‹ La medecine anecdotique, historique, litteraireChapitre 75 sur 122 · MELANGES · texte numérisé non relu

MELANGES

des continences par force. Mais sachez que nous le faisons après avoir observé, depuis trente siècles, qu'un grand nez est le signe d'un homme spirituel, courtois, affable, généreux, libéral, et que le petit nez est le signe du contraire. C'est pourquoi des camus ont bâtit les eunuques, parce que la République aime mieux ne pas avoir d'enfants que d'en avoir qui leur fussent semblables. »

Dans un autre chapitre relatif à la surintendance des mœurs (2) Cyrano esquisse une sorte de police des mœurs. Voici ce qui se passe dans le Royaume des Amoureux « ce grand état qui conflne d'un côté à la République de Paix et de l'autre à celle des Justes. »

« Au pays d'où je viens, à l'âge de 16 ans, on met les garçons au noviciat d'amour ; c'est un palais somptueux qui contient presque le quart de la cité. Pour les filles, elles n'y entrent qu'à treize. Ils font là, les uns et les autres, leur année de probation, pendant laquelle les garçons ne s'occupent qu'à mériter l'affection des filles, 6t les filles de se rendre dignes de l'affection des garçons. Les douze mois expirés, la Faculté de médecine va visiter en corps ce séminaire d'amans. Elle les tàte tous l'un après l'autre, jusqu'aux parties de leurs personnes les plus secrètes, les fait coupler à sesyeux, etpuis, selonque le mâle se rencontre, à l'épreuve, vigoureux et bien conformé, on lui donne comme femmes dix, vingt,trente ou quarante filles de celles qui le chérissaient pourvu qu'ils s'aiment réciproquement. Le marié ne peut cependant coucher qu'avec deux à la fois et il ne lui est pas permis d'en embrasser aucune pendant qu'elle est grosse. Celles qu'on reconnaît stériles ne sont employées qu'à servir, et les hommes impuissants se font les esclaves qui se peuvent mêler charnellement avec les brebaignes (1). Au reste, quand une famille a plus d'enfants qu'elle n'en peut nourrir, la République les entretient ; mais c'est un malheur qui n'arrive guère parce qu'aussitôt qu'une femme accouche dans la cité, V Epargne fournit une somme annuelle pour l'éducation de l'enfant, selon sa qualité. . . »

J'arrête la citation qui nous entraînerait trop loin dans le socialisme d'Etat. On croirait que je veux soutenir la politique chère à M. Picot qui rêve le repeuplement delà France.

Je crois que beaucoup de mes lecteurs, qui ne connaissent que le Cyrano de Rostand, apprendront avec plaisir que l'écrivain du dix-septième siècle fut non seulementun littérateur léger, mais encore unphilosophe et un penseur dont les idées, fort avancées pour son époque, ont été recueillies «t développées par les écrivains delà fin du dix-huitième. On peut encore trouver plaisir et intérêt à relire les ouvrages sérieux de l'auteur qui ne nous a été présenté par Rostand que comme un ferrailleur et un bretteur de profession. D"" Minime.

(1) Loc. cit., p. 272 et suivantes.

(2) Vieux mot français qui dési):fne la femme stérile.

Actualités

LE SERVICE MILITAIRE DES ÉTUDIANTS EN MÉDECINE. LE LATIN ET LES ÉTUDES MÉDICALES.

Je suis signalé à l'attention du corps médical, à l'encre rouge, comme coupable d'avoir voté :

P L'article 2 de la loi Rolland ;

2° L'ordre du jour Denoix, approuvant les déclarations du Gouvernement sur « l'égalité des sanctions universitaires ».

Il est vrai que je n'admets point que les étudiants en médecine fassent moins de service que les « camarades ». Beaucoup de plaintes se sont élevées dans ces dernières années contre la trop courte durée des études médicales, surtout avec le système nouveau d'instruction où le malade paraît être la moindre préoccupation, où, bientôt, les docteurs en médecine ne seront plus que le produit des manuels et des chinoiseries de laboratoire.

J'estime que deux années passées dans les hôpitaux militaires, si l'on sait bien y employer nos étudiants, ne pourront que leur être très utiles, surtout si on les fait profiter des ressources des hôpitaux civils de la ville où ils se trouveront.

Si la médecine ne doit plus être qu'un vulgaire métier, avec la vie des clients comme va-tout, il sera toujours assez tôt de l'exercer, pour ceux qui veulent la pratiquer ainsi.

Si au contraire, — sans aller jusqu'au grand mot de sacerdoce, — elle doit être une profession sérieuse, deux années de pratique, d'observation, de services hospitaliers rendus ne peuvent qu'ajouter avantageusement aux quatre ou cinq années d'études

médicales.

