VIII AVANT-PROPOS
La médecine n'est point une science exacte ou abstraite; c'est un art fondé sur l'observation, et qui dans ses applications n'a pour guide que l'expérience. Celle-ci, à moins qu'on ne la confonde avec l'empirisme, voisin de la routine, ne vaut que par les principes et les méthodes : les méthodes qui montrent la direction, etles principesqui servent de base et sont le point de départ de toute pratique raisonnable. La tradition seule peut nous apprendre si la médecine est en possession de ces deux éléments essentiels, et si dans notre art l'expérience des siècles signifie quelque chose. La certitude même delà médecine dépend de la solution de ce problème.
Après avoir interrogé longuement le passé, nous pensons que la médecine est un art qui a son autonomie, et qu'il ne serait rien sans la tradition. Cette conviction a dicté presque toutes les pages de ce volume, qui serait moins compacte, s'il n'embrassait une aussi grande variété de matières. L'histoire en est le fond; et pas une des questions qui y sont ou traitées ou agitées n'a été envisagée d'un point de vue purement abstrait et métaphysique. Les abstractions et les généralités y sont subordonnées à l'histoire. Les conclusions ne sont ni improvisées ni imaginées; elles dérivent en quelque sorte de la comparaison des faits, d'après le principe hippocratique, qu'il faut avant tout considérer les analogies et les différences.
La règle qu'Hippocrate avait tracée aux médecins, pour les acheminer dans la bonne voie, nous l'appliquons à l'histoire de la médecine, et ce principe est tout le secret de notre méthode comparative. Elle nous a été d'un grand secours dans l'étude de la philosophie médicale,
AYANT-PHOPOS. IX
que nousn'avons jamaispu comprendre en dehors de l'histoire. Pour ce qui est de la critique, elle est l'âme et comme l'essence de ces études ; c'est la critique qui nous a conduit dans toutes nos recherches, et qui nous a donné assez de confiance pour exprimer franchement nos opinions. Celles-ci ne seront pas du goût de tout le monde, nous le prévoyons sans nous en inquiéter, car ce volume est tout d'opposition aux tendances qui prévalent aujourd'hui dans l'enseignement et dans la pratique. L'auteur n'a jamais su déguiser sa pensée ; il ne s'est jamais repenti d'avoir dit la vérité; il ne s'est jamais proposé de plaire à aucune coterie, à aucune corporation savante, et il croit avoir acquis, par la longue enquête à laquelle il s'est livré, le droit d'opposer ses vues en médecine aux affirmations de tous ces empiriques et dogmatiques, qui s'imaginent que le savoir fait tort au jugement. Il est bon que le présent s'affirme ; mais il est encore mieux qu'il profite des leçons du passé. C'est pour nous éclairer que nous avons suivi très- attentivement ces leçons utiles, et c'est pour qu'elles ne soient pas tout à fait perdues, qu'après les avoir recueillies, nous en faisons part aux lecteurs de bonne volonté.
Le 25 septembre 1 8G '» .