‹ La medecine anecdotique, historique, litteraireChapitre 48 sur 122 · H— MŒURS MODERNES · texte numérisé non relu

H— MŒURS MODERNES

mieux tenues de Paris, se revêtit de la cuirasse de sûreté et accomplit le sacrifice cilo et jiicunde. Quelle ne fut pas sa surprise quand, cinq à six jours après, il avait un écoulement blennorrhagique à son début. Il me raconta le fait et me fit connaître le numéro de la maison et le nom de guerre de la femme. J'en informai M. le D' Clerc, médecin en chef du Dispensaire, qui m'autorisa àfaire une contrevisite à la femme, que je trouvai saine sous tous les rapports. Je rendis compte de ma visite à mon supérieur hiérarchique. Que s'était-il passé ? La cuirasse était-elle perforée ? La femme était-elle au début ou au déclin de sa période menstruelle ?

Que de fois na-t-on pas vu au Dispensaire une fille dénoncée par un soldat blennorrhagique et envoyée par la place de Paris, pour être visitée, se trouver saine !

Les meilleurs moyens préventifs sont une propreté excessive chez la femme anleet postco'itum, des lotions et injections avec une solution antiseptique qui devrait se trouver dans toute les maisons de prostitution et dont le médecin du Dispensaire s'assurerait la présence lors de sa visite hebdomadaire. C"est une demigarantie.

Un jour que, dans l'exercice de mes fonctions, j'allais faire la visite dans une des bonnes maisons de la première circonscription, vers neuf heures du matin,ie vis,dansla salle du rez-de-chaussée, un monsieur à l'aspect vénérable qui fumait tranquillement son cigare. I^a visite des femmes terminée felles étaient toutes saines) je demandai à la sous-maîtresse si ce monsieur était l'architecte de l'établissement. — Non. me répondit celle-ci, c'est M. Vendredi. — Je ne connais que celui de Robinson Crusoë, luidis-je, mais il est mort depuis longtemps. — C'est vrai, M. le docteur, mais c'est un client que nous nommons ainsi, parce qu'il vient tous les vendredis, jour de visite ; celle-ci terminée, il fait son choix en toute sécurité et nous le revoyons huit jours après.

En effet, huit jours après, je refaisais ma visite hebdomadaire, et je retrouvais le même abonné.

La prudence est la mère de la sûreté dit la Sagesse des Nations.

D"" A. CORLIEU.

lia niédecine comique

Un client, peut-être ?

Non, un confrère.

Dessin de H. Gousse.

Petites anecdotes

Consultation. Le docteur. — Très grave ! Il vous faut renoncer à tout travail de tète.

Le client. — Impossible, docteur, ce serait ma ruine.

Le docteur. — Pourquoi ? vous êtes journaliste ? écrivain ?

Le client. — Mais non, je suis coiffeur ?

Dans le tramway. — Unmonsieur bien élevé, voyant deux dames debout, s'empresse décéder sa place à l'une d'elles. Puis, se retournant vers la seconde :

— Combien je regrette, dit-il, de n'en avoir qu'une...

Aussitôt se lève un monsieur âgé et décoré qui, requérant l'assistance d'un agent, pai' liasard dans le tramway, lui enjoint d'arrêter « cet individu ».

— Je viens de l'entendre, explique-t-iL tenir à deux dames un propos immoral. (Lyon médical).

Sinistres calembours. — Une

malade s'est irritée la peau par une friction trop forte avec la pommade prescrite. A la première visite du médecin, elle se plaint, et le médecin réplique : — Madame, l'onction est une chose qu'il ne faut pas pousser à l'extrême.

Ce calembour me rappelle celui que faisait un médecin qui, ponctionnant une ascite pour la dix-seplicme fois disait : cette fois c'est i'extrême-ponction.

Un nouveau révulsif. — « Vous lui mettrez sur le côté de bonnes applications de papiers Rigollot » commande le savant praticien.

Le soir, il revient voir son malade, trouve sur le point douloureux trois ou quatre épaisseurs de journaux:

Rire, Sourire, Péle-Mèle, etc.

— Mais qu'avez-vous donc mis là, s'écrie-t-il.

— (^e que nous avons mis ! Mais, Monsieur le docteur, le marchand de journaux nous a dit qu'il n'y avait rien de mieux comme « riofolo ».

— Aux examens de l'hôtel de ville, série des jeunes filles.

L'examinateîtk : un vieux monsieur très respectable, pas décoré.