En ce qui concerne le baccalauréat,je considère qu'il est indispensable d'avoir étudié le grec et le latin, pour faire véritablement un bon médecin, capable d'aller retrouver des notions utiles, précieuses, dans les livres de l'antiquité, sans compter l'utilité de connaître la valeur de toute une terminologie.

Je me suis remis pour ma part avec bonheur au latin,à lasuite d'une petite aventure qui m'est arrivée il y a quelque dix ans, à la Société médicale des hôpitaux. Le P' juillet 1892, j'y fus conspué, honni, vilipendé delà belle façon, pour avoir osé dire, à la suite d'observations cliniques très attentives et très précises, que la fièvre quarte était « une fièvre désagréable à coup sûr, mais absolument inoffensive, qu'elle ne devenait jamais pernicieuse, qu'elle n'entraînait jamais, si longtemps qu'elle durât, l'hypertrophie de la rate, non plus que la cachexie, et que l'on en était

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maître invariablement, au jour que l'on voulait, avec une dose infinitésimale, parfois même dérisoire, donnée au début de l'accès ».

Tous ceux qui s'occupent de « paludisme « doivent comprendre la portée de pareilles assertions.

Je crois que l'on rit encore à la Société médicale des hôpitaux de ces « étrangetés », qui furent, suivant la règle pontificale, traitées alors de paradoxes.

Mon contradicteur, futur double académicien, l'emporta sur toute la ligne.

Or, un an après, je tombai, par le plus grand des hasards, dans une bibliothèque de province, sur un livre latin disant à propos de la fièvre quarte :

« Omnium, ail Hippocrates, est tutissima, qiiartana^ placidis^ sima et longissima. Non cnim solumperse ipsatalis est^ veriim^ etiam ab alis morbis magnis vindicat » (1).

Et Galien ! écoutez-moi Galien ! « Ita Galenniisquoque: « Lon gior inquit^ acquantum in ipsa est, haudqiiaquam periculosaquartana » (2).

Je me jetai aussitôt au pied des images sacrées d'Hippocrate et de Galien, en leur demandant pardon pour les académiciensde la Médecine, présents ou futurs, et pour ma propre ignorance, car si j'avais su cela plus tôt

Le même Hippocrate, suivant ce que je découvris la même année, n'avait-il pas dit : « Febres quaciimque modo intermiserint quod sine periculo sint significant » (3), toutes choses que je crois inutile de traduire pour vos lecteurs qui sans aucun doute comprennent tous le latin, si même, plus lieureux que moi, ils ne le parlent.

Intermittentes sitnt sine periculo, ou pericuîi expertes (4) ! Ah, Monsieur !que de milliers et de milliers d'existences auraient été épargnées si bon nombre de nos académiciens s'en étaient jamais doutés !

Depuis cette époque, je me suis mis à faire, avec mon faible

(1) De toutes les fièvres, dit Hippocrate, la fièvre quarte est la plus sûre (celle qui fait courir le moins de danger), la plus favorable et la plus longue. Et non seulement elle est telle par elle-même, mais encore elle délivre (ou préserve) des autres grandes maladies. (N. D. L. R.)

(2) De môme Galien dit aussi « la fièvre quarte est plus longue que les autres, mais tant qu'elle reste la môme, elle n'est nullement dangereuse ».

(3) De quelque manière que les fièvres soient intermittentes, cela signifie ([u'elles sont sans danger. (N. D. L. R.)

(4) Les intermittentes sont sans danger, ou exemptes du danger. (N.D.L.R.)

ACTUALITES o^7

bagage de latinité, quelques traductions. J'y emploie une bonne partie de mes loisirs. J'en réserve la primeur à quelques-uns de ces messieurs de l'Académie, qui en ont grand besoin. Mais c'est long. Et pourtant c'est dans les livres latins, antérieurs à l'invasion barbare du quinquina, qu'il faut aller chercher — à part bien entendu ce que Legrain (de Bougie) et ses élèves ont dit avec moi — des notions claires, exactes, précises, sur la febris intermittens exquisita periculi expers (l).

Si tout cela avait été transmis par la pieuse tradition médicale etconnu, les doctrines abracadabrantes du « paludisme » moderne n'auraient jamais vu le jour, pour l'honneur de la Médecine et la sauvegarde des malades.

Du moment que les académiciens académisent et triomphent sans avoir même idée de ces choses-là, pourquoi voulez-vous rendre le latin obligatoire pour les pauvres étudiants ?

Que Messieurs les académiciens commencent !

Une seconde raison a déterminé mon vote. Aujourd'hui en France, des centaines de docteurs en Médecine exercent, sans avoir souvent plus, comme titre universitaire, que le certificat d'études primaires ; ce sont les anciens officiers de santé devenus docteurs. S'y est-on opposé au nom du grec et du latin ?

Dès lors....

Alcide Treille.

Sénateur, prof. bon. à l'école de médecine d'Alger.

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