ABUS DE LA. MÉTHODE EXPÉIUMENTALE
brables, et les expliquer tous ne doit pas être une petite affaire.
Il est vrai que M. Lemoine a un procédé à lui, très-commode, très-expéditif et d'un emploi facile, pour si peu qu'on en ait l'habitude. Ramener tous les phénomènes à un nombre déterminé de causes, et toutes les causes des phénomènes à un principe unique, dont elles ne sont en quelque sorte que des variétés ; tel est son secret et le résumé de sa philosophie. Plus heureux qu'Aristote, dont la métaphysique se réduisait à chercher la formule d'une équation, M. Lemoine a établi la corrélation qui existe entre l'acte et la puissance, il a parcouru par le chemin le plus court la dislance qui est entre ces deux termes, l'intervalle dont les points extrêmes marquent les limites mômes de la science la plus transcendante.
Après avoir jeté un pont sur l'abîme, M. Lemoine a marché d'un pas ferme et rapide à la recherche des causes, et sa bonne étoile l'a conduit jusqu'au premier moteur, c'est-àdire au centre môme et à la source de toute causalité. Ce premier moteur n'est pas immobile comme celui d'Aristote, ou du moins, s'il ne se meut pas, il ne reste point inactif et inerte ; loin de là, son action est incessante, permanente. S'il faut s'expliquer plus nettement, la cause première, la cause des causes et le principe de toute phénoménalité, d'après M. E. M. Lemoine, n'est autre que le soleil. Ce grand tout qu'on appelle le monde, l'univers, la nature, le vaste ensemble de toutes choses, les objets inorganiques et les êtres organisés, rien n'échappe à l'influence du fluide ÉLECTRIQUE SOLAIRE; toulc manifestation vitale se produit, grâce à cet unique agent de vie (l). Voilà, en peu de mots, l'essence môme et la doctrine fondamentale de I'omnigénie.
M, Lemoine, — autant qu'il est permis d'en juger d'après
le choix qu'il a lait d'un principe universel, — aime l'éclat, la chaleur et la lumière. S'il veut nous en croire, il mettra pour épigraphe à son grand ouvrage l'apostrophe virgilienne :
Solem quis dicere falsum
Audeat?
Et puisque nous avons pris hi liberté de lui donner un premier conseil, qu'il veuille bien nous permettre de lui suggérer une idée.
La plupart des fondateurs de systèmes philosophiques et scientifiques fondent d'habitude, parla môme occasion, un dogme théologique ou une doctrine religieuse : c'est là le couronnement ordinaire de l'édifice. Dans le système de l'OMNiGÉNiE, toutes les causes reconnaissant un principe unique, qui est le soleil, il paraîtrait naturel et très-simple de faire de cet astre un Dieu souverain et de restaurer scientifiquement le sabéisme, l'antique croyance des Parses et des Péruviens. Un dogme religieux expérimentalement démontré, suivant la méthode ordinaire de M. Lemoine, serait une grande nouveauté, et la démonstration expérimentale du monothéisme solaire aurait sans doute pour effet de ramener les disciples de la philosophie positive, qui sont à la rechei'che d'une religion universelle, et qui proposent au genre humain l'adoration et le culte de l'humanité. Puisque le soleil est l'œil et l'âme de l'univers, l'humanité ferait peul-ôtre bien de rendre hommage à cet astre qui luit pour tous indistinctement ; et de la sorte le sentiment religieux de tous les hommes convergeant vers un but unique, nous aurions enfin la paix et la concorde, moyennant une religion universelle, dont le principe ou le Dieu serait visible pour tous et en tous lieux, sauf pendant Ifes éclipses et durant la nuit. J'en demande pardon à la mémoire d'Auguste Comte; mais il me semble que la religion héliaque, conséquence
AliUS llli I..V MÉTHODE EXPÉRIMKiNTALE. 719
inévitable du système de l'omnigénie, vaudrait bien mieux que celle dont il a été le fondateur et le grand prôtre.
