‹ La Mauritanie. Préf. de Paul PainlevéChapitre 8 sur 15 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Races. Conditions sociales. Castes. — La population de la Maurilanie qu'on peut, approximativement, évaluer à 000.000 ou 650.000 âmes, est constituée en majorité par des individus de race blanche que nous appelons les Maures et que les indigènes noirs de l'Afrique occidentale désignent sous le nom de beïdanes (blancs), mélange assez confus des races arabes et berbères, soit Berbères autochtones, soit Berbères venus du Maroc. Dans la partie méridionale des territoires, ces populations maures ont subi un assez fort mélange de sang noir, par le voisinage des Peulhs. des Songhaï, des Ouolofs, des Saracolais,

Tout à fait au sud de la Mauritanie, le long du Sénégal, dans le Ghamama et le Guidimaka, des noirs de pure race sénégalaise, Ouolofs, Peuhls, Toucouleurs, Saracolais dans la partie la plus proche du Soudan peuplent les villages de la rive droite comme ceux de la rive gauche. Ces noirs habitent des demeures fixes et mènent une vie sédentaire et agricole. Les Maures sont presque tous des pasteurs vivant sous la tente, et s'occupant surtout d'élevage ; leur caractère essentiel est le nomadisme. A peine peut-on trouver quelques ksours peuplés de Maures sédentaires et se livrant à la culture, tels que Tidjikdja et Rachid, dans le Tagant, avec leur deux ou trois mille habitants qui, sous les palmiers des oasis, font pousser l'orge, le blé, le mil et le henné.

Formés en tribus et en groupes de tribus, dont chacune a son terrain de parcours respectif, la plupart des Maures

remontent vers le nord à la saison de l'hivernage pour faire paître à leurs troupeaux nombreux l'herbage qui sort du sol dès les premières pluies ; puis, peu à peu, dans le cours de l'année, ils redescendent vers le fleuve Sénégal pour trouver de l'eau, s'occuper de la traite de la gomme, du sel, des produits de l'intérieur, et camper sur la rive à la fin de la saison sèche... Quelques-unes de ces tribus possèdent aussi des terrains de culture ; mais le vrai Maure de pure race, croit au-dessous de sa dignité de s'occuper d'un autre soin que l'élevage, et les travaux agricoles sont confiés aux Harratine, qui sont leurs affranchis.

Chez ces peuples primitifs règne l'inégalité sociale la plus tranchée.

Tout d'abord les tribus maures se divisent en deux grandes classifications, d'une part tribus guerrières et armées, d'autre part tribus maraboutiques et sans armes, occupées du soin des troupeaux, de l'étude, des œuvres religieuses et dans lesquelles se conservent les traditions de la haute culture arabe.

La tribu guerrière est régie par un cheikh héréditaire auquel s'adjoint une assemblée de notables (djemmââ) ; chez les tribus maraboutiques il n'y a généralement pas de cheikh ; la djemmââ seule dirige les aff'aires de la tribu ; dans les unes et les autres, le pouvoir spirituel est exercé par de pieux personnages renommés pour leur sainteté, qu'on appelle marabouts.

Les tribus maraboutiques sont les plus nombreuses comme les p!us importantes dans tout le pays maure. Décimées au cours des siècles par les luttes extérieures ou intérieures, les tribus guerrières ne forment plus aujourd'hui que les deux dixièmes de la population, tandis que les tribus maraboutiques, consacrées à la prière et au soin des troupeaux, et qui ne touchent point d'armes, sont à présent quatre fois plus nombreuses.

Quelques tribus maraboutiques paient une redevance au cheikh d'une tribu guerrière en échange de sa protection, redevance non déterminée comme taux ni comme époque ;

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si la tribu maraboulique estime trop forte la contribution demandée, elle a la faculté de confier ses intérêts à une autre tribu. Lorsqu'il se trouve parmi elles quelque illustre personnage religieux, certaines tribus maraboutiques arrivent à posséder une grande influence sur les tribus guerrières et sur leurs cheiklis ; leurs camps jouissent du droit d'asile pour les fugitifs, même coupables.

Les principales tribus guerrières sonl dans le Tagant : les Lebéida, les Aleb, les Oulad-Boualiri ; dans l'Adrar les Oulad-Gheïlane et les Oulad-Bou-Sba. Les principales tribus maraboutiques sont les : Oulad-Biri, les Oulad-Déïmane, les Tendara, les Ali-Barik Allah, les Ida Bel-Hassen dans le Trarza ; les Djedjibah dans le Brakna ; les Smassid dans FAdrar ; les Ida ou Ali et les Tadjakant dans le Tagant.

Les Kounta, dans le Tagant et l'Adrar, présentent cette particularité d'être une confédération à la fois guerrière et maraboutique. Les tribus des Regueiba et des El Barik Allah, maraboutiques, sont aussi armées pour la défense ; mais leur valeur batailleuse est moindre que celle des tribus exclusivement guerrières.

Au moment de la migration vers le nord, ce sont en général les tribus guerrières qui se mettent en marche tout d'abord et qui vont le plus loin. En décembre, elles reprennent le chemin du sud ; et c'est, dès le mois de février, qu'on les revoit au bord du fleuve, non loin de nos possessions du Sahel. Les autres tribus parlent plus tard, ne s'enfoncent guère à plus d'une centaine de kilomètres des rives du Sénégal et commencent le mouvement de retour vers le sud aussitôt que les pluies ont cessé.

Maraboutiques ou guerrières, les tribus maures ont des vassaux, des serfs, les irihus zenac/ a ou tributaires, derniers débris des populations berbères qui couvrirent la contrée avant l'invasion des Arabes conquérants formant des groupements armés ou non, suivant les conditions de la tribu dont ils dépendent respectivement ; les zenaga suivent à la guerre le cheikh de la tribu souveraine, soit volontairement, soit par crainte des représailles. Dégénéré par l'eflet des

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croisements et de la serviLude, le zenaga d'aujourd'hui n'a plus rien de commun avec le grand peuple berbère qui conquit, au XI® siècle, le Maroc et l'Espagne : le zenaga est le serf du désert. Complètement soumis au chef de la Iribu hassane, conquérante arabe, il lui appartient entièrement; le cheikh peut le céder, le vendre à quelque autre tribu ou guerrière ou maraboutique. La tribu zenaga paie une redevance annuelle à la tribu suzeraine ; mais le cheikh peut, à son gré, demander des contributions supplémentaires en argent, bétail ou étoffes, car toute possession du zenaga appartient à son maître.

Cependant le zenaga est libre, il a la faculté d'agir et de circuler comme bon lui semble. Il peut être vendu, seul ou avec ses biens ; mais, en tout cas, son nouveau maître, pas plus que le premier, n'a le droit de le déplacer ou de le séparer de sa famille ; après la vente, il peut continuer de vivre avec les siens dans sa tribu ; sa seule obligation est de verser l'annuelle redevance au possesseur nouveau au lieu de la donner à l'ancien. Le zenaga ne peut jamais espérer se libérer de cette condition misérable, car il n'est pas considéré comme un esclave, mais comme un homme libre. Les tribus zenaga se livrent, pour leur propre compte, à l'élevage et au commerce ; certaines possèdent des troupeaux considérables.

Les tribus ont des sujets, les harratine, tribus formées par d'anciens captifs affranchis et par des descendants d'affranchis, La tribu harratine paie une redevance annuelle au cheikh de la tribu dont elle dépend, et à laquelle elle obéit, suit ce cheikh à la guerre et est libre de se livrer pour son compte à l'agriculture et au commerce, mais après avoir, au préalable, cultivé la terre de ses maîtres.

A côté de cette distinction de quatre sortes de tribus, il faut signaler l'existence de ce qu'on peut appeler des classes sociales bien tranchées.

La première et la plus élevée est celle des guerriers ou hassane ; elle comprend non seulement les descendants des Beni-Hassan, de ces grands seigneurs El-Arbia qui con-

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qiiirenl le pays, non seulement sur les Berbères, mais encore sur les Harratine el les Zenaga qui, les uns et les autres, suivent ces princes dans leurs guerres. La classe la plus estimée est celle des tolba ou marabouts, les seuls parmi leâ, Maures chez qui se rencontre la culture intellectuelle. Connaissant l'arabe littéraire, le Coran et la science coranique, ce sont eux qui assument le rôle d'enseigner aux jeunes générations la langue arabe, la lecture du saint livre et les connaissances religieuses. Dans les tribus guerrières régies par des princes arabes, les tolba ou marabouts s'adonnent à l'élevage, au commerce, à l'agriculture, par le moyen de leurs captifs, aussi bien qu'à l'enseignement. Les familles de marabouts vivant dans les tribus guerrières paient la hôrma au cheikh de la tribu ; ils ne prennent point part aux combats ; s'ils suivent les cheikhs à la guerre, c'est pour dépouiller les morts et donner la sépulture aux chorfa tués ; et leur caractère sacré leur assure le droit de libre circulation sur les territoires des tribus belligérantes.

Au-dessous des zenaga et des harratine viennent les captifs.

