la baie de Saint-Jean, des dunes basses, parallèles au rivage et tapissées d'euphorbes et de graminées, quelques mamelons isolés couverts de coquillages mènent à une région appelée Agatroun, où la plage devient aride et nue et forme jusqu'à la dune une large sebkha sans sel avec des coquillages, puis des bancs de sable fréquentés par les oiseaux de mer et des bancs de vase avec de pauvres pâturages. Un plateau abrupt creusé en demi-cercle, dont les flots viennent battre le pied pendant les grandes marées de l'équinoxe, limite ensuite un golfe de plusieurs kilomètres.
Au nord de ce golfe, c'est la région de dunes mobiles, de hauteur variable, sans cesse remuées par les vents, orientées du sud-ouest au nord-est, à peine séparées par d étroites vallées, qu'on appelle l'Azoufal et qui s'étend entre l'Agneitir et le Tasiast. La plus haute de ces dunes (dune d'Askjet), redescend vers le sud et forme l'épine dorsale de la presqu'île de Thila qui limite à l'ouest la baie de Saint- Jean.
Plus on remonte vers le nord, plus ces dunes successives se rapprochent, vêtues d'euphorbes et de graminées entrelacées ; à l'ouest, une étendue plate va jusqu'à la côte basse, marécageuse et si découverte aux faibles marées qu'elle se confond avec le rivage oriental, également bas et marécageux, de l'île de Tidra. Cette île, assez large dans sa partie médiane, finit en pointe vers le nord et s'allonge, au sud, par une bande étroite où des plantes vertes poussent dans la vase qui recouvre le sable. Des pécheurs maures l'habitent.
Au nord-ouest de Tidra, la masse de grès à pointe abrupte du cap louik termine la presqu île du même nom. A l'ouest de ce point, les anciennes cartes indiquent un groupe d'îles appelées îles louik ; mais rien ne permet d'affirmer leur existence, car elles ne sont point visibles du rivage et personne n'a jamais exploré le large de cette côte. Ceux qui en ont parlé ont simplement copié les uns sur les autres l'erreur traditionnelle.
Au sud de la falaise du cap louik, à Tesl de la presqu'île, une baie plate et sableuse s'enfonce dans les terres en dessinant un arc de cercle qui vient s'achever à la masse rocheuse du cap. Au nord du cap louik le rivage de l'Océan suit une ligne presque droite. En face, se dressent au milieu des flots, des massifs rocheux qu'un étroit chenal sépare de la côte et que les Maures appellent îles Ikniva.
Sur le littoral, après avoir traversé les derniers sables mouvants de l'Azoufal, on se trouve dans le Tasiast où des dunes basses, parsemées de quelques euphorbes épars, et des sebkha sans sel, plates avec des euphorbes et de maigres pâturages, alternent avec des plateaux de grès verdâtre et des plaines semées de fragments de roches noires. Vers l'est s'étendent les plateaux de grès vert d'El Mouma et d'Aguilal.
A la hauteur de celui-ci, au nord-ouest des îles Ikniva, un cap de grès verdâtre, El Frey, s'avance dans le flot, relié au rivage par une bande de sable. Au nord, une baie profonde se creuse jusque vers Alzas, bordée d'abord par une plaine aride et nue, tapissée des coquillages marins qu'y déposent les envahissements de l'Océan, puis par des falaises de grès verdâtres et des sebkha au sol mouvant, enfin par une plaine basse et verdoyante couverte de bons pâturages où poussent des arbres épineux. A lest du littoral, d'ailleurs, depuis Nouakchott, surtout depuis El Frey, s'étend une zone pourvue de puits nombreux et assez rapprochés qui donnent une eau excellente et douce, des pâturages abondants et verts. La plaine immense s'étend avec ses graminées, çà et là, ses arbres épineux, jusqu'à El- Aïoudj, à l'est de la baie du Lévrier et plus haut que la baie de l'Archimède ; avec ses puits profonds emplis d'eau abondante et pure, ses pâturages excellents, elle pourrait devenir une très favorable région d'élevage.
Une sebkha borde la côte de la baie profonde d'où sort des flots le plateau de grès, analogue à celui des îles Ikniva, large de plus de trois kilomètres, qui forme l'île d'Arguin. Sur sa côte orientale, la falaise de grès vert tombe à pic
dans les tlots ; au nord, elle se termine par une pointe abrupte ; au sud, elle s'abaisse jusqu'à former une plaine vaseuse. Le chenal, large de trois kilomètres, qui la sépare de la terre, s'ensable de plus en plus ; de même, les deux petites îles Ardent, situées tout près d'elle sur son flanc nord-ouest, sont maintenant réunies à marée basse par par une bande de sable et seront, dans un temps donné, reliées l'une à Arguin, l'autre au rivage du fond de la baie, par l'envahissement de la vase et du sable.
