‹ La medecine anecdotique, historique, litteraireChapitre 73 sur 122 · SA VALEUR HYGIÉNIQUE · texte numérisé non relu

SA VALEUR HYGIÉNIQUE

par le D'" Beugniks, de Givet.

Je croyais avoir complètement épuisé ce chapitre de l'histoire juive dans mes publications antérieures (1) lorsque la lecture du très bel ouvra^je du D'' Nossig, sur VFIygiène sociale des hraéii- Irs (2) me coudait à rouvrir le débat avec de nouveaux arguments .

Je cède dabord la parole à l'auteur, que je transcris in extenso.

« La circoncision »

« Dans Ihyo-iène mosaïque, parmi les ordonnances dirigées contre les atteintes et la propagation des maladies vénériennes, on a l'habitude de citer en première ligne la circoncision. La coutume du retranchement préputial se rencontre aussi chez d'autres peuples orientaux et était pratiquée par les Hébreux longtemps avant lavenue de Moïse. La Bible l'atteste : c'est Dieu qui en transmit le décret à Abraham (Gen. XVIL 10, 14).

« Bien que la Thora accorde à cette coutume un caractère exclusivement religieux, en en faisant elle-même le Symbole du pacte conclu entre le Créateur et le peuple d'Abraham ; bien que sa destination hygiénique n'y soit indiquée nulle part, sa valeur, sous ce dernier rapport, fut de tout temps évidente pour les Hébreux. Déjà Philon remarque que la péritomie rend le prépuce plus facile à tenir propre, parce qu'elle évite l'accumulation des matières grasses, très abondantes, en particulier, sur le gland des Orientaux et favorise l'élimination de celles qui existent. C'est un avantage dont il ne faut pas trop faire fi, car, en Orient, à la suite de ces impuretés, il se produit souvent une enflure douloureuse, difficile à guérir. Philon appelle cette phlegmasie due au smegma du prépui;e : charbon ou anthrax {'.]).

« D'autre part, la péritomie préserve, dans une certaine mesure, des accidents vénériens. Cette prétention répétée par habitude.

(1) Archéologie mcdicale de l Egypte et de la J;/(ic;'e, 2 fascicule?, Liège, 1890-9L Appareil génital dans la Bible. Paris, 1896.

(2) Social hygieii den Jutleii, Stutlgard, 1894.

(3) Philon : De circunicisione.

ANTHROPOLOGIE

sans qu'on soit toujours convaincu de son bien fondé, peut sans peine s'établir médicalemenî. Parla dénudation précoce, la ^^randc sensibilité du gland s'émousse, sa tunique muqueuse se charge d'un épiderme plus dur ; d'où l'organe acquiert une moins grande aptitude à recevoir les substances contagieuses (1). En fait, la clinique enseigne que l'infection vénérienne serait, toutes choses restant égales, beaucoup plus rare chez les Juifs que chez les Chrétiens (2).

« La prophylaxie des affections vénériennes n'est cependant pas l'unique, ni même le principal but de la circoncision, sous le rapport de l'hygiène s-ociale. De l'avis des sages Hébreux, cette coutume a une portée plus haute, plus grande, que nous allons faire connaître.

La section préputiale, moyen de dompter les appétits sexuels.

« La poussée de l'appétit génital, surtout chez les peuples des pays chauds, tend à corrompre par le plaisir la conlinence de la chasteté des rapports sexuels. Voilà quel paraît être l'objet capital de la loi de circoncision. Meimonide l'explique ainsi : « Je pense qu'un des motifs de cette coutume est la diminution des rapports sexuels et l'émoussement des organes générateurs. Il en résulte que l'activité de ces organes se restreint et qu'on les laisse le plus possible au repos. Le vrai but de la circoncision a été de soumettre le membre viril à une épreuve incapable de paralyser la fonction naturelle et la fécondité de l'individu, mais susceptible d'amoindrir les élans de son ardeur, les transports de sa concupiscence. Un membre qu'on fait saigner, au huitième jour, en lui enlevant son enveloppe, devient sans doute affaibli (3) ». Que la circoncision diminue la concupiscence chez l'homme, et même, dans beaucoup de cas, le plaisir de l'acte chez les deux acteurs, la volupté étant plus faible pour la femme aussi, Meimonide n'en doute pas. Le Thalmud énonce : « La femme qui se livre à l'amour avec un incirconcis ne peut s'en séparer que difficilement» (4). Meimonide abonde dans ce sens : « C'est là, dit-il, une des plus puissantes raisons d'être de la péritomie » (5). Philon énumère aussi la même cause déterminante ; « C'est ce qui m'est parvenu aux oreilles, dit-il, héritage manuel de nos divins ancêtres, qui commentèrent diligemment tout ce qui parut bon à Moïse. »

« La péritomie semble donc, de l'aveu des philosophes juifs, tou-

(1) Cf.WuNDERRAR : Biblisch-tlialinudlscli Medizen. Riga et Leipzig, 1850.

(2) GoLLiN : Die iJesclineidung des Israeliteii, Leipzig, 1842.

(3) Meimonide : Moreli Nebucliiii, page 416.

(4) Thalmud : Berescliith rabba, Son. SO, f°70, col. 3.

(5) Meimonide, à la fin de ses extraits De circmncisionc.

LA MÉD. ANECDOTIQUE 1-J ]j

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jours bien dans l'axe de la tradition orale persistante, être une mesure analogue à la castration des bêtes. — En répfularisant l'activité sexuelle, elle délivre l'homme de ses plus forts, de ses plus impérieux appétits ; elle le rend propre à une existence tranquille et laborieuse. La nature qui se désintéresse de la conservation de la race et de la reproduction de l'individu, déchaîne, surtout chez les peuples des pays chauds, un tel excès de foug^ue g^éoitale, — des appétits copulateurs si insatiables, — la température porte si violemment à l'amour, aux débauches sexuelles, que l'individu, le peuple entier, ne s'adonne pour ainsi dire qu'à cette unique fonction. D'où la nécessité de ce frein, la péritomie, que l'on rencontre non seulement chez les juifs, mais encore chez d'autres peuples orientaux. L'affaiblissement des désirs génésiques produit par elle porta les Juifs à se figurer qu'ils représentaient un peuple chaste et pur sexuellement. C'est là le sens intime des mots et la circoncision est le pacte d'alliance entre le Créateur et le peuple d'Israël. Le réfrènement des impulsions génésiques permet aux enfants passionnés d'un peuple oriental de fuir la prostitution pendant leur jeunesse, et les prépare à une vie conjugale chaste.