Les captifs forment une caste d'esclaves, chargés des soins domestiques de la tente et des travaux les plus pénibles, tels que le forage des puits, le transport de l'eau, la récolte du bois, le soin des troupeaux. Nourris et entretenus par le maître, ils passent aux héritiers avec les autres biens. On en distingue deux sortes : les captifs de traite, abid, que leur maître peut donner, vendre, tuer à son gré, et dont le nombre diminue de plus en plus depuis que la présence des Français empêche les tribus maures de razzier les villages noirs au sud du Sénégal ; les captifs de case, namena, qui ne doivent pas être vendus et font pour ainsi dire partie intégrante de la famille.

On n'emmène les captifs à la guerre que pour leur faire remplir roffîce de palefreniers. Chaque semaine, deux jours de liberté leur sont accordés, pendant lesquels ils peuvent travailler pour leur propre compte, récolter de la gomme dans les forêts, cultiver le petit terrain concédé par leur

maître. Le Coran admet pour le captif la faculté de rachat par entente préalable. Une fois racheté, le captif s'il s'établit dans le pays passe au rang du harratine. Les captifs sont tous de race noire. Les enfants nés d'une esclave noire et d'un Maure présentent un type très particulier et sont appelés des porognes.

Parmi les zenaga, il faut distinguer le groupe des forgerons, groupe spécialement occupé d'industrie et seul d'ailleurs à s'en occuper. Répandus dans les diverses tribus zenaga, ils fabriquent les calebasses de bois, les pipes, les briquets, aussi bien que les bijoux, les poignards, les lances, les sabres, les selles, les mors, les étriers, tandis que leurs femmes travaillent le cuir.

La dernière classe et la plus basse est celle des igaoun ou griots. Ceux-là sont les bouffons du désert. Musiciens, poètes et chanteurs, ils tirent leur subsistance de la charité publique et des présents des grands personnages, même de C€ux des captifs, bien que possédant souvent eux-mêmes des captifs. Quoique recevant parfois des dons considérables, le griot possède rarement quelque chose longtemps ; car, certain de se voir offrir sans cesse de nouveaux cadeaux, il vit largement, dépense tout l'argent et vend tous les objets qu'on lui donne, même les captifs et les animaux, dissipant à mesure qu'il recueille. Quelquesuns arrivent à une véritable réputation comme improvisateurs et poètes ; ainsi, au début du xix^ siècle, Sedoun Ould N'Diarka, des Oulad M'bark, vit sa renommée s'étendre à travers tout le désert, tellement que l'émir des Ida ou Aïch l'appela auprès de lui, et pour se l'attacher, lui concéda un droit régulier sur les caravanes de passage. Chaque tribu de la confédération lui envoyait annuellement un mouton par individu. Ses petits-fils jouissent encore aujourd'hui de la même dotation.

Toutes ces castes n'existent point chez certaines tribus, d'origine berbère, qui ont su reprendre leur indépendance, comme par exemple, les Ida ou Aïch et les Mechdouf.

Coup d\ril historique. — La civilisation ancienne n"a

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guère connu l'Afrique septentrionale au delà des contrées voisines de la Méditerranée. Le pays qui nous occupe faisait partie de ces immenses et vagues espaces désertiques inconnus, étendus au sud de l'Atlas et de la Gétulie, où erraient déjà des peuplades farouches et qu'on désignait sous le nom de Lybie inférieure ; sur la côte atlantique, le cap Noun, barrière redoutable pour la navigation primitive, ensuite la longue falaise à pic de roches nues rongées par le flot et brûlées du soleil qui le suit pendant un millier de kilomètres, puis la longue chaîne de dunes qui succède à celle-ci à partir du cap Blanc, étaient bien faits pour arrêter Taudace des explorateurs phéniciens ou grecs. Hannon et ses Carthaginois, chargés de reconnaître la côte Ivbienne au delà des colonnes d'Hercule, n'alla probablement pas plus loin que le cap Bojador.

On a cru reconnaître dans le fleuve Sénégal, le Daradus des anciens, peut-être le Stachys de Ptolémée. Ce sont là discussions d'érudits curieux qui ne reposent sur aucune donnée précise. Il est certain cependant que, dès les temps les plus reculés, des hommes habitèrent ces parages. Aux environs d'El Aïoudj, non loin de la frontière du Rio de Oro, on a trouvé parmi des tombes plus modernes, des tombeaux très anciens, les uns avec un mur circulaire et bas, en pierres sèches autour d'un tumulus qui le dépasse, les autres avec un tumulus cerné d'une couronne de pierres plates posées sur le sol autour de lui. On a recueilli entre Bir-el-Guerb et Port-Etienne, des ouvrages en silex taillé, des hameçons, des pointes de flèches et de lances, toutes sortes d'instruments néolithiques en diorites tels que pilons, grattoirs, tranchoirs. Dans la presqu'île du cap Blanc, on rencontre de nombreux ateliers de date ancienne où les pointes de flèche et de lance sont mélangées avec des objets divers en pierre taillée ou polie.

Pour remonter à une époque moins lointaine on sait qu'au moment de la découverte de l'embouchure du Sénégal par les Portugais, le vaste pays qui va de l'Atlas au grand fleuve était occupé par des peuples berbères, San-

hadja, Zenata et Zenaga au sud ; c'est même, dit-on, du voisinage de ces derniers que le fleuve Sénégal reçut son nom. Le. passé de ces peuples turbulents et belliqueux nous est connu par l'histoire du Maroc, sur laquelle ils ont plus d'une fois influé.

Au X® siècle, un chef des Sanhadja, ayant groupé autour de lui diverses tribus, après avoir d'abord vaincu les Zenaga, s'empara de tout le pays, d'Alger à Tripoli. Après lui son fils, Youssouf Balkm, conquit Bougie, Tlemcem, Biskra, prit Fez aux Edrissites aff'aiblis, Sedjelmena dans le ïafîlalet, et imposa pendant quelques années son autorité à tout le Maghreb. Les Zenaga, à la fin du siècle, leur enlevèrent Fez sous le cheikh Zeïri ben Atyah qui établit le siège de son empire à Oudjda, s'aff'ranchit de la suzeraineté des califes de Cordoue et vainquit plusieurs fois les Musulmans d'Espagne. Vaincu à son tour, il s'enfuit au Sahara, mais pour y revenir lever de nouvelles tribus avec lesquelles il revint et reprit Tlemcem et Tahert et le Zab (pays de Biskra).

Au siècle suivant les Berbères du sud devaient jouer un rôle plus important encore. Les Zenaga étaient islamisés depuis le IX* siècle, sans d'ailleurs comprendre de la religion de Mahomet autre chose que le devoir de la guerre sainte contre les noirs païens du Soudan. Au xi^ siècle, un tolba de Fez Abdallah ben Yacim, à son retour de la Mecque, s'établit dans un ribat, couvent fortifié, construit sur un îlot du Sénégal, et y fonda une secte religieuse. Il prit par la parole et sa sainteté un grand pouvoir sur ces peuplades zenaga qui, voilées comme les Touareg, habitaient le désert entre l'Océan, le fleuve et l'Atlas. Dans le pieux asile s'organisait une force armée, une caisse pour la guerre sainte, des razzias en partaient, allant un jour vers le Drââ, un jour sur Sedjelmena qu'ils enlevèrent aux Sahandja, un autre jour à Taroudant dans le Sous, un autre jour encore dans le Tadla. On appelait ces bandes El Morabeth, les religieux, ou el Morabitin, à cause du ribat auquel ils étaient attachés. Puis Youssef ben Tachfin, un

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Saharien de la tribu des Lemtouma qui fui le second successeur d'Abdallah, fonda Marrakech sur le versant nord de l'Atlas et vint enlever Fez aux Zenala qui y régnaient encore. Il soumit ensuite Tanger, le Rif, Oudjda, Oran. Appelé au secours contre les rois chrétiens par les Musulmans d'Espagne, le Saharien avec ses bandes de Berbères, de Noirs et d'Arabes, vainquit Alphonse \l, mais s'empara aussi de tous les petits royaumes musulmans et étendit son empire du Sénégal jusqu'à l'P^bre.

Cette puissance des Almoravides dura peu. Au bout d'un demi-siècle, un autre mouvement religieux et conquérant souleva les Berbères de l'Atlas, renversa, au Maghreb et en Espagne, les Sahariens délestés, au profit de la dynastie des Almohades, qui, à leur tour, épuisés par les guerres, ne tardèrent pas à tomber en décadence.

Une nouvelle tribu, mélangée d'Arabes venus d'Orient et de Berbères des bords du Sahara, les Béni Abd-el-Hak ou Ebn-Meriniz arrivèrent du Sahara, en descendant la vallée de la Moulouya, nomadisant entre le Zab (pays de Biskra) et le Tafilalet ; ils s'établirent à Guercif, autour de la moyenne Moulouya. Appelés par les Almohades affaiblis, les Ebn-Meriniz ou Beni-Merin s'emparèrent à leur tour de Fez et de Marrakech où ils régnèrent pendant trois siècles. Déjà le Maghreb central avec Tlemcen avait été enlevé aux Almohades par les Abd-el-Oued, tribu d'origine zenata descendue du djebel Amour.