Au nord et au nord-est de la baie d' Arguin, des plaines caillouteuses semées de roches de grès bariolés, rouges, roses ou verts, que vient parfois marquer une couche de sable où poussent des plantes vite desséchées, des hautes dunes de s;ible, isolées et nues, afïectant la forme d'un demi-cercle ; des plaines jonchées de coquillages marins, parsemées de mornes de grès gris et de calcaire où reparaît la verdure des grands gommiers vrais et faux, forment la région appelée Krekche qui s'étend, à l'ouest delà zone des pâturages, jusqu'au puits d'El-Aïoudj, à 8 kilomètres de la frontière mal déterminée de la colonie espagnole du Rio de Oro, à 37 kilomètres en ligne droite au fond de la baie de l'Archimède.
A l'ouest d'El-Aïoudj, la plaine continue avec ses effleurements rocheux de grès et de calcaire et, par places, quelques mottes de sable amoncelé où poussent des herbes graminées. Elle va rejoindre une région de dunes élevées, arides et nues, faites de sables jaunes et qui réfléchissent avec violence les rayons solaires ; dunes en forme de croissant, de plus en plus rapprochées, qui couvrent tout le littoral est de la baie du Lévrier, depuis le cap d'Arguin à la baie de l'Archimède, et qu'on appelle Souchel-el-Abiod, c'est-à-dire occident blanc. Cette région est limitée, à l'est par la plaine d'affleurements rocheux qui termine le Krekche et commence le Tiris ; à l'ouest, elle est bornée par une sebkha au sol mouvant, qui, en certains points, atteint jusqu'à 10 kilomètres de large, comme auprès du cap Sainte-Anne. Nombre de promontoirs découpent cette
partie de la cote ; les principaux sont le cap des Coquilles et la Pointe de FAutruche.
Près de la baie de l'Archimède qui forme l'avancée extrême de la grande baie du Lévrier, la vaste sebkha dénudée, dont les parties basses sont périodiquement recouvertes par la mer, s'étend sur une largeur de dix kilomètres autour du mouillage d'Iouïli, et vient finir au pied des falaises de grès et de calcaire, qui se prolongent au nord, pour rejoindre le massif du Tiris et, au sud, descendent pour former l'ossature de la longue presqu'île rocheuse, terminée par la pointe du cap Blanc.
A l'ouest de la baie de l'Archimède, si l'on descend vers le cap Blanc en longeant la côte orientale de la baie du Lévrier, après avoir traversé la sebkha et le plateau rocheux, on rencontre encore des dunes basses et mouvantes et des mornes abrupts et rocailleux ; un peu plus loin, une grève de sable qui creuse la baie de l'Etoile, peu profonde et dont l'entrée est presque fermée par une roche à fleur d'eau ; puis la plaine semée de mornes de grès et de mamelons rocheux continue le long de la côte jusqu'à la baie de Gansado.
Au nord de cette baie, trois rochers à pic sur la mer forment la pointe du Chacal qui, avec la pointe Rey, limite la petite baie du Repos ; là, sur un monticule rocheux, se dresse, couronné du drapeau tricolore, le fort du poste militaire de Port-Étienne, terminé en 1908. Vers l'ouest, la baie de Cansado s'arrondit en forme de demi-cercle, bordée d'une plage de sable jusqu'à la pointe du même nom, où s'élève maintenant un phare à feu blanc et fixe. Jusqu'à la baie Cansado un chenal assez large et de fonds variables suit le rivage depuis la baie de l'Archimède.
Après la pointe de Cansado, voici une falaise presque à pic et qui monte par degrés le long de la côte jusqu'au cap Blanc, dans celte partie méridionale de la presqu'île que les Maures appellent Nouazibou et qui affecte la forme d'un fer de lance dont la pointe est représentée par la falaise à pic du cap Blanc.
44 T,A MAIKITANIF.
Au pied du cap Blauc, une baie peu profonde nommée baie de l'Ouest se dessine sur la côte de l'Océan, à Touest de la presqu'île, jusqu'à une pointe rocheuse et basse, le Faux-Cap avec de bons mouillages. Au-dessus du Faux- Cap, la baie du Nord découpe la côte océanique presque symétriquement à la baie de Cansado. Le littoral occidental de la presqu'île est compris dans les limites vaguement déterminées de la colonie espagnole du Rio de Oro.
De la baie de l'Archimède à la pointe du cap Blanc la presqu'île mesure 4o kilomètres ; sa largeur varie de 15 kilomètres (à la pointe de l'Archimède) à 8 kilomètres dans l'isthme étranglé qui forment les baies du Nord et de Cansado. De 1res loin, au large, on voit se dresser ses falaises et ses dunes sans verdure, en masses d'une blancheur éclatante.
