‹ La medecine anecdotique, historique, litteraireChapitre 101 sur 122 · MÉDICAL · texte numérisé non relu

MÉDICAL

Il y a longtemps que, dans les pays soumis à rinfluence de l'église romaine, la prière a joué un rôle considérable en thérapeutique. Dans chaque famille malade, la neuvaine ou une offrande solide à Saint-Antoine de Padoue venait concurrencer les efforts du médecin et lui enlever les honneurs de la guérison. Mais cependant l'Eglise de Rome, tout en recommandant la thérapeutique oratoire, n'a jamais été exclusive et a toujours accepté le concours du médecin.

Il s'est formé, il y a dix ans, une secte dans les pays anglosaxons qui prétend traiter toutes les maladies exclusivement

par la prière.

Cette secte commence à inquiéter sérieusement nos confrères américains. Elle a pris une importance considérable ; ses diverses branches se sont groupées en une église aujourd'hui solidement établie.

Aux Etats-Unis seulement, le nombre de ces églises, à la fin de 1900, était de 443. Il était de 496 au 31 décembre 1901. En outre, le nombre des sociétés non encore organisées en églises s'est élevé en une année de 139 à 167,

La première église scientiste a été construite à Boston en 1894 ; elle a coûté 250,000 dollars. Elle fut inaugurée en 1895, Elle est connue comme « l'église mère ». Toutes les autres églises consacrées à ce culte spécial ont donc été construites en moins de huit ans — preuve d'une foi sincère, car elle agit.

Au mois de novembre 1900, d'après les chiffres officiels, l'église mère comptait 22,127 membres. Depuis cette époque, 3,029 nouveaux adhérents se sont fait inscrire.

Il n'y a pas encore de statistique qui permette de juger de l'étendue du mouvement dans les divers Etats de l'Union. Mais les « Christian scientits » sont très répandus partout, sauf dans le Sud. En fait, le nombre des églises et des sociétés s'est accru de SI en la seule année 1901. La nouvelle secte possède un journal hebdomadaire: The Christian Science Sentinel ; une revue mensuelle, The Christian Science Journal^ et une revue trimestrielle qui publie les sermons et les discours du dimanche.

Mrs Eddy, la fondatrice de la Christian Science, peut être fière de son œuvre.

Mark Twain estime qu'en 1910 il y aura dix millions de

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Christiaa Scientits en Amérique et trois millions en Angleterre, où la bonne parole a été apportée en 1894, et que ces chiffres seront triplés en 1920. Il prédit en outre qu'en 1910 les Christian Scientits représenteront une force politique avec laquelle il faudra compter ; il est incontestable que, si cette secte se développe comme le prédisent les adeptes, elle apportera un sérieux préjudice aux professions médicales et pharmaceutiques.

Quoique nous n'ayons pas à craindre en France l'invasion des Scientistes Chrétiens^ il nous est permis de faire quelques réflexions sur les causes qui ont pu créer ce mouvement, cette sorte d'athéisme médical.

En premier lieu, il y a la propagation de nos méthodes, de nos théories et delà divergence des doctrines dans la presse politique ; le public, qui avait considéré jusqu'à ce jour la médecine comme une science exacte, voit que nos arcanes ne recelaient que déception et incertitude.

En second lieu il y a l'instabilité thérapeutique ; chaque jour, les princes de la science, usurpant le rôle autrefois réservé à Géraudel, se font interwiever et préconisent des panacées contre toutes les maladies ; les Roux et les Metchnikoff's occupent les premières pages du Petit Journal ^ouv y prôner un sérum qui prévient et guérit la fièvre typhoïde ; un autre agit contre l'alcoolisme ; un autre enfin lutte contre la vieillesse. Ce qui était jadis le monopole des Géraudels est devenu l'apanage des chefs officiels, des directeurs de l'Institut Pasteur et des professeurs de nos facultés.

Le public en avale de très fortes, mais il y a limite à tout. Vous annoncez un sérum qui prévient et guérit sûrement la fièvre typhoïde ; ne craignez-vous pas les reproches de la mère de famille dont l'enfant aura succombé malgré l'emploi de votre sérum merveilleux ? Vous prétendez guérir la rage et vos inoculés, ceux qui étaient vraiment enragés, s'en retournent mourir dans leur village. Vous vendez un Marmorek qui guérit sûrement l'érysipèle, la fièvre puerpérale, et autres maladies. Vous préparez de cruelles déceptions au public qui a lu vos alléchantes réclames et vous créez ainsi le scepticisme médical.

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