Tandis que l'expansion des Zenaga se répandait ainsi vers le nord, une dernière vague de l'invasion arabe hillalienne, les Béni-Hassan, arrivant d'Arabie vers Sous et Kairoan fut repoussée au sud, et contrainte de reprendre, à travers le désert, sa roule vers l'occident. Une partie des Béni-Hassan continua jusqu'à l'Océan, une autre s'arrêta dans le pays possédé par les Zenaga. Pendant des siècles, d'incessantes luttes mirent aux prises 1 élément arabe et l'élément berbère et finirent par amener l'asservissement complet de la population primitive, si bien que tribu Zenaga est en Mauritanie aujourd'hui synonyme de tributaire.

Ce mouvement avait aussi sa répercussion sur les peuplades noires du sud. Rejetés par les Maures sur la rive gauche du Sénégal, les Toucouleurs refoulèrent vers l'ouest les Ouolofs qui, à leur tour, rejetèrent les Sérères au sud. En s'établissant dans le Tagant et l'Adrar, les Béni-Hassan en chassèrent les peuplades des Haëré et des Kébé qui se répandirent dans le Guidimaka où nous retrouvons leurs descendants dans les Saracolais de Sekbaby.

De nombreux croisements altérèrent la pureté du sang berbère, croisements avec les Arabes vainqueurs, croisements aussi avec les captifs noirs amenés du sud. L'action dégradante de l'oppression réalisait aussi son œuvre. Enhardies par la faiblesse de ces populations dégénérées, avilies sous le dur joug de leurs maîtres, les peuplades noires repassèrent le fleuve, envahirent les terres fertiles du Chamama et refoulèrent les Berbères à Test, vers la région désertique.

Au xv*^ siècle, les Ouolofs se répandaient jusqu'à une centaine de kilomètres au nord du Sénégal ; un peu plus tard, ce furent les Saracolais qui s'installèrent dans le Tagant, à 2o0 kilomètres, au nord du Sénégal. On les y appelait Tiaganés.

A l'autre extrémité de la Mauritanie, les tribus des Béni Hassan établies au bord de l'Océan, au nord du Trarza et dans l'Adrar-Sotof, étaient divisées entre elles par les luttes intestines et les rivalités qui se produisent toujours chez ces races insubordonnées et indomptables. Au xvii^ siècle, fatigués de l'animosité de leurs voisins, les Oulad-Delim. un cheikh puissant qui avait su les réunir sous son autorité, Makh Far, avec son frère M'Bark, commencèrent à descendre vers le sud pour une conquête nouvelle. M'Bark, le plus hardi, quitta le voisinage des côtes et s'enfonça vers l'est dans le désert où ses descendants formèrent la tribu des Oulad M'Bark. Il soumit à son autorité les peuplades noires des Bambara du Kharta. Makh Far étant mort, ses fils Terrouz et Barkani poursuivirent l'expédition. Ils rejetèrent les Ouolofs sur la rive gauche du Sénégal,

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franchirent même le fleuve, et les Zenaga, désormais tributaires des Hassan, revinrent vivre dans un état de vassalité sur leurs anciennes terres.

Mais un désaccord s'éleva entre les deux frères ; les tribus prirent parti d'un côté ou de l'autre, et la confédération se divisa en Trarza, partisans de Terronz. et Brackna, partisans de Barkani.

A ce moment, se consomme l'écrasement définitif des Berbères ; chargées de contributions, éloignées de toute action politique, certaines fractions se rejettent alors exclusivement dans la prière, l'étude, les occupations pastorales ; les tribus zaouïa où se trouvent maintenant les représentants les plus fervents et les plus érudits de la science musulmane sont, pour la plupart, des groupements autochtones, arabisées et islamisées par la domination des Hassan et les alliances ; malgré les généalogies arabes qu'elles se sont forgées, les noms même qui figurent dans ces tableaux généalogiques, comme aussi leur organisation démocratique, sont la trace et la preuve de ce fait.

A la fin du xviii*' siècle, la tribu berbère des Ida ou El Hadj, asservie sous le prince El-Arbia, comme les autres tributaires, et qui, depuis longtemps, sentait son sang se révolter contre les Beni-Hassan envahisseurs, réussit à s'affranchir. Trois chefs successifs avaient fomenté et entretenu chez eux l'idée de la rébellion : Mohammed ben Khouna, Amar, Bakar ould Amar. Ce dernier rassembla à Lechneîkat, non loin de Tidjikdja, les tribus Ida ou El Hadj et refusa le tribut aux suzerains. Cerné par eux et leurs alliés, le cheikh Idaou el Hadj noua des relations de part et d'autre, battit successivement chacun de ses adversaires et, en mourant, laissa en héritage à son fils, le commandement d'un peuple libre et accru en nombre, augmenté de nombreuses tribus maraboutiques qui venaient se mettre sous sa protection et des tributaires que lui gagnaient ses expéditions.

Les tribus .'origines; organisation intérieure : fractionnements; terrains de parcours ; tribus du Sénégal et du

Tagant. — Les terrains de parcours du Trarza vont du fleuve Sénégal à Agadir dans la baie d'Arguin jusqu'aux limites du Tiris et de FAdrar au nord, du pays Brakna et du Tagant à l'est, dans de vastes plaines que quelques ondulations animent vers le nord, pourvues de points d'eau assez nombreux pour faciliter le voyage, mais non assez abondants pour créer des oasis. Ces terrains sont bordés, sur la rive droite du fleuve par une bande de terre alluviale large de 5 kilomètres, inondée pendant trois mois de l'année et que l'on cultive lorsque les eaux se sont retirées ; le long de l'Océan, par des salines nombreuses et arrosées par le marigot de Morghea qui joint le Sénégal à Podor; le marigot de Garak qui se jette dans le lac Djiguena ; les marigots de Guédayo et de Lekhan qui forment le lac de Gagor, tous bordés aussi de terrains d'alluvions. Les arbres sont rares. Autour de quelques puits et sur certains points de la côte croissent de maigres dattiers. Gependant la forêt de gommiers de l'Iguédi mesure deux cents kilomètres de profondeur et s'étend à l'est jusqu'au Tessagueurt (nord de Podor), à l'ouest jusqu'au puits de Torch à une centaine de kilomètres de l'Océan ; mais à mesure que l'on va vers le nord, la végétation n'a plus d'autres représentants que les chétives plantes des pâturages désertiques.

La confédération du Trarza est dirigée par un émir, nommé et soutenu par les tribus guerrières. Quoique pourvu d'un pouvoir absolu, il appelle autour de lui en conseil, dans les cas graves, les représentants des tribus principales et pour décider la guerre, les chefs mêmes des tribus harratine et zenaga. Get émir nomme un cadi chargé de rendre la justice près de lui et qui, par définition, doit régler les conflits chez les tribus hassane et les tribus zenaga ; dans les tribus maraboutiques, les questions de droit public et privé sont traitées par un marabout choisi d'un accord tacite.

Les Trarza ont une tribu dirigeante, les Oulad Ahmed ben Dahmân, formée de grands seigneurs, qui comprend à son tourhuit familles importantes, dont une dans laquelle

est toujours choisi l'émir. Il y a, de plus, cinq tribus guerrières princières aussi, et nomades (Oulad Ahman, El Abdallah, El Agraoutar, Oulad-Mahimedat, Oulad El Bolhia); vingt-huit tribus maraboutiques, quinze tribus harratines payant ou non des redevances, huit tribus zenaga guerrières ou non, en tout un groupe d'environ quatrevingt mille individus.

De l'île de Lamenago, située au sud de Podor, jusqu'au delà de Kaëdi, le pays est occupé par les Oulad-Abdallah (30.000 âmes) dont le groupe le plus important est celui des Brakna (40.000 âmes) qui s'étendent dans la partie occidentale, depuis Doué et le marigot Borohouhadji jusqu'à l'île Morfil. Borné au nord par une plaine d'aftout, le pays Brackna comporte, à l'ouest et au sud-ouest, une région de collines aux chaînons interrompus ; à l'est et au sud-est des plateaux monotones et des plaines qui vont finir au fleuve dans les terrains d'alluvions. Des marigots du Sénégal en traversent le sud-est; l'eau est abondante dans les puits de profondeur médiocre, dans les mares temporaires des vallées, dans les ruisseaux périodiques coulant des sources au bord du massif du Tagant ; une végétation florissante en décore la partie centrale, acacias, gommiers, baobabs, singh, nama épineux à gomme odorante, et le sol en devient de plus en plus fertile à mesure qu'on se rapproche du Tagant.

Les Brackna sont dirigés par la grande tribu des Oulad- Abdallah, elle-même divisée en cinq groupes tirant chacun sa descendance de Barkani, premier émir des Brakna, Oulad Saïd, Oulad Manssour, Oulad EUy, Oulad Ahmed, Oulad Nokhmakh, et dont chacun a ses tribus harratines ; en tout dix-neuf. Il y a quatre grandes tribus maraboutiques : Djiedjouba, Taguimit Tockoz, Idaou El Iladj, comprenant chacune plusieurs grandes familles, plus un grand nombre de fractions de tribus maraboutiques diverses, réparties dans les autres groupements ; et douze tribus zenaga qu'on distingue en zenaga des tribus guerrières, plus spécialement appelées touabirs, et zenaga des tribus maraboutiques, avec un certain nombre de fractions chacune.