Le climat. La température ; les vents; la salubrité. — Le climat de la Mauritanie est loin d'être celui des zones tempérées ; le pays aride est chaud. Mais bien qu'elle se trouve à quelques degrés au-dessous du tropique son climat n'est pas non plus celui de la zone tropicale, grâce au voisinage de la mer qui amène de fortes différences avec la température d'autres points situés sous la même latitude.
D'une façon générale on peut dire que la température est extrêmement variable, suivant les régions et suivant les heures de la journée. Des journées de 36" où la sécheresse de l'air affecte péniblement les muqueuses, alternent avec des nuits de 8° et de 7° où la fraîcheur nécessite des feux de branchages aux campements des caravanes ; l'hygromètre descend à 16° entre 4 et 6 heures, et remonte à 60" entre 6 et 9 heures, dans la même journée. A midi, la température s'élève parfois à 40° : et l'hygromètre monte à 70°.
Vers la fin des chaudes journées, parfois la brise fraîchit, venant du nord ou du nord-ouest. Lorsque le vent du nordouest souffle toute la journée, la température s'abaisse parfois jusqu'à 30°, jusqu'à 20° au crépuscule dans la saison humide. Parfois, vers le soir, le ciel se couvre de nuages et une pluie légère tombe durant la nuit ; mais le sol en est
LE PAYS 4o
à peine humecté, tant il est chaud. Parfois aussi, le ciel est couvert pendant tout le jour, et la température ne dépasse pas 28°. Parfois, alors, pendant la nuit, des pluies d'orage, amenées par le vent d'ouest, éclatent, accompagnées de tonnerres et d'éclairs ; mais la quantité d'eau est encore tellement insignifiante que la terre desséchée l'absorbe aussitôt. Ces courtes pluies cependant rafraîchissent l'air et font reverdir les pâturages brûlés.
Quelquefois, au coucher du soleil, l'air devient vif et le froid s'accentue assez vite ; on voit, quand passe la brise du nord, des nuits de 12°. C'est toujours vers 6 heures du matin que la température est la plus basse. Durant certaines nuits, principalement dans les régions voisines de la mer, se produisent des rosées tellement abondantes que l'eau ruisselle sur les tentes des nomades. Dans la région littorale aussi, des brumes assez épaisses voilent Ihorizon dans la nuit et aux premières heures du matin.
Ces variations proviennent de l'influence des vents et de leurs brusques changements. Ces vents sont essentiellement variables, alternent fréquemment de l'est à l'ouest dans le cours de la même journée, sans mouvement suivi et sans régularité aucune, amenant tout à coup la fraîcheur et l'humidité après l'accablante chaleur. Dans un jour brûlant où le thermomètre marque 32° sous l'influence du vent d'est, si à 4 heures se lève le vent du nord-ouest, la température en quelques minutes tombe à 19° et l'hygromètre passe de 18° à 70°.
Le vent d'est, qui vient du Sahara, est celui qui amène la sécheresse, et la température se maintient élevée. Le grand vent d'est, appelé rhamattan, peut atteindre une vitesse de 500 et 700 mètres à la minute et soulève sur son passage des tourbillons de poussière et de sable qui, en s'épaississant par places, couvrent l'étendue des plaines d'un manteau de brumes rougeâtres, si épaisses que la vue ne peut porter à plus d'une quarantaine de mètres, souvent moins. Les vêtements sont couverts de sable et il est nécessaire de protéger les yeux, le nez. la bouche et les oreilles
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des hommes et des animaux. Sous ce terrible vent l'air se dessèche de plus en plus ; l'hygromètre descend à son minimum, 2 degrés, les lèvres se gercent et se fendillent, la muqueuse intérieure du nez senflamme au point de devenir sanguinolente ; la peau se sèche ; les cheveux et la barbe se cassent d'eux-mêmes ; les clous jaillissent hors du bois des caisses, et parfois l'on entend se briser tout d'un coup la crosse d'un fusil. Une poussière d'une finesse impalpable s'infiltre partout ; et telle est la saturation électrique de l'atmosphère que le seul toucher de la main sur une couverture de laine en fait jaillir des étincelles. Ce vent souffle parfois pendant plusieurs jours et plusieurs nuits sans interruption. Mais, s'il se calme, vers le soir, des nuits froides de 10 degrés peuvent lui succéder ; ou bien, au milieu de la nuit, un vent d'ouest peut amener l'humidité.
Au mois d'août, la saison des pluies bat son plein aux rives du Sénégal ; les plaines d'alluvions du fleuve sont inondées par les averses d'hivernage ; les mouches et les moustiques s'y développent en quantités innombrables ; sous leur influence, la gale, la trypanosomiase, le m'bori, sévissent sur les troupeaux.
