‹ La Médecine à Grenoble: notes pour servir à l'histoire de l'École de médecine et de pharmacieChapitre 23 sur 45 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

(iràs-mi)

L L'Hôpital général. — De Villefranche. — Médecins et chirurgiens à rilôpital. — P. de Vulson. — Insuffisance du service médical. — Les Pères de St-Jean de Dieu. — Lear école privée de chirurgie. — Les sœurs de St-Augustin.

IL La communauté des maîtres chirurgiens. — François Francières. — Un examen pour la maîtrise en chirurgie. — Les chirurgiens et le bourreau.

III. La communauté des apothicaires — Examens de maîtrise. — Dacquin et les apothicaires.

IV. Le collège des médecins. — Monin, médecin ordinaire de la viUe. — Jacques Massard. — Gigard. — Monin médecin du roi. — Donis, doyen du collège de médecine. — Réception de Jean Francières. — Réception du sieur Durand. — Ajournement de Joachim Cochet. — Nouveaux statuts du collège. — Nicolas Flauvant. — Etienne Ghabert et le collège des médecins.

V. La peste de Marseille. — Précautions prises à Grenoble contre la peste. — Le conseil de santé. — Donis.

VI. La grippe. — Beylié médecin du roi. — Joseph de Rivière médecin du duc d'Orléans. — La fièvre typhoïde. -^ Clappier. — Ghabert.

VIL Les empiriques et charlatans.

(1) Archives municipales, G C, 739.

(2) Archives municipales, B B, 93.

VUl. Querelles ealrc lea Pères de la Charité, les chirurgiens, les utiotliicalrcB,

l'HôpiUl. — Le service m^ical. — Klat précaire do l'enseigne ment médicol. IX. Tentatives pour le rûtablia

Le n juillet 1fi38, l'Hi^pital gf^néral, coliil qiiî subsiste encore aujourd'hui, coiimHîiK^é depuis lotigtemps. mais dont la toustniction avait été souvent interrompue t à caïue rie Pinjure du Itmp», tant de ptêtt q\u paaiage ilegetu de guerre (1) », rempla(;ait détlnitivenient toutes les autres fondations liospitalières et recevait les pauvres jusque-là disséminés; leur nombre avait beaucoup augmenté ainsi i]iio criui des malades; le service méiliral devient donc plus important qu'il n'était jadis, dans les hôpitaux confiés à des chirurgiens el môme à des barbiers. Le sieur de Yilieftaneke, docteur en médecine, qui figure parmi les directeurs de rHùpital. offre de soigner gratuitement les mnladen et est agréé pour trois années, â la condition de subir un examen devant une commîsiion de médecins de la ville (t), nouvelle preuve de l'importance acrordée au collt^ge des médecins et première ébauche de ce qui, plus tard, deviendra le concours. Mais ses confrères, jaloux de la notoriété qu'allait donner ce nouffcaii titre à leur concurrent, lui contestèrent, je ne sais pour quel prétexte, le droit de soigner les malades de rilôpilal. A quoi l'administration fil la seule réponse qu'elle eut à faire: Messieurs, faib's-en anlant et nous accepterons également vos soins gratuits ;2).

En môme temps les cliirurgiens sont convoquée à déléguer l'un d'entre eux pour traiter les malades également (ians rémunération. Tous les cliirui-gicns de la ville s'offrirent. Les mailres en chirurgie: Aatias Aymar, Hugues Clerget, Isaac Aymar, On'at fils, Claude htaycnce, Jean Delelley ou Lesielleg, Etienne Dutruc et Antoine Slickat, s'engagent à faire te service cliacun pendant un mois: le dernier reçu sera chargé de la visite quotidienne; Il devra, pour les cas graves, s'adjoindre un ou deux confrères et le premier dimanche de chaque mois, tous, en corps, visiteront l'Hftpital pour échanger leurs avis sur les malades en traitement,

La chirurgie n'était cependant pas encore faite exclusivement par eux, car, le S'i mars 1630, on traite encore avec un opénileur de Montélimar pour t faire tailler la pierre d'une malade de iUâpilal », prix fait : six pistoles (3).

()] Archiveg de Vllûpitat, E. 4.

(S) Archives de l'Hôpital, E, 5, ^3) Archives de fmjntal, K, 5.

