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avant dans le moyen ûge, devraient bien nous mettre enfin sur la trace de cette tradition prétendue, ou du moins telle-» ment obscure, que l'œil le plus perçant, à moins d'une illusion d'optique, n'y saurait discerner un point lumineux. Que des pratiques des méthodistes se soient transmises et conservées, on peut l'accorder; mais que les principes, les dogmes, les doctrines fondamentales de l'École se soient perpétués, n'importe sous quelle forme, il faudrait beaucoup de preuves pour le démontrer, et des témoignages irrécusables. De cette transmission doctrinale, nous saurions apparemment quelque chose, d'autant mieux que les doctrines générales de l'École méthodiste entraient plus immédiatement dans la pratique journalière que les doctrines générales d'Hippocrate, propagées, non sans altération, par Galien. Pour ne prendre qu'un seul exemple, la théorie de la métasyncrise, ou récorporation, s'était entièrement perdue, tandis que les théories hypothétiques sur les crises, les jours critiques, les tempéraments et les humeurs s'étaient conservées, fortifiées et amplement développées. Le galénisme, en un mot, se tenait debout et régnait en souverain, tandis que le méthodisme tout entier avait disparu comme système de doctrine.
Qui ne sait que les méthodistes, à force d'observations patientes et d'essais réitérés, avaient fondé sur des bases solides la pathologie et la thérapeutique, c'est-à-dire la doctrine générale des maladies chroniques? Et qui ne sait aussi que les affections chroniques restèrent lettres closes pour la très-grande majorité des médecins, depuis l'invasion de la barbarie jusqu'à la renaissance?
L'intervention de l'élément religieux, qui fut souveraine au moyen âge, dura longtemps encore dans la période moderne. Les systèmes de philosophie, pas plus que les systèmes de médecine, n'échappaient à l'influence, on pourrait dire, à la domination théologique.
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Descaries, de môme que Bacon, élait au fond, non pas un philosophe, au sens exact du mot; mais un métaphysicien dont les théories, un peu trop empreintes de l'esprit géométrique, étaient conçues, réglées et coordonnées d'après ses convictions religieuses. Sans doute, ce fut de sa part une grande hardiesse que d'essayer de réduire tout l'ensemble de l'univers à un problème de mécanique. Mais, tout en poursuivant hardiment la solution de ce grand problème, Descartes n'aperçut point la distance qui sépare le monde physique proprement dit de la matière organisée et vivante ; il fît de la métaphysique la science par excellence, en la réservant exclusivement pour l'homme et pour la cause première, et il ne réfléchit pas qu'en détachant l'homme de l'animalité, il jetait la connaissance de la nature humaine dans une voie sans issue. Avec ses prétentions de réformateur et de novateur. Descartes conçut la philosophie comme une manière de théologie laïque. On sait que lui aussi avait sa théorie sur le système de l'univers ; et cette théorie, abstraction faite de la partie mathématique, ne l'emporte pas de beaucoup sur la cosmogonie de Moïse.
L'influence du système cartésien, détestable à bien des égards, le fut particulièrement en ce qui concerne la conception fondamentale de la nature humaine. Descartes avait, à la vérité, cherché puérilement une place pour l'âme dans le cerveau; mais, métaphysicien avant tout et suivant le vieux système scolastique, il ne livrait pas au médecin l'étude des fonctions supérieures ou cérébrales, sans laquelle la physiologie et la pathologie sont également mutilées, tout en reconnaissant d'ailleurs l'influence qu'exerce le physique sur le moral. Ainsi, l'âme, principe de la pensée, passait tout simplement de la direction des théologiens sous celle des métaphysiciens; et ceux-ci ne prévoyaient pas alors qu'ils seraient un jour fort en peine de diriger cet être pensant, qu'on ne peut soustraire, quoi qu'on fasse, à la compétence, ou mieux, à la juridiction des physiologistes.