L'examinée : 15 ou Kl ans. avec promesse de gorge.

L'examinateur. — Mademoiselle»

voudriez-vous me dire ce que vous savez sur la baleine.

(L'examinée baisse les yeux et se taii).

— Voyons, à quelle famille appartient cet animal ?

(Les yeux sont de plus en plus baissés et le silence devient pénible).

— N'est-ce pas un mammifère ?

L'examinée (avec élan). — Oui,

monsieur, un mammifère.

— Et qu'est-ce qui caractérise les êtres de cette famille ?

(Le front s'incline de nouveau et c'est un nouveau silence).

L'examinateur. — Voyons, mademoiselle, vous le savez. Cherchez un peu.,.. Qu'est-ce vous avez dans votre corsag'e ?

La .ieune fille (se redresse et très simplement).

Oh, Monsieur, pas grand'chose ?

D'' Garrulus.

La camphoromanie. — Il paraît ((ue les belles Auiéricaines ont trouvé l'éthéromanie, la morphinomanie et tutti quanti démodées. Elles adoptent maintenant la camphoromanie. Ces dames s'imaginent que le camphre en usa,i?-e interne donne à la figure un teiiit frais. Peu à peu elles s'habituent à cette drogue et puis... ne [jcuvent plus s'en passer, tout comme s'il s'agissait de morphine. Chez les camphoromanes on observe de la somnolence,ime torpeur intellectuelle, de la faiblesse générale, et la figure prend une expression apatliique, indiiférente, comme si elle était couverte d'un masque.

Divorce et suicide. — Le divorce pousserait au suicide, c'est ce qui ressort des statistiques que M. Morselli a dressées en Allemagne. Sur un million de personnes habitant la Prusse ce statisticien aurait relevé 348 cas de suicide parmi les femmes divorcées ou séparées, contre 51 seulement parmi les femmes mariées. Du côté des hommes, la proportion serait plus marquée encore, puisque pour 286 suicides parmi les époux qui persévèrent on en compte 2.834 parmi les maris divorcés ou séparés.

L'onguent gris. — Un élégant jeune homme entre chez un pharmacien et raconte qu'il éprouve d'hor-

VARIETES

ribles démangeaisons dans la région du pubis.

— Oh ! ce n'est rien dit l'Iiommc de l'art. Ce sont de.-; pediculi. Pour dix centimes d'onguent gris vous allez être débarrassé.

— Pour dix centimes d'onguent gris ■? On peut tuer beaucoup de pediculi pour dix centimes '!

— Eh bien ! donnez-m'en tout de même pour un franc.

Les sports présidentiels. — On

voit entrer tous les iiiutins et tous les soirs à la Maison-Blanciie le professeur d'entraînement piiysiquedeBoston, M. O'Brien. Que vient faire dan.s le palais du chef de l'Klat ce faiseur d'athlètes ? Tout simplement se livrera la lutte deux fois par jour avec le président Roosevelt, qui engraisse rapidement, faute d'activité corporelle, et à qui ses médecins ont ordonné de prendre de l'exercice, prescription qui n'est pas pour lui déplaire.

Le président, qui est grand et corpulent, donne fort à faire au professeur, petit et trapu, et quand celui-ci sort de la Maison-Blanche, il parait qu'il a tout l'air d'avoir gagné

son arg:ent. Quant à M. Roosevelt, il trouve dans ce dérivatif violent à ses devoirs sédentaires ce streiioits pleasttre, ce « plai.'iir d'ellort » que, dans tous sesécrits,il aproclamé le plus grand de tous.

Défense de cracher. — Les juges do Boston viennent di,- condamner six personnes à 5 dollars d'amende chacune pour avoir craché par terre dans les voitures du tramway aérien.

A l'hôpital. — Alors vous perdez toujours beaucoup à vos époques 'f

— Oh oui ! Monsieur le Docteur, nous avons toujours été très sanguinaires dans notre fanaille.

Syphilis extragénitale. — M.

Wagner rapporte dans le Jaiitis l'histoire de trois endémies de syphilis propagée par voie extragénitale. Dans l'une la contagion eut lieu au moyen d'un récipient à boire dont se servaient le* élèves et leur maître, syphilitique. Dans les deux autres il s'agit de syphilis vaccinale : 270 personnes contractèrent ainsi la nia ladie, 1901).

Variétés

La mortalité dans le monde entier. — D'après l'ensemble des statistiques récentes : chaque année, il mourrait, sur le globe, 3> millions d'individus : ce qui fait qu'il en meurt en moyenne 91,534 par jour, 3.730 par heure et 62 par minute.