L'émir des Brakna ne reçoit pas, comme celui des Trarza, une redevance fixe des tribus zenaga et maraboutiques ; il demande ce qui lui est nécessaire; seuls, les harratines doivent une contribution. Mais cet émir possède d'importants revenus par ses propriétés des terres d'alluvions de la rive droite du Sénégal depuis Doué jusqu'aux Aleïbés, terres cultivées par nos sujets noirs qui lui paient un droit de culture et le dixième des produits ; de plus, il prélève un droit sur les coupes de bois. Pour les crimes et les vols, il impose des amendes dont il touche le montant.

Une fraction des Oulad Abdallah, autrefois puissante, aujourd'hui déchue à cause de ses divisions, les Oulad EUy, habite dans la zone d'alluvions, autour du marigot de N'Diérer, en face d'Ouallali et près de Kaëdi, au sud de l'aftout Ghergui. Elle comprend les familles princières guerrières, leurs tributaires et harratines et six tribus maraboutiques vivant sur leur territoire et payant redevance annuelle à leur émir.

Entre Kaëdi et Matam vit une autre petite tribu indépendante qui s'est, depuis longtemps, séparée des Oulad Elly à la suite d'un différend pour un partage de butin, les Litama.

Au sud-est de la Mauritanie est située la région montagneuse du Tagant, qui confine en son ouest au pays Brakna et Trarza, au sud à l'aftout Chergui, à l'est au Regueïba et à l'Affola. Elle est bordée au sud et à l'ouest par des hauteurs abruples aux défilés étroits, aux pieds desquelles jaillissent des sources vives qui permettent la culture des céréales. Elle possède des forêts sur ses pentes et deux vastes oasis de palmiers où s'élèvent les centres de Tidjikdja et de Rachid ; des gommiers dans l'aftout Ghergui au nord de Kaëdi, et, dans le Regueïba, l'Affola, le Hodh, des forêts qui se déploient sur la longueur de plusieurs journées de marche. Le Tagant est habité par les Ida ou Aïch, anciennement appelés Dourrh par les Européens et par une partie des Kounta.

Bien que mélangés dans le cours du temps avec la race

arabe et les indigènes noirs, les Ida ou Aïch sont les descendants directs des anciens Zenaga qui, après avoir vécu longtemps sous la loi des Oulad Abdallah, des Oulad M'Bark et des Oulad Naceur,ont réussi à reprendre leur indépendance dans les dernières années du xviii^ siècle. Les Ida ou Aïch vont de l'Agan, région située à l'ouest au pied du massif jusqu'à l'extrême est du Tagant et, durant la saison sèche, ils descendent dans cette contrée appelée lOued ou Ouad à cause du cours d'eau permanent, long de cent vingt kilomètres, qui passe àZéreïfpour aller se jeter dans le lac d'Aleg, et dans l'aftout Ghergui, à trente kilomètres de Kaëdi. Quelques tribus maraboutiques ou tributaires se rendent l'hiver dans la grande plaine du Fori ou Lagi, située au bord du fleuve à l'est de Kaëdi.

A la suite des dissensions qui suivirent de près la reprise de leur indépendance, les Idaou Aïch se divisèrent en deux groupes ennemis ; une moitié dut se retirer dans le désert et n'eut pour nourriture que la gomme noire appelée ahakak^ dont le nom lui resta ; l'autre moitié, de son côté, fut réduite par la famine à manger de vieilles peaux de bœufs ainsi que font les hyènes [chrattit)^ d'où ils gardèrent ce surnom. Les Abakak (16.000 âmes), avec sept tribus guerrières, quatre tribus Zenaga payant redevance à l'émir et treize tribus maraboutiques parmi lesquelles on cite les Ida ou Ali, les Tagal, les El Hadj, les Tourkouz, les Lakhlal, les Messouma, les Deïboussa, etc. se tiennent généralement dans l'ouest du massif. Les Chrattit (20.000 âmes) avec une tribu royale, les Amar Ould Mohamed, divisée en quatre grandes familles, et chez laquelle se choisit l'émir ; une tribu princière, les El Soneïd, répartie en trois fractions ; trois tribus guerrières et neuf tribus Zenaga non tributaires qui forment l'armée de l'émir, occupent le sud de la contrée.

Les tribus maraboutiques dépendantes du Chrattit font partie des Tadjakant divisés en douze fractions Idaï-Chif, Oulad Brahim, El Cheikh, Oulad Ahmed, Oulad El Hadj etc., tribus très commerçantes qui font le trafic de la gomme

dans les escales du Sénégal jusqu'au Niger et jusqu'à Saint- Louis. Il faut nommer aussi les tribus maraboutiques du Choufa, absolument indépendantes.

Après de longues luttes, les deux moitiés des Ida ou Aïch vivent aujourd'hui en assez bonne intelligence.

L'émir des Abakak et celui des Ghrattit reçoivent des redevances nombreuses, de leurs zenaga personnels, de leurs marabouts et même de tributaires qu'ils possèdent chez les Oulad Abdallah et chez les Brackna. Dans les cas graves ces émirs se font assister d'un conseil formé des chefs des tribus guerrières, des princes et des notables. La fortune de l'un et de l'autre est considérable. La justice est rendue par des marabouts. Les Ida ou Aïch passent pour des guerriers médiocres et peu résistants.

Tribus du Sahel et de VAdrar. — Dans le Regueïba sont les El Sidi Mahmoud, descendants de l'antique tribu berbère du Aidou el Hadj qui, à la fin du xviii^ siècle, vivait à Ouadane, dans l'Adrar, tributaire, dit-on, des Kounta lesquels, à ce moment, avaient leurs terrains de parcours de l'Adrar jusqu'à l'est du Hodh et poussèrent jusque dans le Tagant. Un d'eux, Sidi Mahmoud, quitta Ouadane pour aller suivre, dans le Hodh, les leçons d'un marabout réputé et, ensuite il s'établit lui-même marabout dans le Regueïba chez les Ida ou Aïch avec ses parents. Par la renommée de sainteté de son chef, le groupement des El Sidi Mahmoud obtint d'être épargné par les pillages des chefs voisins ; des fractions de tributaires Kounta et Oulad Abdallah, comme Ida ou Aïch, vinrent se mettre sous sa protection et augmentèrent ainsi son importance. De longues luttes avec les Kounta s'ensuivirent, d'où les El Mahmoud, finalement, sortirent vainqueurs.

Aujourd'hui, ils parcourent la plaine du Regueïba, le plateau de l'Affola, à l'est du Tagant et hantent la frontière de notre cercle du Guidimaka. Ce sont des marabouts que la nécessité de se défendre contre l'oppression et le pillage a conduits à s'armer ; de nombreux guerriers étant venus se joindre à eux de côté et d'autre, c'est aujourd'hui cet

élément qui domine chez eux. Au nombre total de 40.000 les Sidi El Mahmoud comprennent quatre grandes tribus indépendantes désignées sous le nom d'Ida ou el Hadj, dont une dirigeante les Ida ou Bouja, sept tribus guerrières, une très grande tribu tributaire et guerrière avec dix-neuf fractions, deux tribus marabou tiques et guerrières et cinq petites tribus exclusivement maraboutiques.

Les Oulad MBark descendent directement de MBark, frère de l'émir hassan Makh Far, qui, pendant que Trarza et Brakna descendaient au sud vers le Sénégal, s'enfonça à l'orient dans le désert et alla planter ses tentes aux confins du Dakounou. Jadis conquérants irrésistibles, la suite de leurs guerres les a maintenant affaiblis au point qu'ils ne comptent pas même vingt mille individus, et pas même deux mille combattants.

Les Oulad M'Bark comprennent quatre groupes. Chacune des fractions obéit à un chef particulier, et il n'y a pas de chef pour l'ensemble. Le groupe le plus nombreux est celui des Oulad M'Bark, du Ouagadou appelés aussi Oulad Mahmoud ou Ladoumouz, ancienne tribu zenaga qui s'est rendue indépendante ; il comporte à lui seul dix-huit cents combattants et dix mille têtes, répartis en quinze tribus ; ils vivent dans le Goumbou ainsi que les Oulad M'Bark du Bakounou, divisés en quatre sous-fractions.

La fraction la plus importante est celle du Garchouch avec onze sous-fractions. Les Oulad Khouïazi et leur fraction, les Askeurs, sont plus nombreux et insignifiants. Obligés de se retirer dans le haut Sahel à la suite de leurs guerres malheureuses avec les bandes du prophète tidjania El Hadj-Omar, almamy des ïoucouleurs, au milieu du xix*" siècle, ils en sont redescendus depuis notre installation au Soudan. La petite tribu des Khouïzi et des Askeurs vivent paisiblement dans notre cercle de Kayes.