74 LA MÉDECINE A GRENOBLE. - Dr A. BORDIER.

Quant aux médecins, mis en demeure d'imiter leur confrère de Villefranche, ils promettent de faire le service à tour de rôle (1). La liste se compose donc : MM. du Bœuf, des Grands-Prés^ Breasand^ Paulei^ Cuve* lier, de Villefranche et Mathieu,

La même année, le service des chirurgiens comprend MM. Auzias Aymard, Pigeon^ haac Aymardy Claude Mayence, Ylier Dutruc, Antoine Michaly Jean Detelley ou Lestelley^ Legay^ Herard Sigaud et Jean Fiat.

Nous venons de voir, parmi les médecins, un homme sur qui nous devons nous arrêter un instant, c'est P. de Vulsan, sieur des Grands-Prés^ docteur en médecine, aggrégé au collège de médecine à Grenoble, (2), auteur d'un livre sur les eaux minérales d'Oriol et du Honestier-de- Clermont.

La dédicace de son livre nous renseigne de suite sur sa situation sociale élevée et sur ses idées générales :

« A Monsieur de Vulson, escuyer, seigneur de Saint-Maurice, et de la Maison- Forte de la Touche, conseiller et secrétaire du roy, et premier greffler civil en sa cour de Parlement du Dauphiné.

€ Monsieur mon cousin

« Comme naturellement nous cliérissons les lieux de notre nativité, en ce bon rencontre, je fus meu, ces années passées, d'exalter les vertus de la fontaine ou fontaines qui se trouvent entre les Aurioles, comme étant proche de Vulson, lieu et maison de nostre naissance et de nostre nom, et situées au pied du penchant de la montagne appelée Puy de Vulson, appartenante cet illustre sénateur, mon oncle et votre cousin, Monsieur le conseiller de Vulson, seigneur de Colet, l'honneur des nostres, et

l'exemplaire de piété parmi tous

En vertueux et charitable républicain^ vous aurez à gré, que

sous votre titre, ce petit œuvre proflte à austruy. »

Comme cela arrive encore parfois aux médecins qui s'occupent spécialement des eaux minérales, Vulson paraît considérer le maniement des bienfaisantes sources comme un véritable sacerdoce : il cite des exemples d'abus ou d'usage intempestif pro^ji es à lénifier < certains riches avares et taquins, lesquels abusivement, sans conseils ny ordre de médecin, plaignent plus un quart d'écu ou deux que leur propre vie ou santé,

(2) Archives de l'Hôpital, E, 6.

(i) Ce sont les titres qu'il prend dans son livre intitulé : L'Ordre qu'il faut observer en Vusoge des eaux minérales acides et surtout de celle des Aurioles en Trièves et du Monestier-de-Clermont. Se vend chez Edouard Raban, place Saint-André, à l'Enseigne du Navire, 1639.

LA ÏIÉDECIKE A nnENOBLi;, - ï)' A. niHUIIER. 75

sVstaiit jetiez dans l'usage de ces dites eaux et mal pour eux, les hlâraérent, ne les cognaissant pas eux-inènies, pour s'accuser, et maudissaient (misérables), nnu leur taquinerie, mais les eaux l)énitc» de Dieu très excellentes puur lu santé, ainsi qu'il appert journellement par leurs effets tr^s merveilleux. • Il est vrai qu'il met, peut-ûtre â turt, sur le compte de l'eau, le cas d'un personnage qui, ayant bu sans sou autorisation, < récent des obstructions si grandes des voyes urétaircs, qu'à peine pouvait-il uriner, pour la quantité de mucosités que ces eaux cliarriaient. m'ayant TaH voir, dans trois Tois qu'il avait uriné, une écuolle pleine des dites nmcositéi;, si fluaiilcs, que, sans quitUT le fond du pot de chambre ny se rompre, elles filaient de la seconde étage de son logis jiisques en la rue. >

Il faut lui savoir gré, du moins, d'avoir un sentiment très élevé de la dignité médicale: il serait désolé «d'amoindrir \e» droits de la profession», et critique vertement ceux qui ue manifesteni pour les avis du médecin aucune reconnaissance, se donnant à eux-mêmes tout le mérite. « s'attribuant nos cures par vanité, et disant, les uns. j'ay fait cecy, j'ay fait cela et tout a bien réussy, et quelques autres, se voyant guéris, j'ay fuit un te' vœu et j'ay été rétabli. Je vous déclare tout haut, ravisseurs de la gloire de Dieu et de notre honneur, que si vous vous enquieriez, nous vous rendrions raison des événements, sans miracle, cl vous ferions voir les points iar^llitiles des crises el la puissance de Dieu 1 >

Au surplus, il a, non sans raisim, le plus profond mépris pour la uiédecine des bonnes femmes, pour tous ces conseils «lue se douneid les uns aux autres ceux qui ne connaissent rien ;i la médecine, « femmelettes, crache-receptes ; en pardonnant pitoyablement â la légèreté de leur esprit il les abandonne â leur barliouillerie *.

