‹ La Médecine à Grenoble: notes pour servir à l'histoire de l'École de médecine et de pharmacieChapitre 22 sur 45 · G. CUVELIER, D M · texte numérisé non relu

G. CUVELIER, D M

D'AUDIBERT, D iM.

Tardin, d m.

Mayence, M« chirurgien.

OziAS Eymard, M" chirurgien.

PïNGEON, M® chirurgien.

De Saint-Ours, M« apothicaire.

P. BÉRARD (1), M« apothicaire.

Michel, M« chirurgien.

(1) P. Bérard est l'auteur d'un ouvrage en 6 volumes in folio que la Bibliothèque de Grenoble acheta en 1775. (Rochas ; Biographie du Dauphiné). Il porte

D' A. HORniKR.

corps de viédecinx ;

Grenoble

LA Mh'nECINE A GRF.XnilT.F,.

C'était là k peu prés tout le personnel ( à cette époque (t).

En 1620, ce n>g]einent fut enregistré par le Parlement, qui porta à fiOO livres l'amende coutre les contrevenants; mais le rliiffre ne .«emble pas avoir été pris au pied de la lettre ; le rLigletnent fut cependant appliqué, ciir en l&âl, un arrêt soumet Antoine Mégard, npatlucaire de Grenoble, snr la plainte des tnaltroscliirurgicns et barliîers de cette ville. 4 payer une amende de iOO livres au corps de leur matirise, pour avoir exercé sans droit l'art de la ctiirurgle (t).

Mégard en rappela et fit bien, car le Parlement l'acquitta après revision de son procès.Voici ce qui se trouve dans le jugement (2) : « Antoine Mesgard, apottiicaire de Grenoble, avait une grande capacité avec un véritable succès pouriaguérison des ruptures des os, fractures et luxations, dont plusieurs personnes avaientèté merveilleusement soulagées et guéries. A cause de cet emploi, il rut attaqué par les ctiirurgieiis de celte ville, par devant le juge royal, aSnqueleditMesgard tut condamnées notables amendes, pour avoir entrepris sur leur profession, faisant des saignées, pansant des os rompus, les membres disloquez. Mais plusieurs personnes, qu'il avait soignées, déposèrent à son avantage : il confessa avoir secouru et soulagé plusieurs personnes accablées de grièves douleurs, dont elles avaient été parfaitement guéries, en cas de nécessité et unn autrement; qu'il avait fait beaucoup de saignées, que culte faculté de soulager par ses remèdes ceux qui en avaient l)esoin était comme héréditaire en sa famille, que son père et sonayèul s'estaient exercés dans un pareil emploi, quoiqu'ils nefussenl simplement qu'apothicaires, comme luy, qu'ils avaient

fait dans cette ville de Grenoble de fort belles et admirables cures »

Bref, sur le rapport de M. de la Rochelle, i la cour permet !\ Mesgard de panser et médicamenter les luxations des membres, fractures et ruptures d'os, el les nerfs tressaillis, sans abus, lui faisant inhibition et défense de faire des saignées et exercer autres arts de chirui^ien, dans la dite ville, sous peine de 500 II v. d'amende ».

Parmi les signal-iires du règlement du rorpgde médeeine, qui faisaient si â propos la guerre ;]U charlatanisme et posaient les bases de la déontologie

pour tilrH : Tlu-airum hotanicum cimtinen» lifiùfiptiunpn juprii ii 000 plnntarum gênera Pétri Berardi pharmacopoUe gralianMolilanua. Il enlre'pnaît, ilîU 00, uue coi'rcs)HiailaiK'« suivie hvou les botuniales d'Ituliu, d'Allemngitc ot d'Èspagw. Villars. qui la cilc, u ilonné le aam de Berardia k un aeare du ujante*.