Dans les régions moyennes et septentrionales de la Mauritanie il n'existe point une saison des pluies, un hivernage régulier tels que dans les pâturages du Sénégal. Cependant, une saison de pluies intermittentes existe de juillet à décembre ; quelques averses se produisent en janvier, février et mars, mais trop minimes pour former des mares. Les pluies de décembre tombent avec assez d'abondance pour arriver à constituer, en certains endroits où le soussol est argileux, des mares qui persistent jusqu'à l'année suivante. De mars à juillet, il n'y a plus de pluies.
Le régime des pluies varie d'ailleurs suivant les régions. Dans la région littorale, de Nouakchott à Port-Ktienne, la pluie tombe, chaque année, de façon à peu près régulière. Les mois les plus humides sont ceux d'août à novembre inclus. Le mois d'août surtout, puis la quantité de pluie décroît jusqu'en novembre. De deux à trois heures, tous
les huit jours ou tous les dix jours, parfois tous les vingt jours, la pluie tombe par tornades. Pourtant, certains hivernages sont secs et l'on voit quelquefois deux années consécutives se passer sans pluies véritables.
Dans le plateau du Tiris, la pluie tombe abondamment en octobre et novembre. Cependant, comme dans le Tasiast, on reste parfois trois ans sans grandes pluies. Quelques petites ondées tombent durant la nuit et des rosées abondantes conservent la verdure des plantes et la fraîcheur des pâturages.
Dans la presqu'île du cap Blanc, lorsque la saison des pluies bat son plein au Sénégal et que Tatmosphère des régions voisines se charge de vapeur d'eau, le ciel, généralement très pur, se couvre de nuages pareils à ceux des tornades tropicales ; mais rares sont les pluies, et leur régime est tout à fait irrégulier. Des années sans orage succèdent à une année d'orages violents. En septembre, le ciel redevient clair et sans menace de pluie ; mais, en octobre, quand viennent à commencer les pluies, aux îles Canaries et dans le Tiris, l'air de nouveau se charge d'humidité. La presqu'île du cap Blanc a donc deux périodes pluvieuses, l'une en août, simultanée avec l'hivernage sénégalais ; l'autre, à la fin de l'année, correspondant aux pluies des îles Canaries et du Tiris.
La presqu'île du cap Blanc est dans la région des vents alizés ; le vent y vient du nord avec une direction généralement nord-est nord-ouest et se fait sentir avec régularité du lever au coucher du soleil ; les vents alizés sont très violents de mars à juillet, soufflant pendant la journée en entraînant des nuages de sable et s'apaisant durant les nuits ; dans les autres mois, l'intensité du vent est bien moindre. Les vents d'est, d'ouest et du sud se manifestent parfois de juillet à septembre, affectant pendant la journée un mouvement analogue à celui des aiguilles de montres et, pendant la nuit, une direction uniformément nord-sud.
Dans la presqu'île du cap f^lanc, la température minima
iS LA MALHITAME
en janvier est de 10 degrés et la température maxima de 27 degrés, sauf dans les jours où souille le vent d'est, où elle monte à 30". Les plus fortes chaleurs sont en aoûtseptembre et dépassent rarement 35°, avec un minima de 18° toujours supportables à cause des brises qui, généralement, se lèvent avec le soleil et tombent lorsqu'il se couche.
A Port-Étienne, au nord de la presqu'île, la température est fraîche le matin et le soir, et très supportable au milieu du jour. Un vent frais nord-est y souffle presque constamment, agréable tant qu'il n'est pas trop violent. Les mois les plus chauds sont août, septembre, octobre ; les plus froids, janvier, février, mars. Température maxima 36° en septembre; température minima 11° en décembre. Cette région est très saine, l'absence d'eaux stagnantes et la sécheresse générale empêchent l'existence des moustiques et, par suite, de la fièvre paludéenne.
Les fleuves et les nappes d'eau. — Il ne faut pas se laisser abuser par le nom de Mauritanie saharienne donné officiellement à notre possession de la rive droite du Sénégal et se figurer les vastes espaces qui s'étendent au nord de ce fleuve jusqu'à l'océan comme une région absolument sèche et désertique.
Bien que l'étude de la contrée à ce point de vue soit encore dans son enfance, on peut dès aujourd'hui assurer que la Mauritanie, en toutes ses parties, est pourvue d'eau en quantité suffisante, abondante même en certains points, soit à fleur de sol (sources, oueds, lacs, gueltas), soit dans les nappes souterraines si peu profondes que les indigènes, pour la création des puits, l'ont atteinte presque partout, avec leurs moyens rudimentaires.