La péritomie rend le mariage fécond.

« D'un autre côté encore, par l'acte opératoire lui-même, qu'on y prenne garde, le mariage est rendu plus prolifique. L'influence fécondante de cet acte, Philonnous la fait saisir en quelques mots, empruntés aux traditions orales de Juda. « On affirme que, chez le circoncis, la semence est éjaculée en droit cliemin, sans se perdre, sans rétrograder dans le sillon préputial, d'où il résulte que les races circoncises sont célèbres par rapport à leur fécondité » (1).

La prophylaxie des mauvais instincts par cette pratique a une contre-assurance dans le Thalmud, qui oblige les Juifs à se marier de bonne heure. « Le mariage est pour l'homme un devoir re- «ligieux et social. S'y soustraire c'est commettre un meurtre. » Et il ordonnede ne pas dépasser dix-huit ans sans prendre femme (2).

Pour être sûr de ne pas enfreindre la limite d'âge, Meimonide eut soin de s'y prendre assez tôt. Lui et sa femme ne comptaient pas 22 ans ensemble. Gomme une grossesse tardait à se produire sa belle-mère déclara qu'il devait avoir l'aiguillette nouée par une sorcière (3) ! »

Si l'on résume la thèse que nous venons de lire, toute son argumentation repose sur deux chefs. On prétend qu'il s'agit d'un pacte

(1) Pim.ON : De circumcisione.

(2) Traité Aboth XXL Tlialm. III. (Nascliim). Traité Yebamolli fo. 64.

(3) Leroy-Be.\umeu. — hracl che^ les Nations.

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conclu avec le Créateur, pacte qui, par son influence tutélaire, représente pour le Juif un palladium de santé et de vertu, en môme temps qu'un ç^age de fécondité. Comme complément, il y aurait en outre une invitation au mariage précoce. Examinons cela.

J'ai déjà dit ailleurs (Ij et je soutiens maintenant avec une conviction plus profonde encore, que le sacrifice du prépuce était, à l'origine, une cérémonie païenne. — Répétons le mot dans toute sa crudité : un épisode des cultes phalliques. Pour en fournir les preuves, je vais établir, texte en mains, que ce sacrifice fut fait d'abord aux Elohims et quelle différence il y a, aux yeux de l'exégèse moderne, entre l'Elohisme et le Jéhovisme.

Gén. XVII. 9) Elohim dit à Abraham : « Tu garderas mon alliance.toi et ta postérité, d'âge en âge. 10) Voici mon alliance que vous garderez entre moi et vous, et ta postérité après toi : c'est que tout mâle parmi vous sera circoncis. 11) Et vous circoncirez votre chair; ce sera un signe d'alliance entre moi et vous. U) A l'âge de huit jours, tout mâle sera circoncis parmi vous dans vos générations, aussi bien le mâle né à la maison, que celui acheté à prix d'argent quelconque, et qui n'est point delà race. 13) On ne manquera pas de circoncire celui qui est né dans sa maison, et celui que tu as acheté de ton argent'; mon alliance sera dans votre chair une alliance éternelle. 14) L'incirconcis, le mâle qui ne se circoncit point dans sa chair, sera retranché du peuple : il a violé mon alliance. »

Le patriarche ne tarda point à employer cette « marque d'alliance des Elohims » comme représaille de guerre. Les Sichémites furent circoncis en masse par ruse, et mis en pièces pendant leur indisponibilité. Pourquoi ? Le fils du méleckde Sichem, enlevant Dina, fille d'Abraham, lui avait fait violence. Et comme il la demandait en mariage, le patriarche prétexta qu'il lui était impossible de traiter avec des incirconcis. Le jeune homme, féru d'amour, opéra toute sa tribu : le clan d'Abraham ne fit qu'une bouchée de ces invalides (2).

Plus tard David en fit autant chez les Philistins. Saûl, outré de ses exigences, ne voulait le recevoir comme gendre que s'il lui apportait en douaire cent prépuces de Philistins. C'était en quelque sorte l'envoyer à la mort. David se mit en campagne et rapporta le trophée (3).

Moïse donne à l'acte la sanction de sa puissante autorité. Mais avec lui les Elohims s'effacent, nous dirons tout à l'heure pourquoi, et Jahvé entre en scène.

Ex. XII. 43) Et Jahvé dit à Moïse : « Voici l'ordonnance de la Pâque. Nul étranger n'en mangera. 44) Quant à tout esclave, homme acheté à

(1) Beugnies : Appareil génital dans la Bible, Paris, Goupy-Maurin, 1896.

(2) Gen. XXXIV.

(3) 1. Samuel, XVIII, 25 et sq.

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prix d'argent, tu le circonciras. Alors i! en mansrcra. 45) L'habitant étranger, le mercenaire, n'en inang-eront point.... 48) Lorsqu'un étranger séjournant chez toi voudra faire la Pàque à Jahvé, tout mâle lui appartenant devra être circoncis. Alors il s'approchera pour la faire. Il sera comme l'individu né au pays. Mais nul incirconcis n'en mangera.

Je passe sur la protestation indignée de l'épouse étrangère de Mo'ïse, fille du Cohen de Midian, dont le cœur se soulève à l'idée de mutiler son fils, et qui traite le Réformateur d'époux sanguinaire (1). Je ne m'arrêlerai plus qu'à l'épisode de Josué dont quelques détails méritent d'être largement mis en relief.

Jos. V. 2) En ce temps-là, Jahvé dit à Jéhosuah : « Fais des couteaux de pierre, — Chosoboth tzourim, — et recirconcis une fois encore les Héni Israël. » Jéhosuah se fit donc des couteaux de pierres et recirconcit les Béni Israël sur la colline des Prépuces ;— (Guibéath Haraloth). — 4) Or, voici pourquoi Jéhosuah les circoncit : tout le peuple venu d'Egypte, les mâles, les guerriers, étaient morts au désert, en chemin, après la sortie d'Egypte. 5) Tout le peuple, en quittant l'Egypte, était circoncis, mais pas un de ceux qui étaient nés au désert. 6) Les Béni Israël avaient marché dans le désert pendant quarante ans jusqu'à ce que toute la nation des guerriers qui étaient sortis d'Egypte et qui avait méconnu les voix de Jahvé fut éteinte, parce que Jahvé avait juré de ne point leur laisser voir le pays qu'il avait fait serment à nos pères de nous donner, pays où coulent le lait et le miel. 7) Et il avait mis leurs enfants à leur place. Ce sont eux que Jéhosuah circoncit parce qu'ils ne l'étaient pas, et qu'on ne l'avait pas fait en chemin. 8) Et lorsqu'on eut fini de le circoncire, le peuple resta en place dans le camp, jusqu'à la guérison. 9) Jahvé dit alors à Jéhosuah : « Je vous ai blanchi de l'opprobre'de l'Egypte. » Et on nomma ce lieu Guilgal jusqu'à ce jour.