(Il .liWi.V™ r/» .lè,,,trlcmc„l. Ft, '2011^ (■2| Hil.lhll,r',„i-'lri:,;„M,-, (l.lHOl-

62 LA MÉDECINE A GRENOBLE. — I)r A. BORDIER.

médicale, se trouvait un médecin qui semble avoir occupé, à Grenoble, une assez haute situation, c'est Tardin; il paraît avoir été, auparavant, médecin àTournon, dans l'Ardèche. Nous le voyons, en tout cas, en 1619 déchargé des tailles pour les services qu'il a rendus aux pauvres des hôpitaux (1). Plus tard, en 1620, son rôle est tout autre : il semble jaloux de la gloire littéraire de son prédécesseur Pierre Aréoud et se fait, aussi lui, metteur en scène dans les fêtes publiques : on lui offre < ungpayre de bas de soy (du prix de 18 livres) pour aulcunement le récompenser de la payne qu'il avoyt prînse de dresser des vers pour l'entrée de M. le duc de Lesdiguiëres (2) >.

Hais là ne se bornait pas son activité : tout en soignant les pauvres de l'Hôpital et faisant des vers pour l'entrée de Lesdiguières, il s'occupait de questions diverses: c'était un curieux de la nature et il nous a laissé un traité sur la Fontaine ardente (3), semblant, encore sur ce point, vouloir imiter Aréoud. La science, il faut le reconnaître, a peu de chose à prendre dans ce livre; l'auteur fait toutefois preuve d'érudition, de littérature et d'un esprit assez généralisateur; c'était évidemment un esprit philosophique et fort au-dessus des praticiens ordinaires : « Nous avons, dit-il, deux médecins, lesquels ont proposé quelques questions sur ce subject et ont tasché de le résoudre le mieux qu'ilç ont pu. Le premier esi Hierosme Montuus (4), sieur de Miribel, lequel, s'en allant en Italie, vit cette fontaine. L'autre est Aréoud ». Il reprocheà l'un et à l'autre d'avoir[adopté l'expression

(1) Archives municipales^ B B, 86

(2) Archives municipales, G G, 750.

(3) Histoire naturelle de la fontaine qui hrusle près de Grenoble. Tonrnon : chez Guillaume Linocier, libraire juré de l'Université, 1618.

(4) Montuus ne semble pas avoir été médecin à Grenoble; son nom n'a donc pas à figurer dans cette étude sur la Médecine à Grenoble. Je ne puis cependant pas me dispenser d'en dire quelques mots. Nous savons, par une étude de H. de Terrebasse (La vie et les œuvres de Jérôme de MonteuXy médecin et conseiller des rois Henri II et François II, seigneur de Miribel et de la Rivoire, en Dauphiné, par H. de Terrebasse. Lyon, 1889), que le père de notre médecin, Sébastien Monteux, était lui-même médecin de « l'illustrissime duchesse de Bourbon (Anne de France femme de Pierre II, duc de Bourbon, veuve en 1503, morte en 1522). Il était né à Rieux, en Languedoc, ou peut-être à Beaumont-Monteux, petite bourgade du Dauphiné, non loin de Saint-Antome.

Quant à Jérôme Monteux, médecin des rois Henri II et François IL il était né en 1490 ou 1495 en Dauphiné, était docteur de Montpellier habitait Saint-Antoine et était médecin de la célèbre abbaye de ce nom. Il a aussi exercé à Lyon, à Vienne, enfin suivit la Gour à Paris et à Saint-Germain. En 1543 il fut appelé par François 1*^ à Fontainebleau, pour donner ses soins à Gatherine de Médicis,femme du dauphin Henri, alors enceinte de son premier enfant François. « Je fus choisi par le roi votre grand-père, dira-t-il plus tard à François II pour soigner la mère et l'enfant au moment où, dans le ventre de la reine, votre mère, germaient les

{>remiers principes de votre existence ». Il avait acquis une grande fortune et a aissé un grand nombre d'ouvrages, les uns de médecine, les autres plus frivoles.