Le régime de ces enux est fort capricieux et assez difficile à démêler : les oueds qui existent coulent seulement par exception et les noms que leur donnent les indigènes changent à tout moment. L'irrégularité du climat relativement aux pluies fait que des modifications successives se sont produites et se produisent sans cesse. Il existe plu-
sieurs bassins fermés. Les bouleversements de terrains dont la trace est encore visible ont profondément modifié le système du réseau. Par exemple, la guelta de Zli occupe visiblement le fond d'une fosse d'effondrement du sol environnant ; la série des mares, chacune pourvue d'affluents, qui se prolonge d'Aleg jusqu'au Tagant. est évidemment le vestige d'un fleuve ancien ; et il arrive qu'à la suite de fortes pluies, on les voie se rejoindre et s'unir.
Certains fleuves, cessant de couler régulièrement, se sont trouvés isolés de la mer par la formation de leur barre et des dunes de sable ; ils se perdent aujourd'hui dans les sebkhas côtières.
Le régime des eaux varie aussi suivant les régions. La région soudanaise est traversée par des marigots d'hivernage. Dans le Ghamama, du marigot des Maringouins, bras droit du Sénégal, les marigots de Gorak, de Sokhar, de Guédayo vont, le premier du Sénégal à l'Océan, les autres du Sénégal au lac R'qis ; il faut citer aussi le marigot de Koundi dans les pays Brakna et Trarza. Dans les cercles du Gorgol et du Guadimaka, les marigots cessent de couler vers le milieu d'octobre ; cependant, en certains endroits, des nappes liquides se maintiennent encore jusqu'à l'hivernage.
Nul cours d eau ne traverse la région des dunes ; mais les eaux des pluies, en s'infiltrant, constituent une abondante nappe souterraine qui alimente des puits nombreux, de profondeur variable et plutôt minime, qui fournissent une eau excellente. Entre Boutilimit et Aleg, et même au sud d'Aleg, ces puits atteignent jusqu'à 50 mètres et dans rOgol, région à l'ouest de Boutilimit, l'eau de certains puits est salée et saumâtre, à cause des sels en dissolution dans les sous-sols.
Dans l'Aftouth, une multitude de petits oueds, rivières et ruisseaux, coulent pourvus d'eau seulement pendant la saison d'hivernage et vont se perdre dans des bassins fermés OLi l'eau demeure pendant une année entière, comme dans les lacs intérieurs d'Alex, Mal. Maoudou. Gho^^Sfar.
La MAiniTAMK. 4
50 LA MAUUITAMi:
A d'autres endroits, en cuvettes, véritables marécages pendant la saison des pluies, ces parcelles d'oueds se sèchent ensuite, par exemple à Giumi, à Aghieurt, à Lemaoudoa.
Sauf ceux qu'on a pu creuser dans le sol limoneux voisin de ces cuvettes, il n'y a point de puits dans TAftoulh ; le sous-sol étant constitué par une courbe de roche très épaisse, les indigènes n'ont pas cherché à en créer ailleurs, les mares conservant l'eau presque toute l'année. Dans l'Aftouth au sud-est du Tagant, il serait intéressant que le gouvernement général de l'Afrique occidentale fît efTecluer des sondages dans la nappe d'eau souterraine existante et étudier les moyens d'établir des puits nécessaires pour jalonner la route du Tagant.
Tout différent est le régime des eaux dans la région du Tagant. Les pluies tombent par tornades sur les plateaux rocheux, en roulant ensuite en cascades et vont former, dans le fond des vallées, de grandes mares qui persistent pendant presque toute la saison sèche ; une partie s'infiltre dans les sous-sols et alimente des sources limpides, soit au pied de la muraille extérieure du massif (sources de Moudjeria, de N'Drinaia, de Soumas, de Garaouel, soit dans les vallées intérieures, comme à la palmeraie d'Haoussinia). Presque partout dans cette région, existe une nappe d'eau souterraine qu'en maint endroit, à Matouata, Tin-Ouadin, Taorta, Harjet-el-Gara on voit apparaître au pied des escarpements rocheux, dans ces cuvettes de pierre qu'on appelle guettas, et dont l'eau est généralement douce.
Les vallées sinueuses et sablonneuses, à fond plat et faible, qu'on rencontre dans le nord du Tagant, sont dépourvues d'eaux courantes, sauf parfois au temps de l'hivernage et à la suite de tornades violentes. Dans ces terrains, l'eau des pluies s'emmagasine à une faible profondeur, en constituant d'immenses réservoirs oi^i les habitants ont creusé des puits nombreux, intarissables eux aussi. A Tidjikdja un millier de puits fournissent l'eau nécessaire aux palmeraies et aux cultures, sans que s'abaisse jamais le niveau de la nappe d'eau intérieure.