Maintenant, revenons un peu sur nos pas.

Lorsqu'on ouvre la Genèse, un mot frappe immédiatement le lecteur : Ce sont les Elohims qui ont créé le monde. Et en poursuivant tout le premier livre de la Bible, on retrcuive toujours ces Elohims mêlés à l'histoire de l'homme. De ci, de là, cependant, pointe, dune manière assez furtive, un autre nom, celui de Jahvé. Or, il est établi aujourd'hui que les passages Jéhovistes sont des remaniements, des interpolations jetées au milieu de l'Elohisme primitif par le rédacteur même de la Genèse, en vue de préparer la révolution qu'il cherche à faire triompher. L'Eloliisme existait depuis longtemps à l'état de vieilles légendes chuchotées de bouche en bouche, avant qu'on connût l'écriture hébraïque. Le Jéhovisme est le contemporain de cette écriture même. Le premier représente les croyances polythéistes un peu confuses de la race. L'autre intronise le Lieu unique. Le livre de Job. vieux conte iduméen, écrit vers l'époque du Réformateur, est à cet égard pré-

(l) Exode IV, 25 et sq.

ANTHROPOLOGIE

deux pour 1« mythologue. Autant Jéhoviste qu'Elohiste, il renferme au surplus des traces manifeslesd'astrolatrie. Ilistoriquement, à partir du second chapitre de l'Exode, on ne rencontre plus que le nom d'Iahvé, création ou tout au moins choix favori de Moïse, qui limplante au milieu de son peuple, en véritable révolutionnaire et exige, de cette minute, quoa l'adore exclusivement k tout autre : «Je suis Jahve. ton Elolii, et tu n'auras plus d'autres Elohim devant ma face. »

Qu'est-ce donc en somme que ces Elohims ? C'est le pluriel d'Eloh, dont le radical El a fourni Allah. Il ne se traduit que par « les dieux », et celte traduction doit être maintenue. Si, à l'époque de Mo'ise, l'entité Elohim, connue, populaire, avait été adéquate au Dieu unique dont il se fait l'apôtre, à quoi bon cet élagage difficile, dangereux ? Si difficile môme qu'il ne devait finir par triompher qu'après des siècles de déchirements et de vicissitudes.

Le caractère du Jahvé de Mo'ïse demande d'ailleurs à être défini. Le prophète ne dit point à la foule : «Le Dieu unique que tu adoreras désormais est assez grand pour couvrir l'univers, son oeuvre. Tous les peuples issus de sa main sont ses enfants et comme ils ne le connaissent pas, vous, mes frères, plus heureux, vous aurez la mission de les amener au bercail. » Non 1 son concept est moins vaste, son apostolat moins grandiose. Son Dieu a un drapeau, une politique, une patrie. Il en fait tout de suite la puissance-lige, le stathouder dune poignée de nomades, V ex-machinà qui, plus tard, servira à tout dans le gouvernement. Il n'appartient pas, il ne peut jamais appartenir au monde. Sur deux milliards d'humains qui couvrent alors le globe, quelques tribus l'ont confisqué, garrotté, domestiqué. Il fait partie de leur trésor national. Défense à lui d'en sortir. Bien plus, en dehors de la Palestine, il doit de ce jour excommunier toute la terre. Au lieu d'un être de mansuétude, d'indulgence et de pitiés nous trouvons quoi '? Un Dieu de bataille, une sorte de Moloch enivré de carnage dont l'Evangile est trop souvent une catapulte. Aussi quelle va être sa première campagne ? La dépossession de tous les Elohims, ses rivaux d'alors dans le gouvernement des peuples. Ces Elohims, il y en a chez lui, puisqu'ils ont été les ouvriers de la Genèse et qu'on en retrouve chez toutes les nations voisines. Il y a les Elohims de Moab, ceux de Sidon (l), ceux de Damas, ceux de Tyr, identiques ou peu s'en faut à ceux d'Israël, parce qu'issus de peuples consanguins, ils ont été puisés aux mêmes sources, et fabriqués sur le même moule. De ce moment, l'œuvre du Jehovismevaêtre, chez elle et autour d'elle, de manger l'Elohisme. Le Credo in unum Deum va tendre à détrôner le vague syndicat des dieux primitifs, patrimoine des fils de Sem.

(1) Nous reparlerons en leur lieu des Alonims de Sidon invoqués par Eschmunazar sur la stèle de Mésa.

ANTHROPOLOGIE

Je dis tendre, car, à lire superficiellement la Bible, on pourrait croire que le triomphe de Jehovah fut tout de suite éclatant et complet. Erreur 1 Si l'importance du Jehovisme nous cause tout d'abord cette illusion doptique, cela tient au rôle des prophètes qui ont attiré toute la lumière sur lui, au point de la rendre presque aveuglante. Orthodoxes passionnés, toutes leurs luttes, tous leurs efforts, n'ont qu'un mot d'ordre, confondre les hérétiques et les idolâtres parmi eux. Qu'on regarde entre les échappées et on trouve que depuis la fille de Laban emportant ses dieux lares sous un bât de chameau, jusqu'à la femme du lévite se prosternant plus tard au pied des idoles romaines, les faux-dieux, les Elohims eurent toujours des autels très fréquentés en Palestine, et que la Thora (1), malgré son caractère nettement nationaliste, ne fut jamais le culte de toute la nation. L'Elohisme détrôné par le Pentateuque, ne fut détrôné que là ; il se survécut partout ailleurs dans son ancien territoire, du Nil à l'Euphrate. Une preuve entre mille. Des deux factions hébraïques, Juda fut la seule qui prit, officiellement du moins, la Bible comme livre canonique ; Samarie, capitale d'Israël, ne voulut admettre que le Pentateuque et resta toujours un pied dans l'Orthodoxie, un pied dans le Paganisme.