LA MÉDECINE \ GHEN'ORI.K, - Xi' A. HORDIK!l (iJ

de. Toiitaiiie qui brûle, <jui Terail croire d tort que l'eau et le feu sortent enâenible. et se rend parfaitcitient compte quo la Tontalue n'est là qu'accessoire, l'eau découlant du roclier situd au-dessus et encore pas touiours! Il voit parraitement que lorsque l'eau recouvre l'orillce de sortie du gaz, il se forme des bulles qui la traversent. « Voua l.i voyez, dit-il, toute bouillante, à grosses liulles, et cependant elle u'est pas chaude ». il a donc bien vu. Il est du reste allé souvent sur les lieux et a rencontré, comme de qos jours, les promeneurs faisant cniredesceufs ou du poisson à la llanime qui s'échappe de terre. Bref, réfutant l'explication de Mmluug sur les poret de la terre, et celle d'Aréoud plus éloîgnr^ encore de ta vérité, sur l'action du soleil et des autres corps célestes sur cette « exhalation combustible », il conclut à un feu souterrain. C'est à peu près tout ce qu'ontrouve dans ce livre, sur cette «merveille du Dauphiné »• qui sert à point le désir d'adulation de l'autour pour le Connétable de Lesdiguières : » Monseigneur, lui dit-il en effet dans sa dédicace, c'est à bon droit que je vous présente une des plus grandes merveilles qui soit dans la nature, puisque vous êtes une des plus grandes merveilles qui aye paru dans l'Etat ». A cette époque l'énormilé dans la flatterie n'effrayait pas plus celui qui donnait que celui qui recevait.

A son tour, d'ailleurs, Tardin reçoit sur son œuvre les sonnets les plus flatteurs, qu'il publie, avec une entière bonne foi, après la dédicace â Lesdiguières; ils sont signés de Jean-Antoine de la Baume, bachelier grenoblois; De Franciscus Depoml logicu» gralianopoUlavug; i]eVelTas Franconus, rhelor, gratianapolilanug ; de Faulus Aymon, rlielor, graliampolilanui; de Pbilippe de Laube Rivière, hamanitalù auditor, gratianopolitanut.

Ou parle toujours de temps à autre de la peste, car en IfiH nous voyons Théophile Haphaet et GuilUtume CuveUier, médecins assistés de Cr^goiré Dutruc et de C. Mayance, chirurgiens, toucher 21 livres (I) pour être allés à la Grande-Tronche faire l'autopsie d'un hôtelier,que l'on disait mort de la peste. Ce ne sont encore que des avertissements; mais elle éclate tout à fait en 1028, à Lyon, à Bourgoin (2), à la Tronche, à Voîron, à Grenoble où elle dure encore en 1629,

En 1628, l'Hôpital de l'isle recommence à recevoir ses tristes pensionnaires et un chirurgien nommé ilochefort est désigné pour être interné (1 ). On achète même pour lui un coslmne de couleur amaranlhe. (3).

(1) Ardùven i fS) Arrhivet fi

inpaUn.a:., 713.

cifHile», B B, 95.

64 LA MÉDECINE A GRENOBLE. — Dr A. BORDIER.

Les circonstances vont mellrc maintenant en évidence un médecin que nous connaissons déjà, le médecin et conseiller du roi Davin^le médecin de Lesdiguières. Nousne l'avons vu jusqu'ici qu'à l'armée du connétable, mais ce n'est pas la première fois qu'il se trouve aux prises avec la peste : Il l'a déjà vue plusieurs fois, ainsi qu'il nous l'apprend dans un très bon et très curieux traité, qu'il écrivit en 1G29 (1). Il l'a vue « à Hedelberg, au Palatinat y^ ; à Àix en Provence, où il avait souvent consultation « avec messieurs Bertrand, Grassiet Eymond, très doctes médecins ». A Forcalquier, « ma patrie (2) >; à Embrun, u où la peste fut portée en des bas de soye par un soldat, qui les avait pillés à Guillestre, lorsqu'elle fut prise par monseigmmr de Lesdiguières ». Enfin, il Ja voit à Grenoble, « où il consulte souvent avec son très docte collègue Monsieur de Villeneuve. »

Sa reconnaissance pour Lesdiguières l'a naturellement porté à dédier son livre (r à très illustre, très haut et très puissant seigneur^ messire François de Bonne, de Créquy^ d*Agoult de Montlor,...^ lieulenant-général pour le roy en Dauphiné». n Monseigneur, lui dit-il, ayant cet honneur de vous cognoistre . et servir toujours, dès l'instant que la chaste Lucine vous fit voir la clarté du jour, j'ay creu estre de mon devoir (pour arrhe de la continuation de mes vœux à votre service) de faire voir la clarté (sous vos auspices) à ce mien petit traité de peste par lequel i'enseigne le moyen d'empescher que son venin meurtrier des esprits et du cœur, ne glisse traîtreusement dans ce lieu, qui au GRE des gens de bien porte le nom de NOBLE ». Etrange jeu de mots qui nous parait aujourd'hui d'assez mauvais goût, mais qui fit sans doute sourire le vaillant lieutenant-général.