Un oued passe à Ticijikdja pret-que au niveau du plateau. Après avoir creusé son lit entre des falaises qui, près de Rachid atteignent 80 mètres, il se dirige vers le Khat. On a également reconnu le cours de Toued Rachid qui descend aussi «N^ers le Khat et celui de l'oued de Ksar-el-Barka. L'oued de Talmert s'en va vers l'Adouar. Il faut mentionner particulièrement le Tamoart-en-Xaja et ses affluents, l'oued Rouzaga, l'oued Anouajja, l'oued N'Taorta, l'ouedel-Ahiod, qui sortant du Tagant au col Tizegghî, vont se perdre dans les dunes. Ces oueds sont presque toujours à sec, sauf le Tamoart bien pourvu d'eau en tout temps, surtout auprès de Moudjeria. Ce dernier, formé de l'oued Djoual et de l'oued d'Oudjeft qui rejoignent à Amatil les eaux venues d'Atar, contourne les monts Ibi pour se jeter dans la plaine rocailleuse.
Dans le Khat parallèlement à la piste de Talorza, un petit oued court dont le lit s'élargit en allant vers le nord tandis que les berges se relèvent progressivement. La vallée du Khat possède également des puits assez abondants, révélant la présence de la nappe d'eau souterraine.
Dans les anfracluosités de la falaise que le Regueïba dresse au bord de l'Aftouth, on rencontre aussi des sources fréquentes ; et plusieurs sources sans doute analogues à celles-là, existent, dit-on, dans la chaîne de l'Assaba.
A Tagba, entre l'Aouker et le R'qis passe l'oued Zamek qui se jette directement dans l'Océan. Dans l'Adrar ainsi que dans le Tagant, lorsque les pluies ont été assez fortes, les cuve.les rocheuses, dans les vallées et sur les plateaux, se remplissent d'eau et forment des réservoirs qui permettent les cultures. Le massif de l'Adrar est aussi sillonné d'oueds bien pourvus d'eau près desquels les céréales poussent sous les dattiers. Tout un réseau d'oueds existe autour d'Atar. Ailleurs, les plus connus sont l'oued Tifrirt, qui passe à Chinguetti, l'oued el Abid qui prend sa source près de Talorza les oueds N'Beika et Timinil qui, après s'être réunis, quittent l'Adrar à Glat-el-Bil dans la direction sud-est ; dans le nord-ouest un grand oued, l'Atouï, corn-
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mence près de la Séguiet el Hamra et vient finir dans une sebhka, près du cap Timiris.
Dans la partie orientale de TAdrar, la falaise El Hank, parallèle aux ergs de llguidi et détachée des Eglab en leur ouest, limite une hammada dont les eaux viennent s'écouler au pied de llguidi. El Ilank est jalonnée de sources excellentes et de puits autour desquels poussent, ainsi que dans riguidi, de verdoyants bouquets de palmiers.
A l'ouest, des oueds orientés vers le sud, descendent de FAdrar Sotof; dans les environs d'Akhjouft d'autres prennent naissance qui vont vers Tlnchiri.
Dans le Tiris, il y a de nombreux points d'eau principalement des puits, de profondeur médiocre : Zoug, Er-Bouït Larzel, Boulaoutad.
La végétation et la flore. — De même qu'il ne faut pas se représenter la Mauritanie sous l'aspect d'un désert sans eau, on ne doit pas non plus l'imaginer comme une étendue exclusivement stérile dépourve tout à fait d'arbres et de verdure. A côté des sebkha arides et des dunes nues, la plus grande partie de ces vastes territoires se recouvre d'une végétation assez épaisse pour permettre l'élevage des troupeaux.
Si des régions de pâturages se développent sur une assez grande surface les espèces qui les constituent sont en nombre assez restreint. Les principales sont deux salsolacées que les Maures appellent l'askaf et le damran qui viennent de préférence dans les amoncellements sableux, puis le m'rokhba, haute graminée de trente centimètres, le n'tsid et le tirichit, graminées très fines et peu élevées qui se plaisent dans les parties basses des plaines, le gureursin, le lardjem, l'izidi aux touffes courtes, l'abraon, très répandus dans les sables ; le s'bat. l'aoureck. l'initi, qui constituent avec le tirichit, la pâture la plus appréciée des bêtes.
Les espèces mentionnées plus haut se rencontrent dans toutes les régions. A certains points, on en trouve d'autres plus corolisées, comme leroui qui, autour de la baie de
l'Archimède et dans la presqu'île du cap Blanc, élève dans les fentes des rochers une épaisse tige gonflée d'eau ; dans l'Aff-outh le tourja, asclépiadée de trois mètres de haut, recherchée des bestiaux et qui renferme un suc acre et laiteux ; dans la plaine littorale entre le Drah et TAmouhrouz, une autre asclépiadée, haute et verte, d'aspect analogue au genêt d'Espagne, le titarek, employé par les Maures pour l'usage textile et la confection des filets de pêche ; un statice tuberculeux, dans la presqu'île du cap Blanc.