En vérité, M. Lemoine pourrait, sans se donner beaucoup de peine, convertir tous les hpranies au culte du soleil, puisqu'il a expressément détaché un fragment de son grand ouvrage pour démontrer matériellement, suivant le titre de sa.brochure, que la cause première de la vie n'est autre que l'électricité. Il a découvert l'appareil électrique de l'organisme vivant, et il l'a décrit avec beaucoup de soin, sinon avec toute la clarté désirable. Mais la description deviendra plus claire quand l'auteur aura fait l'exposition complète de ses doctrines anatomiques et physiologiques dans son rraité d'omnigénie, où l'on verra par quel chemin il est arrivé à la découverte de l'inconnu.
M. Lemoine a ébauché une première exposition de sa méthode dans les deux premiers chapitres, et autant que nous avons pu deviner ce qu'il a voulu dire, ses recherches ont pour point de départ, non pas l'étude de l'organisme parfait et achevé, mais l'examen « des organes primitifs, indispensables à l'action vitale. » En bonne physiologie, cette méthode en quelque sorte chronologique, par laquelle on parcourt tous les degrés de la formation organique, successivement, suivant les lois de l'évolution, cette méthode, qui n'est pas neuve, nous paraît excellente. Mais nous ne comprenons plus M. Lemoine dès le troisième chapitre, très-important, puisqu'il introduit le lecteur dans le quatrième ventricule de l'encéphale, siège de l'organe désigné sous la dénomirialioa de palette, et « qui sonne le premier et le dernier coup de notre vie (I). » La palette est un organe central, suspendu dans un liquide, et communiquant directement avec le coeur au moyen de deux, organes latéraux, qui communiquent eux-mêmes avec les libres nerveuses de la moelle.
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M. Lemoinc a décrit ces organes en grand détail, el. après les avoir décrits, il nous donne, de la structure primitive du cœur et de la cause des mouvements de systole et de diastole, une explication que nous avons vainement cherché à comprendre, malgré les démonstrations mécaniques de l'auteur et la description d'une machine qu'il a imaginée pour rendre sa théorie en quelque sorte évidente. Ce qu'il y a de plus clair dans ce quatrième chapitre, c'est cette assertion, « que les fibres du cœur ne partent pas de la base, mais de la pointe (4). » M. Lemoine nous annonce bien d'autres nouveautés touchant l'organisation el les fonctions du cœur. Il esquisse aussi en deux pages une théorie de la circulation qui modifie singulièrement les idées reçues depuis Harvey et Senac, et que M. le docteur Beau, si expérimenté en ce genre de recherches, aurait bien de la peine à comprendre. Mais comme cette théorie des mouvements péristaltiques des fibres musculaires du cœur paraît trèssimple et très-évidente à l'auteur, il nous apprend, dans le cinquième chapitre, que la moelle épinière, par sa structure anatomique, par son enveloppe, par le liquide acidulé qui la baigne, représente les éléments d'une véritable pile voltaïque, « productive du fluide nerveux, dont la force dynamique est cause de tous nos mouvements volontaires, de môme que de ceux indépendants de notre volonté, dont le cœur et les poumons sont les deux appareils moteurs principaux, et le quatrième ventricule le distributeur (2). »
Ces quelques lignes résument en substance la découverte de M. Lemoine, et le sixième et dernier chapitre la démontre expérimentalement. L'expérimentateur s'exprime en ce chapitre final avec l'assurance d'un homme convaincu ; il expose les résultats de ses expériences avec l'habileté d'un physicien consommé dans l'étude des phénomènes électriques. Et néanmoins sa démonstration n'est pas lu-
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mineuse du tout, ou bien elle l'est trop, et dans ce cas elle ressemble au soleil qui éblouit de son vif éclat les yeux de ceux qui lo regardent en face.