Comme son collègue Tardin, il ne dédaigne pas la reproduction des louanges en vers, qui lui sont adressées et qui le représentent comme le destructeur de la peste.

Pestifugis clarent tua scripta, Damne medeliSj Quœ merito posi tiac nomen ad astra ferent; Nam patriœ afflictœ tam recte consulis^ ut non Dira lues pestis sit nocitura diu.

Signé: Alvisius, medicus.

(1) Trèa singuliet* traité de la générale et particulière préser^nUion de la vraye et a^seurée curation de la peste, par noble Antoine Davin, docteur et médecin ordinaire du roy. A Grenoble, chez Richard Cocson, M D G X X I X. Bibliothèque de Grenoble, 0, 38!25.

(2) M. Prudhomme fait naître Davin à Aix (Inventaire sommaire des archiv. municipales, note, B B, page 109). L'affirmation de Davin lui-mérae me semble trancher la question. H était donc du môme pays que Pierre Aréoud et peut-être ce médecin n'avait-il pas été étranger à la venue de son compatriote à Grenoble, où l'attirait en outre Lesdiguières.

Kl n<t ;uilrc morceau :

Alridcs Tediil, ftiffianl ctlo munslra, Vaei f'.antunHil Jiiie dtra vr— — " '■■•'-

('rbi» et Orbût tionoa, 0nu3 hoc atlanla futir/ans " -!/m«.

MoSSENaLARIte, iliv

Del deui, inoicta et perpeti mente fer 0. Mosi

Son colIt^iK^, AnJi'é il'AudibcrE, dont nous avons dèjk Tait la connaissauce au collège de mi^deciui?, lui écrit de son côté :

Qui» nwu exanimet animatu Epidauruf aiiut

EjMurgit? Stijgio» tottat ut arte deo»f

Ne»eio : ni supei-a fonan deicenderit arce, ul

AtUidoti« patrum wlverejura negit.

Creacr, mlutares quoniam timet jEactu artet;

tïi'e diu umbroste ut eorruat urna domut.

André us D\udibkrtus.

Un niitrp Hflmiratcnr Ini dit eu français :

Ne tnrde plus, docte Davin,

McUQnt & toQ silence lin.

Nous faire voir les rares cures

De la pesle. Ce tien traité

Est de chacun si souhaité

Qu'on le demande à toutes heures.

D'autant queja de longue niain J Ce venin de pesto inhumain Saisit, frappe, rue par terre, Grands et petits, en maintes parts Et nous contraint de vivre épars Pour fuir sa mortelle guerre.

On vnit, ([lie Inul niiVIeciii du roi qu'il était, il ne dédaignait pas ce que nous nuriinierions aujourd'hui lu réclame ; au besoin il la faisait lui-uiéme.

L'autlieur :

Qui de la peste veut se préserver du fléau Qu'il pratique ce qui est en ce traité nouveau. Qui veut pour un chacun trouver un prompt secours Contre la peste, icy doit avoir son secours.

Qui sent l'avant coureur de ce mal furieux L'antidote cercher icy soit curieux, Y trouvera moyen de sa santé défendre Sans qu'il faille d'ailleurs autres secours attendre, Croy ce conseil, ami : Je suis à ion service ; Mais nettoyé devant de ton âme le vice Car l'honneur que les vicieux font aux dieux Ans dieux volontiers n'agrée.

