COURS PUBLIC D'ACCOUCHEMENT
Article premier.
Les leçons publiques d'accouchement qui se font par le sieur Heraud maître en chirurgie, en sa maison rue du Palais à Grenoble, commenceront le premier lundi de chaque année. Les élevés de chirurgie, entretenus au compte du Roi, seront tenus d'y assister exactement.
Art, H.
On y recevra pareillement les élevés externes ce ladite école, ainsi que les femmes et chirurgiens de la campagne qui s'y présenteront, et qui se seront fait inscrire chez le sieur Heraud dans les quinze derniers jours de mars.
Art. III.
Nos subdélégués feront choix chaque année, chacun dans son département, d'une femme de bonnes mœurs, d'une santé robuste, d'un caractère doux et d'un âge compétent, qu'ils nous proposeront dans le mois de février pour être admise à suivre ce cours.
Art. IV.
Les femmes dont le choix aura élé par nous approuvé, se rendront à Grenoble d'après l'avertissement que nous leur en ferons donner par nos subdélégués ; elles seront remboursées des frais de leurs voyages, et il sera pourvu, au compte du Roi, au payement de leur logement et de leur nourriture pendant la durée du cours.
Art. V.
Les leçons pour les élevés en chirurgie auront lieu les lundi, mercredi et vendredi de chaque semaine ; et en cas de vacance, le lendemain aux heures qui seront indiquées. Chaque leçon sera au moins de deux, heures, pendant lequel temps les élevés observeront le plus grand silence, et se comporteront avec décence et honnêteté, tant envers le professeur, qu'envers les élevés sages-femmes, à peine de punition.
Art. VI.
Les leçons pour les élevés sages-femmes se donneront les lundi, mardi, mercredi, vendredi et samedi de chaque semaine, depuis dix heures du matin, jusqu'à midi, et depuis deux heures de relevée, jusqu'à quatre.
Art. VII.
A la fin de chaque cours, il sera procédé à un examen des femmes qui l'auront suivi, et il sera accordé trois prix aux trois sujets qui, au rapport des gens de l'art, auront répondu de la manière la plus satisfaisante. Le premier prix sera de la valeur de 48 liv. ; le second, de 36 liv. ; et le troisième, de 2£ liv.
Art. VIII.
Il sera délivré à chacune des femmes qui auront assisté au cours, un cer tificat où leur capacité se trouvera attestée. Leurs noms et demeure seron inscrits sur un registre tenu par le Professeur, qui nous en remettra cha que année une copie pour être envoyée au rédacteur des affiches de la pro vince, qui l'insérera dans ses feuilles, afin de servir de renseignements aux
- D'1 A. BORDIER
personnes qui auroient besoin de leurs secours. Si par la suite ces sagesfemmes s'occupent avec zele des devoirs de leur profession, sur le compte qui nous en sera rendu par no? subdélégués, il leur sera accordé quelques exemptions ou encouragements.
Tel est le règlement initial de 1771, complété en 1782 avec quelques modifications, et publié en 1785 par le successeur de M. Pajot de Marcheval, l'intendant Gaspard Louis Gaze, baron de la Bove.
Les élèves étaient régis par un sévère règlement de police que voici :
Règlement de police et de discipline, du deux janvier mil sept cent quatrevingt-deux, concernant les Elèves entretenus à l'Ecole de Chirurgie, établie à V Hôpital Royal et Militaire de Grenoble (1).
Article Premier.
Tous les Elèves internes seront éveillés en tous temps, à 5 heures et demie. Ils s'habilleront promptement et modestement, pour se rendre à l'église à l'avant-quart de 6 heures, pour assister à la Messe de communauté avec les Religieux. Après quoi ils aideront à la distribution des aliments, ainsi qu'à l'hospitalité, assisteront à la visite du Médecin, à celle du Chirurgien, et au pansement.
Les Elèves externes se rendront aussi à la même heure pour la Messe, et assisteront aux mêmes exercices.
