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ÉCOLE ET JARDIN DE BOTANIQUE

La connoissance des plantes et de leurs propriétés étant d'une nécessité indispensable, principalement dans l'exercice de l'art de guérir, nous avons donné des ordres pour qu'il fût formé un jardin de botanique, et établi annuellement un cours-pratique de cette science, particulièrement pour les élevés de l'école de chirurgie, destinés à suppléer les médecins dans les campagnes; et désirant rendre cette établissement utile à tous les citoyens qui voudront profiter des connoissances qu'il doit procurer, nous avons jugé à propos de le publier, et de faire connoître les époques auxquelles ces cours auront lieu chaque année, et les règles qui doivent y être observées.

Article premier.

Le temps de la floraison, plus ou moins précoce, devant déterminer l'époque à laquelle s'ouvrira le cours de botanique, on en fixera le jour chaque année, et il en sera donné avis dans les affiches de la province.

Art. II.

Ce cours auquel assisteront les élevés de l'école de chirurgie, commencera par des préleçons qui se feront aux jours indiqués dans une des salles du collège, à deux heures après midi, et seront suivies de démonstrations particulières dans le jardin public, et d'herborisations aux environs de la ville, depuis sept heures du matin, jusqu'à dix.

Art. III.

Toutes personnes seront admises aux leçons de botanique pendant la durée du cours, et le jardin leur sera ouvert depuis six heures du matin jusqu'à dix, et depuis quatre heures de relevée jusqu'à huit, à l'exception néanmoins des enfants au-dessous- de quinze ans, qui n'y entreront qu'autant qu'ils seront accompagnés.

Art. IV.

Il est très expressément défendu de toucher aux plantes, et de mener des chiens dans le jardin public de botanique.

(1) Ce jardin botanique fut d'abord situé à la porte de Bonne, il fut ensuite transféré à la Tronche, où on avait acheté une propriété de M. de Barrai, pour y faire un hospice de santé, un jardin botanique et des pépinières; puis à l'ancien dépôt de mendicité, faubourg Saint-Joseph, enfin au lieu dit Bois-Rolland.

136 LA MÉDECINE A GRENOBLE. — Dr A. BORDIER.

Art. V.

Les personnes qui voudront faire des études particul ères des plantes hors de la durée du cours de botanique, ne pourront entrer dans le jardin que de l'agrément du Professeur ou du jardinier, étant indispensable de laisser un temps libre pour la plantation, la distribution et l'entretien de ce jardin.

Art. VI.

Le jardin de botanique contiendra 3.000 plantes, dont 1.600 seront prises parmi les plantes indigènes à la province, et le surplus parmi les plantes exotiques, au choix du Professeur, qui préférera d'abord les plantes utiles employées dans la vie domestique, l'agriculture, la médecine, les arts, et achèvera de remplir le nombre fixé, par les plantes rares, particulières à la province.

Les professeurs de ce petit institut médical n'étaient pas sans valeur : parmi les religieux, plusieurs noms doivent être retenus.

Le Père Ovide [Claude Lallemant), né à Toul. Après la suppression de l'ordre des religieux de la Charité, il restera à Grenoble, où il exercera, non sans distinction, la médecine. Il est mort en 1844, à l'âge de 82 ans.

Le Père Elisée (Marie-Vincent Tolochon), né en 1753, à Lagny, avait débuté dans la vie religieuse, chez les Pères de la Charité de Paris. De là, il avait été dans leurs maisons de Niort, de l'Ile de Ré ; enfin, il était venu à Grenoble. Lorsqu'il quitta la France en 1792, il fut attaché comme médecin à l'armée des émigrés, passa en Angleterre et revint en France avec Louis XVIII. En 1814, on le retrouve premier chirurgien du roi et médecin du Val-de-Grâce. Il fut chargé de faire un rapport sur l'état de la médecine en France, et mourut à Paris, à l'âge de 64 ans, le 17 mai 1817. C'était, paraît-il, un homme instruit et de manières distinguées (1).

