LETTRE DE CANDIDATURE DU D-'A. GORLIEU A L'ACADÉMIE DE MÉDECINE
Notre éminent collaborateur vient d'adresser, sous la forme poétique, sa lettre de candidature pour la section des académiciens libres.
Savants maîtres, je me présente A vous pour la dixième fois.
J'ai la vertu persévérante, Je viens vous demander vos voix.
En cas d'échec, pour ma famille Ce serait un cruel chagrin ; Que diraient ma femme et ma fille ?
Mon échec hâterait leur fin.
Ma femme, en s'en allant au Temple, Acheta par occasion Un claque, unfrac qu'elle contemple ; Ils font son admiration.
Elle disait : « Quel uniforme !
« Mon mari siraii bien avec, « A mes désirs qu'il se conforme !...
« Il sait le latin et le grec.
« Il saitde plus — chose assez rare — « L'iiisloire de la Fai'uité, « Ce qu'on savait au temps barbare :
« Vous connaissez sa lovauté.
« 11 n'est pas méchant .quoiqu'on dise, « Lin peu bavard, mais pas faiseur ; « Il est gueux comme un rat d'église ; n II vous porte tous dans son cœur. »
Ainsi dirait ma pauvre femme, Le cœur gros et les yeux en pleurs :
Me refuser serait infAme, Ayez pitié de ses douleurs.
Je n'ai jamais eu la vérole,
Je ne suis point avarié.
Pendant vingt ans dans noire Ecole
.l'ai mérité votre amitié.
Ici, je ne vois que grands hommes, Tous immortels — ou peut s'en faut — ; Dans le temps inique où nous sommes.
Chez vous seuls on est sans défaut.
Quand j'aurai fini ma carrière, Puisse-t-on dire au triste lieu :
Cl-GlT sors CETTE FROIDE l'IEUnE
L'Académicien Coulieu.
Si mes candidatures depuis 18S8 n'ont pas été accueillies favorablement, j'ai cru devoir, d'après un éminent conseil, changer mon genre de littérature, et j'ai prié Apollon, père d'Esculape notre patron, de vouloir bien me prêter momentanément sa lyre, pensant que mes vers seraient jteut-être mieux accueillis que ma prose, et me faciliteraient l'entrée dans l'Olympe médical. Mihifaveat Appollo !
Études sociales