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Deux sectes de médecins sortirent de la philosophie de Descartes : les uns qui, acceptant la distinction de l'âme et des organes, abandonnèrent celle-là aux métaphysiciens et soumirent ceux-ci aux lois et aux démonstrations de la mécanique, en s'appuyant, tantôt sur la physique, tantôt sur la chimie; les autres qui, revendiquant les deux éléments de cette dualité, l'âme et le corps, cherchèrent dans la portion immatérielle l'explication, la raison et l'origine de tous les phénomènes qui se manifestent par les organes.
On comprend, au point de vue de la logique, la manière de voir des iatro-mécaniciens et des iatro-chimistes ; mais il faut convenir aussi que les animistes étaient très-conséquents avec leurs principes, et même beaucoup plus conséquents que les autres, puisqu'ils trouvaient dans la théologie et dans la métaphysique une justification à leurs théories. Ce qu'il y a de singulier, c'est que le retour à l'unité se fît précisément par des esprits qui subissaient cette double influence. Mais ils ne prévoyaient point à coup sûr les conséquences rigoureuses que Ton devait tirer plus tard de leurs spéculations. La religion, d'ailleurs, autorisait, consacrait leur système. Aussi s'y attachaient-ils de bonne foi, avec une piété sincère et d'une grande ferveur de zèle, à tel point qu'il est permis de dire, que par eux la religion servit pour la première fois et très-efficacement la science. La vie n'étant à leurs yeux qu'une sorte d'animation, tous les phénomènes organiques passaient pour autant de manifestations de l'âme. Ils mirent beaucoup de soin à surveiller ces manifestations, qu'ils notaient très-exactement, en intervenant le moins possible, car ils avaient une confiance, non pas absolue, mais très-grande dans la sagesse de cette puissance directrice dont les erreurs ou les défaillances s'expliquaient théologiquement par le péché originel.
Ces explications étaient le côté faible de l'animisme ; mais elles ne valaient ni plus ni moins que celles des naturistes pour rendre compte des actes ou des effors de la na-
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ture conservalrice. A tout prendre, mieux encore valait la foi profonde d'Amboise Paré : « Je le pensay et Dieu le guarit, )) disait naïvement ce bon huguenot, après avoir rempli en conscience son devoir de chirurgien; et, n'en déplaise au moderne éditeur de Paré, ce mot n'est point d'un naturiste, mais d'un croyant sincère qui s'en rapportait bonnement en toutes choses à la Providence divine.
Bien plus que les doctrines iatro-chimiques et iatro-mécaniques. très-propices aux procédés d'expérimentation, l'animisme servit aux progrès réels de l'art médical, en perfectionnant la méthode d'observation, et en ramenant la thérapeuthique, étouffée sous le fatras de la pharmacologie et de la polypharmacie, à l'usage des moyens de l'hygiène, c'est-à-dire aux principes mêmes de l'art, à la vraie tradition médicale. Plus tard, il suffit de rejeter l'hypothèse métaphysique de l'action de l'âme pour se trouver en plein vitalisme; et j'entends par vitalisme, non pas cette doctrine qui, par une autre hypothèse raétaphysico-théologique , part d'un être de raison, nommé principe vital; mais celle qui, sous l'influence des idées solidistes, prend racine dans la science même de l'organisation, et reconnaît les propriétés organiques, c'esl-à-dire inhérentes aux tissus dont la trame forme les organes. Cette doctrine, qui peut à bon droit se rapprocher de celle des anciens méthodistes, a dé- Onilivement émancipé la médecine en la remettant dans la bonne voie, en lui restituant sa vraie méthode.