Art. IL
Chaque Elève, tant interne, qu'externe, sera muni d'un lancetier, garni de six bonnes lancettes, d'une ligature, de deux bons rasoirs, d'une pince à anneaux, et d'une feuille de myrthe pour les pansements, d'une paire de ciseaux à linge, et d'un étui de scalpels ; ils seront aussi pourvus des livres d'anatomie et de chirurgie qui leur seront indiqués par le Religieux démonstrateur.
Tous les mois, et même autant de fois que le Chirurgien Major le jugera à propos, chaque Elève fera visiter les instruments; ceux qui ne se trouve ront pas en bon état seront rejettés, et mis hors de service, jusqu'à ce qu'ils soient réparés.
Chaque élève, tant interne, qu'externe, sera nommé à tour de rôle pour faire la semaine de chirurgie, qui commencera avant le pansement du dimanche matin, pour finir le samedi au soir.
Les fonctions de cet emploi consisteront à entretenir une grande propreté dans la salle destinée aux appareils, à pourvoir d'eau dans la fontaine du lavoir, et un essuie-main propre, qu'il fera renouveller chaque fois qu'il sera nécessaire , en rendant celui qui aura servi , au Religieux garderobbier.
Avant chaque pansement du matin et du soir, il garnira un ou plusieurs réchauds, suivant le besoin, pour chauffer ce qui sera nécessaire pour lesdits pansements. Il exposera aussi un panier dans chaque salle, pour y déposer les linges et appareils qu'on retirera de chaque blessé; et après le pansement, il rentrera ces paniers dans le lieu destiné à cet effet.
(1) Règlement de police et de discipline du deux janvier mil sept cent quatrevingt-deux, Grenoble. Imprimerie royale 1782. Bibliothèque, 0, 3854.
Dr A. BORDIER.
Aussi tôt le pansement, il ira à la pharmacie prendre le billet des saignées, et des pansements extraordinaires portés sur la visite du médecin, lequel billet il remettra à celui des Elèves Religieux de semaine qui sera préposé pour vieiller sur cette partie. 11 prendra aussi le billet des lavements, qu'il sera tenu de donner aux malades aux heures convenables.
Il sera également chargé de la préparation et cuisson des cataplasmes; il portera la plus grande attention à ce qu'ils soient bien cuits sans être brûlés ; et en quittant la semaine, il en remettra à son successeur autant qu'il en faudra pour le pansement du matin. Il doit aussi remettre l'office, et tous les ustensiles qui en dépendent, dans l'état de la plus grande propreté, à peine de continuer la semaine pendant huit jours.
Toutes les saignées et pansements extraordinaires seront faits sous la direction du Religieux de semaine. L'Elève qui sera commis pour exécuter les saignées, sera muni d'une lumière, d'une palette, d'un drap rouge pour les saignées au bras, et d'un drap ordinaire pour celles au pied. Si ledit Elève manque les saignées, il ne piquera pas une seconde fois, mais elle sera faite par le Religieux présent.
Les Elèves qui seront chargés d'appareils, prépareront après chaque pansement tout ce qui sera nécessaire pour le pansement suivant, et auront la plus grande attention à se pourvoir de tout ce qui leur aura été indiqué par le Religieux Chirurgien en chef, lors du pansement. Ils seront munis de lumière, d'un platenier pour recevoir les appareils qu'on retirera des blessés ; et après chaque pansement, ils déposeront les linges et compresses, etc., dans les paniers destinés à les recevoir.
Lorsqu'on confiera des pansements aux Elèves, ils ne pourront les faire que sous les yeux et la direction du Religieux qui présidera au pansement.
Il y aura chaque jour un ou plusieurs Elèves dénommés pour la garde des salles : ils auront soin de se rendre aux heures qui seront indiquées sur le billet de garde, et de distribuer aux malades qui y seront inscrits, les boissons, médicaments et autres secours, aux heures convenables. S'il se présente quelques blessés pendant leur garde, ils en donneront sur le champ avis au Religieux Chirurgien en chef, ou à son substitut. Ils seront aussi tenus de donner avis des abus qui pourroient se passer, soit de la part des malades, soit par ceux qui viennent les visiter, soit enfin par d'autres Elèvesj ou par les garçons infirmiers.
