‹ La médecine à travers les sièclesChapitre 51 sur 59 · II. — lies luœurs · texte numérisé non relu

II. — lies luœurs

L'étude des fonctions et des désordres des organes de la génération est un des sujets les plus graves de la médecine; il excite la curiosité générale : aussi offre-t-il d'inépuisables ressources au charlatanisme. Les mauvais livres sur cette matière se comptent par centaines, et les charlatans qui exploitent la peur et la crédulité des hommes atteints de désordres réels ou imaginaires des fonctions gé-

uiiales ne se complcnl poiiil. Leur nombre diminuerai! à coup sûr si les médecins, plus soucieux de remplir dignement leur rôle élevé et la mission sociale de l'art^ abordaient plus souvent et plus hardiment le grand chapitre des mœurs.

Les préceptes de l'hygiène, fondés sur la connaissance profonde de la physiologie, et fortifiés d'une longue expérience en pathologie, s'introduiront petit à petit dans l'éducation collective ; et quand se fera cette introduction, la médecine se trouvera chargée d'un office autrement efficace pour la conservation delà santé de tous et la transmission des bons germes, que celui qu'ont rempli jusqu'à présent la religion et la morale.

Celle-ci ne s'est guère servie, pour s'affirmer avec certitude, des lumières de la science, et son impuissance s'est révélée, comme il était inévitable, par la force illusoire qu'elle a cru puiser dans la sanction religieuse. Il ne faut pas chercher en dehors de celte association l'instabilité de nos principes en morale et l'infériorité des moralistes modernes par rapport aux anciens.

Dans la société gréco-latine, mère féconde de l'antique civilisation, les mœurs n'étaient point livrées à la direction des spéculatifs, ni dédaigneusement traitées par les métaphysiciens. La politique, c'est-à-dire la science de la vie civile et de l'organisation des sociétés, se préoccupait avec sollicitude et non sans fruit de toutes ces passions afi'ectives dont l'ensemble représente l'amour à tous ses degrés, dans toutes ses variétés, comme principe constituant de la famille. Une intuition vraie de l'organisation humaine avait mspiré aux philosophes et aux législateurs des vieux temps des idées saines sur les fonctions génératrices. Ils en parlaient sans impudeur comme sans fausse honte, et ne connaissaient, ne soupçonnaient môme pas cette retenue exagérée qui devait se produire par la suite sous l'influence d'un spiritualisme excessif.

Quand celle funeste influence s'élendit sur la suciélé, le célibat fut glorifié et l'abstinence recommandée comme un des plus efficaces moyens de salut. Les purs et les saints se recrutaient de préférence parmi les personnes des deuxsexes qui renonçaient à laisser une postérité. Le but poursuivi étant en dehors de la vie humaine, ceux-là étaient plus sûrs de l'atteindre qui se retranchaient en quelque sorte de la société pour se préoccuper uniquement de la grande affaire du salut. L'union matrimoniale constituait un état inférieur; en la bénissant, le sacerdoce relevait parle sacrement ceux qui suivaient la voie de lachair.Mais dans lahiérarchie sociale, le prêtre qui bénissait le mariage était incomparablement au-dessus du citoyen qui recevait la bénédiction.

Le célibat des gens d'Église devait être l'inévitable conséquence d'un système religieux qui, en dépit des lois physiologiques et des nécessités de l'économie animale, partageait les hommes en deux catégories distinctes: les purs elles impurs, les parfaits et les imparfaits, qui étaient aussi les faibles et les pécheurs.

Quand la discipline ecclésiastique eut définitivement consacré cette distinction, le clergé se trouva dans la situation la plus critique: d'un côté, la passion du commandement et l'impatience de saisir une domination absolue ; de l'autre, des luttes incessantes contre le démon de la luxure, des tentations formidables, telles que doivent les sentir ceux que pique jusqu'au vif l'aiguillon des désirs non satisfaits. Quiconque a pratiqué les mystiques et les casuistes sait à quoi s'en tenir sur la sainteté de ces esprits pervertis ou malades, qui prêchaient au monde la pureté des mœurs, la virginité et la chasteté, dans une langue faite exprès pour rendre toutes les nuances d'un insatiable érotisme.