Quand on connaît l'histoire et la philosophie de l'art médical, on sait comment cette doctrine s'est prdouile, développée et affirmée, et l'on s'inquiète peu des prétentions intempestives ou ambitieuses de ces nombreuses petites sectes qui ressuscitent aujourd'hui sous les noms divers d'animisme, de vitalisme, d'organicisme. Toutes ces sectes ont fait leur temps, et la médecine les rejette avec raison, parce qu'elles sont nées hors de son domaine. L'histoire de l'art inspire à ceux qui l'étudient avec réflexion, à
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la fois beaucoup de modeslie et beaucoup de confiance. Ils ne pensent pas que tout soit à refaire, et ils n'attendent point la vie de ce qui est bien mort. L'expérience des siècles se compose à la fois et des vérités acquises et des erreurs commises. L'art médical n'est pas né d'hier ; il a grandi en traversant les siècles; et la certitude de cet art repose en grande partie sur la tradition. Telle est la pensée que l'on trouvera dans toutes les pages de ce volume.
La vraie philosophie médicale se tire de la médecine elle-même; et la médecine, qui a si peu d'obligations à la métaphysique, n'a rien de commun, au point de vue de la méthode et des procédés, avec les mathématiques et l'histoire naturelle. Il n'est pas téméraire d'affirmer que la postérité pensera absolument de celte prétendue médecine exacte, dont on a fait tant de bruit dans ces derniers temps, ce que tout médecin doué du sens commun et du sens critique pense dès à présent de la nosographie soi-disant philosophique et des chétives doctrines de cette école descriptive, qui ne se préoccupait que de classifications, et dont l'enseignement a fini par produire celte ridicule litanie de termes baroques et ce barbare et prétentieux jargon sous lequel se cache une ignorance profonde des lois fondamentales de l'organisme vivant et des principes essentiels de la physiologie et de la pathologie générale.
Les tentatives des nomenclateurs, depuis Pinel, loin d'éclairer les obscurités de la nosologie, n'ont eu pour résultat que d'accroître la confusion. Les médecins de Cnide, observateurs minutieux des phénomènes extérieurs et perceptibles, notaient exactement tous les symptômes des maladies, et à chaque symptôme ils donnaient un nom particulier. Ils possédaient eux aussi une riche nomenclature: mais tout leur savoir se bornait à cette vaine connais-
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sance de mots qui rcprésenlaienl la réalité et ne signiflaienl pourtant rien. Ces médecins, si vivement attaqués dans quelques écrits de la collection hippocratique, ébauchaient le premier système de cet empirisme brut qui a eu tant de, partisans en médecine et dont l'influence est toujours présente. La description des maladies, entreprise dans le dessein de reproduire exactement les symptômes pathologiques, avec la préoccupation d'imiter les procédés descriptifs de l'histoire naturelle, a frayé la voie à cette médecine exacte et concrète qui a le privilège de séduire les esprits bornés.
L'anatomie pathologique, dont les services sont incontestables, car elle a contribué à ramener les médecins de l'expérimentation à l'expérience clinique, l'anatomie pathologique a exercé à son tour une action déplorable sur les trois ou quatre générations médicales qui ont précédé la nôtre. L'école anatomique, très-patiente, très-minutieuse, très-consciencieuse, très-exacte, a été menée à son tour par un besoin aveugle de réaction, et en définitive elle a prouvé avec éclat que, pour bien faire la médecine, suivant l'expression de Broussais, il ne suffît pas de connaître le siège du mal. Aussi y a-t-il plus de vérités fécondes dans le poëme physiologique de Bichat ou dans quelques paradoxes médicaux de Bordeu, que dans toutes les collections, recueils, traités dogmatiques, volumes et mémoires infinis de cette phalange de médecins-anatomisles qui ont cru de bonne foi continuerMorgagni et se sont couverts de ce grand nom et de celui de Laennec.