Les Elèves qui seront de garde pendant la nuit, visiteront toutes les demi-heures chaque salle de malades ; ils disribueronl les boissons, médicaments et bouillons indiqués par le billet de garde, et porteront une attention particulière envers les malades ou blessés qui par leur état demanderont plus de soins.
La première garde commencera à huit heures du soir, et finira à minuit; à onze heures trois quarts celui qui sera de garde éveillera celui qui doit le remplacer, et ne quittera point les salles que celui-ci ne soit levé; et il aura soin, avant de se retirer, de lui recommander les malades les plus souffrants.
La seconde garde finira à quatre heures du matin; il éveillera à trois heures trois quarts les infirmiers et les Religieux qui seront dénommés, à cet effet, sur le billet de garde, et ne se retirera qu'après qu'il sera remplacé par quelqu'un d'eux.
Il est expressément défendu aux Elèves de se livrer au sommeil pendant leur garde, à peine de la recommencer la nuit suivante. Ceux qui se seront couchés seront congédiés sur le champ.
Tous les Elèves, tant internes, qu'externes, se rendront dans les salles à dix heures du matin et à cinq heures du soir pour aider à la distribution des aliments aux malades : hors de ces heures, et celles des pansements, il ne restera dans les salles que les Elèves de garde; les autres se retireront ; savoir, les Elèves internes dans la salle destinée à l'élude, et les externes chez eux; à moins que des exercices communs ne les appellent à l'amphithéâtre ou aux leçons.
Ils se conformeront en tout pour leur étude au règlement qui sera arrêté par M. l'Intendant.
Tous les samedis chaque Elève rasera les malades couchés aux numéros dont il sera chargé ; cette opération se fera dans la salle des appareils pour les malades qui pourront sortir du lit, et au lit de ceux qui ne pourront se lever.
Les Elèves internes ne s'absenteront jamais de l'Hôpital, sans en avoir obtenu l'agrément du Religieux chargé de leur instruction, ou en son absence, des R. P. Prieur ou sous-Prieur, qui à cet effet leur donneront des billets de congé qu'ils remettront au portier. Ceux qui enfreindront cet article seront punis arbitrairement les deux premières fois, et congédiés à la troisième. Les sorties de nuit leur sont absolument interdites; ceux qui découcheront seront congédiés sans retour.
Tous les élèves en général porteront aux Religieux le respect ; ils seront soumis aux ordres des supérieurs et de ceux qui seront le plus particulièrement chargés de leur instruction et de leur conduite.
Ils n'auront aucune espèce de familiarité, ni avec les domestiques de la maison, ni avec les malades, soit pauvres, soit militaires, non plus qu'avec les personnes du sexe qui pourroient venir voir des malades à l'Hôpital.
Ils éviteront très scrupuleusement de proférer aucunes paroles triviales ou indécentes, et toute espèce de jurements ou serments, à peine d'être congédiés sur le champ.
Ils se traiteront entre eux avec politesse et honnêteté, et éviteront toute espèce de disputes. Ils ne pourront se rendre eux-mêmes justice des insultes qu'ils pourroient recevoir de quelques personnes que ce soit ; mais ils en feront le rapport aux R. P. Prieur ou sous-Prieur, pour qu'ils ordonnent les réparations convenables. Ceux qui en viendront aux voies de fait seront congédiés sans retour.
Les Elèves internes répondront en corps des déprédations, et des dégra* dations qu'ils pourroient (aire, soit dans les effets destinés à leur usage, ou au service des pansements, soit dans toutes les autres parties de l'Hôpital. Les dommages seront réparés à frais communs, à moins qu'ils ne déclarent l'auteur du mal.
Il leur est expressément défendu de jouer aux cartes, ni à aucun jeux où il s'agira d'argent: ceux qui y contreviendront seront punis arbitrairement, et congédiés à la troisième récidive.