Sous l'influence d'un principe qui avait méconnu, sans pouvoir les abolir, les conditions d'existence de la nature

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humaine, la perversion des sentiments affectifs fut poussée jusqu'à l'extrême raffinement. L'exemple d'Origène n'ayant pas été souvent imité, la satisfaction des appétits charnels imposa bien des sacrifices à la religion et d'étranges concessions à la morale; et contre un mal incurable on eut recours, non pas aux moyens radicaux et aux remèdes héroïques, mais aux dérivatifs et aux palliatifs.

La discipline était impuissante contre des vices qui dépendaient de l'organisation même et des principes fondamentaux d'un régime social essenliellement contraire aux lois naturelles de l'évolution humaine. La réformation religieuse ne fît rien pour l'amendement des mœurs. Le bien qui résulta immédiatement de la réforme ne s'étendit guère au delà de la caste sacerdotale. Celle-ci rentra dans la vie civile par le mariage ; mais le principe invoqué par les réformateurs restait tout aussi impuissant entre leurs mains qu'il l'avait été sous la domination souveraine du catholicisme.

En vain le docteur Acton, auteur d'un excellent livre sur ce grand sujet de la génération (1), en vain le docteur Acton, qui est un moraliste éclairé, a-t-il demandé des conseils aux ministres de la religion anglicane. II n'a pu obtenir des représentants les plus éclairés de l'Église d'Angleterre que des lieux communs ou de vagues déclamations. Sur ce chapitre tellement essentiel dans l'éducation, ceux qui ont charge d'âmes ne savent rien ou presque rien. L'étude des mystères et des choses célestes leur a fait perdre de vue la nature humaine ; si bien que, connaissant à fond les conditions du salut et les récompenses promises aux élus, ils ignorent de tout point l'homme, ses besoins^ ses instincts, ses passions, et

(1) Fondions et désordres des organes de la généraiion chez l'enfant^ le jeune homme, l'adulte et le vieillard, sous le rapport physiologique, social et moral, par le docteur W. Acton, trad. de l'anglais sur la troisième édition. Paris, 18G3, 1 vol. in-8 de ni-3G6 pages.

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abandonnent par conséquent la conduite et la direclion de l'humanité k la physiologie et à l'hygiène.

De cet abandon vient la décadence du vieux dogme, la perle de son influence, jadis souveraine, et l'irrésistible ascendant de la médecine, art bienfaisant et salutaire, qui part de la connaissance de l'organisme et des fonctions organiques pour régler les actes conformément aux besoins de l'économie, en vue des intérêts de la vie collective.

Quand le médecin intervient dans les graves questions de l'organisation sociale, avec la conscience de ce qu'il peut pour l'amélioration des conditions d'existence, avec la conviction et le désir d'être utile, ses paroles et ses écrits acquièrent la double autorité qui a jusqu'ici gouverné les hommes : il est législateur, puisque les vérités qu'il proclame ne sont en quelque sorte que l'expression de la réalité, et qu'en s'appliquant à leur donner force de loi, il exerce un véritable sacerdoce, avec un désintéressement absolu et sans autre ambition que celle de faire le bien, suivant la fin de son art et le but immédiat de sa profession. Être secourable et ne pas nuire, pour parler comme Hippocrate : telle est la formule qui résume toutes les obligations du médecin ; et. celui-là a réussi de tout point, omne tulit punctum, qui dans sa pratique, dans ses leçons et dans ses livres, a eu la rare fortune de remplir exactement le grand précepte hippocratique, en faisant le bien sans aucun dommage.

Le docteur W. Acton a eu cette rare fortune, et son ouvrage, supérieur par ce côté du moins aux ingénieux travaux du professeur Lallemand (1) et à l'excellente monographie de Deslandes (2), peut aller dans toutes les mains. Il n'y a pas dans tout ce volume, entièrement consacré à un sujet des plus scabreux, une seule page qui puisse alarmer la pudeur ou provoquer des sensations érotiques et

(1) Des pertes séminales involontaires. Paris, 1836-1842. {'2) De l'onanisme et des autres abus vénériens. Paris, 1835.

des pensées libidineuses. La raison qui purifie tout ce qu'elle peut atteindre, quand elle est viviflée par un rayon d'amour, la raison a inspiré l'auteur admirablement, lui donnant à la fois et l'intelligence vraie de la matière et le ton convenable pour la traiter. Point de tableaux ni de morceaux brillants, point de recherche de style, aucune déclamation à la Rousseau. Partout un langage simple, clair, décent sans pruderie, exprimant toutes choses en termes appropriés et sans rélicences.