Au nord de ces tribus, depuis Oualata jusqu'à l'Adrar, s'étendent les longs terrains de parcours des Oulad Xaceur (12.000 individus) les plus farouches et les plus pillards des Maures. Les Oulad Naceur sont de pure origine arabe et

hassane, et descendants du célèbre émir des Beni-Hassan, Makh Fàr, leur ancêtre éponyme Naceri étant fils de Barkani, premier émir des Brackna et frère de Keroum, qui fut l'aïeul des Oulad Abdallah, des Oulad Nokhmakh, Leurs croisements avec les noirs du pays ont altéré la pureté de leur sang, mais ils appartiennent évidemment à ces princes El-Arbia qui asservirent sous une domination dégradante les tribus berbères des Zenaga. Leur organisation intérieure comporte la même distinction en castes qu'on observe chez la confédération des Trarza, tribus exclusivement guerrières, tribus harratines, tributaires zenaga, tribus maraboutiques uniquement commerçantes, celles-là leur ayant échappé pour aller vivre chez les Mechdouf et les Hammounat dont elles font maintenant partie mais en continuant encore à payer la redevance à leurs anciens maîtres.

Les Oulad-Naceur forment, à l'heure présente, trois groupes désignés par le nom de leur chef : Oulad Naceur d'Amar, Oulad Naceur d'Amada, Oulad Naceur de Sanda et comprenant chacun ses fractions et même ses sous-fractions. Les Oulad Naceur d'Amar ont, depuis le commencement du siècle, avancé leurs campements vers le Tagant au grand déplaisir des Ida ou Aïch et vers le Baten avec les Kounta, beaucoup plus au nord que les Mechdouf et ont tendance à revenir vers les forêts de gommiers du Djemneh, leurs territoires anciens.

Les Oulad Naceur de Lamba, très petit groupement, fusionnent avec eux tout en conservant un chef spécial.

Les Oulad Naceur d'Amada vivent parmi les Mechdouf mais leur chef Amada, prince El Arbia, se refuse à payer une redevance au chef des Mechdouf, zenaga d'origine.

Leurs tribus maraboutiques, au nombre de sept, se tiennent sur notre territoire pendant tout le temps de la saison sèche, ne nomadisant un peu plus au nord que pendant la seule saison des pluies.

Les Oulad Billo et les Macina, habitants de l'oasis de Tichitt, paient des redevances aux Oulad Naceur.

Les Kounta forment comme les Ida ou Aïch, un groupement d'origine zenaga que son caractère religieux a préservé du servage sous lequel sont tombés ses pareils. Leur origine remonte, dit-on, au xv^ siècle, alors que Sidi Mohammed El Kounti, de la tribu de Toraïch, réunit sous son autorité un certain nombre des peuplades du nord du désert. Leur centre était alors Toasis du Touat. Mais à la mort de son successeur, les Kounta se séparèrent. Une partie s'établit dans le massif du Tagant. une autre à Oualata, puis à Tombouctou,

Aujourd hui les Kounta forment trois grands groupes : d'abord, au sud de l'Adrar, les Kounta sidi N'Ahmet, forts en nombre et en puissance, et les Kounta Montarambrine, très petite fraction, dont un fragment habite les bords du Sénégal vis-à-vis le Lao et les Jalabès ; puis, autour de Tombouctou, à Test, les El Sidi el Mokhtar Kounti, marabouts et guerriers ; enfin, les Kounta de l'ouest ou du Sahel répandus entre Oualata et le Tagant, dans l'ouest du Hodh (Djemrahj et remontant au nord-ouest jusqu'au delà de l'oasis de Tichitt, dont les habitants, peuplades de marabouts, l'une issue de croisements maures avec les naturels du Macina, l'autre originaire de l'Adrar, seulement occupés de culture, d'élevage et de commerce, leur paient une contribution, de même qu'aux Oulad Naceur.

Les Kounta du Sahel (o.OOO âmes), un millier de combattants, comprennent, sous les ordres d'un seul émir, trois groupes, chacun subdivisé à son tour en deux, trois et quatre fractions. Cet émir général descend des Oulad Sidi El Ouassy et a dans les veines une forte part de sang noir. Les Kounta sont d'ailleurs de teint beaucoup plus foncé que les autres Mauritaniens. Ces marabouts guerriers ont pour vassaux quatre tribus zenaga, habitant la plupart dans le Hodh, qui les suivent aux combats, leur paient des contributions irrégulières, mais fréquemment demandées sous prétexte de cadeaux.

Les Kountas, jadis une des tribus les plus puissantes, ont

LES 1IA151TANTS / /

VU leur importance décroître de façon considérable depuis que les El Sidi Mahmmoud se sont affranchis de leur suzeraineté.

Les Mechdouf, tribu la plus nombreuse de tout le désert, oO.OOO individus et cinq mille combattants, répartis en douze tribus, précédemment divisés en deux partis, aujourd'hui réunis sous un chef unique, sont d'anciens tributaires des Ida ou Aïch Ghratitt qui, après avoir secoué leur joug au milieu du xix^ siècle, allèrent s'établir dans le Sahel et virent bientôt venir à eux en foule les tributaires opprimés entraînés parleur exemple. Par de longues guerres avec les tribus voisines il leur fallut gagner leurs terrains de parcours qui s'étendent au nord de nos cercles de Nîoro, de Goumbou, de Sokolo, même jusqu'à la grande oasis du Baten, Tichitt, et jusqu'aux limites de l'Adrar.

Comme les Mechdouf sont tous d'une même origine tributaire zenaga ayant secoué le joug des tribus hassanes ou des Ida ou Aïch, les tribus n'y sont point comme ailleurs distinguées en classes différentes.

Une grande fraction des Mechdouf, lesHammounah, très turbulents et querelleurs (1.600 combattants, 15.000 âmes) comprenant neuf grandes familles, présente cette particularité d'avoir toujours à la fois deux chefs, un pour la guerre, un pour la paix.

Une petite tribu maraboutique, les Taleb Moktar (une douzaine de familles), en tout quinze cents personnes, presque tous lettrés et occupés exclusivement de l'enseignement et du commerce, vit chez les Mechdouf, très révérée dans tout le Sahel, grâce à la mémoire du grand'père de leur cheikh actuel, Sidi Mohamed Fadel, pieux marabout dont le tombeau s'élève près du puits de Déaddi, à 140 kilomètres nord de Goumbou, non loin de la mosquée Dahr-es-Salam (maison de la prière), but de nombreux pèlerinages. L'influence des Taled-Mokhtar s'étend jusque chez les Oulad-Naceur et les Oulad-Mahmoud ; ils habitent dans le Hodh, autour de leur mosquée et mènent leurs troupeaux à la pâture, dans le Ouagadou, non loin de Goumbou.

Dans ces territoires immenses parcourus par la multitude des Mechdouf se trouve Oualata, une des plus grandes villes du désert, peuplée de 8.000 habitants et plus vaste que Tombouctou, qui élève, au centre d'un groupe de rochers, parmi de longues plaines de sable, une forteresse crénelée où vit l'émir général des Mechdouf et ses maisons de pierre à un étage. Oualata a une mosquée si grande que toute la population mâle de la ville peut sy rassembler, et deux mosquées plus petites, des écoles importantes et très fréquentées, une pacifique population de commerçants et de toJba composée de cinq grandes familles : les Ghorfa, les plus nombreux, marabouts paisibles originaires du Touat, et les Mehajib qui leur sont alliés ; les Mechdouf, plus braves et plus riches, moins nombreux mais plus influents; les Deylifa et les Lakhal, tous ces groupements ayant leur chef particulier.

A quatre-vingt-dix kilomètres sud-ouest d'Oualata est située Nema, seconde ville de la région et beaucoup moins importante. Nema possède un grand nombre de puits et l'eau qui y abonde durant toute l'année entretient de nombreux et beaux palmiers. Ses six cents habitants, marabouts de la tribu des Ghorfa occupés de commerce, sont divisés en deux partis, les El Arbi et les Moulay.

Au delà d'Oualata et de Sokolo, dans la partie orientale de la contrée, le pays est occupé par les Oulad Daoud qui séparent le groupe des tribus Maures d'Afrique Occidentale des peuplades du désert central. Les Oulad Daoud descendent, disent-ils, du fameux marabout Kouchben Daouda, descendant lui-même de Mahomet. Malgré cette illustre origine, ils sont très croisés, non seulement par les Touaregs qui furent autrefois leurs tributaires mais aussi avec les Peulhs et autres noirs voisins. D'ailleurs, moins nomades que les Maures occidentaux, ils ont adopté maintenant la vie sédentaire et habitent dans des villages entourés de palissades, des cases déterre et des paillottes analogues à celles des noirs du pays. Ils comprennent trois grands groupes : les Oulad Allouch, les plus guerriers, les Oulad Zeïd, les Oulad Djafra, chacun avec un chef et une sous-fraction.

L'AcIrar occidental ou Adrar Tmar est habité par les Oiilad Yahia ben Othman, moins nomades que leurs voisins les Trarza et les Brakna, car la grande abondance des dattiers sur leur territoire, dont ils tirent leur principale richesse, les force à s'immobiliser au moins pendant le temps de la récolte. Au delà du massif même de F Adrar, aux sources abondantes et multiples, aux vallées cultivées en céréales, les Oulad Yahia ben Othman exercent aussi leur domination sur les régions sablonneuses et arides qui s'étendent au nord et à l'ouest au pied delà montagne.