Il faut reconnaître que Vulson maniait l'eau minérale d'Oriol un peu lourdement: il en ordonnait jusqu'à 10-13 verres par jour, ce qui était évidemment beaucoup trop pour le malade, saiisdoute arthritique et gravelleux. qui atteint de cystite, était 1 objet de l'étrange expérience de i'urine (liant « de la seconde étage jusques en la rué ».

Notre auteur a, en outre, le tort de confondre dans la même admiration, et ce qui est plus regrettable, dans les mêmes applications, I eau d'Oriol, qui est une eau très ferrugineuse (1), à l'égal^ de celle d'Oreïza et celle du Honestier-de-Clermont, qui est bicarbonatée calcique, moins ferrugineuse et susceptible d'éln- bue en beaucoup plus grande quantité; mais l'hydrologie n'était pas l'ncore née, ou du moins, pas encore sorlie de rpEupirisnie.

Avec P. rie Vulson nous ii'avous pasijiiitlé le nouvel Ilopilal, puisqu'il

(I ) Elle conlicul Ot',tni de sels de 1er par Jilre,

y fait le service à son tour depuis 1631. Le nombre des malades augmente, par suite d'une épidémie de fièvre maligne que de Villefranche signale à l'Hôpital Saint-Antoine, encore subsistant à cette époque, où elle a été apportée par les soldats blessés. Il est, à ce propos, décidé que tous ceux qui se présenteront désormais aux portes de la ville seront renvoyés à la porte Très-Clottres, où ils seront visités. Ceux, qui seront reconnus atteints d'une maladie contagieuse, seront internés à l'Hôpital de l'Isle, où M. de Villefranche s'installera pour les soigner.

Malgré tout, le service médical continue à être mal fait : en vain les directeurs font observer qu'il y a beaucoup de malades dans l'Hôpital et se plaignent que personne ne les voit ; on priera bien de temps en temps i/. Mathieu^ médecin, de venir les soigner le lendemain, mais c'est tout. Cependant, en lô'lS, des offres de service sont renouvelées au nom de leurs collègues par MM. Paulei et de Bœuf, docteurs et aggrégés en médecine : ils proposent de se rendre à l'Hôpital, à tourde rôle, le jeudi etledimanche, et toutes les fois qu'ils sont requis (i); dans les cas graves, ils se réuniront en consultation dans la salle du conseil. Le service marche sans doute ainsi, tant bien que mal, pendant quelques années, mais d'une manière évidemment insuffisante qui était due au mode de recrutement, faisant gratuitement appel à une sorte de charité volontaire.

On prend une idée de la mauvaise organisation qui régnait alors dans le service médical, lorsqu'on voit en 1643 décider de chercher quelque personne experte, pour soigner les malades, « attendu que le concierge n'y peut vaquer » (2). A la réunion des Directeurs de l'Hôpital, on expose que les médecins, qui avaient promis de visiter l'Hôpital à tour de rôle, ont abandonné depuis longtemps leur service ; il est môme décidé qu'on présentera une requête à la cour pour obtenir une ordonnance leur prescrivant de faire à tour de rôle la visite de l'Hôpital, sous peine d'interdiction de leurs fonctions (3), Quelque partialité qu'on voulut y mettre, il est difficile de donner raison aux médecins en semblable circonstance et nous devons reconnaître que partout, aujourd'hui, nos confrères ont une plus haute idée de leurs devoirs. En attendant mieux, on fait afficher dans la salle du conseil, le rôle de tous les médecins et chirurgiens de la ville, pour connaître le nom de ceux qui doivent faire le service (1). Enfin, en 1645 (4), le conseil de l'Hôpital décide qu'on prendra des mesures à l'avenir pour avoir des médecins, chirurgiens et apothicaires,

(1) Archives de V Hôpital , E, 6.

