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LES FEMMES PROLIFIQUES

La question de la dépopulation est malheureusement à l'ordre du jour en France. I^a natalité diminue chaque année dans notre pauvre pays, tandis qu'elle augmente dans les conlrées qui nous entourent dans des proportions considérables en Europe et dans des proportions formidables dans les races jaunes. Il peut être intéressant de chercher quels sont les facteurs divers qui. d'après l'observation et l'histoire paraissent avoir une influence sur la natalité générale d'un pays ou sur la fécondité do la femme en particulier. Nous verrons chemin faisant quels sont les plus remarquables exemples de prolificité, enregistrés par la science.

Le premier facteur important que nous rencontrons est la guerre. Dès que la guerre éclate entre deux pays nous voyons la natalité baisser rapidement pour la période correspondante à la durée des hostilités. Ainsi, en Bavière, avant la guerre de 1870, le nombre de naissances était de 16.000 par mois. Pendant la guerre ce chifTre tomba à 2 000. Après le retour des troupes la natalité augmenta rapidement pour atteindre en 1872 le chiffre de 18. 150 naissances par mois. Mais il ne faudrait pas croire que ces différences dans la natalité soient seulement dues à l'absence des hommes. Il est probable qu'il faut faire intervenir un autre facteur, le facteur moral, qui joue certainement là comme ailleurs un rôle considérable, en déterminant un état de dépression marqué sur tout un pays. Ce qui tendrait à prouver la vérité de celte hypothèse c'est qu'en Bavière même, la natalité augmente dans des proportions considérables dès la cessation des hostilités, tandis que le retour des troupes n'eut lieu que plusieurs mois après.

Une observation courante et très exacte d'ailleurs, montre que les campagnes sont plus prolifiques que les villes. L'air pur, le calme de la vie jouent ici un rôle évident, [j'intluence du climat est également indéniable bien qu'il soit difficile ici d'avoir des observations précises . Cependant, les Suédoises sont célèbres pour leur fécondité. Le nombre des enfants dans les familles s'élève couramment à 8 ou 12 et parfois à 25 ou HO. Si Ton en croit Lord Kames, les familles de 15 à 20 enfants étaient très communes en Islande avant la peste de 1710. Le Nord de l'Amérique voit encore des familles aussi nombreuses et les femmes de Québec sont célèbres partoul pour leur fécondité. Dans ce pays

d'ailleurs, les lois favorisent très énergiquemenl les grandes familles. L'Etat accorde en effet 100 acres de terrain à toute famille de 12 enfants. En 1895, il y avait 1742 chefs de famille dans ces conditions et l'un d'entre eux, Paul Bellanger, obtint 800 acres comme étant père de oG enfants,

Quanlaux cas de fécondité extraordinaire seproduisant enune seule gestation, l'histoire en rapporte des cas remarquables mais que nous ne devons cependant accepter que sous les plus expresses réserves. Tel est le cas de la comtesse Marguerite, fille de Florent IV, duc de Hollande, et femme du comte Hermann de Henneberg qui, en 1278, à l'Age de 42 ans, mit au monde 365 enfants, 182 mâles, 182 femelles et 1 hermaphrodite. La légende dit que la comtesse fut ainsi punie pour avoir refusé l'aumône à une pauvre femme qui avait mis au monde deux jumeaux. La comtesse ayant insulté la pauvre femme lui disant que ses enfants étaient de pères différents, celle-ci pria Dieu de donner à la comtesse autant d'enfants qu'il y a de jours dans l'année. Il s'agit ici, très vraisemblablement, d'un cas enjolivé par la légende et rimagination populaire.

Les grossesses multiples sont d'ailleurs en réalité relativement rare. D'après Veit, qui a étudié cette question dans 13.000.000 de cas, la grossesse gémellaire ne s'observerait qu'une fois sur 88 fois ; trois enfants une fois sur 7.910 cas ; quatre enfants une fois sur 371.120 cas. Les cas authentiques de naissance de 5 etO enfants sont excessivement rares.

Les cas de 2 et 3 enfants sont assez communs pour que nous n'insistions pas. Mais les cas de 4 enfants méritent une mention spéciale. Dans l'index-catalogue des chirurgiens des Etats-Unis, on en trouve notés 72 cas. A l'Hôtel-Dieu de Paris, sur 108.000 naissances, on n'a noté dans l'espace de soixante ans qu'un seul cas de quadruple gestation.