Décidément, il nous faut attendre la publication du grand traité d'OMNiGÉKiE, avant de porter un jugement motivé sur les découvertes de M. E. M. Lemoine. Nous verrons bien alors s'il y a lieu de changer la nomenclature anatomique des organes qui fonctionnent pour la production des phénomènes vitaux, suivant le principe de la pile de Vol ta, et nous apprécierons en môme temps l'utilité que peut avoir en thérapeutique l'instrument inventé par M. Lemoine, et nommé par lui le diviseur des fluides (d).
De cette analyse sommaire, il est aisé de conclure que M. E. M. Lemoine n'est pas un homme du commun, et que son petit manifeste n'annonce rien moins qu'une révolution radicale en anatomie, en physiologie et en thérapeutique. Il nous serait facile de démontrer que M. Lemoine est encore un révolutionnaire en psychologie et en théodicée, si nous avions le loisir d'examiner une autre brochure de lui, curieuse i\. beaucoup d'égards, et notamment par ce qui y est dit de la peur que l'Académie des sciences aurait du matérialisme.
Quant à M. Lemoine, qui ne craint guère ce revenant, il est aussi spiritualiste que possible, et dans sa petite profession de foi, il tient « que l'homme est animé par un principe qu'on ne peut faire remonter qu'au principe primordial de toutes choses (2). » Voilà sa formule, et voici le petit commentaire qui l'accompagne : « Appelez celui-ci Dieu et l'autre âme, et nous pensons que chacun aura le nom qui lui convient (3). » Les philosophes du centre, autrement nommés les éclect'ques, n'ont rien trouvé d'aussi forL Et pourtant M. E. M. Lemoine ne paraît pas appartenir
(1) P. ce.
(2) P. G3-fi4.
h uuii écolo philosophique. Il est pour le moment, et malgré son âge mûr, étudiant en médecine de la Faculté de Paris; il sera donc un jour médecin, et dès à présent ses travaux méritent d'être signalés, moins à cause de leur singularité que parce qu'ils accusent les tendances vicieuses de la physiologie expérimentale, telle qu'on la professe aujourd'hui dans les chaires officielles.
L'enseignement physiologique, loin de suivre la voie tracée par Bichat, s'engage de plus en plus dans un mauvais chemin, et fait de vains efforts pour ramener la science de l'organisation dans le domaine de la physique et de la chimie. Cette fausse direction a pour principal effet d'ébranler les fondements de la philosophie médicale, et de livrer encore une fois la médecine à tous ces systèmes surannés qui l'agitent présentement, et dont la résurrection intempestive légitime jusqu'à un certain point les prétentions exagérées de l'empirisme.
Voilà pour la physiologie.
■ II. — I^a djinamoscopie»
Citons maintenant un autre exemple qui prouvera avec la môme évidence jusqu'où peuvent aller les abus de l'expérimentation en pathologie. Prenons, pour compléter la démonstration, un volume intitulé : Traité de Dynamoscopie, ou appréciation de la nature et de la gi'aoité des maladies par rauscultation des doigts, par L. Collongues (1).
L'auteur de ce traité, tant soit peu singulier, appartient à la grande secte des médecins explorateurs, la seule qui représente quelque chose par le nombre de ses adhérents, les autres sectes ne représentant que des doctrines surannées et interapestivement rajeunies.
Faute d'un principe solide et de doctrines fondées des-
(1) Paris, 18G?, grand in-8 de xvi-376 pages.
