D'AUDIBERT, D M
Tardin, D M.
Mayence, Me chirurgien.
Ozias Eymard, Me chirurgien.
Pingeon, Mc chirurgien.
De Saint-Ours, Me apothicaire.
P. BÉRARD (1), M" apothicaire.
Michel, Me chirurgien.
(4) P. Bérard est l'auteur d'un ouvrage en 6 volumes in folio que la Bibliothèque de Grenoble acheta en 1775. (Rochas : Biographie du Dauphmé). Il porte
C'était là à peu près tout le personnel du corps de médecins à Grenoble à cette époque (4).
En 1620, ce règlement fut enregistré par le Parlement, qui porta à 600 livres l'amende contre les contrevenants ; mais le chiffre ne semble pas avoir été pris au pied de la lettre; le règlement fut cependant appliqué, car en 1627, un arrêt soumet Antoine Mégard, apothicaire de Grenoble, sur la plainte des maîtres chirurgiens et barbiers de cette ville, à payer une amende de 100 livres au corps de leur maîtrise, pour avoir exercé sans droit l'art de la chirurgie (1).
Mégard en rappela et fit bien, car le Parlement l'acquitta après revision de son procès.Voici ce qui se trouve dans le jugement (2) : « Antoine Mesgard, apothicaire de Grenoble, avait une grande capacité avec un véritable succès pour la guérison des ruptures des os, fractures et luxations, dont plusieurs personnes avaientété merveilleusement soulagées et guéries. A cause de cet emploi, il fut attaqué par les chirurgiens de cette ville, par devant le juge royal, afin que le dit Mesgard fut condamné en notables amendes, pour avoir entrepris sur leur profession, faisant des saignées, pansant des os rompus, les membres disloquez. Mais plusieurs personnes, qu'il avait soignées, déposèrent à son avantage : il confessa avoir secouru et soulagé plusieurs personnes accablées de grièves douleurs, dont elles avaient été parfaitement guéries, en cas de nécessité et non autrement ; qu'il avait fait beaucoup de saignées, que cette faculté de soulager par ses remèdes ceux qui en avaient besoin était comme héréditaire en sa famille, que son père et son ayëul s'estaient exercés dans un pareil emploi, quoiqu'ils nefussent simplement qu'apothicaires, comme luy, qu'ils avaient fait dans cette ville de Grenoble de fort belles et admirables cures...., » Bref, sur le rapport de M. de la Rochette, « la cour permet à Mesgard de panser et médicamenter les luxations des membres, fractures et ruptures d'os, et les nerfs tressaillis, sans abus, lui faisant inhibition et défense de faire des saignées et exercer autres arts de chirurgien, dans la dite ville, sous peine de 500 liv. d'amende ».
Parmi les signataires du règlement du corps de médecine, qui faisaient si à propos la guerre au charlatanisme et posaient les bases delà déontologie
pour titre : Theatrum botanicum. continens descriptîones suprâ 6 <><><> planta^ rum '/('nera Pelri Berardi pharmacopolse gralia>i()/)(i/il(iiiiis. Il entretenait, <liton, une correspondance suivie avec les botanistes d'Italie, d'AlleEnagne et d'Espagne. Villars. qui le. cite, ;i donné le nom de Berardia ;'i un genre de plantes.
(h Archives du département , 11, 2092
(2) Bibliothèque de Grenoble, 0, I 4201.
62 LA MÉDECINE A GRENOBLE. — Dp A. RORDIFR.
médicale, se trouvait un médecin qui semble avoir occupé, à Grenoble, une assez baute situation, c'est Tardin; il parait avoir été, auparavant, médecin àTournon, dans l'Ardèche. Nous le voyons, en tout cas, en 1619 déchargé des tailles pour les services qu'il a rendus aux pauvres des hôpitaux (1). Plus tard, en 1620, son rôle est tout autre : il semble jaloux de la gloire littéraire de son prédécesseur Pierre Aréoud et se fait, aussi lui, metteur en scène dans les fêtes publiques : on lui offre « ungpayre de bas de soy (du prix de 18 livres) pour aucunement le récompenser de la payne qu'il avoyt prinse de dresser des vers pour l'entrée de M. le duc de Lesdiguières (2) ».