En 1800 le D"" de Léon, de Ingersoll, Texas, assista une femme qui mit au monde quatre enfants vivants. Le journal de St-Pétersbourg rapporta, en juillet 1871, un cas analogue observé chez une femme juive résidant en Courlande. En mai 1856 le même fait se produisit dans le village d'Iwokina. Bousquet rapporte également le cas d'une primipare de 24 ans qui donna le jour à 4 enfants. Bedfort parle aussi d'un cas de quatre enfants vivants pesant chacun cinq livres et que la mère allaita elle-même.

Quant aux naissances quintuples l'index-catalogue n'en cite que 17 cas.

En 1731. il y eut deux cas de ce genre, l'un dans la llaule-Saxe

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et l'autre à Prague. Tous ces enfants vécurent. En mars 1731, une femme, à Londres, donna naissance à trois garçons et une fille. Trois ans après, dans le Somersetshire naquirent à la fois 4 garçons et une fille, tous en excellente santé. Paré a cilé des cas semblables. Plus récemment, à Naples en 1839, Giuseppa Caiifani mit au monde cinq enfants. La Lancet de ISoi cite une paysanne qui accoucha de 2 garçons et 3 filles.

Accoucher de cinq enfants à la fois constitue pour la famille et l'accoucheur une jolie surprise. Cependant, il existe des cas authentiques de naissance simultanée de six enfants.

Le 30 décembre 1831, une femme, à Dropin, mit au monde six filles toutes bien portantes et à peine plus petites que des enfants ordinaires. La mère n'avait que 20 ans. Mais elles moururent toutes le lendemain de leur naissance. Le même cas fut observe en Italie, et en 1844 dans le Maine. Deux moururent. En 1885, à Lorca, en Espagne, on nota la naissance de six enfants dont un seul vécut. A Dallas, dans le Texas, en 1888, madame Senge Hirsch donna naissance à six enfants quatre garçons et deux filles, bien conformés et bien portants.

Quant aux cas de sept enfants et au delà, ils sont excessivement rares. L'histoire en mentionne un certain nombre, mais aucune observation n'existe qui otîre les garanties de l'absolue authenticité. Albucans affirma avoir vu naître sept enfants à la' fois. A Valladolid, Julianna, femme de Benito Quesada, donna naissance à trois enfants le même jour et à quatre autres la nuit suivante. Sigebert, dans ses chroniques raconte que la mère du roi de Lombardie mit au monde sept enfants à la fois, et Borellus rapporte que la femme de Lord Dane donna naissance à huit enfants en parfaite santé.

En 1872, madame Timothée Bradlee, dans l'Ohio, mit au monde 8 enfants vivants.

Seignette, de Dijon, rapporte l'observation d'une femme qui accoucha de 0 enfants. François Pic de la Mirandole, cilé par Amboise Paré, raconte qu'une italienne, nommé Dorothée mit au monde en deux fois 20 enfants, une fois 9 une autre fois 11.

Dans les Annales, Histoire et Guide, de Leeds d'York, il est fait mention d'une femme, Anna Brich, qui fut délivrée en 1781 de 10 enfants.

Quant à la répétition de ces naissances multiples, on l'observe assez fréquemment chez les même femmes. Aristote et Pline citent chacun le cas de femmes ayant mis au monde à quatre reprises cinq enfants à la fois.

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Ambroise Paré cite la femme de Lord de Maldemenn qui vivait dans la paroisse do Sceaux, comme une merveille de fécondité. Dans la première année de son mariage elle donna naissance à2jumaux, l'année suivante, elle mit au monde 3 enfants, la troisième année 4 enfants naquirent, dans la quatrième année cinq enfants et dans la cinquième 0. Dans cette dernière couche, elle succomba. Un autre exemple remarquable de fécondidé est celui de la femme d'un médecin de Fuenlequejor, en Espai^ne, âgée de 44 ans qui, à treize reprises différentes, mit au monde trois enfants à la fois. D'après le D'"de Sanctis, de Nocera, près Pompéi, Madeleine Granata, âgée de 51 ans, a eu 52 enfants dont 39 mâles. A quinze reprises différentes elle a mis au monde 3 enfants.

