BACTÉRIOLOGIE
A Monsieur le Directeur de la « Revue Médico-Pharmaceutique «.
« Je vous serai très reconnaissant de vouloir bien cesser de m' envoyer la « Revue Médico-Pharmaceutique ». Le dernier numéro de ce journal renjerme un article véritablement écœu-
ra7tt emprunté au Médecin de Bruxelles coutumier de ces
sortes d'ordures, et il y a pour moi une question de dignité âne pas m' exposer plus longtemps à parcourir un journal qui, non content de rien m" apprendre au point de vue professionnel, m'insulte dans ce que j'ai de plus sacré : la science, glorieuse fille du génie de Pasteur à laquelle je consacre ma vie. Vous me permettre\ de vous dire en outre qu'en reproduisant des pamphlets de la nature de ceux que vous emprunte^ à la presse belge,
vous etc. ».
D"" Remlinger.
Remlinger ! j'ai vu ce nom-là quelque part, à la suite sans doute de quelques joyeusetés bactériologiques : lesquelles ? jo ne m'en souviens pas ; il y en a tant et tant.
Peut-être se trouve-t-il attaché à l'inelTablc découverte de quelques solennels microbes, ou plus simplement d'un spirille, d'un asperg'ille, ou d'un bacille, fiisiformc ou filiforme, ovoïde en façon de cône, avec des pôles ari'ondis et des aspects de chapelets ou de chaînettes.
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Peut-être a-t-il mis au monde un nouveau coque plus coque que les autres coques staphylos, streptos et g-onos, ou diplos et entéros. Peut-être encore a-t-il trouvé, d;ins des pustules d'animaux, quelques sérums iniuuinisaiits contre la rage des dents, la calvitie, l'alopécie et autres scies. Grâce à sa nature joyeuse, Remling^er, j'en suis certain, a bien pu trouver tout cela.
Gomme ces braves g-cns de l'Institut, Romlinfj-er a dû, lui aussi, fouiller des trompes de moustiques, regarder sous la queue des rats, scruter des ventres de punaises et des becs de peri'oquets, et peut-être y a-t-il saisi, entre son pouce et son index le germe infinitésimal d'une nouvelle maladie.
Comme ces autres de l'Académie, Remlingcr a trouvé sans doute dans son esprit inventif un petit crachoir portatif pour emprisonner la phtisie, une machine à d'.'-sinfecter l'humanité, et la formule algébrique, mathématique, voiic même géométrique, capable de déterminer la zone dangei'euse exacte d'un tousseur, d'un cra(;heur et surtout d'un éternueur. Toutes ces choses sont possibles, et logiquement j'en conclus que, si Remiinger n'est pas universellement connu, c'est que, dans cette tordante carrière bactériologique, il s'est trouvé devancé par de bien plus tordants que lui.
C'est même cela qui le chagrine, le rendhaigneux et incivil, presqu'impoli envers la science qu'il appelle Fille... fille du génie de Pasteur. Ah ! ma chère, quels beaux transports ! quelle flamboyante éloquence ! quelle passion ! Il lui a consacré sa vie... pauvre fille du génie !! Mais c'est surtout pour cela qu'il ressent de temps en temps des écœurements et que, malgré sa dignité, Remiinger se trouve obligé de lâcher ses glaires en public.
J'entends bien que notre joyeux compagnon, dans le but sans doute déjouer à cette excellente Médecine, qu'il n'a d'ailleurs jamais connue, un bon tour de sa façon, s'excuse de son incongruité en accusant Le Médecin de lui avoir administré des pilules un peu trop amères. Cette affirmation peut être jusqu'à un certain point soutenable, étant donné que nous avons affaire à un estomac de bactériologuc. Mais là où je trouve que Remiinger a dépassé les limites de la plaisanterie permise, c'est lorsqu'il accuse toujoui-s Le Médecin de ne lui avoir en compensation de l'amertume de ses pilules, rien appris au point de vue de sa profession.
Ce mot de profession dans la bouche d'un bactériologuc me semble une véritable trouvaille. Car passer gaîm-cnt son temps