Enfin, le premier maître de Villars, le Père Dominique [Durand), avait comme opérateur une véritable notoriété : il opéra de la pierre l'évêque de Grenoble, Caulet, et on trouve dans les registres de l'Hôpital qu'en 1775, une quête ayant été faite pour une femme atteinte de cataracte, on laissa à cette malade le choix d'aller se faire opérer à Lyon ou d'entrer chez les Dames de la Charité pour y être opérée par le Père Dominique (2).

Un autre religieux, le Père Calixte, qui passait pour être habile démonstrateur, fut aussi un des maîtres de Villars (3).

Parmi les laïques, à côté de Villars, on doit mentionner : Gagnon, Bilon, Blanc et surtout Nicolas, qui prend, à cette époque de notre histoire, la place occupée brillamment, dans les périodes précédentes, parles Aréoud, les de Villeneuve, etc.

(1) A. Rey : La chirurgie à Grenoble au xviii0 et xix° siècle, in Bulletin médical du Dauphiné, 1866.

(2) Archives de l'Hôpital, E, 24.

(3) Eloge de Villars, par Ghaper, 1668.

En 1776 était fondée, à Paris, une Sociélé dont le titre d'abord modeste, Société pour Vépizootie, fut changé pour un autre qui, confirmé par lettres-patentes en 4778, devait rester célèbre dans l'Histoire de la médecine, celui de Société royale de médecine. Le secrétaire général était Vicq d'Azyr. Son premier acte est de demander la création, dans chaque province, d'un médecin de généralité, chargé de surveiller spécialement « la santé du peuple, surtout des campagnes, et de vaquer au traitement des maladies épidémiques ».

Dès l'année 1779 , Jean-François Nicolas, docteur en philosophie et en médecine, membre de l'Académie de Nîmes et correspondant de la' Société royale de médecine, reçoit le brevet de conseiller et' médecin du roi pour les maladies épidémiques de la province ; il avait, depuis l'année précédente, celui de médecin du duc d'Orléans, à Grenoble. Nicolas semble avoir été un médecin profondément honnête et dévoué, très instruit et très consciencieux, en même temps qu'habile observateur.

Dès le début, il prend son rôle très au sérieux ; il parcourt la province « pour être utile aux peuples dont la santé lui est confiée », et nous donne un traité fort curieux sur l'état sanitaire du Dauphiné à cette époque (1).

Ce livre est dédié à Monseigneur Pajot de Marcheval, intendant de ustice et finances de la généralité du Dauphiné , qu'il remercie de l'avoir fait nommer au traitement [des maladies épidémiques : il dénote un sentiment très vif du rôle social et vraiment démocratique de la médecine. Plein de franchise et de bonne foi, rempli de confiance dans les ressources de la science, l'auteur « espère que les villes capitales

(1) Histoire des épidémies qui ont régné dans la province du Dauphiné depuis l'année 1775, par Nicolas, docteur en philosophie et en médecine, conseiller médecin du roi pour le traitement des épidémies dans la province du Dauphiné, médecin de Monsieur frère du roi et de Monseigneur le duc d'Orléans, de l'Académie royale des sciences, arts et belles lettres de Dijon, de celle de Nîmes et des arcades de Rome, correspondant de la Société royale de médecine de Paris et médecin à Grenoble. Grenoble 1780.

Nicolas avait déjà publié, en 1790, le Manuel du jeune chirurgien.

Un second volume, paru en 1786, fait suite à l'Histoire des épidémies, car la table des matières qui le termine est commune à l'un et à l'autre. Il a pour titre : Mémoire sur les maladies épidémiques qui ont régné dans la province du Dauphiné depuis l'année 17 80 jusque 17 86. Grenoble, de l'imprimerie royale.

Je dois la communication de ce second volume à un homonyme de Nicolas, le docteur Nicolas, qui, après avoir été, pendant 9 ans, professeur-suppléant à l'Ecole de médecine de Grenoble, est actuellement chargé du cours de physiologie et dont le père fut également professeur-suppléant à la même Ecole. J'aurai plus tard l'occasion de reparler de ce dernier.

et l'intérieur des provinces verront disparaître bientôt cet essaim de maiges, de soit disant opérateurs et de brigands, qui perçoivent sur le peuple l'impôt le plus onéreux, et dont les arcanes sont une des causes les plus redoutables de la dépopulation ».