Le paysan Kinilow futprésenté en 1853 à l'empereur de Russie à l'âge de 70 ans. Cet homme avait été marié deux fois et sa première femme lui avait donné 57 enfants en 21 grossesses. Quatre fois elle avait mis au monde 4 enfants, sept fois 3 enfants, trois fois 2 jumeaux. Sa seconde femme lui avait donné 15 enfants, six fois 2 jumeaux et une fois trois enfants. Cet homme était donc père de 72 enfants qui tous étaient en vie à l'époque de la présentation.

Un autre paysan des environs de Moscou, Fedor Vassilet, à l'âge de 75 ans, était le père de 87 enfants dont 83 vivaient encore en 1872, à l'époque où Hermann rapporta le fait. Il avait été marié deux fois et avait eu de sa première femme 69 enfants en 27 grossesses. Cette femme avait mis au monde 16 fois deux jumeaux, 7fois3 enfants, 4 fois 4 enfants, sans une seule grossesse simple. Sa seconde femme lui avait donné 18 enfants en 8 accouchements. Ce cas extraordinaire a été rapporté à l'Académie Impériale de Saint-Pétersbourg ainsi qu'à l'Académie de médecine de Paris, avec toutes les garanties désirables d'authenticité.

On peut se demander maintenant quel est le nombre total d'enfants qu'une femme peut mettre au monde ; ce nombre peut être vraiment incroyable. Atkinson cite le cas d'une femme mariée à l'âge de 10 ans et qui mourut à l'âge 64 ans ayant donné le jour à 39 enfants du même mari sans une seule grossesse gémellaire. Il y avait 32 filles et 7 garçons qui tous atteignirent leur majorité. Thoresby dans son histoire de Leedz. 1715, mentionne entre autres cas remarquables celui d'une dame "William Greenhill, du village de Hertford, qui eut 39 enfants. Dans un cimetière au Carnevonshire àConv^ay, on peut lire l'épilaphe suivante : Ci gît Nicolas ?sookes de Conway qui fut le 41""" enfant de

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son père William Nookes et son épouse Alice, et qui fut le père de 21 enfants. Il mourut le 20 mars 1637. »

Quant au nombre d'enfants qu'il est possible à un homme de produire en plusieurs mariages on conçoit qu'il puisse être indéiini. Il faut citer à ce sujet l'histoire de ce gentilhomme italien, Louis Erba qui, à l'âge de 40 ans, se mit à parcourir le monde, choisissant nà et là les femmes qui lui convenaient. Quand il en jugea le nombre suffisant, il les emmena en Polynésie où il vécut avec elles. En 1896, juste 7 ans après le début de l'expérience, il était le père de 370 enfants.

On comprend que même dans les cas de mariage unique, si le nombre des enfants est tant soit peu élevé, le nombre des petits-enfants puisse accroître rapidement la famille dans des pro- [)orlions considérables. Quand on cite le cas d'un centenaire il n'est pas rare que les journaux illustrés donnent une photographie delà descendance et le groupe en est souvent fort imposant. Un noble espagnol qui avait émigré en Amérique, soixante-dix ans auparavant, Lucas Nequeires Saez, revint en Espagne sur son propre bateau rnmenant toute sa famille dont le chiffre s'élevait à 107 personnes. Souvent, dans les églises, on trouve des épitaphes commémoratives de ces cas remarquables. Dans celle de Litchfield, Conn, se trouve mentionnée, Mary femme de John Bull qui eut un total de 410 descendants dont 333 vivants. Dans celle d'Esher est mentionné lecas de MaryMorton qui vécut assez pour voir ses 400 descendants. Dans l'église de Markshall dans le Co»zfe d'Essex, est citée Mary Water qui mourut à l'âge de 93 ans, la 40'' année de son veuvage, ayant vu sa descendance monter au chilfre respectable de 307 enfants.

Les raisons de cette fécondité extraordinaire observée chez cerlaines femmes nous échappent encore de même que les causes réelles de la stérilité. Il semblerait que, dans un grand nombre de cas, l'homme doive être incriminé, mais jusqu'à ce jour nous en sommes réduits aux hypothèses.

D"" P. IvASOURCE.

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