Sa sitiijilion, la jalousiede ses confrères lui suscitèrent évidemment des envieux, mais il compte sur l'amitié du lecteur « pour clorre la bouche â tous cfs morne» envieux ». Aussi bien n-t-il conscience d'accomplir un devoir, en arrivant ce traité de la poste, « coiilre laquelle absent j'ay

66* LA MÉDECINE A GRENOBLE. - Dr A. BORDIER.

combattu par conseils; mais par six fois, présent, je l'ay attaquée main à main et desfaicte. Telle grâce de Dieu me fait croire qu'il me punirait si je cachais le talent quMl luy a plu me donner ».

Après ce tribut d*éloges, où la modestie de « l'autheur » semble d'ailleurs faire preuve d'une grande impassibilité, il insiste pour montrer que les causes de la peste sont le plus souvent la guerre, la disette de vivres, la famine ; Guillaume de Lérisse nous a déjà fait voir ce triste côté de l'état social à cette époque; mais avec Davin, nous allons entrer médicalement dans l'étude, que de Lérisse ne pouvait faire ; il se montre, du reste, réellement médecin et ne semble, que pour la forme, payer son tribut aux idées du temps : « Les causes supérieures ont été, dit-il, en 16^8, les mauvaises constellations et conjonctions célestes ; l'éclipsé de la lune, qui se fit le 20 du mois de janvier, année susdite >, et il ajoute : «r En cette maladie dangereuse, tant le malade que le chirurgien doivent prier Dieu qu'il lui plaise bénir tous remèdes ». Autrement :

Ni deus affuerit, viresque infuderit herhis^ Quidj rogOy dictamwtj quid Panacœa juvent

Il termine son livre par cette oraison :

Seigneur ne permets p»s que la peste Retranche de mes ans le reste.

. Je t'en suplie à Jointes mains Purge de mon ame le vice Et en mes maux sois moy propice, De tout mal garde les humains.

J'ai peut-être un peu longuement insisté sur ces accessoires de l'œuvre de Davin, mais il me semble que ces détails littéraires permettent de mieux juger et le caractère de l'époque et celui de l'écrivain qu'on veut mettre en lumière.

Voyons maintenant le médecin :

D'abord; la contagion qu'il observe était bien la peste. Il en décrit les bubanê^ qui sont des ganglions suppures ; Yanthrax^ qu'il considère comme des clous, dans le dos le plus souvent, avec gangrène et décollement ; le charbon^ avec sa couronne de vésicules, assez analogue à celle de la pustule maligne.

Il décrit le charbon comme une tumeur « tantost rouge, tantost brune, tantost violette, tantost plombée, ayant en son circuit de petites veines

(i) Il est assez curieux de remarquer que ces deux vers ont été copiés dans un traité de la peste postérieur à celui du médecin grenoblois, par Diemerbroeck, médecin de Nimégue, in De pratis )iovio)iu(ijcniiiif jmncipio viyovc et fine^ lOî).*). Le ii^Te de. Davin est de 1029.

U MlîOKCmR A r.RENCiHLK. - Tif A, BORmBn. *ff

(te diveriies coolfiirs, estant à son romiiienccmeiit petite, de la grosseur d'une t(;nlill«, ftituur<!i> souvent i)e petits grains faisant nue escare dure et séclié, Isqnelle, apri^s s'nîcère «. enfin \e<i péléehiet.

Iji maladio eonimeni;ail par ( pesanteur et duleur de leste », grand assonprtisement suivi de rêveries, votnissemenls, < | uanteur d'haleine x, grande soif, % urine puante >, flux du ventre, pourpre ou lac bleu, violet, noir ou plonit)é; langue noire...

Il faisait dans les bubons une < ouverture avec le cautère actuel, qui est meilleure et plus scure qu'avec lancette et rasoir, au milieu, en ligure de croix, afin iju'elle n'eiupéclie pas la matière de flner » .

Les médicaments internes qu'il employait étaient peu nombreux et consistaient en purgatifs; pende saignées.

Le traitement ctiirurgical semble d'ailleurs tout dominer; c't^taient, en effet, des chirurgiens et des bartiiers qu'on plat;ait à rilôpital de l'Isle.

Son merveilleux antidote était composé d'après la polj/pharmacie du temps, de la manière suivante :

R Angélique.

