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LES SA VANTS POLITICIENS

l'ennemi du favoritisme et de l'intrigue. Piorry avait concouru sept fois, tant pour l'agrégation que pour le professorat.

Le grand amphithéâtre de la Faculté servit alors quelquefois à des réunions politiques. Un mercredi, à 2 heures, Piorry se présente pour faire son cours de pathologie médicale. Quelle ne fut pas sa surprise d'avoir été devancé dans sa chaire par Gaussidière, le préfet de police d'alors, qui était venu y exposer sa profession de fois pour son élection comme Réprésentant du Peuple? L'occasion était bonne pour Piorry d'y exposer ses principes politiques, avant ses principes organopathiques. Ses paroles sont restées profondément gravées dans ma mémoire. « Citoyens élèves (il nous appelait Citoyens), cette chaire vient d'être trop noblement occupée pour que je ne prolite pas de la circonstance pour vous faire l'exposé de mes idées comme candidat à l'Assemblée nationale. » C'est alors qu'il nous développa ses principes politiques que nous connaissions tous par ses circulaires. Il nous recommandait l'hôpital le matin, l'exercice au fusil 1 après-midi, et le club le soir.

J'ai été témoin oculaire et auriculaire de ces faits, queje raconte un peu longuement peut-être. J'ai 77 ans, et les vieillards sont si bavards....

Piorry était un excellent homme, qui avait à son actif des travaux importants, mais qu'on ne prenait pas toujours au sérieux. Il demanda qu'on lui fît quelques questions sur sa candidature.

Bien que je n'aie pas le dou de la parole, je me risquai cependant à répondre à Piorry et à lui dire avec la franchise qui est et a toujours été un de mes nombreux défauts, que je combattrais sa candidature, non par hostilité personnelle, mais par principe, attendu que si je partageais ses opinions sur la République du Mérite, si je faisais un très grand cas de ses travaux, de ses découvertes plessimétriques, etc., je le verrais avec peine et au préjudice de la science, de ses élèves, de ses malades, délaisser la Faculté pour se jeter dans les luttes politiques, etc. J'avais un peu édulcoré le breuvage que j'avais servi au professeur Piorry. « "Vous m'avez poussé une rude botte », me dit Piorry en sortant, et il me serra la main. Je m'en tirai comme je pus, plutôt mal que bien, car c'était la deuxième fois que je parlais en public : la premièi^e fois, c'était lorsque je fis ma profession de foi pour obtenir le grade de caporal dans la XII« légion de la garde nationale (section du Panthéon), grade que j'obtins facilement,... faute de concurrents.

Piorry fut moins heureux que moi : il n'a pas été élu.

On sait les déboires qui ont terminé la carrière de Piorry, les farces que lui firent ses élèves, l'obligation de prendre sa retraite Mais s'il y avait un peu du fantoche chez Piorry, c'était uti honnête homme, et ces gens-là ne courent pas les rues.

D'" A. CoRi.iEU.

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