L'Adrar possède plusieurs centres, Atar, Ghinguetli, Ouadane,Oudjet, où vivent des marabouts sédentaires, maisdont le chiffre de population est variable, triplant et quadruplant au moment de la récolte des dattes. Atar, capitale et résidence de l'émir au moment de la guetenan (récolte des dattes), construite au fond d'une vallée, au milieu des dattiers et des champs cultivés, avec ses deux cents maisons basses au bord des rues tortueuses, avec ses neriba (cultures de dattiers), chacune pourvue d'un puits où les habitants, deux fois par jour, prennent l'eau pour remplir les bassins creusés auprès des puits afin d'alimenter les ruisseaux artificiels qui courent parmi les dattiers, Atar est peuplée par les Smassid, les Akhzazir. les Oulad bou Sba.

Des marabouts des tribus Ida ou Aïch Lakhlal, Toukna, Oulad bou Sba, au nombre d'environ sept cents, cultivent les palmiers aux alentours de Ghinguetti, grâce aux puits nombreux qui s'y rencontrent. Mais Ghinguetti, avec ses maisons de pierre mal construites et en ruines, au milieu de dunes de sable rouge qui l'envahissent progressivement, est surtout la ville du commerce où se rencontrent, pour les achats et les échanges, les gens d'Oualata, les habitants du Tagant, les nomades de l'Oued Noun.

A 150 kilomètres nord-ouest de Ghinguetti, Ouadane dresse sur une colline rocheuse les maisons cubiques en pierre de ses cinq cents habitants, Idaou el Hadj, Ghorfa et anciens tributaires des Kounta.

Oudjeft, au sud d'Atar, qui élève au bord d'un oasis,

<S() LA MAUIUTAME

auprès d'une plaine pierreuse, ses quarante maisons en ruines, appartient à des sédentaires de la tribu des Smassid.

Dans TAdrar se rencontrent aussi quelques villages avec des gourbis construits en paille ou en feuilles de palmiers.

Les Yahia ben Othman, grands nomades qui circulent tantôt dans le massif de TAdrar et tantôt descendent dans les terrains de parcours des tribus ïrarza, tirent leur origine d'Houdeï, fils d'Hassan. Ils comprennent deux tribus princières, les Oulad Ammouni et les Oulad Akhchar. cinq tribus guerrières, et neuf tribus maraboutiques dont les plus connues sont les Ida ou Ali de Chinguetti. les Lakhlal, les Smassid d'Atar, les Deiboussat, lesChorfa, lesEl-Hadj, etc. Il n'y a pas de tribu zenaga. les tributaires étant répartis entre toutes les tribus ou guerrières ou maraboutiques.

■ L'émir des Yahia ben Othman exerce son autorité sur l'Adrar et les contrées environnantes; cette autorité est absolue ; mais, dans les cas importants, il assemble en conseil, pour prendre leur avis, les chefs des tribus guerrières.

L'émir de l'Adrar peut compter aussi parmi ses sujets l'importante tribu commerçante et guerrière des Oulad bou Sba qui nomadisent aux confins de ses domaines dans les plaines du Tiris, le suivent dans ses guerres et lui paient une redevance. Les cinq fractions des Oulad bou Sba obéissent chacune à leur chef particulier, mais il n'y a pas de chef pour l'ensemble.

Tribus de la Haute-Mauritanie . — Au nord-ouest de l'Adrar, la grande et très importante peuplade des Oulad- Delim, qui autrefois occupait le Tiris, erre dans une zone de plus de mille kilomètres carrés depuis le massif de l'Adrar jusqu'à la possession espagnole du Rio de Oro, s'étend sur la côte depuis la baie d'Arguin jusqu'à l'embouchure de la Seguiet el Hamra et de l'oued Draâ et s'enfonce dans l'intérieur à une centaine de kilomètres en profondeur. Leurs terrains de parcours touchent au sud ceux des Oulad bou Sba. Les Oulad Delim prétendent descendre

de Delim, fils de Hassan et frère d'Houdeï qui fui Taiicêtre de toutes les tribus maures de la Mauritanie et du Hodh, Trarza, Brakna, Oulad Yahia ben Othman, Oulad Naceur etc. Quoi qu'il en soit, de cette légende relative à leur origine, les Oulad Delim, moins bronzés que les Trarza, sont reconnus dans toute la Mauritanie comme Hassan, c'est-à-dire arabes d'origine, arabes des invasions. Ils parlent uniquement l'arabe, habitent seulement sous les tentes, ont de tout temps porté les armes et, en vrais arabes du désert, n'ont d'autre bétail que des troupeaux de chameaux.

Les Oulad Delim se divisent en deux grands groupements descendant chacun d'un des fils de Delim, les Remeïtha et les Oulad-Ghouïkh. Ceux-ci, se séparant de leurs frères, sont allés vivre plus au sud, entre la baie du Lévrier et le cap Timiris. Dans la région au nord de Nouakchott et du pays Trarza, une de leurs fractions, les Oulad el Lab, s'est même fondue dans la confédération Trarza. L'autre, celle des El Gorah, nomadise autour de la baie d'Arguin et dans l'Adrar-Sottob.

Les Oulad Delim, avec leurs zenaga, les Oulad Tidrarin, comprendraient, dit-on, cinq à six mille individus, dont huit cents guerriers. Ils se divisent en cinq fractions, tirant leur origine d'un petit-fils de Delim : les Loudeïkat, divisés à leur tour en cinq sous-fractions, à la suite desquels marche le petit groupe des Srahna, issus d'un homme du désert de l'est, nommé Srahn, qui vint s'établir chez eux au temps d'Oudéik, petit-fils de Delim; les Oulad-Kheliga avec trois sous-fractions, comprenant chacune un certain nombre de groupes ; les Oulad-Tegueddi avec quatre sous-fractions, comprenant en total sept petits groupements ; les Oulad ben Amar, avec trois sous-fractions, réparties chacune en deux petits groupes.

La tribu zenaga des Oulad Delim, les Oulad Tidrarin, composée de cinq fractions dont l'une est vassale des Loudeïkat elles autres indivisément vassales des cinq fractions, a la réputation de descendre des Ansar, compagnons du

La Mai RiTAïviE. 6

Prophète ; et, malgré rabaissement moral dans lequel ils sont tombés et qui les rend incapables de se gouverner eux-mêmes, ils sont travaillés par des désirs d'indépendance pour lesquels ils ont plusieurs fois imploré notre appui.

Les Loudeïkat et les Srahna ont leurs pâturages dans le Tiris, l'Adrar Sottof, aux portes de TAgneilir au sud, une partie du Tougouïa et de l'Imrikli au nord, les Oulad Khelija et les Oulad-Tegueddi, le Tiris, une partie de l'Adrar-Sottof, le Nekhjir, le Hofor, une partie du Reg- Mehoun ; on appelle ces quatre fractions les Oulad Delim du sud.

Les Oulad ba Amar font paître leurs troupeaux principalement dans la zone espagnole, au nord des terrains du Loudeïkat, dans le Nekhjir, le Hofor, le Sheïta, le Djouaïa, et, dans certaines années, jusqu'à l'oued Noun dans le sud du Maroc ; ils sont appelés Oulad Delim du nord.

Il n'y a pas d'émir général pour l'ensemble des Oulad Delim : ceux du nord ont le leur et ceux du sud également, mais le second est beaucoup plus influent que le premier.

Au nord du Tiris et de l'Adrar Sotof, sont les Oulad bou Sba qui nomadisent jusqu'à l'oued Noun.

A Test des Oulad Delim, au nord et à l'est de l'Adrar, depuis le nord des pays Trarza et Brakna jusqu'à l'oued Draà, est la tribu considérable des Regueïba, qui touche à l'ouest les Oulad bou Sba et les Oulad Delim, avec des échappées sur l'océan, à l'est au Tagant, à l'Adrar, au Tadjakant (Tindouf), poussant de ce côté à travers la région inhabitée du Djouf, jusqu'à l'Erg-Iguiddi et jusqu'au Tafilalet. Une partie de leurs pâturages est donc située dans la zone espagnole, une autre dans la zone française, dans le Zemmour et le Tiris.

Leur ancêtre éponyme, Sidi Ahmed el Regueïba, serait un marabout du pays Regueïba, pays situé au sud du Tagant, entre le Gorgol et le Hodh, parcouru aujourd'hui par les tribus raaraboutiques et guerrières du Tagant, tels que les Ida ou Aïch, et où ne demeure par une seule fraction de la

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tribu qui porte son nom. Ce marabout vint, au xvi^ siècle, s'établir au sud de Foued Noun : il eut bientôt autour de lui comme disciples une grande quantité de ïekna de Toued Noun. Cette légende indique l'origine berbère desRegueïba. Ce nom de Regueïba se rencontre fréquemment dans la province de l'oued Noun, soit comme nom de lieu, soit comme nom de famille. Les Tekna prétendent que les Regueïba sont d'anciens tributaires à eux et les traitent suivant cette donnée lorsque les Regueïba viennent camper dans l'Imrikli, leur territoii^e primitif.