Geniisne.

Arisloloclie.

Racine de tormentille.

Cinnamone.

Bcoi'ce de cilron.

r-emencee d'oseille.

Coriandre.

Chardon liènil.

Corne de cerf.

Camphre.

Conserve de rose.

Pour Ibii'c lin opial, ilonl a\ei: une ciiîîleréc de bon v

prendra la grosseur d'une châtaigne le matin,

Sausexagérer les vertus antidotiques de cette préparation, il est évident que, comme stimulant digestif, astringent, aromatique et désinfectant (camphre), cette préparation pouvait faire plus de bien qne de mal.

l'no pratique, qu'il recommandait et qui était oxiellente, était de tenir, dans la liouche, un mélange de :

1^ Fcorce de citron.

Orange sèche.

Cnnnelte Clous do girofle.

Les propriétés microtiicidi?» de l'essence de cannelle et de celle de girofle sont aujourd'hui reconnues.

Ce ma.sticatoire se rapprochait d'ailleurs beaucoup de celui dont se trou- \ eut si liieu les [Mipulalions il<> l'Inde Orientale; elles mâchent le W/c/,

68 LA MÉDECINE A GRENOBLE. — D^ A. BOHDIERr

mélange ofi entrent le jnper meikyêlieum avec la noix de Fareca caUeku, la maseade, la cannelle, le girofle, le camphre et le cachou. Elles évitent ainiii la diarrhée de Ojchinchine et même, dans certains cas, le choléra.

Il ei(t curieux, sous ce rapport, de voir tontes les populations se rencontrer pour trouver les mêmes ressources, dans la matière médicale, dont elles disposent et de constater combien nos prédécesseurs du xvii« siècle avaient eu la main heureuse.

Ils n'étaient pas moins habiles dans le choix des désinfectants employés pour parfumer les maisons.

« Lorsqu'un cas de peste s'est déclaré dans une maison, il faut parfumer riiabitation depuis 10 heures de nuit jusqu'à 4 heures du matin, pendant troi:^ nuits de suite j. Voici le mélange dont on se ser\'ait :

Foin bien odoriférant arrosé de vin

et du vinaigre.

Feuilles d'absyntbe.

— d'hyssope.

Feuilles de marjolaine.

Souphre.

Encens.

Poudre à canon.

I/O tout « dans un ou plusieurs chauderons ou pœsles, puis mettez-y le feu. Faut premièrement avoir bien clos les portes et fenestres ».

Le « souphre » était un excellent désinfectant et il avait l'avantage de se répandre un peu partout, môme dans les rues de la ville, l'occlusion des portes et fenêtres étant sans doute imcomplëtc, ainsi que nous en donne la preuve une observation faite par Davin, qui n'en n'a pas d'ailleurs saisi le sens, c^r il attribue le phénomène observé à je ne sais quelle (îause occulte.

Parlant de l'épidémie de peste qu'il a observée à Embrun et pendant laquelle on faisait partout des fumigations de soufre, il ajoute : c On notera une chose remarquable, qui arriva lors : c'est qu'au clocher de Notre- Dame y a une grosse pomme de cuyvre au pinacle, qui se voit par dehors ; ainsi que la peste commença, la dite pomme commençait à se noircir : augmentant sa noirceur à l'égal de la violence, la dite pomme se rendait toute noire; ce que je fis voir et remarquer aux notables de la dite ville, qui estaient demeurez avec moi ; et, comme elle avait creu, comme la dicte poste, aussi lorsque nous commençâmes à nous bien porter, la dicte poiiiine commença à s'éclaircir par le plus haut et ainsi décroître de noircfMïr, coiniue la peste diminuait, et lorsqu'il n'y eut plus de- peste dans la dilo ville, la «lile pomme se rendit toute claire et luisante, comme aupa-

«DHCINï A GIINOBLE. — D' A. DOBDIEH.

ravaiit; dioso miraculeuse ni toutefois très vraye, j'ensuis tèiiioin uculaii'e, et reniariiupur certain, avec tuiis les sus dits, tous gens d'Iioniieur ».