Ainsi donc, au cœur même de la Terre promise, sous l'œil courroucé du Sabaoth, on conserva toujours une affection vivace pour le panthéisme des âges patriarchaux. On eut chez soi des Téraphims, petites idoles domestiques, dont on se faisait des amulettes. On adora le veau d'or, souvenir d'Egypte. On érigea leNéhustan, dragon-fétiche, guérisseur des morsures venimeuses. On envoya des hémorrhoïdes d'or aux divinités philistines ex-voto d'une épidémie dysentérique. On installa des Qédeschim et des Qédeschoth, prêtres et prêtresses infâmes dans le sanctuaire même de Sion. On s'agenouilla devant le Kémosch de Moab, dont l'emblème était une pierre conique, un ithyphalle, — devant le Moloch, Anammélek, Hadrammelek de l'Aram, minotaure dévorateur d'enfants au milieu des bûchers et des tortures, — devant l'Hashthoreth de Phénicie, sœur de l'Astarté Syrienne, de l'Istar de Babylone, de ITIathor memphitique, de l'Athara-gad ou Atergatisd'Ascalon, la Rabbal AUitar, la « Grande » Athtar de la stèle de lehaw-mélek, surnommée Seida-t-ech-Scliems, « la dame du Soleil ; —devant la Qédesh au lion, de Syrie, l'Ascherah kananéenne « celle qui rend heureux » — l'Aschimah, « la pécheresse, » à tête de singe, d'âne ou de bouc, dont l'emblème était un aérolithe à Hamath, un cône taillé à Paphos.

De quelque nom qu'on l'appelle, cette Vénus-Protée absorbe, pompe l'homme par tous ses pores. A elle le sceptre suprême. Elle est la Melektet-a-La-Schamaim « la Reine des cieux ». Les Juifs

(1) Thora. — Bible juive.

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se perdirent sur les coteaux de Sittim, aux orgies de Bahhal Pehhor, le dieu déflorateur. Ils ont suppléé Bahhal-Zébub, fléau des mouches. Sur la route de l'exil, ils ont rencontré Nébo, leur Nabchaz à flcifure decliiens, — l'asinesque Thartaq, puissance des ténèbres, — le Nergal ninivite, foudre de guerre accompagné du coq. Ils ont connu le syriaque Mammon, dieu de la richesse, — le stellaire Remphan. le Saturne des Germains. Les femmes disraél ont pleuré sur la mort de Thammouz, l'Adonis phénicien, l'IIadad- Rimmon, de Damas, à chair de grenade. « Ils firent des encensements au soleil, à la \\\ne, et à toute l'armée des cieux... Josiah fit disparaître de la maison d'Iahvé les chevaux et les chars que les princes de Juda avaient consacrés au soleil (1). » En somme l'étude attentive de l'Ancien Testament, corroborée et éclairée par les découvertes incessantes de l'épigraphie, dérnontre sans réplique que la race de Sem, comme de celle de Cham et de Japhet, eut sa période de polythéisme avec toutes ses conséquences. Le seul trait distinctif entre les Aryas et les sémites, dit M. G. Darmesteter, semble consister surtout en ce que ceux-là eurent une préférence sensible pour les mythes d'orage, ceux-ci pour les mythes de saison (2).

Voilà les Elohims qu'il fallait détruire. Oq en voit trop la raison maintenant. Je lai dit ailleurs, la Terre sainte fut pendant quinze siècles le caravansérail de l'Olympe pa'ïen, l'auberge de toutes les idoles.

Après ce long exposé, qui était indispensable à ma thèse, je conclus en toute rigueur que rolTrande du prépuce fait aux Elohim était identique, comme inspiration, à l'offrande des testicules faite à Cybèle. En ellet, toutes les mutilations génitales de l'Orient se rattachent au même cycle d'idées. Qu'on se circoncise ou qu'on se castre, c'est toujours à la puissance procréatrice ellemême qu'on entend rendre hommage. Le Galle, qui accomplissait la première étape de son sacerdoce en s'émasculant. offrait les organes de la fécondation à la déesse de la fécondité, la Vénus-Gybèle asiatique. Chose curieuse, il s'assujettissait ensuite à un régime, où toute idée médicale était absolument étrangère ; le rite seul primait tout ; il ne mangeait plus de poisson, de grenades, d'oranges, de racines potagères, d'ail, parce que ces divers éléments étaient taboues par sa déesse.

Ainsi donc, point d'une extrême importance, à l'origine, l'acte et ses suites ne comportaient aucune inspiration médicale ; on n'y voyait qu'un rite à remplir. Nous reviendrons là dessus tout à l'heure.

Chez les Juifs, tout est pa'ien dans ce sacrifice, jusqu'au respect

(1)11 Rois XXIII, 6, 11.

(2).I. Darmesteter : Les prophètes d'Israël.

ANTHROPOLOGIE

de la pierre tranchante, comme instrument opératoire, ressouvenir de l'âge de pierre, legs de l'ancienne idolâtrie. Du reste, si cette coutume avait été d'invention juive, avec le cérémonial d'investiture auguste sous lequel on veut nous la présenter, Israël en aurait soigneusement gardé le mouopole. La Palestine ne forma jamais, avant le règne des princes grecs, de missionnaires ni pour la propagande scientifique, ni pour la propagande religieuse. Si elle avait été seule dotée de la circoncision par une faveur expresse de Jehovah,clle l'eût cachée soigneusement à l'ombre de ses deux temples.

Nous rencontrons la coutume florissante du golfe Persique à l'Euphrate, et de nos jours, jusqu'au centre du continent noir. Le motif en est bien simple : tous ses adeptes sont venus la puiser à la même source, la presqu'île sina'itique.

Les plus anciens documents lapidaires que l'on possède sur la circoncision et les cérémonies phalliques appartiennent, ainsi qu'on pouvait s'y attendre, à l'Egypte. Ils sont curieux à interroger. Ils disent sans le moindre conteste possible que la taille préputiale, acclimatée depuis longtemps sur la terre des Pharaons était une coutume scientifique, que les autochtones ne l'acceptèrent jamais franchement, et qu'à cause de cela Ezéchiel avait raison de classer la nation égyptienne parmi les incirconcises, et que si plus tard lapéritomie sembla faire des recrues dans les différentes castes, ce ne fut là qu'un sport d'intellectuels à la période de décadence.

Dépouillons à cet égard lacorrespondance qu'a bien voulu nous adresser M. Gayet, l'éminent égyptologue. Elle nous parait faire accomplir un pas décisif à la question.

« A défaut de textes, dit-il, les statues et les peintures du vieil empire (4000 ans avant J. C.) nous prouvent que la circoncision était connue des Egyptiens, mais non passée en pratique générale. Certains personnages représentés sont circoncis, d'autres non. Mais alors, fait des plus significatifs, on remarque que les circoncis ont un lype étranger, qu'ils sont fort peu nombreux, et contrastent avec les Egyptiens, dont les représentations abondent sans la moindre trace de taille préputiale.