Mais là ne se bornait pas son activité : tout en soignant les pauvres de l'Hôpital et faisant des vers pour l'entrée de Lesdiguières, il s'occupait de questions diverses: c'était un curieux de la nature et il nous a laissé un traité sur la Fontaine ardente (3), semblant, encore sur ce point, vouloir imiter Aréoud. La science, il faut le reconnaître, a peu de chcse à prendre dans ce livre; l'auteur fait toutefois preuve d'érudition, de littérature et d'un esprit assez généralisateur; c'était évidemment un esprit philosophique et fort au-dessus des praticiens ordinaires: « Nous avons, dit-il, deux médecins, lesquels ont proposé quelques questions sur ce subject et ont tasché de le résoudre le mieux qu'ils ont pu. Le premier est Hierosme Mont mis (4), sieur de Miribel, lequel, s'en allant en Italie, vit cette fontaine. L'autre est Aréoud » . Il reproche à l'un et à l'autre d'avoir[adopté l'expression
( I) Archives municipales, B B, 86
(2) Archives municipales, G G, 750.
(3) Histoire naturelle de la fontaine qui brusle près de Grenoble. Tournon : chez Guillaume Linocier, libraire juré de l'Université, 4618.
(4) Montuus ne semble pas avoir été médecin à Grenoble; son nom n'a donc pas à figurer dans cette étude sur la Médecine à Grenoble. Je ne puis cependant pas me dispenser d'en dire quelques mots. Nous savons, par une étude de H. de Terrebâsse [La vie et les œuvres de Jérôme de Monteux, médecin et conseiller des rois Henri II et François II, seigneur de Miribel et de la Rivoire, en Dauphiné, par H. de Terrebâsse. Lyon; 1889), que le père de notre médecin, Sébastien Monteux, était lui-même médecin de « l'illustrissime duchesse de Bourbon (Anne de France femme de Pierre II, duc de Bourbon, veuve en 1503, morte en 1522). Il était né à Rieux, en Languedoc, ou peut-être à Reaumont-Monteux, petite bourgade du Dauphiné, non loin de Saint-Antoine.
Quant à Jérôme Monteux, médecin des rois Henri II et François II, il était né en 1490 ou 1495 en Dauphiné, était docteur de Montpellier habitait Saint-Antoine et était médecin de la célèbre abbaye de ce nom. Il a aussi exercé à Lyon, à Vienne, enfin suivit la Cour à Paris et à Saint-Germain. En 1543 il fut appelé par François Ier à Fontainebleau, pour donner ses soins à Catherine de Médicis, femme du dauphin Henri, alors enceinte de son premier enfant François. « Je fus choisi par le roi votre grand-père, dira-t-il plus tard à François II. pour soigner la mère et l'enfant au moment où, dans le ventre de la reine, votre mère, germaient les premiers principes de votre existence ». 11 avait acquis une grande fortune et a laissé un grand nombre d'ouvrages, les uns de médecine, les autres plus frivoles.
LA MÉDECINE A GRENOBLE. - Dr A. BORDIEK. 63
de fontaine qui brûle, qui ferait croire à tort que l'eau et le feu sortent ensemble, et se rend parfaitement compte que la fontaine n'est là qu'accessoire, l'eau découlant du rocher situé au-dessus et encore pas touiours! Il voit parfaitement que lorsque l'eau recouvre l'orifice de sortie du gaz, il se forme des bulles qui la traversent. « Vous la voyez, dit-il, toute bouillante, à grosses bulles, et cependant elle n'est pas chaude », il a donc bien vu. Il est du reste allé souvent sur les lieux et a rencontré, comme de nos jours, les promeneurs faisant cuire des œufs ou du poisson à la flamme qui s'échappe de terre. Bref, réfutant l'explication de Montuus sur les pores de la terre, et celle d'Aréoud plus éloignée encore de la vérité, sur l'action du soleil et des autres corps célestes sur cette « exhalation combustible », il conclut à un feu souterrain. C'est à peu près tout ce qu'ontrouve dans ce livre, sur cette «merveille du Dauphiné »> qui sert à point le désir d'adulation de l'auteur pour le Connétable de Lesdiguières : « Monseigneur, lui dit-il en effet dans sa dédicace, c'est à bon droit que je vous présente une des plus grandes merveilles qui soit dans la nature, puisque vous êtes une des plus grandes merveilles qui aye paru dans l'Etat ». A cette époque l'énormité dans la flatterie n'effrayait pas plus celui qui donnait que celui qui recevait.
A son tour, d'ailleurs, Tardin reçoit sur son œuvre les sonnets les plus flatteurs, qu'il publie, avec une entière bonne foi, après la dédicace à Lesdiguières; ils sont signés de Jean-Antoine de la Baume, bachelier grenoblois; De Franciscus Deponat logions gratianopolitanus ; de Petrus Franconus, rhetor, gratianopolitanus ; de Paulus Aymon, rhelor, gratianopolitanus; de Philippe de Laube Rivière, humanitatis auditor, gratianopolitanus.