Ce dernier, qui a été peut-être le plus ingénieux des praticiens de ce siècle et le plus habile des modernes explorateurs, a servi de tout son pouvoir la cause de la médecine exacte; il a ouvert le chemin à ces diminutifs d'observateurs, à ces petits investigateurs de vétilles et de minuties qui se rattachent par lui à l'école de Pinel, et qui,à force de recherches minutieuses et multipliées, ont imaginé finale-
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ment de faire une science des procédés d'exploration, et ont pensé que rien ne leur manquait de ce qui constitue te vrai médecin, à cause de leur habileté consommée à déter- . miner une lésion ou altération pathologique, au moyen de l'auscultation, de la percussion, de la mensuration et des mille ressources qui assurent tant de précision au diagnostic,
Broussais, qu'il ne faut pas craindre de citer souvent à ceux qui ne l'ont jamais lu et qui le jugent de haut, sans le connaître, Broussais a dit avec beaucoup de justesse que l'exploration des organes malades ne suffit pas toujours pour dissiper les illusions des systèmes. Rien de plus vrai. Ces intrépides explorateurs de l'école anatomique ont fait tant de chemin, que bien loin d'avoir perdu toute illusion à l'égard de leurs propres systèmes, ils n'ont pas eu conscience du grand écart qui les a détournés du but; ils sont restés hors de la médecine et ont pei'du jusqu'au sentiment de leur art et de la vraie méthode médicale.
On ne peut, sars mentir à la vérité, les accuser d'avoir donné dans l'ontologie : leur médiocrité radicale, autant que l'étroitesse de leurs principes, devait nécessairement les préserver de tout contact avec les idées et les doctrines philosophiques ou métaphysiques, n'importe leur provenance; mais l'amour de l'exactitude et l'esprit scientifique, dont ils croyaient avoir le monopole, n'ont pas empêché ces dociles sectateurs de Bacon et de Laplace de tomber dans la nullité. Leur vocation était de finir par l'impuissance et de donner aux générations à venir un enseignement négatif. L'enseignement a coûté bon, et à ceux qui l'ont donné, sans y penser, et à ceux qui l'ont reçu; car ces derniers, recevant en môme temps l'impulsion immédiate de leurs devanciers, ont fait comme eux fausse route et ont contribué, toujours sans conscience de leur rôle, à l'anarchie doctrinale qui distingue cette période de transition, si pénible à traverser pour ceux qui entrevoient l'avenir, mal-
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aré la connaissance qu'ils possèdent de la tradition médicale.
Celle tradition, ignorée de la plupart de nos médecins, par suite de l'indiEférence générale pour les études d'érudilion et d'histoire, sans lesquelles toute critique est impossible; cette tradition, en dehors des systèmes, des théories et des dogmes divers, s'est maintenue et continuée à travers les siècles par les grands praticiens dont la succession a été recueilHe, dont la méthode se perpétue dans celte école que les modernes appellent justement empirique, la médecine étant un art d'observation, fondé sur l'expérience. Mais un grand praticien, la remarque n'est pas inopportune, n'a rien de commun avec ces praticiens vulgaires et innombrables qui suivent en rampant la routine et se traînent dans l'étroite ornière de l'empirisme brut. Un grand praticien est un « homme exercé à comparer les symptômes avec les modificateurs, » a dit excellemment Broussais, et cette définition du réformateur et du critique des doctrines médicales ne saurait être désavouée par les médecins les plus hostiles à l'école physiologique. Il ne faut plus songer aujourd'hui à nous ramener à celte période où l'anatomie pathologique et l'observation pure avaient envahi tout le champ de la médecine.
L'anatomie palhologique, après avoir promis inconsidérément beaucoup plus qu'elle ne pouvait donner, commence à baisser pavillon, notamment depuis que l'analyse, appliquée rigoureusement à l'histologie et à l'hygrologie, a ramené les esprits à l'étude sérieuse de l'anatomie générale. Il est aujourd'hui démontré que l'examen d'une tumeur, d'une lésion, d'une altération palhologique est illusoire, si le microscope et les réactifs n'interviennent à propos pour démontrer la nature intime et le vrai siège des lésions. Les désordres visibles à l'œil nu ne peuvent se déterminer ni par le poids, ni par le volume, ni par la configuration, ni par la forme; il faut de toute nécessité pénétrerjusqu'à la trame