« Beaucoup plus tard, la coutume fit des adeptes et un bas-relief d'un temple de Thèbes nous montre l'opération pratiquée sur un fils de Ramsès II (1350 ans av. J. G.) Lepraticien est assisté de deux matrones.

Le texte n'emploie pas de mot spécial, il dit simplement ââker, couper. Comme à cette époque, les personnages représentés dans les œuvres d'art sont toujours vêtus, il est impossible de juger jusqu'à quel point l'usage avait pris d'importance.

« Par contre, il est certain qu'à cette date et même avant, la coutume était générale en Syrie. Dès le règne de Tbotmès III (1550 avant J. G.), nous en avons la preuve, les prisonniers Hitti-

ANTHROPOLOGIE

tes faits dans les villes d'Ascalon, de Jodansépp, toute la Palestine cisjordane et transjordane sont invariablement circoncis. Une coutume éo^ypticiine consistait à couper les mains et le phallus des ennemis tués dans les combats et à en faire le dénombrement en présence du Pharaon. Or, chaque fois que la bataille a été livrée à des Sémites, les phallus sont circoncis ; ceux des autres peuples, des Libyens, parexemple, ne le sont jamais.

« Ce faisceau de constatations nous amène à croire que la coutume de la péritomie n'est pas d'orio:ine nilotique, d'autantplus que les dieux représentés sous forme luimaine ont leur prépuce intact, et que les noms de personnages de l'ancien empire représentés circoncis ont une tournure sémitique. Quanta la famille de Ramsés, si l'un de ses fils a été circoncis, cela na rien d'inexplicable, Son père était bien de race égyptienne, et marié à une princesse de race égyptienne, les seules qui pussent donner au trône des héritiers légitimes ; mais il avait, en dehors de cela, de nombreuses concubines sémites dans son harem, et c'est sans doute au fils de l'une d'elles que s'adresse l'opération, car il s'agit d'un prince dont l'histoire ne parle pas et qui n'eut jamais le rang de prince héritier.

(f Passons aux papyrus. Tous ceux qu'on a publiés jusqu'alors, médicaux et autres sont muets sur la taille préputiale. C'est un témoignage de son peu d'importance. Si elle avait eu un caractère religieux, les textes nous l'eussent infailliblement appris. Du reste, autre témoignage de son domaine restreint, les Coptes, chrétiens d'Egypte, ne la pratiquèrent jamais.

« Quant à Hérodote et aux autres auteurs grecs, que l'on invoque à toute minute, ce sont des autorités très fantaisistes. Elles ne méritent qu'un faible crédit.

« LeD"" Fouquet, du Caire, a une très riche documentation sur le problème qui nous occupe. Il a dépouillé des centaines de momies, surtout celles des rois et des prêtres. Aucune d'elles n'était circoncise et je ne crois pas que ses recherches aient été plus fructueuses sur celles des particuliers. »

Quelques jours plus tard une lettre du même érudit me disait en substance :

« Quand on parle de Pharaons, il faudrait distinguer entre les vieilles souches princières de Memphis ou de Tlièbes, qui représentèrent toujours le sang égyptien dans sa plus grande pureté, — et la dynastie des envahisseurs Hicksos — les Shasou, ou piilards des hiéroglyphes, qui n'étaient que des Bédouins et qui apportèrent dans l'Egypte du Nord tout leur bagage de préjugés sémites. »

Voilà donc qui est entendu, d'après les meilleurs témoignages, l'Egypte transmit la taille préputiale au continent noir, mais ne la cultiva jamais sérieusement ni surtout religieusement pour son propre compte.

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La décoration des temples nous apporte d'autres éléments qui, plus ou moins déguisés ou anoblis, ne sont que des épisodes de superstitions phalliques.

Zankaki a constitué une superbe collection d'images dont trois numéros sont de l'éloquence la plus naturaliste. La fig. I nous montre, à l'intérieur du temple d" Abydos, un personnage couché, tenant son membre en érection devant une déesse et un prêtre.

La fig. II est une scène d'offrande à un phallus longuement érigé, dans le temple de Louqsor.

La fig. III nous transporte à Karnack, où nous nous trouvons en face d'une série d'adorations phalliques avec hiéroglyphes explicatifs.

On ne peut demander davantage à l'archéologie. Ce qu'elle nous apporte est la simplicité même. Chez les anciens, toutes ces manifestations,tous ces rite?, avec leurs conséquences matérielles étaient un hommage aux idoles. Que, parla suite, des spéculations morales, sociales, hygiéniques, aient été émises comme justification des rites, c'est possible. Mais les textes et les œuvres d'art commencent par nous apprendre que le côté mondain, utilitaire,passa toujours au second plan. Le fanatisme mutile d'abord, la science ne parle qu'après.

J'ai dit tout à l'heure que la Palestine fut une sorte de vase clos, qu'elle demeura rétive à toute propagande, se claquemurant sur son livre saint comme derrière une citadelle. Cela n'est vrai que pour une période de son histoire. A l'avènement des princes grecs, une nouvelle ère s'ouvre. Sous la poussée du génie occidental, des fissures se produisent, l'expansion commence. Le prosélytisme, resté pour ainsi dire lettre morte jusqu'alors, secoue ses bandelettes de momie, et ne tarde pas à faire de nombreuses recrues dans la gentilité. Il s'attaque au monde grec et romain. Naturellement, la première concession qu'il demandeest le sacrifice du prépuce. Dans ce milieu érudit et sceptique, on n'osa plus faire parler Daniel et les Prophètes. Les Alexandrins, pour accomplir leur trouée, n'hésitèrent pas à tenir en quelque sorte boutique d'oracles profanes (1) à remplacer leurs Nabimspar les vieilles sybilles, qu'ils chargèrent d'apprendre aux idolâtres l'unité de Dieu, et la venue du Messie, avec la gloire future d'Israël (2).

Parmi leurs adeptes, il se forma deux classes : les uns s'en tinrent au prosélytisme de la porte, qui ne les astreignait à aucune mutilation corporelle. Mais les autres voulurent être des prosélytes de justice, c'est-à-dire porter le sceau sanglant de leur nouvelle

(1) Les livres SvbiUins furent presque entièrement composés par les juifs.

(2) Leroy-Beadubu : Israël chez les Nations, p. 109, 122.