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SUS, la mûdccine, en gônôral, se réduit à la méthode d'observation empirique, ou mieux, à des procédés d'exploration dont la multiplicité croissante révèle les tendances de l'art et la pénurie de ses ressources,
Hippocrate avait dit que la faculté d'explorer ou d'examiner est un point essentiel (I). Laënnec n'a pas manqué d'inscrire la réflexion du vieux médecin grec au frontispice de son traité de l'auscultation médiate, et ceux qui sont venus à sa suite, prenant à la lettre le précepte hippocratique, ont mis toute leur conscience à observer scrupuleusement, à se transformer, pour ainsi dire, en instruments d'observation, faisant abnégation des autres facultés, et oubliant qu'Hippocrate avait jeté en passant cette pensée profonde : «En toutes choses, il me plaît d'appliquer l'intelligence. « Cette réflexion n'est pas moins bonne que la première, et il faut ajouter que celle-ci ne vaut que par celle-là; car observer est un grand point, sans doute, mais réfléchir est encore mieux.
Les observateurs ne manquent pas en médecine ; il y en a autant, et peut-être plus qu'il n'en faut; mais les médecins où sont-ils, j'entends les médecins de fait, les hommes de l'art? La Faculté n'en compte pas un très-grand nombre, et la preuve qu'ils manquent, c'est l'état précaire de cette partie de l'art qu'on appelle thérapeutique.
Ce qu'on sait le mieux, ce qui s'apprend et s'enseigne dans les écoles, dans les hôpitaux, au pied de la chaire et dans l'amphithéâtre, ce n'est point le traitement des maladies, sans lequel l'art médical reste un vain mot, ni l'étude des causes, sans laquelle le traitement se fait à l'aveugle. Les maîtres instruisent les étudiants dans la mnémonique des symptômes, avec prédilection et non sans succès, puisque la constatation, l'énumération, la classification et la distinction des phénomènes morbides, étudiées exclusive-
(1) Épidémies. Liv. 111% ic. (Œuvres comptc.'as, c.liliun, Paris I8il, tome IIJ, p. 1(11.)
72 4 l'lIFLOSOPHIE.
ment, poussent les jeunes médecins à surj)asser les maîtres par des tours de force prodigieux ou par des tentatives extraordinaires.
Aussi le diagnostic des maladies a-t-il fait des progrès tellement rapides, qu'il sera bientôt malaisé de le perfectionner. Peut-être veut-on qu'il ne laisse plus rien à désirer, et conséquemment plus rien à faire aux ingénieux investigateurs qui se vouent à son perfectionnement, avant d'entreprendre l'amélioration des autres parties de la médecine. En attendant, on fait un Dictionnaire de diagnostic médical^ on range les symptômes par ordre alphabétique, et l'on se croit un grand homme pour avoir mis en pièces la séméiologie, c'est-à-dire la connaissance des signes ou des symptômes expliqués (1). Cela ne s'était jamais vu, mais nous en verrons bien d'autres, comme on dit; car, à mesure que le sens de l'art s'altère et que la grande tradition se perd, les manœuvres remplacent les artistes, et ce qu'il y a de plus difticile au monde, se fait par mnémotechnie et comme par mécanique.
La clinique, ou la leçon médicale au lit du malade (tel est le sens du mot clinique), se réduit maintenant à l'exploration sous toutes les formes : percussion, auscultation, mensuration et autres procédés qu'on qualifie ridiculement de scientifiques, et qu'on met volontiers en relief et en grande vénération auprès de la sotte majorité, en les affublant de noms étranges , bizarres , hybrides, le plus souvent absurdes, surtout quand ils sont empruntés de la langue grecque, en dépit de la logique et de l'étyraologie. — En fait de nomenclature, la médecine contemporaine a dépassé de bien loin toutes les folles tentatives des temps passés. Galien qui se moquait de son prédécesseur Archigène, comme d'un nomenclateur extravagant, que penserait-il du galimatias et du charabia qui ont envahi
(1) Woillez, Diclionnaire du diagnostic médical. Paris, 1861.
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de nos jours et corrompu sans remède le langage médical?