Dès le début, il annonce, sans charlatanisme, qu'il donnera des consultations gratuites aux pauvres de la ville et des campagnes ; il invite même les curés à correspondre, avec lui, pour la santé de leurs paroissiens, mesure qui aurait aujourd'hui un caractère de réclame, qu'elle n'avait pas à cette époque, étant données surtout ses fonctions officielles.

C'est un des premiers médecins que nous voyons s'occuper d'hygiène : il recommande l'inoculation variolique alors en vogue ; mais pour que les personnes inoculées ne répandent pas la contagion, il établit ce que nous nommerions aujourd'hui un institut d'inoculation, « dans la maison du sieur Rey, maître en chirurgie à Seissin, près de Grenoble, au-delà du Drac ».

Il s'élève contre l'usage, alors général, d'établir les cimetières, dans les villages, auprès des églises, disant qu'il résulte de cette mauvaise habitude, « que les paysans attroupés dans ces cimetières avalent à longs traits les miasmes putrides, les dimanches et fêtes, lorsqu'ils viennent aux offices ». Cet objet, ajoute-t-il, dans un style qui est bien de l'époque, mérite l'attention la plus sérieuse de la part des Pères de la Patrie.

En même temps, le nouveau médecin des épidémies cherche à centraliser dans ses mains tout le service de la santé publique, et les instructions suivantes sont publiées au nom de l'intendant du Dauphiné :

Manière de se procurer des secours, et de pourvoir aux besoins

dans les cas d'épidémie.

Article Premier

Lorsqu'il régnera dans quelque ville, bourg ou village, des maladies graves ou contagieuses, les châtelains, officiers municipaux, ou personnes en place, en donneront prompteront avis au subdélégué du département, qui se procurera, par la voie des médecins ou chirurgiens des lieux les plus à portée, un mémoire sur la nature et les progrès de la maladie.

Art. II.

Ce mémoire nous ayant été adressé, sera communiqué au Médecin bréveté du Roi pour les épidémies, qui y répondra par une consultation, qu'il fera passer au Chirurgien le plus voisin et le plus capable. Il le chargera de suivre le traitement, et de lui rendre compte exactement des progrès ou de la diminution de la maladie, ou, si le cas l'exige, il se transportera, ensuite de nos ordres, dans le lieu contagié, pour y donner gratuitement ses soins aux malades, et il y restera le temps qu'il jugera sa présence nécessaire.

Dr A. BORDIER.

Art. III.

Ledit médecin se pourvoira des remèdes qu'il jugera nécessaires pour le traitement de la maladie, et il remettra à son retour ceux dont il n'auroit pas fait usage, ou qui n'auroient pas été entièrement employés.

Art IV.

Les officiers municipaux des communautés concourront à l'exécution de tout ce que ce Médecin prescrira, pour parvenir à l'extinction ou prévenir les maladies contagieuses, et il nous sera rendu compte du zele qu'ils auront apporté dans cette occasion.

Art. Y.

L'attention du Médecin se portera à tout ce qui peut intéresser la santé publique. Il examinera la qualité du sol, des productions, des eaux, de l'air, des aliments, etc., des lieux où il sera envoyé; et du résultat de ses observations, il sera dressé un mémoire qu'il nous remettra à son retour, et qui, suivant les circonstances, sera rendu public par la voie de l'impression. Il s'occupera aussi de l'analyse des eaux minérales des lieux les plus à portée, toutes les fois que ses occupations pourront le lui permettre.

Art. VI.

Ce Médecin continuera à donner à Grenoble, dans sa maison rue Chenoise, des consultations gratuites aux habitants des campagnes, les mer credi et samedi de chaque semaine, depuis dix heures du matin jusqu'à midi ; et dans les lieux où il sera envoyé, aux heures et jours qui seront par lui indiqués.

En même temps sont répandues les instructions suivantes, qui justifient le premier titre de Société des Epizooties pris par la Société royale de médecine :

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