ANTHROPOLOGIE —223

confession. Il en fut ainsi à Cyrène, à Antioche, àPaImyre, et plus tard à Rome même où, dit Juvénal, les pères, adoptant les rites juifs, commencent par s'abstenir du porc, et les fils, renchérissant sur leur zèle, s'empressent aussitôt de déposer leur prépuce, mox etprœpiitia pomnit (1). Au 11° siècle, l'empereur Antonin enjoignit aux Juifs de ne circoncire que les mâles de leur race. Cent ans plus tard, Dion Cassius le reconnaît, le Judaïsme faisait tous les jours de nouvelles conquêtes dans le monde païen. Il catéchisa certaines tribus des Steppes de la Scythie, entre autres, celle des Khasars. Il réséqua ses esclaves, ses serviteurs dans tous les pays, jusqu'au milieu du moyen âge, où évêques et séculiers durent intervenir pour mettre fin à cet enrôlement.

Telle est, à larges coups de brosse, l'histoire de la circoncision hébraïque jusque dans la première moitié de notre ère.

La péritomie, qui a sans doute des raisons d'être et de se maintenir comme pratique confessionnelle (2), peut-elle se couvrir d'un manteau médical sérieux ? Nous ne le pensons pas. Les quelques minimes avantages qu'elle présente sont largement contrebalancés parles risques auxquels elle expose. On sait combien l'enfance est vulnérable. Les péritomies que pour ma part, j'ai faites, non sur des créatures de huit jours, mais de 4, 5 et même 10 ans, c'està-dire plus robustes, pour paraphimosis, étroitesse du méat, balances, etc., m'ont démontré que même à notre époque d'antisepsie rigoureuse, ce n'est pas toujours une affaire, ni banale, ni inoffensive. J'ai vu un adolescent qui contracta une lymphangite inquiétante delà verge, en dépit des meilleures précaution?.

Que devait-ce être lorsqu'on procédait avec des couteaux de pierre ? Une torture certaine, avec des dangers ultérieurs non moins certains '? Que doit-ce être même de nos jours, lorsque, comme dans les juiveries de l'Europe centrale, où tout se passe encore more judaïco, l'opération est faite par le hasan (3), ou, en son absence, par le barbier ?

On m'objectera deux réponses. Chez les Juifs, faveur spéciale, habileté des péritomistes, les aléas se réduisent à néant. En second lieu, le consistoire de Paris a eu soin d'émettre, en 1888, un décret qui harmonise à merveille l'accomplissement de la loi avec les progrès de la science moderne. La réplique est facile. Les risques sont les mêmes pour les Juifs que pour tout le monde.

Au Congrès médical de la même année, le D^ Mondot, d'Oran,

(1) Juvénal : Sat. XIV v. 95.

(2) Les rabbins ont dit, sans jeu de mots, que c'était « la haie d'épines élevée entre Israël et le siècle.

(3) Vicaire.

A NTHROPOLOGIE

exposa la technique des mohels (1) de son voisinage ; incision de la peau, déchirure de la muqueuse. Puis il ajouta : « Il est difficile de savoir si des accidents se produisent ou non, parce que les intéressés se gardent de faire venir le médecin. L'enfant souffre et meurt sans qu'un profane puisse en avoir connaissance » (2). Quant au manifeste du Consistoire de Paris, quelle qu'en soit l'excellence,il a un grand tort, c'est qu'il ne commande point au monde entier. Et nombreux sont encore les ghettos fidèles à l'ancien rite, où Ton pratique toujours l'hémostase avec la bouche. Aussi qu'arrive-t-il? J'ai parlé de la syphilis dans une de mes autres publications. Il y a quelques temps, le D"^ Hagès, d'Alexandrie, signalait un cas de tuberculose testiculaire transmise à un enfanl par les lèvres d'un mohel malade. La cause est entendue.

On invoque ses avantages hygiéniques. La mise à nu du gland empêche, dit-on, le séjour du sébum acre, prévient les balanites par fermentation, durcit la muqueuse, la rend moins apte à cultiver les germes contagieux, par ce tannage, calme les ardeurs génésiques et, de plus, favorise l'arrivée du sperme directement à sa destination. Soit ! mais à prendre ce beau programme à la lettre, on ne réfléchit pas qu'un gland découvert n'est pas un apanage exclusivement juif; que bien des incirconcis, — c'est le plus grand nombre, — ont l'habitude de circuler tête nue, avec un faux-col si atrophié, si minuscule, qu'ils pourraient se dire rasés au sécateur. Eux aussi auraient le droit de parler de leur cuirasse, de leurs qualités procréatrices et de leur regain de vertu, si tant est que Mais alors pourquoi circoncire, lorsqu'il suffit simplement d'ôter son chapeau ? Plus commode et moins dangereux. D'ailleurs est-ce bien une cuirasse ou une toile d'araignée ? Pour obtenir une réponse prise à bon endroit, questionnons l'Arabe. Le voilà bien le type sémite dans sa belle pureté et dans sa constance infrangible vis-à-vis des anciennes coutumes. Or, le malheureux, nos médecins nous le disent, — les maladies vénériennes de toute espèce semblent avoir pour lui une prédilection remarquable. Aux loteries de Gythère, il pince le gros lot avec un privilège et une désinvolture que ne lui envient pas « les chiens d'infidèles ». Pendant la campagne de l'Annam, on dut rapatrier d'office les tirailleurs algériens, régiment d'Arabes choisis au départ d'après un triage sévère, parce que les maladies vénériennes s'abattaient sur eux comme un véritable fléau (3). Et cependant, pour comble d'ironie, l'Arabe s'ablutionne avec plus de scrupule, plus de vigueur que ne l'ont jamais fait le juif ouïe chrétien. En revanche, petite

(1) Circonciseurs.

(2)5em. Méd., 1888, p. 252,12").

(3) Renseignement oral «lui tne fut donné par le médecin de ces tirailleurs.

ANTHROPOLOGIE —225

satisfaction d'amour-propre — est-ce bien amour-propre qu'il faut dire ? — personne, paraît-il, ne l'éffale pour faire connaître auxliouris de notre terre les extases du paradis de Mahomet. Encore un point où il s'inscrit en faux contre la « Loi et les Prophètes » d'Israël.

Mais, me dira-t-on, l'Arabe n'est pas Juif.Soit ! Rentrons dans la Synagogue el revenons de nouveau au Congrès dOran. La parole est au D"" Seguy : « La syphilis et la scrofule sont extrêmement communes chez les Israélites pauvres de notre ville ». On ne peut pas dire plus de choses en moins de mots. Que devientdonc la prétendue immunité ?

Quant au profane, qu'il entre dans le temple de Vénus, chapeau basou coifféjusqu'aux oreilles comme un quaker, ila deladéfîance. Il estime que les palladiums de Jérusalem valent encore moins que ceux de Londres, qui, on le sait, ne valent pas toujours le diable.