11 n'y a, en vérité, qu'un Anglais qui puisse entrer dans l'étude de ces questions épineuses et formidables, sans céder jamais à la tentation d'étaler quelque bonne pièce d'éloquence. Tissot n'a pas échappé au vice de la déclamation, inhérent à la plupart des écrivains du dix-huitième siècle, et auquel Voltaire lui-môme a sacrifié dans ceux de ses ouvrages où le vers classique remplace sa prose claire, incisive, rapide et nette.

Les tirades de Tissot n'ont pas manqué d'imitateurs. On sait que Marc-Antoine Petit, le célèbre chirurgien de Lyon, auteur de quelques écrits remarquables, parmi lesquels se distingue son Essai sur la médecine du cœur, a eu la malencontreuse idée de rimer un sujet que la prose rend à peine supportable. Les médecins qui ne sont pas tout à fait étrangers à la médecine littéraire connaissent le poëme de M. -A. Petit, intitulé : Onan ou le tombeau du Mont-Cindre. Ce misérable Onan, qui se donnait du plaisir-à sa manière, est assurément irès-édifiant dans la Bible ; il est le modèle accompli de ces maris économes et prévoyants qui disent volontiers la veille et le lendemain de leur mariage : « Nous u n'aurons point d'enfants. » Mais il n'était pas indispensable de chanter en vers les manœuvres frauduleuses de ce malheureux Juif, qui a perpétué son nom en se privant volontairement de postérité, et qu'il suffit de recommander aux économistes voués à l'admiration du petit système de Malthus. Ainsi sont faits les poètes; tous les genres leur

conviennent, eL ils s'exercent sur tous indifféremment :

Nil intentatum nostri liquerc poetse.

Notre auteur, qui n'est pas poétique du tout, n'a non plus rien négligé de son sujet, qu'il a traité dans toute sa généralité, en commençant par l'examen des fonctions physiologiques ou normales, avant de s'engager dans l'étude des lésions et des affections morbides. Suivant ce plan, qui est aussi simple que rationnel, il a pu présenter un résumé concis, quoique assez substantiel, de toutes les connaissances acquises par la physiologie moderne sur cet obscur mystère des fonctions génésiques. A vrai dire, la critique n'est pas toujours assez ferme dans cette partie, oii le docteur Âcton reproduit les idées le plus généralement reçues ou mises en circulation par des hommes considérables. Le préjugé national ne l'a pas empêché, à la vérité, de repousser assez nettement quelques hypothèses peu soutenables de John Hunter; mais le nom de Hallera tellement séduit par son prestige le docteur Acton, que cet excellent observateur n'a pas vu qu'il glissait dans une contradiction flagrante en admettant d'un côté l'épuisement par les pertes trop multipliées de l'influx nerveux, et en acceptant de l'autre la théorie plus ingénieuse que probable de Haller, touchant la fésorpLion du fluide séminal et ses prétendus effets sur l'économie et sur le système général des forces. Ces vieilles hypothèses, dont l'origine est dans les doctrines de l'humorisme, ne sont plus admissibles maintenant; de même qu'on ne saurait soutenir raisonnablement que la liqueur séminale, étant résorbée, se transforme en matières graisseuses. Si pareil fait était démontré, la pratique de la castration appliquée à l'engraissement pourrait être considérablement réduite.

En voulant à toute force être complet, le docteur Acton n'a pas vu le grand inconvénient qu'il y avait pour lui à

s'engager dans la partie physiologique. Il a cru que Tanatomie comparée pouvait éclairer les points obscurs de son sujet, et, fort inutilement, selon nous, il a accepté sans réserve des expériences et des observations dont la réalité môme paraît suspecte. J'avoue que l'histoire de ce jeune coq qu'une ménagère prudente prive de ses testicules, en les lui laissant toutefois dans le ventre, de manière à lui permettre de cocher les poules avec toute l'ardeur masculine, mais sans aucun résultat, j'avoue que cette historiette de basse-cour m'inspire peu de confiance, et que, pour la rendre vraisemblable, le docteur Acton aurait dû plus scrupuleusement choisir ses autorités. Dans l'île Minorque, les bonnes femmes qui châtrent les cochets ne manquent jamais de leur restituer par le bec les deux organes enlevés. Il paraît que cette étrange pratique est d'origine anglaise. Le docteur Aclon pourrait-il en donner une explication raisonnable ?