(î) Archives de rHôpital, E, 6.

(3) Archives de l'Hôpital, E, 6.

(4) Archives de VHopxial, E, 6.

U HËDECINE A 6REK0BLE. ~ Xfi k. BORDIEfi. 11

au service de l'Hùpilal, « cunsïtléré que les médecitis ne nMidctil iiiicuii service à celte maison ».

Us visites, quand elles avaienl lien, se faisaient sans donle à la bâte et rurUvcmcnl, car «n donne comme un progrès , la mudilication, qui oblige le concierge A accompagner les médecins dans leurs visites : c'est lui qui recevra leurs ordonnances ot qui donnera du vin suivant les prescriptions (1).

Onatoujours.d'ailleurs, de temps en temps recours auxempiri([ues. Ainsi, en lGi8, on isolera dans une cliambre « les pauvres garçons atteints de la racke vive (2) » el on les fera traiter par un opérateur de passage (3),

Il faut convenir que si les médecins faisaient mal leur service, ils se montraient fort jaloux de quiconque pril-tendait le taire à leur place: le sieur Uunnet, natif d'i Grenoble, oITre en ellet de < secourir les pauvres » de l'Hôpital, gratuitement pendant deux ans; mais les médecins de la ville s'y opposent, * parce qu'il n'a fait que cinq années de stage dans la ville de Gap, au lieu de six qui étaient exigibles ». 11 offre de (aire sa sixième année de stage à l'Hôpital ; on refuse encore et il faut que le conseiller de la Kocbette déploie toute sa diplomatie, pour faire accepter celle proposition par ses confrères (4).

C'est dans ces conditions que pour remédier à la dilTiculté du service médical, la ville, sur la proposition du duc de Lesdiguiéres, qui écrivit lui-même aux consuls ponr leur signaler les Pères de Saint-Jean-de-Dicu, entre en pourparlers avec c«s religieux hospitaliers et leur demande de se charger du servia' médical ainsi que de l'entreprise entière de l'Hôpital. Voici ce traité :

• Les religieux seront reçeus dans l'UôpiUil de Grenoble pour y vivre conformément i leurs règles et conslltulions, de l'adveu et consentement de Monseigneur l'évéque de Grenoble, auquel ils se soumettent.

« Sera donné pour quatre religieux, des quels l'un sera prêtre.... 800 livres de pension annuelle pour leur vestiaire et nourriture, payable par quartier et par avance, et sera permis au provincial et vicaire général des dits religieux d'en augmenter le nombre.... mais non de le diminuer...; sera donné 6 sous par jour pour la nourriture de chaque malade ou blessé qui sera envoyé a l'Hôpital par l'ordre des consuls, sans que les dits religieux puissent recevoir aucun malade sans l'ordre des consuls...; sera donné annuellement la somme de 400 livres pour drogues et médi-

(11 Awhive» (le rUOitital, E. 6.

i^) ,Snns «loulf imiiotigo du cuir clicvolu

(3) Arehirrs <tr rHàpital, E, l>.

(i) Ai-c/ih-M rie rUûpital, E. C.

78 I.A MÈriKniNK A nHKNODI,K. - In A, BoRtUKIt.

mnients, linges (>t ustensiles,. ,. Les religieux nn seront obligés àe rct^evoir aucun malade de niaiadio rontagleuse mi vénérienne. Le» religieux seront pn outn' cliargt^s des pauvres iln rili>pital, sains et non malades el ils recevront 4 sons par jour pour chacun d'eux i. (Il juin 1001).

Les quatre religieux s'installèrent de snite. Ils coiuprenaicnl : 1 aumônier, i prieur, I chirurgien el I professeur ù'analomie (I). Ils allaient, en effet, faire une véritable école de médecine, ou plutiM lie cbinirgie : école fermée, école destin^'e à former chez eux et pour eux de jeunes frères, mais Ëcole. Cette école, avec les cours faits par le collège de médecine, est le faible foyer où va se conserver le feu de l'enseignement médical, jusqu'au jour où les circonstances lui ptTraettront de se ranimer pins vivement. Non seulement les religieux enseigneront ranatomie et la clilnirgîe h quelques-uns de leurs frères, mais il sera bientôt convenu f ltJ«2) qu'on leur confiera un pauvre de l'Hôpital pour qu'ils lui apprennent la chirutïie et la pharmacie (2),