Vidons un autre petit litige. Un certain nombre d'écrivains se sont plu à rendre hommage à la chasteté juive. D'abord existe-telle ? Oui. Mais est-ce une question de prépuce ? Non. C'est un accident de lieu et de date dans l'histoire. L'odyssée Israélite se divise en trois grandes époques : palestinienne, médiévale et actuelle. Nous avons vu ce qu'était la continence en Palestine, une succession d'odes à la chair. Si plus tard, au moyen-âge, les Juifs devinrent plus rigoristes, cela tient à deux facteurs, la persécution et le thalmud. Les palmes du martyre n'ont en général rien d'aphrodisiaque- Même phénomène s'est produit pour d'autres que pour eux. Les néo-chrétiens de la Rome des Augustules poussèrent souvent l'austérité jusqu'à l'ascétisme, et de nos jours les ermites de l'Inde, quoique iwœpuliali., n'en sont pas moins des modèles de chasteté parfaite.

Accident d'histoire, disais-je, phénomène de compression. Voyez l'époque moderne. Là où lavie devient plus libre, plus riante pour risraëlite, il retourne comme autrefois au culte d'IIashthoroth. Uh ! il ne fréquente plus les hauts lieux. C'est un autre nom que cela porte en langage boulevardier. Il ne connaît plus Aschérah, Jadesch, Ana'îtis, Istor. Mais les procès d'hier nous disent qu'il connaît fort bien la « Dame au Camélias » Passons.

On parle des mariages précoces comme entrant dans l'arrièreprogramme delà circoncision. Pour l'hygiéniste, un mot les juge; ils sont mauvais. Chez les Juifs même, — c'est M. Leroy-Beaulieu qui l'avoue, — ils ont produit des résultats détestables. Là où on les pratique trop à la lettre, ils doivent être comptés parmi les facteurs de la dégénérescence de la race. Israélite, chrétien, ou athée, voulez-vous dans nos climats bâtir œuvre de chair qui tienne ? Ne vous mariez pas, femme, avant 22 ans, homme, avant 25.

La plupart des pays d'Europe, qui conservent sous les drapeaux leur jeunesse masculinejusque vers l'époque que nous venons de dire, lui rendent, à cet égard, un service manifeste.

2 26— ANTHROPOLOGIE

Ma conclusion sera brève.

Scientifiquement, la péritomie, comme mesure d'hygiène sociale, n'est que nominis timbra, l'ombre d'un mot. De plus, c'est un anachronisme. Aux yeux de la critique, rien ne la recommande davantage, comme système général, queramygdalotomie,par exemple, dont cependant personne ne songe à universaliser l'emploi. Il n'y a donc pas lieu, pour nous, médecins, d'enjoindre à nos jeunes fiancés de mettre dans leur corbeille de noces nonce pacte d'alliance, mais cette « alliance » tout court, fùt-il établi que Dieu le Père en a été le premier orfèvre.

Son origine païenne ne peut faire de doute, si on l'étudié attentivement dans Israël même, et si l'on considère sa diffusion chez des peuples qui, n'ayant jamais connu le Jahvé juif, n'eurent en conséquence rien à recevoir de lui.

Si l'on en croit certains indices, le jour n'est peut-être pas éloigné, d'ailleurs, où on pourra établir sur des bases sérieuses que les habitudes sémitiques retrouvées dans des continents soidisant inconnus des anciens, je veux dire l'Amérique et l'Océanie, ont eu pour importateurs les nautoniers de la côte phénicienne, dont nous sommes loin de connaître encore tous les audacieux périples. Telle serait particulièrement l'histoire de la circoncision sur les rives du Pacifique dont nous parlerons dans une prochaine étude sur V Ethnographie des mutilations génitales.

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Fig. 2. Le culte phallique en Egypte. — Scène d'offrande. — Sculpture du temple de Louqsor.

Fig. 3. Adorations phalliques d^ns le temple de Karnack.

lie Pcxpna.sse hippocpatiqae

L'encombrement des « Carrières libérales )y .

Je suis arrivé à Paris en sabots, mainleiiant j'ai équipage.

{L'n parvenu pratique.)

Tu viens de manquer l'examen Du Baccalauréat. . . Eh bien !

Si c'est cela qui te désole, Que mon exemple te console.

Lorsque j'ai raté le « Bachot »

J'en ai pris mon parti bientôt, Me moquant de ce vieil usage, Le premier cran de l'engrenage.

Entrant dans la vie, au début Jai voulu payer mon tribut :

La chance fut inopportune

Autrement, je fis ma fortune.

J'ai négligé tout parchemin Qu'on délivre au Pays latin, Dans les Facultés, en Sorbonne, Bref, partout où cela se donne.

Que j'en ai plaint des camarades, S'acharnant à gagner des grades En Lettres, Médecine ou Droit :

Tout ce qu'on vend en cet endroit.

Combien sont arrivés, en somme, A palper la modeste somme Récompensant autant d'efforts ?

Combien à la tâche sont morts? !

Combien ont connu la détresse D'une pâle et triste vieillesse, Le dénuement, le désespoir.

Et la misère en habit noir ?

Certains ont trouvé la richesse !. . .

Pour un que la chance caresse Mille ont vu briser leur essor Sans conquérir la Toison d'Or.

Avocats, vendeurs de clystère,

Médecins Quels états précaires !!

Etant donné l'encombrement

Tu n'aurais que gêne et tourment.

-.228- LE PARNASSE HIPPOCRATIQUE

Dans les « Carrures libérales »

A moins de chances spéciales On n'est pas sûr de l'avenir, llenonce à ce fâcheux désir.

Crains lArt ou la Littérature :

Fais plutôt de l'Agriculture. Mais pour le bien caser, je crois, Tu n'as que l'embarras du choix.

Dans le Commerce ou l'Industrie, Dans l'autre France, l'Algérie, Tu peux aller coloniser :

Ne crains pas de te dépenser.

Celui qui le premier défriche Verra le sol le rendre riche.

A Madagascar, au Tonkin, A Tunis, partout enlin,

Au Tchad, comme en Calédonie, Ou dans toute autre colonie Où flottent nos trois couleurs, Suis les pas des explorateurs.

Voilà le très simple problème Que j'ai su résoudre moi-même ; Avec du courage et des bras Tu sauras sortir d'embarras.

Ne redoutes pas la distance.

El quand tu reviendras en France Tu n'auras plus, riche, à trimer.

En vain ettoiijours t'escrinier.

Négociant, colon, agronome,

On dira de toi : « C'est un homme ! »

Te voilà riche et réputé...

