‹ La medecine anecdotique, historique, litteraireChapitre 112 sur 122 · DOCUMENTS ANCIENS — J · texte numérisé non relu

DOCUMENTS ANCIENS — J

apothicaires mettaient constamment sur leurs enseifjnes un serpent dardant sa langue bitide sur une coupe pleine de breuvage curatif ; j'ai connaissance du culte des Indiens en l'honneur des bons serpents pruérisseurs ; j'ai lu l'histoire des reptiles sacrés du temple d'Epidaure ; j'ai même en ma possession un traité de thérapeutique du siècle dernier donnant la formule du bouillon de vipères réconfortant pour les personnes affaiblios. E!i bien ! malgré tous ces documents, propres à établir le cousinage de la médecine avec le serpent, je n'arrive pas à comprendre comment cet animal est devenu le symbole de la prudence.

Serait-ce parce que la vilaine bête se cache et rampe ";' Cela justifierait plutôt l'opinion deLemesle, affirmant que « dans beaucoup de prudence, il y a un peu de lâcheté (1) ».

Je comprends plutôt les chrétiens voyant dans le serpent l'image de l'astuce et de la séduction, en souvenir du démon qui tenta la première femme Eve. Je m'explique mieux qu'on cite aux voyageurs novices, pour les mettre en garde contre les dangers ignorés, l'exemple du serpent caché dans l'herbe, comme démonstration du précepte « la prudence est la mère de la sûreté » ; mais tout cela ne fait que me dire « crains le serpent » sans me démontrer que je doive imiter sa prudence.

Voulez-vous ma pensée toute nue sur la question ? La voici.

De mes recherches à travers l'antiquité, il résulte que le prudentissime serpent n'était qu'un vulgaire avertisseur policier, disons, pourrehausserunpeuson rôle, un agentpréposé à l'hygiène urbaine et à la propreté.

Vous faut-il une preuve visible de ce que j'avance ? Allez à Rome et vous la trouverez dans un corridor des thermes de Trajan. Là, sur un pan de mur, vous verrez représentés deux serpents, séparés par un trépied, au-dessus de cette inscription :

JOVEM ET JUNONEM

ET DUODECIM DeOS IRATûS HABEAT QUISQUIS

HIC MINXERIT AUT CACARIT

Nos modernes écriteaux français disent, avec moins de porape et plus de décence :

i Par ordoniiojicr de police^ il est défendu de déposer des ordures le loiifi de ce mur ».

EL maintenant, lecteurs, si mon explication vous déplaît, libre à vous de songer au serpent de l'envie, à la langue de vipère, et autres emblèmes animaux plus faux les uns que les autres.

D"" Félix Bremond.

(1) J.-J . Rousseau avait dit :

« Rien n'approclis tant de la pusillanimité qu'une prudence excessive » ; et Nepomucène Lemercier :

« A force de prudence, on est quasi-poltron ■>■'.

Da Pathologie aa Théâti^e

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