Les religieux ne restent pas confinés dans leur liôpital; ils s'occupent môme des eaux minérales, témoin la lettre peu médicale,.il faut le reconnaître, qui fut adressée par l'un d'eux, le frère Gilles, au Docteur Donia, per sonnage important que nous verrons bientôt entrer en scène (3) :

tA Siûm\eur Dony, doyen iie$ midecim du collège de Grenoble,

• Trouvez bon. Monsieur, queje vous fasse part de mes pensées s<ir une fontaine nouvellemenl découverte au Mouestier-de-Clermonl, k quatre lieues de Grenoble, j'espère que ce que j'écrirai sera utile à plusieurs personnes ; pKroe qu'en faisant connaître les efTets de ses eaux, les malades pourront y avoir recours dans leurs besoins. Celte Ibnlaine est placée au milieu d'une grande prairie fort spacieuse; c'est un parierre naturel, au bas duquel est un bocage rempli de plusieurs chemitig couverts où les buveurs peuvent prendre le plaisir de la pioincnade sans être exposés aux rayons du soleil, el rendre leurs eaux sans Être vus de personne. Sa source sort de dessous une roche qui depuis longtemps était couverte de beaucoup de terre. Autour du bassin, on voit sortir quantité de petits bouillons, qui sont autant de tentatives que font ces prisonniers innocents dans le sein de leur indre, afln de se communiquer avec plus d'abondance pour la sanlë des malades. Ce n'est toutefois que depuis deux années que celte fontaine a été de queique usage. On se contentait de boire les eaux d'une source qui est éloignée de cinq cents pas de celle dont je vous parle et beaucoup plu3 crue el plus pesante, plus chargée de fer el moins vitriolée. La dernière qui a été dôcuuverle élant beaucoup plus chargée de vitriol et moins ferrugineuse que l'andennF!, il s'en faut beaucoup qu'elle ne soit » ingrate ni SI pesante parce que l'esprit de vitriol ayant atténué et subtilisô le corps du marc, le dissout plu- parfaitement soit dans la matrice iniériRurede ces eaux, soit dans le chemin qu'elle font ensemble dans le gravier se fillrant l'une et l'aulre ; ce qui lui donne une grande légèreté et une facilité ft se disirihuer par les urines et par les selles, étant par conséquent fort propre comme l'expérience me le f.Jt connaître, pour les alTecUons néphrétiques,

(I) Pilot; StatiMiqur rie l'Itère.

(S) Arcliii-f» lie ril6pihil. E, tl.

jai Meivutv, novembre 1H85. I.'niiciennc ortliograplio n'a |ifls dans là copia qui ma étû trausinisi- de la Dibliothé<]uo nalionali-

iJi HBDËCINE A GHEatOBLK. - D' A. BORDIER.

causées pai' un plile^moii. sal<le ou gtavier, ({iiu linéiques buveurs oril fait (l'une grosseur proport'onnôe aux uretères,, et Ms favoi-nbles aux ma ladles chroniques et invétérées du bas ventre, poussant par les selles el par les urines, suivant les dispositions particuliôres du malade, la dis de plus, qu'elle cbasse hors les voies de l'urine les corps mois et non encore uëtr Fiés d'iiric grosseur considérable. EH - purge l'iiuintjur tar>reuse et mélancolique l'elenue dans la rate '^L aux parties voisines el par I& elle coaviem aux allections scorbutiques, aux squirres naissant, lave les obstructions des vaisseaux du bas ventre et en même temps Jelivre les malades de toutes les tune^les suites de ces embarras el de toutes sort- s de suppressions. Elle éteint pareillement l'intempérie du foie el des reins; elle lue les Vrrs comme on l'a vu en la personne de Jacques Agiot du môme lieu, igé de 20 ans, qui après avoir bu trois jiurs des eaux de cette nouvelle découverte, jetta par ses salles un vers de sept pied de lontr, qui avait la >éte faîte comme un bec de canne. M- Dobert, procureur au Purlement de Grenoble, en jetln un, le second jour, de la longueur d'un pied cl demy et plusieurs autres buveurs en ont jeté de la longueur ordinaire, entre autres M. de Bouves.conseiller.garde des sceaux au même PiJrlement. Les animaux y accourent lie toute part, les vaches et les moutons sentant ces atomes spileux, acides el appétissants qui leur frappent l'oiloral et ensuite le goût viennent avec empressement pour boire et en boivent une quantité sarprenanle. En un mot, ceux qui ont eu l'usage des eaux des fontaines de la Mû'ie de Vais, de Saml-Méon d'Auvergne, de celle des Célestins de Vîcby, ne font de difllculté deles melti-c, les unes et les autres, presque en parallèle. On en a fait évajiorer quatre livres de médecine ; la résidence non calcinée a été de couleur lannëe. tendant au gris-blanc, de la [icsanteur d'une dragme. Après avoir dissous la résidence dans l'eau commune, ensuite filtré et évaporé jusqu'à siccité, le sel séparé de la terre s paru fort blanc de la pesanteur de demie dragme, de goût acide. L'on voit sur l'eau du ruisseau qui s'éccule de la source une grande quantité de .'^el de couleur Iflanche, de goul moins acide, comme étant un sel lixe dont la volatilité est séparée par l'ardeur du soleil, — Je suis de tout mon cceiir votre