La durée moyenne de la vie humaine est de 38 ans environ. Un quart de la population meurt avant d'avoir atteint la septième année, et la moitié avant la dix-septième. Sur 100.000 personnes, il n'y en a qu'une qui vit luOans.

Pour 1,000 personnes qui atteignent l'âge de 70 ans, 43 appartiennent au clergé ou à la politique, 40 à l'agriculture, 33 sont des ouvriers, .32 des soldats, 29 des avocats ou des ingénieurs, 26 des professeurs et 24 seulement des médecins.

La Wédecine aux Etats-Unis. —

En 1.01. il y avait aux Etats-Unis d'Amérique 11'-^ écoles de médecine régulières, sans compter toutes les

écoles « éclectiques « et autres qui foisonnent dans ce pays. Ces 119 écoles comptaient 21.073 étudiants et 1.07;> étudiantes. Elles ont délivré 4.720 diplômes de médecine en cette mèmeannée. La proportion des médecins est estimée en 1900 à 1 pour 636 habitants. Enfin, il y a 150 sociétés de médecine nationales ou officielles, 1.997 sociétés locales de médecine et 2>2 publications périodiques de médecine.

Le chiffre des médecins est plus élevé qu'en France où il y a un praticien pour 1400 habitants.

Le miracle de Toulon : les vénériennes. — « La foi n'est pas morte.

Elle fait encore des martyrs, et là certes où l'on ne se serait guère attendu à en rencontrer. Une nouvelle armée s'est levée pour la défense de la croix, l'armée des filles pas même repenties.

« La Commission des Hospices de Toulon avant décidé d'enlever des sal-

VA RIETES

les de l'hôpital les emblèmes religieux,l'opération ne s'estpas faite sans provoquer les protestations de certaines hospitalisées ni même celles des infirmiers laïques. De toutes les salles de l'hôpital, sauf une, on avait déjà enlevé les saintes images sans que la colère du ciel se fût manifestée par le moindre signe. Jadis, la terre en eût au moins tremblé.

« Rien. Les Saint-Josepii se laissaient déménager tranquillement. Il restait une salle, celle des filles fubliques en traitement. Tout espoir de miracle n'étaitpasperdu. Le miracle se produisit. Quand on arrivaà cette salle, impossible aux déménageurs d'y pénétrer. Tout le bataillon sacré se tenait sur le seuil dans une altitude inaccoutumée de résistance, et pour une fois par hasard faisant défense d'entrer. Le miracle était évident. Les déménageurs durent reculer. Le co.Timissaire de police luimême n'avait pu faire ouvrir. Il en a coûté aux filles de la salle 14, d'être mises au pain sec, et même, paraîtil, en cellule. Et les voilà passées martyres ! il ne leur resie qu'à se repentir. {Le Bloc, Xi" du 24 nov. 1901.)

Ainsi, ces malheureuses femmes, honnies et conspuées par le catholicisme, reléguées par les religieuses dans les salles lesplusinsalubres des hôpitaux, avec la literie de rebut, une nourriture souvent défectueuse, des cours étroites quand il y en a, protestent contre les mesures prises par ceux qui voudraient les voir traitées, hospitalisées comme les autres malades I {Progrès médical).

La femme dans la Société. —

M. Kaethe Sciiirmacher, agrégé de l'Université, publie une étude qui renferme des statistiques fort intéressantes et établit la situation de la femme comme productrice dans la société moderne.

La population active féminine de la France peut être évaluée à 14, 111,512 femmes ; leur nombre est donc égal , sinon supérieur, à celui de la population active masculine. La catégorie la plus nombreuse est celle c des femmes mariées » , car le docteur Kaethe Sciiirmacher estime que toutes les femmes mariées étant des ménagères, le mariage est une profession. Et il émet à ce sujet des considérations assez originales :

La profession de femme mariée est celle qui, jusqu'ici, a eu le plus de vogue.

Comme presque toutes les profes-

sions féminines, elle s'exerce, généralement sans préparation sérieuse.

Elle est d'ordinaire, rémunérée en raison inverse de la force déployée et de la peine supportée : les ménagères riches disposent d'aides, vivent dans l'opulence, jouissent de la considération sociale. Les petites ménaofères, les mères de prolétaires, doivent suffire seules à tout et se contenter de leur propre considération.

La profession est entourée de peu de garanties légales : dans tous les pays, la femme mariée est une mineure devant la loi.