Cependant la richesse des Regueïba en troupeaux, les bonnes relations qui se sont généralement maintenues entre eux et leurs voisins immédiats d'origine incontestablement hassane (OuladDelim, ïrarza, Yahia bon Othman), leur long renoncement au métier des armes auquel ils sont revenus, leur très forte culture islamique, montrent qu'ils n'ont pas plus que les autres Berbères échappé aux phénomènes d'assimilation qui, sous l'influence de l'invasion arabe, ont modifié l'antique peuple Zenaga. Par leur existence de Sahariens, l'adjonction de fractions arabes à leurs groupements, leurs rapports séculaires avec les Hassanes, les Regueïba sont à l'heure qu'il est presque complètement arabisés. Et n'ayant pas place dans la sérieuse et authentique généalogie des tribus Hassanes, ils s'en sont, en qualité de marabouts, fabriqué de fausses qui les font descendre d'Idris, fondateur de Fez, ou encore de Rigab qui fit, dit-on, partie des tribus hillaliennes.

La grande confédération des Regueïba (25.000 individus dont au moins quatre mille guerriers) se divise en deux grands groupements, à peu près égaux, se maintenant ensemble en assez bons termes, et dont chaque fraction vit de sa vie propre et indépendante : Regueïba du Sahel, ou de l'ouest, et Regueïba du Tell ou du nord. Parmi les Regueïba du Sahel, il faut distinguer encore deux tribus considérables, les Oulad Moussa, avec cinq fractions et les Souaad, avec quatre fractions ; les Oulad Cheikh qui possédèrent jadis le privilège de l'autorité sur tous les Regueïba

du Sahel ; puis les Hehala, qui descendraient d'un marabout chleuh el les Oulad Daoud, tribus plus petites, qui marchent à la suite des Oulad Moussa ; les Oulad Taleb, qui suivent tantôt les Oulad Moussa et tantôt les Souaad, en tout deux mille tentes.

Les Regueïba du Tell, plus pacifiques qui, jusqu'à l'attaque des Oulad bon Sba dans les premières années de ce siècle, ne portaient point les armes, comportent également deux mille tentes, possédées par la seule tribu des El Gouassem, divisée en trois grandes fractions ; les Loubeïhat avec six sous-fractions, les El-Fokra, avec sept sous-fractions, qui subissent l'influence des Oulad Moussa du Sahel et les Ahel Brahim ou Daoud, plus indépendants avec six fractions.

Ces El Gouassem, par leur manière de vivre, mœurs, nourriture, vêtements en tissus de laine blanche, tentes de couleur blanche en poil de chameau, se rapprochent des habitudes d'existence des tribus du nord, et forment transition entre la zone tropicale et la zone tempérée. Agriculteurs en même temps que pasteurs, ils mènent leurs immenses troupeaux dans les pâturages au sud et à l'est de la Seguiet el Hamra et cultivent, en orge et en blé, les terrains alluviaux delà Seguiet et de ses affluents (Imrikli) en quelques cuvettes fertiles de la Guada, plateau rocheux entre la Seguiet el Hamra et l'oued Drââ, et même la région du Drââ car, comme de vrais berbères, ils cultivent la terre, labourent et sèment avec l'aide de leurs animaux, tandis que les Regueïba du Sahel sont exclusivement nomades et pasteurs, ainsi que les Hassan de Mauritanie.

Les terrains de parcours des Regueïba du Sahel sont en effet les Touareg, le Semamit, le Reg-Mehoum, le Kreb, le Tiris, le Zemmour, une partie de l'Adrar Sottof et du Tasiast, l'Imrickli, leur pays d'origine. Certaines de leurs fractions vont jusque dans l'Azfal, l'Akchar, l'Adrar : ils viennent moins à cause des tracasseries des Tekna. Malgré ces discordes, les Regueïba du Tell vont encore dans l'Imrickli el se répandent ^ur le plateau de la Gàâda. dans

l'est du Zemmour, le Hank, l'Erg-Ghech et jusqu'à ïindouf et Taoudeni.

Aux confins des Regueïba du nord et près du Tibua sont les El Arouissinn, descendant, d'après leur dire, de la famille du Prophète, mais dont les faces prognates et les cheveux crépus révèlent les croisements incessants avec le sang noir que le sang arabe a subis chez eux.

Sur les territoires riverains de la Seguiet el Hamra à l'est, jusqu'aux alentours de Tindouf vivent les Tadjakant à la fois guerriers et marabouts, une des plus grandes tribus du désert, occupés à la fois d'agriculture, d'élevage, de commerce ; les Tadjakant poussent leurs opérations très loin dans l'est et le sud, et conduisent à travers le désert des caravanes de douze ou quinze cents chameaux qui vont porter du Maroc au Soudan et du Soudan au Maroc, les produits d'échange. Il n'existe pas de chef général pour l'ensemble des Tadjakant ; un chef spécial, jaloux de son indépendance, dirige chaque fraction, chaque tribu, chaque famille, avec une entière liberté.

Certaines fractions des Tadjakant se sont établies chez des groupements politiques et guerriers, Trarza, Brakna, Ida ou Aïch ; ils sont exclusivement marabouts, occupés de commerce et d'élevage, et ne font pas la guerre, mais ont un chef à eux.

Une autre grande tribu maraboutique extrêmement nomade est celle des Lakhlal, originaire, dit-on, du Tell d'Algérie, excessivement fractionnée ; elle a des représentants dans tous les grands groupements maures et dans toutes les régions depuis le sud du Maroc et le Sahel, dans les massifs de l'Adrar et sur les rives du Sénégal et mène en tous sens ses caravanes, du nord au sud du désert ou de l'ouest à l'est. Il est donc impossible de donner un chiffre, même approximatif, de sa population. Autrefois maîtres, paraîtil, du Mechdouf et des Oulad-Naceur, mais dispersés aujourd'hui et affaiblis, les Lakhlal ne s'occupent plus maintenant que d'élevage et de commerce.

Certaines petites tribus maraboutiques sont ainsi dis-

persées dans les grands groupements politiques tt n'ont pas d'existence propre, Deïboussat, Tanouasit; d'autres se tiennent à l'écart et maintiennent une indépendance précieuse, frappées parles tribus guerrières de lourdes contributions, comme les Oulad Balhi el les Macina de Tichitt, dont il a été parlé plus haut.

Aux tribus de la Haute Mauritanie, il convient de joindre la grande confédération des Tekna qui étale les tentes de ses nomades et ses ksour de sédentaires, au nord de l'oued Ghebika et du Drââ jusqu'au Tazeroualt et à TAnti-Atlas, à lest de l'Atlantique, à l'ouest des contreforts du djebel Bani, dans cette province de l'oued Xoun que le sultan du Maroc fait figurer nominalement sur la liste de ses États, sans avoir jamais pu y exercer la moindre autorité. Leurs pâturages vont du Zemmourà l'oued Xoun, coupés par la Séguiet el Hamrâ, l'oued Ghebika et l'Oued Noun.

Les Tekna sont des Berbères Ghleuh arabisés qui, habitant la zone saharienne et vivant de la vie du désert, au moment de l'invasion hassane se sont facilement confondus avec les tribus conquérantes dont ils se rapprochent par les conditions de leur vie physique et leur genre de civilisation. Gette origine berbère et cette adaptation se révèlent dans le caractère de leur vie : demi sédentaires et demi nomades, ils résident l'hiver dans des ksour que. seul le besoin de chercher des pâturages et de l'eau pour leurs troupeaux, leur fait quitter au printemps. Ils parlent aussi bien le chleuh que l'arabe, trait spécial aux Berbères, les Maures de pure race arabe n'employant jamais que leur propre langage ; et ce chleuh du Tekna est très voisin du berbère zenaga usité aujourd'hui encore par quelques tribus mauritaniennes du sud, témoignage évident d'une origine identique.

Les Tekna ne sont point, comme les tribus maures, partagés en classes sociales, et une égalité démocratique règne chez eux, ainsi que dans les groupements berbères. Malgré les modifications apportées à leur nature primitive par les

nécessités du climat, les Tekna, en vrais paysans berbères aussi, s'appliquent à cultiver l'orge et le blé dans les ihaders du Drââ, dans le lit de ses affluents, les légumes, dans l'oued Assaka (nom de l'oued Noun à partir d'Aouguelmin) ; en maint endroit, ils ont creusé des canaux d'irrigation (kettara) pour amener l'eau des nappes souterraines afin d'arroser leurs jardins où poussent des oliviers, des figuiers, des grenadiers, à côté des palmiers.

L'ensemble de la confédération (trente mille individus, dont huit raille guerriers) comprend deux grands groupements : à l'ouest, sur le littoral, les Tekna du Sahel, ou Aït- Djemmel; à l'est, les Tekna du Cherg (est), ou Aït-Bellah, supérieurs en nombre et plus batailleurs. Chaque groupe, à son tour, se répartit en sept grandes tribus, certaines divisées elles-mêmes en fractions, dont plusieurs ont des sous-fractions.

Ces tribus sont, pour les Aït-Djemmel, les Iggout, parlant surtout l'arabe, et vivant sous la tente ; les A'it-Lahsen, parlant le chleuh, en partie sédentaires, mais dont un groupement, d'avril à septembre, va avec ses troupeaux cultiver le sol fertile; les Izerguïn, absolument nomades, dans lesquels sont compris les Sheija, sédentaires venus du nord pour s'établir chez eux ; les Aït-Moussaou Ali, parlant le chleuh et connaissant l'arabe, qui ont quelques tentes et des ksours, dont la ville la plus importante est Glimin ou Aouguelmin développée et fortifiée au commencement du XIX® siècle par le fameux cheikh Beïrouk, et trois tribus moins importantes qui suivent le mouvement des précédentes, les Aït-Saad et les Zekara, parlant les deux langues, vivant sous la tente et possédant en commun un ksar unique ; puis les Aït-Hassin qui ont un ksar et quelques tentes, parlent chleuh et savent l'arabe.