Frère tjiLLES, yeligieux de la Chariti de GitHolle.

Eti 1600, un arrangement semblable à celui qui avait été conclu avec les p^res de Sainl-Jcan de Dieu fut fait avec les religieusps hospitalières de la Providence de la Palisse, appartenant ù la règle de Saint-Augiisliit. Elles vinrent an nombre de quatre et recevaient 400livre9 par an pour la nourriture, 6 sojs par malade el par jour, 150 livres pour drogues et médicaments (1).

Mais au bout dedix ails, de nouvelles conventions fuieut faites entre les religieux et la ville. Le logement des pauvres non inalailes était lo poids loui'il, qui rcndaitsi coiiipliqiti^e radmiiiiâlration ; les religieux ne leiiaieut donc pas beaucoup, à les avoir. On Ht une scission: > Po^rfouniir le local nécessaire au renfermeiuent des pauvres, les religieux de la charité abandonnent les salles qu*ils occu|)ent ù l'Hôpital (3), malgré les réparations qu'ils j ont fait faire et qui s'élèvent à plus de 20.000 livres, I et recevront on échange un empinceuient situé en face du couvent îles I Carmélites, pour y construire un couvent et un tiùpital de 40 lits, tlont

tl) Arrhif^ .If l'Hôpitat. 111, A, I.

(Sj Archivetile VHôpUal- 11, A, 2.

80 LA MÉDECINE A GRENOBLE. - I)r A. BORDIËEl.

20 seront réservés aux pauvres de la ville. L'Hôpital leur remettra en outre 21.000 livres pour les indemniser de leurs frais > (1681) (1).

En 1684, une convention supplémentaire réserve 10 lits chez les religieux et autant cliez les religieuses pour les malades de THôpital général et 10 autres lits pour les malades de la ville munis d'un billet des directeurs ou des consuls (2). Nous verrons plus tard cette façon d'affermer, en quelque sorte , les malades de l'Hôpital, devenir une source de conflits assez fréquents entre les religieux et les directeurs (3).

Si le service intérieur, pansement des malades, petite chirurgie, est assuré par les religieux de la Charité, la direction de l'Hôpital n'en n'a pas moins ses médecins, et, en 1684, M, Levet, médecin, est prié de continuer, aux malades, les soins qu'il leur donne depuis trois ans(4). En même temps on signale à l'attention du bureau le sieur Brachier^ barbier, qui, depuis dix ans, sert gratuitement les pauvres malades de la Providence et depuis quatre ans ceux de l'Hôpital général, « prenant soin de les panser et d'employer pour cela ses compagnons et fraters^ quand lui-même n'y peut sufflr » (5). On lui signale, dans la même séance, le sieur de Vaux, apothicaire,qui traite gratuitement les malades de l'Hôpital. Le bureau leur exprime à tous sa reconnaissance et « les engage à contp-

nuer ».

Si nous quittons un instant l'Hôpital pour voir ce qui se passait dans le monde médical de la ville, nous voyons encore les chirurgiens aux diffixîultés avpc la jalousie de leurs confrères : c'était l'inconvénient des maîtrises, corps fermés, d'être maintenus tels non seulement devant les incapables, ce qui eut été excellent, mais devant les concurrents, dont les «" ayant placée) craignent toujours la rivalité. Le public lui-même protesta, en 1642, contre la partialité des maîtres chirurgiens, qui refusaient de recevoir, en leur maîtrise, des candidats ayant exercé longtemps la chirurgie et la barberie dans la ville, à la satisfaction générale (6) : cette

(i) Archives de VHôpital, H, A, 1 et II, E, 1. — Archives municipales, B k 114.