Toutes ces plantes, desséchées par les journées ardentes, reverdissent rapidement après la tombée d'une pluie ou la rosée des nuits et constituent de bons pâturages qui s'améliorent, de plus en plus, à mesure qu'on avance dans l'intérieur des terres, mais trop souvent détruits, malheureusement, par les criquets dévastateurs qui, s'abattant en nuages sur les plantes vertes, les dessèchent comme si le feu y avait passé.
La région des meilleurs pâturages est naturellement celle qui reçoit les alluvions du fleuve Sénégal, le Ghamama, et les plaines voisines du Dahar et de l'Aftout. Dans l'Agneitir, la végétation, quoique non luxuriante, serait suffisante sans le passage annuel des criquets, aux parages du cap Timiris et autour de la baie Saint- Jean. Dans le Tasiast, à l'est de la ligne du puits d'El-Frey, à El-Aïoudj, les pâturages sont frais et copieux près des points d'eau abondants et excellents. Il y a de bons pâturages aussi dans le Tiris et dans l'Adrar Sotof.
Les mamelons de sable des parties périodiquement immergées sont couverts de salicornes ; sur les dunes fixées poussent les euphorbes arborescentes, de plus en plus hautes à mesure qu'on s'avance vers le sud, les fausses euphorbes, les talah ou faux gommiers aux longues épines blanches, quelques mimosas, plusieurs espèces de tamaris. Ces derniers sont nombreux dans les plaines de l'Aftout, ainsi que sur les dunes littorales, dans le Tasiast Tasiast et le Souhehel el Abiod. Les talali prospèrent aussi
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dnns le Tasiasl et le Tiris, où ils s'élèvent parfois à sept mètres de hauteur. Les gommiers vrais (varek des Maures) à feuilles petites et vertes, à épines serrées et courtes, sont nombreux dans l'Aftout, surtout aux confins du Drah et de Flguidi, dans le Dahar, le Brakna, le Gorgol, DÎi ils sont exploités.
Parmi les arbres épineux, citons encore Yaguersin et Vatil, arbre très curieux que l'on rencontre dans une plaine fertile à l'est de la baie du Lévrier et qui, même sans feuilles, donne un peu d'ombre, grâce à l'épaisseur de ses branches entrelacées.
Comme essences d'arbres, on rencontre parfois le baobab, l'arbre à encens ; dans le Drah et l'Ogol, le bal>amedendron (acirass des Maures; qui donne la résine odorante appelée bdellion. Le Gorgol et le Guadimaka, voisins du Sénégal, possèdent de belles espèces forestières, enlre autres le gouaké, arbre au bois rouge et dur, presque inattaquable par les termites et, de ce fait, fort précieux dans la charpenterie et l'ébénislerie. Des plantations de cotonniers existent dans le Guadimaka et quelques-unes, assez rares, dans le Tagant. Différentes variétés de palmiers-dattiers donnent des fruits excellents.
Les palmeraies cependant ne sont pas fort nombreuses : les plus florissantes sont celles de Tidjikdja et de Rachid dans le Tagant, qui s'étendent la i:>remière sur seize kilomètres, la seconde sur six : la petite palmeraie d'El Haouissinia est très florissante ; il en existe une encore à ïalorza dans le Khat,
En fait de céréales, le maïs et le mil sont très répandus, dans le Gorgol et le Guadimaka, dans le Chamama, au fond des vallées de lOgol ; le gros mil est cultivé aussi dans l'Aftouth, le Tagant, l'Adrar. Le blé et l'orge se voient dans l'Adrar et le Tagant, en petite quantité, il est vrai ; mais, près du fleuve Sénégal, des champs de riz se déroulent dans le Guadimaka et le Gorgol.
La faune. — Contrairement à ce qui se produit pour le règne végétal, les espèces animales qui peuplent la Mauritanie sont variées et nombreuses.
LE IWYS OO
On trouve des singes, des girafes, des perruches, des aigrettes dans la région soudanaise. Sur les rives des marigots pullulent, l'aigrette grise, la corneille à collier blanc, l'aigle-pêcheur ; dans les plaines de la région littorale, les lièvres, les perdrix, les cailles, des pintades en tous points semblables à notre pintade domestique ; de grandes outardes nichent dans les hautes herbes ; les poules de roche stationnent dans le creux des falaises ; on y rencontre en nombre la huppe, l'alouette, la bergeronnette, la corneille noire ; des tourterelles habitent le voisinage des puits.