Ces observations n'affaiblissent en rien le mérite de l'ouvrage du médecin anglais. On se propose seulement, en les consignant ici, d'avertir les praticiens qui écrivent d'après leur expérience personnelle, de se tenir en garde contre les fables qui circulent dans le monde, et de n'admettre qu'avec une extrême réserve les théories que les physiologistes sont bien aises de produire en attendant que la lumière se fasse sur les choses obscures ou incertaines. Peut-ôtre le docteur Acton a-t-il montré, dans l'admission de ces théories aventureuses qui se rencontrent un peu pôle-môle dans son livre, plus de complaisance que de discernement; mais du moins a-t-il compris que la physiologie devait intervenir, afin de mieux éclairer par une comparaison constante la nature et l'intensité des désordres. Cette association de la physiologie et de la pathologie est un perfectionnement capital que les modernes ont introduit dans la méthode médicale.

Depuis que les propriétés inhérentes aux organes sont mieux connues et les fonctions organiques ou vitales mieux coordonnées, la pathologie avance, quoi qu'en disent les pessimistes, d'un pas plus ferme et beaucoup plus sûr, et la thérapeutique, tout en s'appuyant, comme toujours, sur l'expérience, échappe sensiblement à l'empirisme qui l'a dominée durant tant de siècles. Aussi peut-on affirmer, sans présomption, que le fameux aphorisme hippocratique : a C'est le traitement qui révèle la nature des affections « morbides, » doit être considérablement modifié et réduit dans sa signification.

Cela est tellement vrai pour ceux dont la réflexion s'exerce sur les résultats de la pratique et de l'expérimentation, qu'il y a bien peu de médecins éclairés qui ne comptent beaucoup plus sur les agents de l'hygiène que sur les ressources si nombreuses et si précaires de la matière médicale. Dans les maladies chroniques, notamment, et en particulier dans celles qui ont exercé l'habileté du docteur Acton, l'exercice, le régime, le concours des bonnes influences morales, sont d'une efficacité plus prochaine et moins suspecte que les remèdes et les médicaments. Il ne faut pas, néanmoins, perdre de vue dans le traitement la proposition si concise et si vraie de Baghvi : Sola remédia sanant. Cela est vrai de tout point. Seulement il conviendrait d'élargir le sens des mots médication et remède, et les appliquer à tout moyen thérapeutique ou à toute combinaison de moyens thérapeutiques incontestablement efficaces.

Le môme principe qui a conduit le docteur Acton à faire très-large la part de la physiologie lui a inspiré l'excellente idée de décrire les fonctions génésiques et les désordres des organes qui exercent ces fonctions, dans toutes les périodes de la vie, depuis la première enfance jusqu'à la vieillesse. En parcourant ainsi l'échelle des âges et s'arrôtant

à tous les degrés, le praticien anglais a montré les modifications successives et diverses qui se produisent inévitablement comme un effet du temps ; et par celle comparaison, tirée en quelque sorte de la chronologie, il a rendu plus palpables les différences qui distinguent les désordres de la vie affective, suivant qu'ils se produisent dans l'enfance, dans la jeunesse, au milieu ou au déclin delà virilité.

Ce que le docteur Acton a écrit sur les vices solitaires de l'enfance devrait se lire dans les bons traités d'éducation. Tout en faisant bonne justice des exagérations de Tissot, le médecin anglais montre les dangers de ces funestes habitudes, qui peuvent épuiser les forces et réduire l'intelligence à néant, si elles se transmettent de l'enfance à la jeunesse. Il faut le dire, toutefois, les ressources qu'il propose pour combattre ce redoutable ennemi de la virilité ne sont peut-être pas aussi efficaces qu'il le croit. M. le docteur Acton voudrait « pour tous les jeunes gens aussi a bien que pour les enfants une vie parfaitement chaste en « pensées, en paroles, en actions. Gela, dit-il, est tout à fait « possible. Les moyens que j'ai signalés pour y parvenir « sont: — Fermeté et direction de la volonté ; — occupation « constante à un exercice de l'intelligence et du corps; — « une hygiène convenable. Voilà, en laissant de côté le plus 0 grand préservatif de tous, le sentiment religieux, ce « qui doit suffire pour atteindre ce but : mener une vie (I chaste (1). »