Tu pourras être Député.

Dans ce cas seul la politique Me semble être honnête et pratique.

Rien à perdre et gloire à gagner, Cela n'est pas à dédaigner.

Richesse ! Honneurs !.. cette Timbale Dans la Carrière libérale »

Se décroche trop rarement, Etant donné l'encombrement.

LE PARNASSE HIPPOCRATIQUE ■

La Sonnette

Ding ! Ding ! Ding ! voilà la Sonnette Qui, dès l'aube, ou plus tôt, arrête Song-e j;ai (?) repos ou sommeil Du Docteur hâtant le réveil, Ding ! Ding- ! Ding ! voilà la Sonnette Quand c'est l'heure du déjeuner.

Il part, il faut qu'il se soumette, Le pauvre Docteur, à jeûner.

Ding ! Ding ! Ding !... voilà lavSoniiette Qui recommence à résonner Le mettant encore à la diète Alors qu'il rentre pour dîner.

Ding ! Ding ! Ding !... voilà la Sonnette Qui tinte, hélas ! tinte toujours.

Sans pitié pour l'heure discrète Marquée au cadran des amours.

Tais-toi donc, maudite Sonnette Et n'abuses pas du Docteur.

Mais seras-tu jamais muette '(...

Non ! car tu sonnes la Douleur....

D'»G0RNARU,

L'amphithéâtre.

A Madame Marie C.

De diner le moment pour vous approche-til ? Fermez alors ma lettre et lisez autre chose ; Sinon allez ouvrir le meuble en bois de rose D'où s'échappe le musc en un parfum subtil, Puis franchissez le seuil de notre amphithéâtre.

Vous ne vîtes jamais plus étraaige tableau !

Voyez, ils sont assis sur leur haut escabeau Et, pareils aux corbeaux qui, le soir, vont s'abattre. Hideux et noir essaim aux appétits gloutons, Sur ces monceaux de morts que laissent les batailles, De leur scalpel tranchant ils fouillent aux entrailles, Lacérant et coupant les organes profonds. L'un,encor tout jeune homme avec sa barbe blonde. Sur la tête qui pend meut sans émotion ■ Ces muscles à nos traits donnant l'expression. Sa main va disputant les chairs au ver immon^le. Tandis que sur sa bouche erre un refrain d'amour

hX MÉD. ANECUOTJQUE. i5 — U

2 J?o - LE PARNASSE HIPPOCRATIQUE

Qiiïl redira le soir à quelque belle fille.

Si celle-ci, dont l'œil de jeunesse pétille,

Entrait alors, parmi tous ces corps nus qu'un jour

A flétris, son regard reconnaîtrait peut-être,

Une sœur, au milieu de son rêve enchanté

Surprise par la mort, que le sort de beauté

Avait aussi parée et qui va disparaître

Sans même recueillir une larme, un regret.

Cet autre de sa pipe à grand'peine allumée,

Rejette avec bonheur de longs flots de fumée

Et du cœur entr'ouvert recherche le secret.

Dans ce charnier humain, l'odeur acre et fade

Du sang, qui lentement coule dans le gi'and bac

Avec un bruit sinistre, aux parfums du tabac

Se mêle.

N'est-ce pas que c'est noble bravade

Que d'aller de sa main profaner le tombeau,

Pour arracher un mot au terrible mystère

Que la nature semble avoir voulu nous taire ?

Oh 1 qui de l'inconnu saura lever le sceau

Et détruire l'erreur !

Mais, pauvre cadavre

Qui git là décharné, nu, sur ce marbre froid,

A nos remercîments nas-tu pas quelque droit 'i

Ton corps dans sa raideur au fond n'a rien qui navre.

Car à l'humanité tes services rendus

Au-delà de la mort s'étendent. L'industrie

Emprunta de ton bras la robuste énergie.

Ton temps et tes efforts n'ont pas été perdus

Et tes os bien polis, trésor anatomique.

Seront par nous gardés ainsi qu'une relique.

Blasphème !

Tes apôtres, ô Christ, qu'on veut que je révère,

En qui ma mère croit, Te disent mort infâme, au sommet du Calvaire,

Cloué sur une croix !

Mais, Fils de Dieu, ta mort aurait-elle été vaine

Sur cet immonde bois ?

Et le sang qui coula de ta divine veine,

Et que le prêtre boit ; Ce sang qu'on vit tomber goutte à goutte par terre,

Ce sang d'un Eternel !

LE PARNASSE HIPPOCRATIQUE —23i-

Pendant ton agonie, insondable mystère

Bizarre et solennel !

Quoi ! ce supplice affreux, et cette horrible masse

Ignoble en son forfait, Insultant par ses cris ta dernière grimace,

Ne produit plus delfet 1 Ah ! pourquoi, tu le sais, Fils-Epoux de ta mère,

Qui, dit-on, règne au ciel, A qui le Juif impie offrit l'éponge amère

Dégoûtante de fiel ; Christ ! pourquoi, dis-le nous, as-tu créé le doute ?

Mon esprit irrité, A travers cent chemins, cherchant en vain sa route,

Est toujours arrêté 1 Sur nous, l'immensité ! Sous nos pieds, un abîme 1

Autour de nous l'orgueil !

Sans cesse, nous voulons monter jusqu'à la cime.

Et toujours un écueil !

Dans ton temple, une fois, j'entendis les ministres

De ton culte immortel, Alors que chacun pleure, et que des draps sinistres

Décorent ton autel ; Oui, ces prêtres du Christ, droits sous la voûte immense.

Oui, je les entends.

Pour lame d'un défunt, implorant ta clémence,

Dire un De profundis.

C'était pour un enfant de qui la lèvre rose

N'avait pas murmuré.

Car sa bouche entrouverte, aussitôt s'étant close,

N'avait pas respiré, Et le prêtre chantait devant la mère pâle

Qui pleurait son enfant Dont le premier sDupir n'avait été qu'un râle :

Gloire au Dieu triomphant !

Et l'Eternel triomphe ! Et le public admire

La mort d'un innocent !

Et vers Jésus, au ciel, le cinname et la myrrhe

Montent avec l'encens !

Christ ! Allah ! Tentâtes 1 ce Dieu quel qu'il puisse être,

Atroce est son plaisir !

Ce fils de la douleur, il ne l'a donc fait naître

Que pour sitôt mourir !

Il ne l'a donc créé dans sa triste nature.

Ouvrage hasardeux, Que pour, cadavre infect, assurer la pâture D'un reptile hideux !

D'' Potin.

fllélanges

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