Sur les rivages des baies de l'Océan, parmi les plantes vertes des dunes et sur les bancs de sable, vivent nombreux, les canards, les pélicans, différentes espèces de sternes et de goélands, les cormorans, les cigognes, les spatules blanches et les flamants roses. Dans la région de la baie Saint-Jean, au mois de juillet, les autruches du désert ont coutume de venir chercher la fraîcheur au bord des flots et les indigènes les chassent vers l'eau afin de les tuer plus facilement.
Des troupeaux de gazelles errent dans les vastes espaces des sebkhaset des plaines revêtues de graminées, mais aussi des phacochères, des bandes de hyènes et de chacals, dont on entend parfois les miaulements caractéristiques le soir, près des postes. Des biches sauvages paissent les maigres végétations de la presqu'île du cap Blanc que les hyènes et les chacals viennent habiter aussi à la saison sèche.
Parmi les animaux féroces, il faut citer encore les lynx, les guépards, les chats-tigres ; parmi les ruminants, les antilopes ; quelques lions et quelques éléphants se rencontrent encore dans les régions extrêmes. Dans les régions montagneuses, des aigles, des milans, des éperviers, des vautours cherchent leurs refuges. Des crocodiles, des caïmans liabitent l'eau des gueltas et des fleuves ; les grands lézards, les iguanes, les vipères à cornes, les scorpions se rencontrent dans les endroits rocheux et dans les blocs de pierre.
Parmi les insectes, plus que les mouches, plus encore
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que les moustiques et les termites, assez rares sauf dans les endroits humides, les plus redoutés sont les criquets. Arrivant par tourbillons, en un nuage rouge dont l'air est obscurci, ils s'abattent sur un pâturage ou sur un jardin cultivé, et, en quelques minutes, après leur passage, tout a pris l'aspect d'une plantation dévastée par le feu. Parfois, la violence du vent jette à la mer ces tourbillons d'insectes, et les poissons, alors, en font carnage.
Le poisson est d'une extrême abondance dans le fleuve Sénégal et plus encore sur la côte de l'Océan, surtout au banc d'Arguin et dans la zone du cap Blanc. On cite plus de soixante espèces de poissons capturés sur les côtes mauritaniennes.
Parmi ces poissons innombrables dominent deux sortes de mulets que les Maures appellent azaouaba et aguila ; puis des courbines, des bars, des soles vulgaires et des soles sénégalaises, des raies, des rascasses, des torpilles, des trigles, des hélops, des murènes, des grisets, des rougets, des carangues, des scianes, des sargues, des pugels, des payres, des serrans, etc. A certaines saisons, les poissons migrateurs, thons, sardines, bonites, germons, apparaissent aussi en quantités considérables. Sur les fonds de roche ou de sable, existent aussi deux sortes de langoustes, principalement dans la région du cap Blanc : l'une, variété de la langouste vulgaire de nos rivages, mais qui, là, peut atteindre une longueur de 75 centimètres et un poids de 6 kilogrammes ; l'autre, plus petite et dont le poids ne dépasse pas deux kilos, la langouste royale, d'une couleur vert olivâtre, rayée de bandes jaunes, qui se cache de préférence dans les anfractuosités des rochers, très vigoureuse, et qui remonte sur toute cette côte depuis la Guinée jusqu'au cap Juby.
Les animaux domestiques sont : le chameau employé pour la monture, la guerre, la course, les transports, comme bête laitière et comme viande de boucherie. Il y a trois races : celle de Candiote, haute et trapue, de couleur grise ou blanche; celle du Tarad, de couleur marron,
moins haute de taille, mais résistante et robuste ; celle du Tiris et de l'Adrar-Sotof, la plus belle, de taille moyenne, à l'épaisse toison brun marron et superbement découplée.
Le cheval, plutôt rare, est élevé seulement dans les tribus guerrières. Plusieurs races existent cependant: la grande race du Hodh, très recherchée ; la petite race endurante et vigoureuse du Drah ; la race barbe du Tagant et de TAdrar ; la race du Trarza, appelée sehaïa (couleur de lion).
Les ânes, très nombreux, de race minuscule mais forte, et de très bonne allure, qui servent pour toute espèce de transport (campements, grains, poissons), et aussi comme montures.
Les bœufs, qui comprennent deux espèces : le bœuf sans bosse, animal de boucherie, et le bœuf à bosse ou zébu, animal porteur et beaucoup plus répandu que Tautre.
Les moutons sont de deux sortes : moutons à poil, petits et maigres, ressemblant beaucoup aux chèvres, dans la région occidentale et maritime et dans TAdrar et le Tiris, moutons à longue laine blanche, constituant des troupeaux considérables.
Les chèvres, plus nombreuses encore que les moutons, élevées pour leur lait et leur peau, se rencontrent particulièrement dans la région des dunes et dans l'Aftout.