(2) Archives de VHôpital, E, 7.

(3) L'administration est représentée par un Bureau ou Conseil de direction composé de l'êvêque de Grenoble, président ; du premier président au Parlement, de 1 président à mortier, de 4 conseillers, du conseiller-clerc audit Parlement, du procureur général, de 4 présidents ou maîtres des comptes, de 3 trésoriers du bureau des finances, des consuls de la ville. Le bureau de direction peut s'adjoindre 3 ecclésiastiques, 3 gentilshommes, 6 avocats, bourgeois ou marcnands. (Archives de VHôpital, A, 2).

(4) Archives de VHôpital, E, 7.

(5) Archives de VHôpital, E, 7.

(6) Archives de VHôpital, B B, 108.

r.A MÉDECINE A GRENOBLE, - D' A. BORDIER. Bl

Katisfaclion aimait d'aillt^urs à demeurer platonique et marchandait volontiers jps tifinoraires; iioiis voyons, en eiîel, en 1650, la note d un cliiiur- Kieii de Grenoble. Mekhior [Uiachet, qui, pour les soins donnés dans sa iltTiiitTc niDliidie à Jean Clialvet Bndon, suivant li^s ordonnances de il. Puiiruf, médecin, demandait il livres 10 sous par jour, être réduite, par le juge lion lie la Bauliiie, h i livres par jour, soit, pour 17 jours, (WlivresO). Plus lard, en lliô. Maître Verdun, chirurgien, aura tgalenuMil quelque peine à se faire payer 3" livres. Sa note est pourtnnt assez détaillée: « Pour avoir saigné au bras H. Château, valet de chambre, 1 livre; pour avoir saigné au bras Monseigneur (3>, 6 livres. De jeudi 1* octobre Mib. j"ay été à l'Evesché à 1» hâte et courant, comme l'on m'est venu chercher pour Monseigneur, à neuf heures du soir, que j'ay saigné au bras. J'y ay passé la nuit à sa prière el demeuré sans repos, non plus que \e lendemain vendredi, que je l'ai saigné au col l'après-midi. J'y ay Tait beaucoup d'autres choses pour le secourir. Ci 30 livres (3) ».

Nous assistons cependant à la réception de François FrancUre» à cette maîtrise en chirurgie (IfôCi) \i) et l'année suivante, le nouveau maître nous montre, dans son livre de comptes, que ses collègues sont devenus plus accommodants, car, dans les examens où il a lui-même â son tour fait partie du jury, on n'a pas eu moins de U candidats.

D3 Fougerolles, qui avait réglemnité la pharmacie et le collège des médttcins, n'avait pas oublié les chirurgiens. Dans son t règUment *, dont j'ai déjà parlé, il avait dit, en 1608 : i Le moyen de parvenir â la maîtrise de chirurgie, sera, par trois divers examens, en trois jours consécntifs, l'un sur la êynthite, l'autre sur le diurèse et le tiers sur Vex&èie *. Ce programme manquait un peu de précision ! [1 ajoute heureusement : « En quatrièuif Heu, IVvamen rigoureux sera sur rnnatomie, composition et nsage des parties, et, linalement, quelque chef-d'œuvre, ou sur la dissection, ou sur la cure de quelque maladie extérieure, en l'Hospital ou ailleurs >.

Francières a noté, sur son livre de raison (5), avec le nom des candidats, lesqueslionsqu'illeuraposées; les voici : sur la miologit,s\iT les bandages, sur laretpiratîon, sur les muacUsdu braa, sur \aphUbolomie; ce sont, aujourd'hui, les questions du concours de l'externat. Il s adressé, toutetois, â Riton , compagnon chirurgien de la boutique de M. Auzias, une série de questions,

(1) Aivhives de VUâpital. H. 32.

i3) Paul de Chaulnee, évfijue île Greuoble.

(3) Archivée de Ittôpltal. H, 34i,

H) Archive» de fjiôpilat, H.