Ce programme n'est pas d'une application aisée dans les établissements d'éducation publique, où des enfants et des jeunes gens se trouvent réunis en grand n'ombre. Ces réunions fomentent infailliblement des désirs précoces ou des passions prématurées; et le sentiment religieux est un faible préservatif contre un plaisir qui séduit l'inexpérience

PHILOSOPHIK.

par l'attrait de la nouveauté ou qui réveille et exalte l'ardeur naissante. Quiconque a été élevé dans un collège a gardé quelque souvenir qui

Rappelle les plaisirs de la classe latine,

comme dit élégamment le poëte. Il me souvient encore d'un condisciple qui se livrait en môme temps à des pratiques de dévotion et à des pratiques difFérentes dont la dévotion ne pouvait le guérir; et d'un autre qui, voulant extirper, sans succès, une habitude invétérée, par les mômes moyens, tomba insensiblement dans une espèce de fanatisme sombre. J'ai toujours remarqué, étant au collège, que les avertissements du médecin étaient plus efficaces que les conseils et les remontrances de l'aumônier ou du ministre. Mais je suis convaincu que, si la statistique s'appliquait à déterminer le chiffre des enfants et des jeunes gens contaminés par le vice immonde dans les collèges et autres institutions publiques, ceux qui ont charge d'âmes aviseraient sans relard aux moyens de guérir radicalement une pratique inhérente en quelque sorte à l'organisation môme des maisons d'instruction publique, et qui exerce encore des ravages plus désastreux sur la jeunesse que l'institution des concours généraux et la cupidité des maîtres de pension.

Le docteur Acton voudrait vainement prévenir le mal ou l'amoindrir, en faisant des maîtres ou des parents des conseillers officieux de renfance. Instruire un enfant du mal qu'il ignore est toujours chose dangereuse; le dégoûter par avance de pratiques qu'il ne connaît point, peut devenir un pernicieux allicient, une tentation redoutable. Un maître ou un père qui suivrait à la lettre le conseil du docteur Acton assumerait une grande responsabilité; et, en donnant un semblable conseil aux instituteurs et aux parents, le médecin anglais a peut-être commis une impru-

dence, qu'allénue, à lavérilé, la purelé de ses inlenlions.

La deuxième partie du livre du docteur Acton est plus essentiellement médicale. Ce qu'on y trouve sur l'impuissance est d'un bon esprit et d'un excellent observateur. Le praticien anglais touche avec un grand sens aux questions les plus délicates, et, fort de son expérience, il n'abandonne pas volontiers les malades les plus désespérés. Les quatre moyens qui lui ont le mieux réussi dans les cas les plus ardus sont : les canlharides, le phosphore, la strychnine et l'électricité. Les médecins qui donnent des soins aux gens épuisés par des excès vénériens liront avec fruit les pages substantielles oîi le docteur Acton a consigné les bons résultats de sa thérapeutique active, sans jamais perdre de vue les prodigieuses ressources de l'hygiène.

L'ouvrage se termine par une monographie de la spermalorrhée, définie par le docteur Acton, « la maladie qui est « le résultat constitutionnel des désordres de l'appareil K génital (1). » La définition me plaît assez, et beaucoup plus que le nom de cette affection chronique et redoutable, qui n'est autre chose que la consomption dorsale d'Hippocrate et des anciens médecins. Le docteur Acton, habile à manier le microscope, a finement établi le diagnostic différentiel de cette maladie, en la comparant avec un état pathologique de nature indéterminée, et nommé par lui la fausse spermatorrhée. Dans cette partie, le savantelhonnôte praticien a signalé les manœuvres honteuses des sociétés en commandite, expressément fondées dans son pays, pour l'exploitation de la crédulité, de la faiblesse et de la bélise humaine. Disons, à Thonneur de la France, que chez nous, le charlatanisme appliqué à la médecine n'a encore rien produit d'aussi monstrueux.

Pour la guérison de la spermatorrhée, le docteur Acton compte beaucoup sur les bons effets de la cautérisation

locale, par un procédé différent de celui qu'a mis en vogue Lallemand, et incomparablement plus efficace et moins dangereux. Ce dernier chapitre est de nature à intéresser les praticiens spécialistes. Ils ne sauraient suivre un meilleur guide que le docteur Acton pour le traitement des lésions des organes génito-urinaires. En l'imitant dans sa pratique, ils feraient sagement de lui emprunter quelquesunes de ces vues générales, qui élargissent le champ de l'observation , fécondent les résultats de l'expérience, et font qu'une spécialité n'est jamais étroite.

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