On parle toujours de temps à autre de la peste, car en 1617 nous
voyons Théophile Raphaël et Guillaume Cuvellier, médecins assistés de Grégoire Dutruc et de C. Mayance, chirurgiens, toucher 21 livres (1) pour être allés à la Grande-Tronche faire l'autopsie d'un hôtelier, que l'on disait mort de la peste. Ce ne sont encore que des avertissements; mais elle éclate tout à fait en 4628, à Lyon, à Bourgoin (2), à la Tronche, à Voiron, à Grenoble où elle dure encore en 1629.
En 1628, l'Hôpital de l'Isle recommence à recevoir ses tristes pensionnaires et un chirurgien nommé Rochefort est désigné pour être interné (1). On achète même pour lui un costume de couleur amaranthe (3).
(1) Archives municipales, C G, 743.
(2) Archives municipales, B B, 95.
(3) Archives municipales, C C, 771.
Les circonstances vont nicllre maintenant en évidence un médecin que nous connaissons déjà, le médecin et conseiller du roi Davin,\e médecin de Lesdiguières. Nousne l'avons vu jusqu'ici qu'à l'armée du connétable, mais ce n'est pas la première lois qu'il se trouve aux prises avec la peste : Il l'a déjà vue plusieurs lois, ainsi qu'il nous l'apprend dans un très bon et très curieux traité, qu'il écrivit en 1629 (1). Il l'a vue « à Hedelberg, au Palatinat »; à Ai\ en Provence, où il avait souvent consultation «avec messieurs Bertrand, Grassi et Eymond, très doctes médecins ». A Forcalquier, « ma patrie (2) »; à Embrun, « où la peste fut portée en des bas de soye par un soldat, qui les avait pillés à Guillestre, Lorsqu'elle fut prise par monseigneur de Lesdiguières ». Enfin, il la voit à Grenoble, « où il consulte souvent avec son très docte collègue Monsieur de Villeneuve. »
Sa reconnaissance pour Lesdiguières l'a naturellement porté à dédiVrson livre << à très illustre, très haut et très puissant seigneur, messire François de Bonne, de Créquy, d' Agonit de Monllor...., lieutenant-général pour le roy en Dauphiné». « Monseigneur, lui dit-il, ayant cet honneur de vous cognoislre et servir toujours, dès l'instant que la chaste Lucine vous fit voir la clarté du jour, j'ay creu estre de mon devoir (pour arrhe de la continuation de mes vœux à votre service) de faire voir la clarté (sous vos auspices) à ce mien petit traité de peste par lequel j'enseigne le moyen d'empescher que son venin meurtrier des esprits et du cœur, ne glisse traîtreusement dans ce lieu, qui au GRE des gens de bien porte le nom de NOBLE ». Etrange jeu de mots qui nous paraît aujourd'hui d'assez mauvais goût, mais qui fit sans doute sourire le vaillant lieutenant-général.
Comme son collègue Tardin, il ne dédaigne pas la reproduction des louanges en vers, qui lui sont adressées et qui le représentent comme le destructeur de la peste.
Pestifugis clarent tua scripta, Davine medelis, Quœ merito post hac nomen ad astra ferent; Nam patriœ afflictœ tam recte consulis, ut npn Dira lues pestis sit nocitura diu.
Signé: Alvisius, medicus.
(1) Très singulier traité de la générale et particulière préservation de lavraye et asseurée curation de la peste, par noble Antoine Davin, docteur et médecin ordinaire du roy. A Grenoble, chez Richard Cocson, M D C X X I X. Bibliothèque de Grenoble, 0, 3825.
(2) M. Prudhomme fait naître Davin à Aix {Inventaire sommaire des archiv. municipales, note, B B, page 109). L'affirmation de Davin lui-même me semble trancher la question. H était donc du môme pays que Pierre Aréoud et peut-être ce médecin n'avait-il pas été étranger à la venue de son compatriote à Grenoble, où l'attirait on outre Lesdiguières.
LA MÉDECINE A GRENOBLE. — Dr A. RORDTER.
or»
Et cet autre morceau :
Alcides rediit, fugiant cito monstra, Davinus Contundit dirœ dira venena luis.
Urbis et Orbîs honos, onus hoc atlanta fatigans Det deus, invicta et perpeti mente feras.