(5) Archiven de l-HipUal, II, 719.

v^t'ovcKV^s»>-'*^

82 LA MÉDECINE A GRENOBLE. - Dr A. BORDlER.

un peu plus difficiles, sur le traitemeni des tumeurs en général ci sur le traitement des fractures, tant de la tête que des autres parties en général.

Tout à l'heure l'injustice des confrères fermait les portes, voici maintenant que la faveur les veut ouvrir trop facilement. Le H juin de la même année 1057 (1), le sieur la Treille^ chirurgien, présente des lettres d'un médecin du roi, qui lui permettent d'exercer la chirurgie sans examen. Mais le Conseil de la ville conteste la validité de ces lettres, qui s'obtenaient couramment, parait-iL pour 3 pistoles.

Nous assistons encore une autre fois (1687) à la réception, à la maîtrise en chirurgie de Marc Perret^ après examen et chef-d'œuvre (i2).

Il faut convenir que la situation sociale faite aux chirurgiens n'était pas en rapport avec les services qu'ils rendaient; ainsi, en 1604, dans un arrêt du Parlement de Grenoble, portant règlement des vacations des frais et exécutions de justice, on trouve côte à côte les deux articles suivants :

XL Sera aussi payé au trompette de la ville la somme de 3 livres pour chaque exécution où il assistera et sonnera « du trompette •.

XIL Au chirurgien qui visite a, rasera et médicamentera les condamnés à la question, et i^our chacun d'iceiix, la somme de 4 livres.

François Francières lui-même, qui paraît avoir gagné une certaine fortune, devait, comme chirurgien juré royal de la ville (3), non seulement visiter les détenus pour savoir s'ils ont été fustigés ou marqués précédemment, mesure excellente, qui était l'anthropométrie de ce temj)slà, mais assister à la torture.

Le niveau intellectuel des chirurgiens de cette époque était d'ailleurs fort variable. Francières était un homme bien posé; il demeurait rue Neuve- Paillerey et avait acheté la maison des religieuses dePrémol (4). Un autre chirurgien, dont la situation semble avoir été assez élevée, est Jean-Bapiisi(fLestell€yy chirurgien ordinaire du duc de Lesdiguiéres ; c'était un homme entreprenant: en 1669, il offre en effet de construire deux halles contenant 20 boutiques de boucherie, à condition que les 20 bouchers, qui les occuperont, lui paieront une location de20écus(5) Il promet, en outre, de donner 100 livres par an à la ville. André Carréard^ autre chirurgien, fut consul en 1 670 ; c'est même la première fois que l'on rencontre un médecin ou un chirurgien parmi les consuls. Nous avons vu que les apothicaires étaient, au contraire, souvent honorés de cette charge.

(1) Archives municipales, B B, lll.

(i2) Archives tnunicipales, B B. 115.

(3) Archiver de VHôpUah H, 751.

(4) Arcliives nuinicipalen, G C, 91.

(5) Archives municipaleSf B B, 11 L

!,A MlilliKCINV: \ f.lllONnBLF:. — II- A, AORniF-il. 83

Les apotliicairos semlik-iil, d'ail l<!iirs, avoir toujours été assez pros-

ijpùrnft  Gronolile; on peut iiiénie se ilemander si leur nombre et leur

I assez élevée no tenaient pas à une cause, qui n'a plus de

Ivalmir auJQUi'dUuii. mais qui avait uwn cirlaine importance atilre-

Ifois, raliondanct', la variété et snrlont la réputation des plantes et

Ide» simples propres à la flore alpine; presque tons les botanistes de

I l'Europe, à celle t'poqne oi'i l'alpinisme et le touriste en général n'exis-

tiient pas. venaient visiter les Alpes daupliinoiscs: Iticliier de Belleval,

I fondateur du jardin botanique de Montpellier sous Henri IV, vint à

Grenuble. en ICIO, pour lierboriser dans nos montagnes; Plumier vint

en 107!'; Pierre Beloii (du Man*), était venu dans le même but en 1543.

l Villarsnous apprend d'ailleurs que, encore de son temps, « les habitants

t de nos Alpes fournissaient àlonte h France, et même à l'Espagne, les plantes

les plus Dêcessaïres pour les médicaments ; ce sont précisément les Alpins

1 ûe t'Oisaus et du lJriani;onnais, qui entretienneul, dit-il, bis pharmacies de

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