Chez les Aït-Bellah (Tekna de l'est), les grandes tribus sont : les Azouafit, avec cinq fractions gouvernées par une djemmââ, et qui emploient l'arabe autant que le chleuh ; les Aït-Massaoud, habitant sous la tente et possédant quelques maisons dans des ksours, se servant également

de l'arabe et du chlenh ; les Aïl-Oussa, gouvernés par une djemmââ, vivant sous la tente et parlant arabe, mais connaissant le chleuh et possédant quelques quartiers dans des ksours, la plus nombreuse des tribus de l'est comprenant elle-même huit fractions ; puis les Aït-Brahim, les Aït-Bou- Akhra, petites tribus parlant arabe et chleuh et vivant sous la tente; les Aït-Hemmad et les Aït-Iassin, autres petites tribus gouvernées par des djemmââ (assemblées des notables) qui emploient l'arabe comme le chleuh et possèdent chacune un ksar.

Entre certaines de ces tribus et fractions des Tekna existent des haines violentes et des antagonismes irréconciliables qui se traduisent par des luttes sanglantes.

Les Tekna ont pour ennemis très acharnés les tribus du Guir et de la Saoura, Beraber, Bouï Dénia. Oubad Djerir. Constamment ces tribus organisent contre les Tekna des razzia qui ont pour but, non le pillage, mais le massacre. Les Tekna, peu aventuriers par nature, d'ailleurs encadrés au nord par les Chleuh, à l'est par les tribus du Drââ, au sud par le Sahara ne se lancent guère dans des courses lointaines, à moins que quelques-uns n'y soient entraînés par des fractions Regueïba, chez les Kounta de l'Adrar, les Berabich du Sahara ou l'Azoulaï de Taoudeni.

Tribus de l'hinterland algéro-marocain, mauritanien au delà de la contrée habitée par les tribus mauritaniennes, à l'est de la Seguiet el Hamrà, au sud du Drââ et du Tafilalet jusqu'à l'oued Saoura, s'étendent de vastes espaces à demi désertiques, encore incomplètement étudiés et qui vont rejoindre nos postes algériens de Beni-Abbès et de Colomb-Béchar au nord, au sud le cours de la Saoura qui borde nos oasis de Timimoun, Gourara et Touat.

La partie méridionale de ces régions, au sud de la Seguiet el Hamrâ, jusqu'à la lisière du nord de l'Iguidi et l'erg Ech-Chech à l'est, nous est connue seulement par des renseignements indigènes. Ces vastes contrées rocheuses ou sablonneuses qui se déploient entre notre Mauritanie, notre Algérie, el le sud-marocain dTdjilz à Taoudeni. Grizim,

Tindouf, Zaïr, affluent du Drââ, d'Ouadane et d'Oualata, Samara sur la Seguiet el Hamrâ, n'ont pas grand intérêt économique et aucune tribu ny demeure de façon permanente, sinon dans un ksar élevé sous l'ombre d'une palmeraie, auprès de quelques sources. Tindouf fut autrefois habité par les Tadjakant qui l'ont adandonné à la suite d'une razzia des Regueïba et des Aït-Moussadu Drâà ; le grand ksar de Zaïr, appartenant aux El Arib, est également inhabité. Mais des tribus de l'Adrar, Oulad Gheïlane, Oulad Ammouenni, Ida ou Ali Idaou Chilli, Kounta vont parfois jusqu'à la piste d'Idjil à Grizim. Autour de Grizim sont de bons pâturages que viennent hanter les Chambaa du M'zab, les Douï-Menia du Zegdou, ainsi que les Aït-Youssa du Drââ. Les tribus des ïekna et des Regueïba, celles de la vallée du Drââ, viennent parfois faire paître leurs nombreux troupeaux de chameaux dans l'erg Iguidi, où se trouvent fréquemment des bouquets de palmiers près des sources. Toute cette région est de plus, depuis longtemps, parcourue régulièrement chaque année par les harka des Oulad-Djeria et des Doui-Menia du Zegdou et les El-Harib allant en rezzou chez les Tekna, les Regueïba, les El Arouissin, dans les vallées du Drââ et chez les Oulad ben Yahia de l'Adrar.

A l'ouest de cette région, Idjil, entre l'erg Hammami et les montagnes de l'ouest, est le point de convergence des pistes venant de la Mauritanie (Oualata, Ouadane, Chinguetti, Atar), de Tindouf, de l'Iguidi comme de celles qui viennent de la Seguiet el Hamrâ ou du cap Juby et de Dakhla dans le Rio de Oro. Depuis Idjil jusqu'à l'embouchure de la Seguiet el Hamrâ, située un peu au-dessous du 28" parallèle, s'étend le plateau légèrement ondulé, et d'ailleurs mal connu, qui borde le littoral ; la région de la Seguiet comporte de nombreux oueds à sec la plupart du temps, quelques puits dans les regs ; c'est à Smara, dans l'oasis, sur un de ces oueds, affluents de la Seguiet, que notre ennemi le marabout Ma el Aïnin était venu, à la lîn du siècle dernier, établir un campement d'où il semait

contre nous la haine et Fagitalion dans tout le Sahara mauritanien et le Maroc.

Le bassin supérieur de la Seguiet el Hamrâ se relie au bassin du Drââ par une région de chebka que continue le massif montagneux du djebel Ait Youssa lequel prolonge ses rameaux à Test et à l'ouest au long du cours du grand fleuve marocain et rejoint la grande table de hammada qui s'étend entre le Drââ et Tlguidi.

En allant du cap Jubj vers l'est, les tribus sont, sur le littoral, les Meïdja, les ïadjakant, les ïekna du Sahara marocain qui vont toucher les El Harib, lesquels se répandent au sud du Drââ.

La bande de terrain située au nord, entre la Seguiet el Hamrâ et l'Iguidi d'une part, le Drââ et le Tafilalet de l'autre, nous est mieux connue. On sait qu'au sud du Drââ, dans le long couloir qui remonte de Tindouf à Tindjoub, s'étend une hammada presque absolument dépourvue de végétation qui s'abaisse vers l'oued, près de Tindouf, jusqu'à mériter le nom de sahouana (facile) coupée d'oueds, pourvue d'arbustes et de pâturages, qui descendent vers l'Iguidi. De chaque côté de la table de cette hammada sont deux bandes de terrain, inférieures au niveau , de parcours plus facile encore, et s'abaissant aussi à l'ouest, tellement que les indigènes les dénomment à leur extrémité occidentale garet (feuille de papier) et betana (peau de mouton), La partie méridionale qui touche à l'Iguidi est nue et stérile, la plus septentrionale qui touche au Drââ comporte des points d'eau, des mâders cultivés dans le lit du fleuve.

Depuis le littoral jusqu'au coude du Drââ, les tribus occupant cette bande sont les El Arouïssin, des fractions des Regueïba, des Tekna et les tribus berbères et nomades du Drââ Ait ou Meribet, Ait Hammid, Oulad Djellal, Douï-Bellal, Guerzoula,Keraska. Vers le coude du Drââ, au sud du fleuve et de la Debaïat, grande dépression sablonneuse qui parfois se change en lac dans les années où l'eau est abondante, c'est la région désertique appellée ElHarib,

OÙ sur les hauts plateaux rocailleux et stériles, non loin du Sud-Oranais, erre la grande confédération indépendante des El Harib, composée de onze tribus, nomades, pillards qui vont dévaliser les caravanes jusque sur les pistes de Tlguidi et de l'Azaouad. Leur terrain de parcours s'étend sur la hammada qui forme le Sahara marocain et limite au sud le Tafîlalet, habité par des berbères du groupe sanhadja et se prolonge au sud des Zegdou et des Beraber indépendants limitrophes de l'Algérie jusqu'à la Saoura, dont les deux branches supérieures réunies à Igli, oued Guir et Zousfana, encadrent le territoire des belliqueuses et turbulentes tribus Doui-Menia et Oulad-Djerir, aujourd'hui soumises à notre autorité.

Après le ksar d'Igli, occupé en 1900 par le général Bertrand, la Saoura mène ses eaux, venues d'une part, du grand Atlas et de l'autre de l'oasis de Figuig, dans la direction du sud, à l'est de l'Erg Er Raouï et de l'Erg Ech Chech, à l'ouest du grand Erg occidental du sud-algérien, le long des oasis françaises, de Tidikelt, du Touat et de Gourara, pendant les deux cent quatre-vingt kilomètres de son cours connu, sous une file ininterrompue de plusieurs milliers de dattiers qui abritent des sources abondantes et des villages nombreux, peuplés de Berbères sédentaires et hantés de nomades, Oulad Sidi Cheihk, Chaamba, lesquels mènent leurs troupeaux jusqu'à l'Atlas saharien ; puis la Saoura, inexplorée encore, va se perdre peut-être dans les sables, peut-être rejoindre le Niger ou sa grande boucle septentrionale au nord du Soudan, non loin de Tombouctou.

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