C'est là uu uouvel exemple de la diffi^rence qu'il y a entre l'observation simple et l'interprétation. Il est fort possililt? que le fait soit exact; mais dans ce cas, Il est très |)rotinble qne la n chose miracnlense « n'est autre que le sulfure de cuivre qui se formait sur la bonle, d'autant plus vite qu'on sulfurait davantage, autrement dit qne l'épidémie était plus violente.

L'épidémie de Ifi28-t629 fut d'ailleurs l'occasion de mesures beaucoup plus rationnelles et plus méthodiques qup les précédentes:

( AussitAl, dit Davin, qu'on aura bien avéré que quelqu'un est atteint ou mort de peste, en une maison, on le doit sortir et porter hors de la ville (mais faut que ce soit de nuit), à l'isle, ou autre lieu destiné pour les pestiférez, et là enterrer fort profondément le mort au cimetière là ordonné, et conduire le malade en une chambre là, pour y être secouru selon sa qualité, ta ut" d'aliments et antitodes que d'un bon cl docte chirurgien. >

Quant â la maison : < Aussitôt qu'où aura sorti le mort ou le malade et les meubles infects (hormis ceux de bois et de cuisine), on fera exactement nettoyer la dite maison ou habitation. Quand aux meubles de bois, qu'on y aura laissés, on se conduira ainsi, c'est qu'on débastira les licU, chalicts et couchettes, après on démontera les tables et buffets ou dressoirs et cabinets, mais non pas les bancs, les chaises, les scjibcaitix ni placets; 011 lavera tout ceJa avec le mélange suivant :

Cendres de cbëne,

ITne livre de chaux.

Un quarteron de sel.

Eau de rivière.

Deux pois de vin blanc ou

clairet.

(Tn pot devinaig e. •

Les ( couvertures et garnitures de licts, tapis, tapisseries, chaires, formes et placets de tapisserie, broderies de couleur, seront parfumées en bruslaat au-dessous d'elles, sur de la braise :

Graine de genièvre.

Mastic.

Encens.

Myrrhe.

Iris de Florence.

Storax.

Benjoin.

Tormentille.

4 & 5 poignées de roses.

Le tout réduit en poudre grossière. ^

Tout cela n'était évidemment pas mauvais.

Les ordonnances de voirie voulaient : « que les places publiques, rues, mettes et autrfes lieux reculez soient maintenus net? >. Il est défendu de jeter les ordures; il est ordonné que les bouchers fassent leurs tueries dehors de la ville; il est enjoint de défendre aux pauvres d'aller mendier par les portes. Défense de laisser entrer par la ville < aucuns colporteurs ou autres petits merciers incognus, s'ils n'ont leur bullelte contremarquée du signet ou scel du notaire ou curé du lieu d'où ils viennent; de ne laisser approcher de la porte aucun étranger qui arrive, que sa bullette n'aye été par lui-même mise au bout d'un bâton fendu et puis, avant que la prendre, parfumée à la fumée de bois ou graines de genièvre, ou à la vapeur du vinaigre jeté sur une pale ardente de feu, et après, examinée... Chasser les chiens et les chats, ou comma.nder que leurs maîtres les empêchent de sortir du logis >.

En même temps qu'on prenait ces sages précautions, on débarrassait l'Hôpital de l'Isle des convalescents et la ville traite avec un batelier(l)< qui s'engage à transporter de l'Hôpital de l'Isle en l'ile du Foumels sur la rivière d'Isère, les malades qui iront faire quarantaine en ce dernier lieu dans les cabanes construites à cet effet, et de ramener dans l'Hôpital ceux qui subiront une rechute j». On achète du pain pour les pauvres en quarantaine à Fournet, « lesquels étaient restés un jour entier sans pain » ; on distribue des vivres aux Récollets y chargés d'assurer dans l'Isle la subsistance des pestiférés, enfin on construit dans ce lieu de nouvelles cabanes.

Beaucoup de gens, dont les maisons sont infectées, y sont littéralement consignés, car on donne 16 sous a à une jeune fille qui portait leur nécessaire à 30 personnes enfermées dans une maison, où une femme était morte de la peste (2) ».