Cette corruption n'est point fortuite; elle coïncide avec la déplorable décadence des études médicales, qui se meurent et tournent misérablement au formalisme, de môme que la pratique tourne à l'empirisme le plus étroit. Ces tendances détestables expliquent suffisamment l'introduction de ces termes nouveaux, étranges, barbares, qui rendent bien la confusion et l'anarchie de la médecine contemporaine. Autant de néologismes, autant de barbarismes. Le vrai sens des mots s'est perdu, et il n'en pouvait être autrement, puisque l'observation pure et simple a remplacé toute tradition historique,
La méthode, — si l'on peut donner pareil nom à un ensemble de procédés explorateurs, — la méthode a fait table rase des principes et supplanté la philosophie médicale. Ce n'est pas tout. A mesure qu'on éliminait l'essentiel pour simplifier, l'arithmétique intervenant sans nécessité, les observations, qui doivent être pesées avant tout, ont simplement été comptées, et la statistique triomphante s'est assise sur le trône, sceptre en main et couronne en téte. Cet autre procédé de vérification est devenu, désormais, une science considérable par les services qu'elle rend à ceux qui la cultivent avec ferveur et persévérance. Les académies du haut parage ouvrent aux statisticiens leurs portes à deux battants.
Faut-il s'étonner que de pareilles aberrations aient eu pour etlét d'égarer le grand nombre, et que la plupart de" nos médecins, persuadés, bien à tort, que la médecine est une science, quoiqu'elle n'en ait nullement les caractères ni les allures, veuillent à toute force en faire une science exacte? La confusion ne peut aller plus loin. Le plus mince observateur, avec un procédé ou un instrument de son invention , s'en vient hardiment proclamer une science
726 PHILOSOPHIK.
nouvelle. Écoulons l'auteur de ce Traité de dynamoscopie :
« Si la dynamoscopie était une science bien établie, et « que nous ne fussions pas les premiers à en jeter les fon- « déments, il serait inutile de longer le difficile sentier que « nous allons parcourir. Rien n'est plus fatigant pour le u lecteur qu'une longue série d'observations dont les con- « clusions sont arides et sans attrait. Mais une science ne « se fonde pas sur l'imagination, ni sans preuves, et la dy- (( namoscopie ne serait pas une science, si elle n'élail dé- « montrée comme les sciences physiques, et si ses lois ne « reposaient, comme elles, sur l'induction. »
Que le grand inventeur ne soit pas modeste, on le conçoit sans peine, car la force véritable est comme la vérité, elle se montre volontiers nue , c'est-à-dire en toute sa beauté. Mais, ce qui est moins concevable, c'est le ton magistral d'un médecin annonçant en de pareils termes un procédé d'auscultation dont le résultat doit être d'apprécier l'état des forces dans les maladies. Tel est le sens du mot dynamoscopie.
Les faits répondent-ils aux promesses contenues dans ce titre tout grec et très-pompeux? L'auteur en est convaincu ; mais tous les lecteurs de son traité le seront-ils de môme? Et nos praticiens iront-ils fourrer dans leurs oreilles les doigts des malades, pour distinguer le pétillement du bourdonnement, afin de préciser mathématiquement, d'après les lois de l'acoustique et les règles de l'harmonie, les varialions et l'inlensilé croissante ou décroissante de ce dernier bruit? Était-ce bien la peine d'écrire un gros traité qui aura une suite, d'inventer un nouveau mot d'un sens vague et parfaitement équivoque, pour nous apprendre, en somme, que des deux sensations que perçoit l'oreille, quand elle est appliquée à la surface du corps, et plus particulièrement à l'extrémité des doigts, soit immédiatement et sans intermédiaire, soit au moyen d'un instrument appelé dyiianioscopc,
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pour nous apprendre que, de ces deux sensations, l'une, le pétillement, est intermittente, irrégulière, tandis que l'autre, le bourdonnement, peut être soumise à des règles?