Ces grands désavantages n'ont pas éloigné les femmes du mariage, vers lequel une inclination naturelle et la nécessité sociale les portaient également.

Mais la carrière est devenue difficile pour les filles sansdot. D'ailleurs, d'autres occupations, souvent aussi avantageuses et offrant plus de liberté, s'ouvrent devant la femme.

L|ndividualjsmc moderne la fait hésiter devant une carrière, fondée sur son assujettissement légal : on demande, de toutes parts, des réformes du mariage et la vieille institution subit une crise profonde.

M. Kaethe Schirmacher étudie ensuite les conditions faites aux femmes qui exercent d'autres « professions » ou métiers. L'industrie occupe 1,888,947 femmes; le commerce, f)? 1,079; le service domestique. 737.941 ; les professions libérales, 1:^8,460 ; les mines et carrières, 4,759 ; les spectacles et agences, 12,645, etc. Il conclut que les salaires des femmes sont toujours inférieurs à ceux des hommes, sauf dans les hôpitaux et dans les trois premières classes de l'enseignement primaire. L'écart est d'un tiers, delà moitié, des deux tiers même.

D'après l'auteur, la raison principale de cette infériorité est que. pendant longtemps, la femme a trouvé, en totalité ou en partie, la substance au foyer domestique, mais on a fixé son salaire de travailleuse professionnelle au taux d'un salaire d'appoint.

Toujours, écrit-il, partout, en échange de ce salaire d'appoint, on lui a demandé de fournir une journée entière de travail professionnel.

Aussi lafemme, mariée ou non, qui a un état.estle plus souvent obligée de satisfaire aux exigences de deux professions, celle de ménagère et celle de travailleuse professionnelle.

Fatalement, alors, elle se surmène.

Mais mariée, elle arrive à vivre.

Études historiques

LES IMAMES SOUS I/ANGIEN RÉGIME.

[Voyez fasr. III et IV.)

La corrupUonqiii solait allaquée sans succès à l>ouisXV n'avait pas cependant abandonné la partie. Elle lit une snprènie tentative ; et cette fois, ce ne fut idus par les yeux quelle entendit donner

au jeune prince une legon de choses, mais par un attentat dos

plus significatifs.

L'avocat Marais écrivait, en juin 17;':], à un de ses correspondants :

« Le propre jour que le Maréchal de Villeroy est venu à Versailles, on a découvert que le jeune duc de la Trémoille premier gentilhomme de la Chambre du roi, lui servait plus que de gentilhomme et avait fait de son maître sonGanymède.Ce secret amour est bientôt devenu public, et l'on a envoyé le duc à l'Académie avec son gouvcrncui' pour apprendre à régler ses mœurs. Le Roi a dit que c'était bien fait. «

Et l'épistolier, reprenant un mot qu'il avait prêté à la duchesse de la Ferté, concluait :

« Voilà donc le tour des mignons et l'usage de la cour de Henri III. »

La correspondance de Voltaire vient confirmer l'anecdote : i^e poète de la Ilenriadc apprend comme nouvelle, à la présidente de Bernières, que le duc de la Trémoille est exilé pour avoir mis la main dans le haut-de-chaussesdu Roi.

Celte manœuvre de la part de ce joli garçon qu'était le duc de la Trémoille n'a rien qui nous surprenne. Il était coulumier du l'ait et ce fut grand dommage, car il était un des hommes les mieux doués de son temps. Et quand il mourut, dans la fleur de son âge, les mémorialistes rendirent hommage à ses qualités et à ses talents. Certains mêmes prétendirent que l'on retrouva dans ses papiers ce gentil conte d'An'jola qui fut attribué, par la suite, au chevalier de la Morliére, bien incapable de cette aimable débauche d'esprit.

Comme on pense bien, le. . . geste de la Trémoille causa quelque émotion à la Cour. On ne tarda pas à constater que le « vice infâme » se propageait, dans des proportions inquiétantes, parmi les jeunes seigneurs, et que bientôt tout Paris allait en être infecté. La police dut redoubler de vigilance. Ce fut alors que lui furent révélés des attentats autrement monstrueux, et autrement criminels que ceux dont elle avait eu jusqu'alors à connaître. Un certain nombre d'adolescents en avaient été victimes. Tous avaient été souillés. Les uns eu étaient restés estropiés, d'autres étaient morts à l'hôpital. Quelques-uns avaient disparu sans laisser de trace ; plusieurs étaient partis pour l'étranger, valets complaisants de maîtres patentés.

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