La plus grande surveillance était en oulre exercée sur ceux qui pouvaient enfreindre ces sévères règlements: on les traquait littéralement:

(\) Archives municipales, G C, 771.

(2) Archives municipales, C C, 771.

LA MÉDEONE A (ïUBNOHLR. - lir A. BOnOlRn. 71

Ainsi, on envoie A l'ontdiarra pour avertir les ransuls de celte localité < d'enfermer iing Jehan-Louis Billnti, qui avait mis la peste en Royaiinais, avait été arquebuse se sauvant par les montagnes de Sassenage et avait passé par la ville ».

Si le conseil de santé veillait avec la plus grande énergie, une bonne partie des habitants de la ville avait émigré, et, parmi eux, beaucoup de membres du conseil (1). Les babîtants adressent même une lettre an Parlement pour requMr l'élecliou d'un nouviau conseil et demandent aux consuls la permission de rcmpLicer provisoirement les absents (â).

En même temps que Dnvin et teconseil de santé répandaient leurs sages prescriptions, le public se livrait, su; la foi des voisins, à une foule de pratiques que Davin nous raconte : on portait au cou des sachets remplis de poudre de crapaud, ou bien de sublimé, d'arsenic; on portait aussi un tuyau de pinme rempli de vii-argenl, ou un morceau de jasp(' ou d'agathe. L'escarboude, le rubis, le grenat, l'émeraude, la topaze, ta turquoise, l'améthyste, la sardoine, en bague ou en pendants d'oreille, étaient réputés préservatifs. Le diamant porté à la main gauche passait pour neutraliser toutes sortes de venins. Uaviu ne rit pas trop haut de ces sottises ; il ajoute cependant : • Hue aUU experienda relinquo ».

Il est aisé de voir que le niveau intellec'uel A\\ corps de lu médecine s'était considérablement élevé depuis un certain nombre d'années.

Il allait se compléter par l'instHlIation d'une bonne sage-femme. L'enseignement n'était encore nulle part donné convenablement aux mtrea-gagn. Elles apprenaient où elles pouvaient, aussi n'étaienl-elles pas toujours fort habiles : Louise Bourgeois, qui avait accouché six fois Marie de Médicis, femme do Henri IV,a raconté elle-même qu'elle avait d'abord éliidié dans A. Paré; elle s'offrit alors à accoucher la femme d'un crocheteur et l'accoucha d'un nis « qui était rouy >. Elle pratiqua pendant environ cinq aus av(tc les * pauvi-es et médiocres >, et se lit alors recevoir jurée à Paris. Les deux m^rcs-sages de Grenoble, à supposer qu'elles ressemblassent à Louise Bourgeois, n'en étaient le plus souvent encore qu'à sa première manière ! Eu l(J07, on trouve la mention faite par Alexandre la (^stc, trésorier du denier des pauvres, de 30 livres par an pour la locatlon.d'une chambre appartenant aux pauvres, située nie du Pont-Saint-

Jaime, € en laquelle est logée la mère-sage appelée Bastianne > (1 ), En 1626, on trouve encore un mandat de 30 livres pour une mère-sage (2), plus un mandat de 50 livres pour la location c de la boutique de la mère-sage m. La population était peu satisfaite de ces matrones, lorsque Madame la Première Présidente Frère en fit venir une plus habile de Valence, en demandant € que la ville lui baillât une chambre pour habiter, comme elle fait aux autres de sa qualité ».

Mais la ville est toujours forcée d'économiser. La peste de 1628-29 augmente ses embarras financiers; elle fait emprunt sur emprunt, a recours à des tailles exceptionnelles, mais, malgré ces sacrifices, on n'est jamais complètement sûr que tout soit fini avec la contagion : le 26 décembre 1633, le premier consul expose en effet que la veille de Noël, un horloger est mort de la peste « savoyr que avoyt ung charbon >. Pour plus de sécurité, son corps fut transporté au cimetière de risle, sa famille et ses meubles à THôpital de Flsle, mais ces quelques cas isolés semblent avoir été les dernières manifestations de la peste.

Page 1