Tel est le résultat le plus net des recherches de l'observateur. Quant îi ses observations pathologiques, plus nombreuses que concluantes, elles n'éclairent que très-confusément le diagnostic, c'est-à-dire qu'elles peuvent l'obscurcir au lieu de l'éclairer, n'offrent que des données très-vagues pour le pronostic et sont absolument nulles, d'une nullité complète, pour l'étiologie, de môme que pour la thérapeutique. Conséquemment, la dynamoscopie paraît être un auxiliaire plus que problématique pour l'appréciation des symptômes, et n'offrir aucune espèce de secours pour l'étude des causes, non plus que pour l'indication du traitement.
Nous avons lu tout le traité, depuis la préface jusqu'à la table des matières, et, à notre très-grand déplaisir, nous n'y avons pu découvrir aucune de ces idées simples et nettes qui éclairent le champ si vaste de la pathologie générale, ni aucune application vraiment féconde à la pratique.
Qu'importent toutes ces observations de maladies aiguës, d'affections chroniques, de lièvres éruptives, continues, épidémiques, d'opérations chirurgicales, d'anesthésies, de névroses, de tout le reste, si l'on n'arrive point logiquement et par induction à des conclusions générales? Or, ces conclusions manquent absolument, et les résultais de l'exploration par l'acoustique digitale varient selon les cas individuels. Les plus fins se perdraient dans ces subtilités infinies qui dépassent de beaucoup les minutieuses arguties des sphygmologistes, c'est-à-dire des médecins qui ont écrit sur les variétés et les variations du pouls, avec beaucoup de sagacité sans doute, mais sans nul profit pour l'art médical; car c'est plus parliculièrement en médecine que se justifie la sentence du fabuliste :
« Nisi utile est quod facimus, stulta est gloria. »
L'unique passage de quelque inlérôt, dans le Traité de dynamoscopie, est celui qui traite des signes de la mort. De ces signes, il n'y en a aucun de certain, de démonstratif, si l'on peut ainsi dire. Nous ne sommes guère plus avancés de nos jours qu'on ne l'était du temps de Démocrite, lequel, au dire de Celse, ne reconnaissait point de signes certains de la mort naturelle, en dehors, bien entendu, de la putréfaction. La cessation apparente des battements du cœur n'est point suffisante pour établir l'absence de vitalité; des recherches récentes ont établi l'inanité de cette opinion.
Quant à la dynamoscopie, elle prétend avoir découvert le signe infaillible. Mais, outre que trois observations assez défectueuses ne permettent pas raisonnablement de conclure, il y aurait de nombreuses et fortes objections contre les résultats qu'on prétend en déduire; et il serait, avant tout, essentiel que l'auteur du Traité de dynamoscopie démontrât sans réplique, ce qu'il n'a point fait, que les bruits que perçoit l'oreille par Tauscultation digitale émanent positivement du système nerveux, et en émanent uniquement. Les preuves physiologiques doivent être démonstratives, en pareil cas; et, si elles l'étaient, on pourrait à la rigueur accorder quelque confiance aux résultats des observations pathologiques.
En attendant une démonstration plus évidente, nous estimons que la dynamoscopie, si elle prenait rang dans les procédés diagnostiques, rendrait des services minimes, et aurait ce désavantage énorme d'introduire une spécialité nouvelle dans un art que le trop grand nombre de spécialités a compromis, déconsidéré, amoindri, détourné du vrai chemin. Nous conseillons donc à M. le docteur Gollongues, qui a beaucoup des qualités de l'observateur, de préciser davantage le résultat de ses recherches, ou de chercher une direction meilleure. Rien n'est à négliger en médecine, mais il faut se garder soigneusement de négliger l'essen-
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liel et le plus imporlant, pour se préoccuper de minniies futiles ou purement accessoires. L'exploration n'est qu'une des ressources de l'art : donc il convient de n'accorder à un procédé d'exploration que l'importance qu'il mérite et se bien garder d'en faire, je ne dirai pas une science, mais une simple méthode.