134 LA MÉDECINE A GRENOBLE. — Dr A. BORDIER.
Si quelque Elève, soit interne ou externe, est convaincu d'avoir volé ou recelé quelques livres, instruments, meubles ou effets, soit de ses condisciples, soit dudit Hôpital, il sera mis aux arrêts, et puni suivant la gravité du délit, et ensuite expulsé à jamais de l'Hôpital.
Il est défendu à tous les Elèves, soit, internes ou externes, d'entreprendre le traitement d'aucunes maladies en ville, à peine d'être congédiés. Il leur est également prohibé, sous la même peine, de faire aucunes saignées aux personnes du sexe, soit au dedans de l'Hôpital, soit au dehors, à moins que dans le premier cas la saignée n'eût été décidée nécessaire par le Médecin ou le Religieux Chirurgien de l'Hôpital, et que la personne ne fût pauvre; auquel cas il y aura un Religieux présent à l'opération.
Les Elèves internes s'entretiendront proprement, et sans affectation dans leurs habits ; leurs rheveux seront tenus proprement, bien peignés et mis en queue, avec une boucle à chaque face ; ce qu'ils feront par eux mêmes. Ils apprendront aussi à se raser, et ne se serviront de perruquier que pour couper leurs cheveux.
Ils feront eux-mêmes leurs lits chaque jour au matin. Ils rendront le linge sale au Religieux chargé de la garde robe, qui leur en rendra de blanc chaque fois qu'il sera nécessaire.
Les salles où ils couchent seront entretenues daos la plus grande propreté, et balayées chaque jour par un des Elèves, ce qu'ils seront tenus de faire chacun à tour de rôle. Ils ne feront aucunes malpropretés dans leur appartement, ni dehors, et il leur est défendu d'en jetter par les fenêtres.
Ils ne pourront, sous quelque prétexte que ce puisse être, monter du feu, soit charbon, soit braise, dans leur appartement, tant pour éviter les accidents qui pourroient en résulter pour eux, qu'à cause du danger des incendies.
Les Elèves internes assisteront tous les soirs avec les Religieux à la prière commune qui se fait au choeur de l'église, et ensuite à la visite des malades. Delà ils se rendront dans leur appartement, où ils se coucheront modestement et en silence. Il leur est interdit de conserver de la lumière sur leur lit, ni à côté d'icelui, pour étudier, ni lire.
Le présent règlement fait et rédigé par nous Supérieur de l'Hôpital Militaire et de charité de Grenoble, ensuite de la délibération capitulaire du 2 janvier 1782, pour être observé et exécuté par tous et un chacun des Elèves en chirurgie qui seront admis dans cette maison, sous le bon plaisir de Mgr l'Intendant.
Lequel règlement sera aussi exécuté de point en point par les autres Elèves, soit pensionnaires, soit externes, chacun en ce qui les concerne, et sous les peines y portées.
Fait et arrêté au Chapitre, le deux janvier mil sept cent quatre-vingtdeux.
F. Alexandre Dufois.
Vu et approuvé par nous Intendant de Dauphiné, pour être exécuté suivant la forme et teneur.
Signé, PAJOT.
Que diraient nos internes si nous les soumettions à pareille discipline ! Dès 1773, Villars était chargé du cours de' botanique qu'il professait
LA MÉDECINE A GRENOBLE. — î)r A. BORD1ER. 135 dans le « jardin des plantes botaniques » de l'Hôpital ; en 1778, le ministère Necker lui avait même alloué 1.800 livres « J'ai vu la lettre, dit plus tard Villars en 1789, mais je n'ai jamais touché l'argent ». Enfin, en 1782, l'Ecole de chirurgie reçoit son complément indispensable, un jardin botanique véritable, qui est confié à la direction de Villars, professeur. 11 avait avec lui un jardinier, botaniste émérite, Pierre Liotard, neveu de l'herboriste Claude Liotard, que nous avons déjà vu en 1720, ami et correspondant de J.-J. Rousseau (1). Les frais du jardin étaient payés par 1 intendant sur les fonds de la capitation. Voici le règlement de l'Ecole et du jardin botanique en 1785 :